22.10.2014

