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  • Batman : Year One (2011)

    Un film de Sam Liu & Lauren Montgomery

    8192088883_7a375a2082_m.jpgLes films animés de DC Comics n'étaient pas, avant le milieu des années 2000, adaptés littéralement de récits pré-existants. Ainsi, les excellents Batman contre le fantôme masqué ou encore Batman beyond : le retour du Joker sont des créations originales piochant dans la mythologie du justicier masqué. Avec la naissance de la collection DC Universe Animated Original Movies en juillet 2006, l'objectif est de transposer, sous formes de films d'animation destinés au marché de la vidéo, les comics qui ont fait l'histoire de la maison d'édition. Il s'agit d'une initiative conjointe de DC, Warner Bros. et Bruce Timm entre autres, à qui l'on doit l'inestimable Batman : la série animée. Sont ainsi portés à l'écran Superman : Doomsday d'après l'arc La mort de Superman, Justice League : New Frontier d'après la BD de Darwyn Cooke, deux titres qui remportent un vif succès. Les films s'enchaînent rapidement, montrant souvent une adaptation fidèle du matériau d'origine, notamment le très bon Batman et Red Hood : sous le masque rouge (Brandon Vietti, 2010). Batman : Year One calque donc sa trame sur le récit de Frank Miller (au scénario) et David Mazzucchelli (au dessin). Un retour aux origines permettant de voir les débuts d'un fringant Bruce Wayne de 25 ans, combattant le crime dans une Gotham City dominée par la mafia et les flics ripoux. Son apprentissage se déroule en parallèle de la trajectoire du lieutenant James Gordon, débarquant aussi fraîchement à Gotham. La BD fut créé après le coup d'éclat de Frank Miller en 1985, The Dark Knight Returns (ressorti ces jours-ci chez Urban Comics avec le film d'animation adaptant la première partir de l'histoire, chronique à venir sur le blog). 

    Le film d'animation réalisé par Lauren Montgomery et Sam Liu (habitués de l'univers DC, ils ont aussi réalisé conjointement Justice League : Crisis on Two Earths) suit très, très fidèlement le cours du comic, au point que l'on peut pratiquement isoler chaque cadrage pour retrouver son équivalent dans la BD. La plupart des répliques sont également reprises à l'identique ; les connaisseurs retrouveront très exactement les scènes qu'ils ont observées dans les pages du comics, que ce soit l'arrivée de Bruce Wayne et Gordon à Gotham, la rencontre entre Gordon et Flass à la gare, la première sortie du justicier, ou encore la très belle scène fondatrice de "la clochette", qui détermine la future apparence du héros. Sur une durée ramassée de 65 minutes (assez standard pou les animés DC), quelques rares scènes sautent, comme celle où Wayne se repose en Suisse ; seule une photo examinée par Gordon dévoile ce détail.

    Rappelons ici que le film, comme la BD, commencent en janvier et se terminent en janvier, décrivant une année entière dans la vie des protagonistes, comme le promet le titre. La ponctuation narrative de la BD, incluant au fil des pages les "cartons" des dates, se retrouvent dans le film ; et, si elles étaient pertinentes dans le comic, offrant une scansion intéressante, impulsant un rythme et une justification aux ellipses, elles bousculent un peu le récit dans le film, apparaissant parfois à des intervalles très rapprochées. Le décalque du comic trouve ici ses limites.

    Mazzucchelli avait pris le jeune Gregory Peck comme modèle pour Bruce Wayne ; on ne le retrouve que peu dans l'apparence du millionnaire justicier du film. Ceci étant dit, la réalisation, si elle est classique, affiche un character design très élégant, dans la lignée de la série de Bruce Timm et Paul Dini. Les quelques éléments créés en images de synthèse -les véhicules la plupart du temps- s'intègrent assez bien à l'ensemble. Si les plans sont la plupart du temps statiques, ils savent se démener lors des quelques séquences d'action (Batman au rez de chaussée d'un immeuble en flammes, aux prises avec un groupe d'intervention armé), épaulée par la musique de Christopher Drake, toujours très inspirée par celle de Hans Zimmer sur la trilogie Nolan. Les similitudes sont de même évidentes avec Batman Begins, qui est inspiré en grande partie de Batman : Year One.

    Bien que les connaisseurs n'auront pas une once de surprise, par rapport à certains films de la collection (on pense à Justice League : Echec), Batman : Year One "fait le job", et s'en acquitte de belle manière, surtout pour sa fabuleuse esthétique ; le film respecte aussi la charge violence, assez intense pour un animé, de la BD. Cependant, pour conserver toute la force du récit, (re)lisez plutôt l'excellent comic.

    Pour plus d'infos, n'hésitez pas à vous rendre sur le bon site La tour des héros !

  • Frankenstein (1931)

    Un film de James Whale

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    Après l'immense succès du Dracula de Tod Browning, Universal met rapidement sur pied un nouveau film surfant sur la vague fantastique, chère à Carl Laemmle Jr. Le choix s'arrête rapidement sur Frankenstein, roman à succès interrogeant les notions de création de la vie à partir de la mort, et donc de quête de l'immortalité. Ecrit par Mary Wollstonecraft Shelley en 1818, vraisemblablement secondée par son mari, Lord Percy Bysshe Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne a d'abord connu un grand succès au théâtre, dès 1823. Plutôt que d'être adapté du roman, le film est en fait une transposition d'une des versions théâtrales (celle de Peggy Webling), comme ce fut le cas pour Dracula. Et, comme pour ce dernier, Bela Lugosi devait incarner le monstre en titre. Cependant, Lugosi renonça, ne voulant pas de ce rôle muet, le visage constamment obstrué par des couches de maquillages ; Boris Karloff le remplaça avantageusement. D'autres sources indiquent que c'est James Whale, une fois aux commandes, qui préféra engager Karloff.

    Robert Florey devait réaliser le film : admirateur du Cabinet du Docteur Caligari et de Metropolis, il veut s'inspirer de leur esthétique particulière pour donner vie à ce classique de l'horreur. Il réalisa finalement l'année suivante une adaptation d'Edgar Alan Poe, Double assassinat dans la rue Morgue. James Whale pris finalement sa place sur Frankenstein, tout en conservant l'esthétique expressionniste. Il fit bâtir d'incroyables décors, utilisant toute la verticalité du cadre - la fameuse tour de guet dans laquelle s'élève la table d'opération de la créature, ou encore le gigantesque escalier que Fritz, l'assistant du docteur Frankenstein, a bien du mal à emprunter. Sa réalisation fait la part belle aux inquiétants murs de pierre, ou à l'attirail pseudo-scientifique omniprésent du laboratoire. La première apparition du monstre est marquante, par la vue du maquillage, certes, mais aussi par la succession de gros plans qui le révèle. L’alternance entre des valeurs de plans extrêmes -gros plans qui suivent ou précèdent des plans larges- impriment une dynamique remarquables dans les scènes. Le récit est rapide, baignant la plupart du temps dans une obscurité travaillée -l'ouverture dans le cimetière, les passages dans la tour de guet- et surprend par ses courtes scénettes presque comiques (l'attitude du père de Frankenstein, ou le sur-jeu de Dwight Frye (déjà présent dans Dracula). On remarque comme une constante la présence d'un personnage coloré et extravagant, presque fou, caractéristique de l'humour de James Whale.

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    Colin Clive et Dwight Frye

    L'assistant de Frankenstein, n'existant pas dans le livre, trouve sa place au théâtre et dans ce premier long-métrage, tout en définissant rapidement l'archétype du sous-fifre bossu qu'on retrouve dans une multitude de films fantastiques, souvent appelé par le sobriquet de Igor. C'est d'ailleurs dans une des nombreuses suites de Frankenstein par la Universal, Le fils de Frankenstein (Rowland V. Lee, 1939), que Bela Lugosi lui-même incarna l'assistant appelé Ygor, aux côtés de l'excellent Basil Rathbone. Ironiquement, bien qu'il l'ait refusé une première fois, Lugosi tiendra le rôle de la créature dans Frankenstein rencontre le loup-garou (Roy William Neill, 1943).

    Il est intéressant de noter qu'étrangement, Frankenstein s'appelle ici Henry (alors qu'il s'agit de Victor dans le roman) et qu'il n'est pas baron (a l'instar du livre, mais au contraire des adaptations du cycle Hammer à partir de 1957). Ici, son père est baron, alors que le fils est simple médecin. Quant aux noms, il s'agit d'un simple échange entre Frankenstein et son ami Clerval : ce dernier se comme Henry dans la roman ; les modifications sont toutes à porter au crédit de la pièce de Peggy Webling. La dynamique entre Henry Frankenstein, sa fiancée Elizabeth et Clerval aurait pu, dans un autre film, servir un triangle amoureux. Bien que tous les éléments soient en place (les dialogues ne font pas mystère de l'attirance de Clerval pour Elizabeth), il n'en sera rien : la jeune femme aime Henry Frankenstein envers et contre tous, même quand il semble dériver dans la folie.

    Pièce par pièce, chaque décor, personnage, tirade ("It's alive ! I's alive !" répété pas moins de sept fois d’affilée par un Frankenstein enfiévré) construit le mythe de cette créature raccommodée de parties d'êtres humains, ramenées à la vie. Si la folie d'un homme qui se prend pour Dieu est parfaitement illustrée par l'interprétation extatique de Colin Clive (sous une apparente élégance, il ne cache pas vraiment son côté sombre - son alcoolisme patent aura raison de lui à seulement 37 ans), c'est la vision de Boris Karloff en monstre de Frankenstein qui reste gravée dans les annales de la culture mondiale, comme emblème du genre horreur dans son ensemble. La création de ce maquillage indétrônable est visiblement une création conjointe de Jack Pierce, qui créa tous les maquillages des films majeurs de Universal, de James Whale qui dira en avoir imaginé certains aspects, et aussi de Karloff, qui demanda à s'ajouter des paupières tombantes sur ses yeux, pour qu'il ait l'air comme somnambule, vivant mais non-vivant. La forme extraordinaire qui en résulte, tel un grand grand carré, mettant en avant un front proéminent, est indissociable de Karloff ; de toutes les incarnations postérieures, il est le seul qui pouvait porter ce maquillage parfaitement ; maquillage partiel qui lui permet d'utiliser ses expressions faciales pour donner du sens à son interprétation.

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    Cependant, Boris Karloff n'est pas qu'un masque : c'est toute la gestuelle qu'il met en œuvre, ses grands bras qu'il balance devant lui, qui fait impression tout autant que son maquillage. N'oublions pas que le rôle est muet (alors que la créature palabre des pages durant dans le livre), Karloff prenant des expressions terribles -comme quand Fritz le fouette-, ce qui imprime un caractère tragique par sa découverte toute enfantine de la vie. On regrettera, dans le cours du récit, que Frankenstein ait recours à un cerveau "malade" -celui d'un criminel-, pour donner vie à la créature : il intervient comme une justification artificielle d'un geste non pas intentionnel (il tue une fillette en la jetant dans l'eau) mais accidentel (il pense naïvement que, comme la marguerite qu'il vient de jeter à l'eau, la jeune fille flottera).

    L'immortalité du fameux maquillage et de ce personnage cinégénique est aussi du à l'insistance de la Universal qui aura décliné les aventures du créateur et de son monstre en de nombreux avatars pendant les quelques années qui suivirent. Jusqu'en 1948, six films intègrent le fameux monstre. Il en est de même pour Dracula, qui sera à l'origine d'un nombre encore plus grand d'adaptations. Boris Karloff, qui était tout d'abord déçu de porter un maquillage important pour le rôle, deviendra peut-être malgré lui l'acteur aux mille visages, après l'inévitable Lon Chaney : il revêtira ainsi l'apparence de La Momie, de Fu Manchu, d'un zombie dans Le mort qui marche (Michael Curtiz, 1936), ... Des rôles où sa capacité à habiter des maquillages multiples est mise en avant.

    Un film, un personnage, un roman entrés dans la légende, et depuis recyclés à l'envi : c'est la marque de ce film, fondateur du genre.

  • Classics Confidential : Nightfall (1957)

    Un film de Jacques Tourneur

    8635282210_13075c382a_m.jpgUn des derniers films de Jacques Tourneur, sorti en DVD en juin 2012, a les honneurs de la collection prestigieuse inventée par Wild Side Vidéo : au film, disponible dans la meilleure version existante, s’adjoint un livre sur le tournage dudit film ; voilà le principe des Classics Confidential. Comme souvent, c'est Philippe Garnier qui s'y colle (ce dernier signe également le gros livre de l'édition collector de La nuit du chasseur, sortie au début du mois de novembre 2012). Et, comme c'est leur délicieuse habitude, l'objet est une réussite.

    Nightfall, produit à la fin de la longue traîne du film noir (les derniers avatars classiques en seront l'excellent Sueurs Froides d'Hitchcock , et Traquenard de Nicolas Ray en 1958, pourtant déjà un brin "mutants"), possède un certain nombre de singularités qui permettent de le démarquer d'un ensemble à la fois vague -le film noir est plus un esprit, une sensibilité- que parfaitement étudié.

    La principale singularité est ici d'alterner des séquences empreinte d'un bonheur palpable, et d'autres tragiques. Ainsi, la rencontre entre James Vanning (Aldo Ray) et Marie Garner (la jeune Anne Bancroft), sous le coup de l'imprévu, fait basculer le moral de l'homme du côté lumineux, pour un dîner qu'il était loin d'espérer. Quelques minutes plus tôt, on l'avait vu presque sursauter à l'éclairage des luminaires d'un kiosque à journaux, caractérisant un homme aux aguets, fatigué. Le collage de ces deux scènes successives montre à la fois l'instabilité de l'homme et son aspiration au bon, à la vie normale. 

    Plus loin, alors que Vanning fuit avec Mary deux brutes qui veulent remettre la main sur le fruit de leur braquage, une très belle scène apparaît, soleil dans la nuit : voyageant en car sur une longue distance, le couple se réveille, le regard plein du bonheur de retrouver l'être aimé après une nuit agitée. Et le film de faire se succéder des scènes dures et typiques du film noir (passage à tabac du personnage principal, séquestration) et d'autres qui sont leur paradoxe parfait. 

    Le personnage de Mary, contrairement à l'archétype du film noir, n'est pas une intrigante qui veille à assouvir un intérêt personnel ; c'est un personnage lumineux -elle est mannequin pour une boutique de vêtement- qui ne joue pas de double-jeu ; et ce, même si une des premières scènes du film sème le doute sur ses motivations.

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    Aldo Ray (à droite) menacé par Rudy Bond 

    Une autre différence de Nighfall par rapport à l'ambiance de beaucoup de films noirs, est de situer une grande partie de son intrigue à la campagne en hiver, alors que le film noir s'épanouit d'habitude dans un univers urbain et sombre. Ici, le drame se déroule en plein air, dans de magnifiques paysages près du lac Tahoe, à la frontière du Nevada et de la Californie. 

    C'est là, alors que deux amis sont en train de pêcher et viennent secourir les passagers d'une voiture accidentée, qu'ils sont menacés par les rescapés. les deux extrêmes (une scène joyeuse devient un drame) se télescopent dans cette scène. La découpe narrative -la scène est racontée en flash-back- ajoute encore à l'équilibrisme constant qui se joue dans le film.

    Mais alors, Nightfall est-il variablement noir, comme Garnier semble le dire par l'entremise du titre du livre joint, Le noir n'est pas si noir ? Le personnage principal est bien pris dans un engrenage infernal à partir d'une situation que le hasard lui soumet ; engrenage magnifiquement illustré par les mouvements de gigantesques appareils vers lesquels les bandits tabassent leur victime, typique également du film noir. La poursuite et la résolution de l'intrigue, jonchée de coïncidences malheureuses, insiste également sur une trajectoire descendante caractéristique du noir. 

    Pour autant, le film n'est pas majeur dans la carrière de Tourneur, qui s'est mieux illustrée dans son cycle de films d'angoisses pour la RKO dans les années 40 (La féline, Vaudou, L'homme-léopard et Angoisse) ; le livre de Philippe Garnier met bien en évidence la difficulté du casting d'Aldo Ray, qui jour l'homme (un peu trop) ordinaire face à sa destinée. Il revient surtout sur la carrière de David Goodis, à l'origine de l'histoire du film, qui s'est vu finalement adapté une dizaine d'années après son écriture. Et, face à un auteur dont les romans sont, de l'avis de Garnier, assez mauvais, il souligne l'intelligence de l'adaptation faire par le scénariste Stirling Silliphant (déplaçant tel passage à tel endroit, coupant les dialogues ineptes). Le livre donne, comme souvent dans la collection Classics Confidential, un meilleur regard sur le film en le bonifiant. La formule est payante pour les films (quels choix avisés !) qui ont la chance de faire partie de cette collection.
     

    A lire également : la critique du film par François-Oliver Lefèvre sur DVDClassik.

  • Metal Hurlant Chronicles - saison 1 (2012)

    Une série de Guillaume Lubrano

    8167885972_9cef43313a_m.jpgDe la SF à la française... Cela m'a longtemps laissé songeur (voir mes articles désabusés ici ou ), tant les producteurs et les réalisateurs de l'hexagone ne permettent pas de s'extasier devant des projets qui tiennent la route. Vision parfois trop auteurisante sur un domaine où l'imaginaire a tous les droits, paralysée par des budgets ridicules, la science-fiction française n'a jamais brillé au cinéma. Paradoxalement, le genre y a longtemps été catalogué comme sujet de sous-films, et donc doté de petits budgets, alors même que tout l'univers est à créer : aujourd'hui, les films fantastiques ou de science-fiction (américains mais pas que : asiatiques et indiens par exemple) sont mainstream, capables de mobiliser un public important, et bénéficient de moyens dantesques. A venir, le nouveau film de Tom Tykwer, Andy et Lana Wachowsky, Cloud Atlas, a été réalisé pour 100 millions de dollars, et c'est encore peu face à un Avatar et ses 250, ou 500 millions ? Personne ne semble même le savoir...

    Là où Guillaume Lubrano et sa société We Prod ont bien joué, c'est qu'ils reprennent un nom clairement identifiable à l'étranger : Métal Hurlant est à l'origine une revue française dirigée par Jean-Pierre Dionnet, animé par le trublion Manoeuvre, créée dans les années 70 qui mêle tout à la fois bande dessinée futuriste et musique rock, et dans lequel des immenses talents ont émergés : Enki Bilal, Moebius ou Druillet pour ne citer que les plus connus. Leur imaginaire improbable se doublait d'une lecture amère et ironique de la société. Quelques années après sa création, la même équipe produit une version américaine, Heavy Metal. Deux films d'animation ont été réalisé en 1980 et 1999, compilant certaines histoires de la revues ; on retrouvait déjà les jeunes filles peu couvertes et la dérision typique du titre. Les artistes confirmés, ainsi que l'esprit si particulier de la revue sont aujourd'hui connus un peu partout, la meilleure carte de visite qui soit pour Lubrano et son équipe. Le concept a ainsi été vendu rapidement à l'étranger, bien plus qu'en France où un partenariat a finalement été trouvé dans la dernière ligne droite avec la chaîne France 4. Malgré l'attrait général qui a permis la constitution d'un casting sympathique, mais aussi très farfelu (Rutger Hauer y croise la route de Greg Le Millionnaire Basso, la plantureuse Kelly Piranha 3D Brook de Frank des 2be3, ou encore Dominique Pinon celle de l'ex-hardeuse Yasmine), le budget a été famélique : il a fallu réaliser l'intégralité de la saison 1, soit 6 épisodes de 25 minutes avec 1,4 millions d'euros, soit l'équivant d'un épisode de la série Les revenants, qui va être diffusé sur Canal + en cette fin d'année ; somme qu'on imagine déjà bien grignotée par les cachets des acteurs. 

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    Enfin arrivée à la fin du mois d'octobre à la télé et dans les bacs, on peut aujourd'hui juger sur pièces. Ne le cachons pas, le résultat est, comme on pouvait s'y attendre, très mitigé. La facture générale ne masque en rien les limites du budget. Les effets spéciaux, parfois nombreux, ont une grosse dizaine d'années de retard par rapport à des séries TV de science-fiction américaines. Mais tout n'est pas qu'une question d'argent : plus que ces effets, c'est le jeu des acteurs qui pêche vraiment, pas forcément aidés par des dialogues imbitables (mention spécial au premier épisode, King's Crown, et au deuxième, Shelter Me, avec James Buffy Marsters). Ce dernier peut être considéré sans mal comme le pire épisode de cette courte première saison, tant ni les acteurs, ni les dialogues, et encore moins le visuel et la chute, ne sont mémorables. 

    Le niveau, cependant, progresse au fil des épisodes. Aux trois premiers nous cueillant vraiment à froid, réussissant tout de même à nous faire trouver le temps long sur un format de 25 minutes (avec un petit mieux pour Oxygène, mais ça ne compte, il y une scène de sexe au début), les trois suivants sont bien plus probant. Le quatrième, l'un des plus réussis, prend la forme d'un double-épisode prenant chacun la moitié du temps. La première histoire prend pour sujet un jeune homme enfermé dans une prison nimbée de rouge, qui l'obsède et ne lui donne qu'une envie : en sortir pour, ne serais-ce qu'un instant, revoir le ciel. Même si une voix-off pesante occupe l'espace sonore, l'épisode est très bien réalisé, donnant la part belle à la castagne pure et dure, dans des chorégraphies de combat visuellement intéressantes. 

    La deuxième partie, misant beaucoup sur l'ambiance, grâce à une partition musicale inspirée, nous plonge dans un monde totalitaire qui n'a que faire de ceux qui ne suivent pas le chemin tracé. Ici, les images parviennent à marquer (une ville aux multiples tours qui s'étend, avec ses lumières fluorescentes, jusqu'à l'horizon), et les acteurs jouent juste. Ce double épisode, qui introduit d'ailleurs la mythologie du métal hurlant (qui n'existe pas dans le magazine), est vraisemblablement le pilote de la série, tourné pour démarcher les producteurs et diffuseurs : on comprend que ces derniers aient été sensibles à la démarche.

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    Le cinquième épisode, Le serment d'Anya, voit Rutger Hauer officier en ancien mage, et va conduire un guerrier par-delà le temps pour lutter contre l'apparition d'un démon. Même si les effets spéciaux montrent encore une fois leur triste limite (les créateurs ont manifestement trop appris à faire des images en regardant 300 et Sin City, tant on voit bien que rien, à part les acteurs, n'est réel : cette fausse réalité nous éloigne immanquablement du récit), le corps de Greg Basso ne s'en sort pas si mal : il a la carrure de l'emploi et ne pipe quasi-pas un mot pendant tout l'épisode. La chute, bien qu'attendue, donne à l'ensemble un air d'anthologie à La Quatrième dimension, Alfred Hitchcock présente ou Au-delà du réel. Ces séries phares des années 60 misait gros sur l'ambiance, ayant peu de moyens, et tout sur leur final, retournement de situation souvant cruel, ironique et -moins souvent- drôle. Ce format, peu tenté en France, vaut le coup d'être essayé et l'on décernera la palme de l'audace à Lubrano et son équipe. 

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    Enfin, comment ne pas dire deux mots sur Les maîtres du destin, où Joe Flanigan (Stargate Atlantis et une foultitude d'autres séries), en Han Solo du pauvre, déambulant dans un bar fluo, tombe sous le charme de Kelly Brook, alors même que leur destinée semble liée depuis la nuit des temps par des tortues de l'espace... 

    Malgré une réussite très contrastée, Metal Hurlant Chronicles innove totalement dans le panorama télévisuel français, et l'on espère que la saison 2 (déjà achetée dans plusieurs pays) montrera le plein potentiel de de l'équipe. Bref, un truc de fou, kitsch et foutraque, mais qui donne à quelques occasions de bons moments.

  • Quatre ans de chroniques sur Le film était presque parfait !

    8150122084_50cc9b275e_n.jpgIl y a précisément quatre ans, Le film était presque parfait s'ouvrait sur la toile et j'écrivais son premier article (même deux, Vicky Cristina Barcelona et Tonnerre sous les tropiques). Quatre ans de films tous azimuts, puisant dans mes coups de gueule -parfois- et mes plus belles découvertes. 

    Bien que la cadence se soit ralentie (à un film tous les deux jours en moyenne sur les deux premières années, ne paraissent aujourd'hui qu'un article par semaine), la passion est là, intense, intacte, pour faire partager le cinéma que j'aime. Vous êtes chaque jour entre 250 et 400 à venir faire un tour sur ces pages,  soyez-en remerciés ; je fais tout pour que vous trouviez matière à satisfaction dans les lignes que je consacre au cinéma. J'ai également plaisir à lire et à répondre à vos commentaires.

    Pour l'avenir, je compte animer le blog aussi longtemps que possible ; le cinéma est un univers en expansion continue. Plus on voit de films, plus on se rend compte que l'on a rien vu : c'est un peu comme dans tous les domaines de la connaissance. Si beaucoup trouvent le cinéma dévoyé, ne pouvant que contaté l'avalanche de suites, remakes, reboot, adaptations littéraires de classiques, on peut tout de même rétorquer que son histoire est fascinante, et que des projets originaux font surface régulièrement. J'avoue sans mal préférer moi aussi le cinéma "de patrimoine", dans lequel, malgré la prépondérance du producteur (surtout dans le modèle américain), se développent des intrigues complexes, par forcément tous publics, mais aussi très modernes ; (re)voir en 2012 Mon homme Godfrey est un véritable délice, d'un rafinement extrême. Mais ne nous cachons pas pour autant d'aimer le cinéma d'exploitation, parfois bis ou même Z, les films italiens des 70's, les blockbusters américains, ou encore les films complètement barrés en provenance Hong-Kong comme les Catégorie 3 (si vous voulez tenter l'expérience, je vous conseille l'hallucinant Naked Killer, explosion de scènes sorties d'un cauchemar extravagant, qui ne recule devant aucun effet grand-guignol). 

    A venir sur le blog, plein de bonnes choses comme la fin du cycle Star Trek au cinéma, l'exploration de grandes séries des années 30 (Tarzan, L'introuvable), peut-être quelques Douglas Sirk, le cycle des monstres de la Universal, d'autres combats de films, et toujours (plus régulièrement j'espère) des grands films fantastiques de la Hammer ou des kung-fu flicks de la Shaw Brothers. Et, au gré des sorties DVD ou de mes rares séances dans un "vrai" cinéma, de l'actualité.

    Long live cinema !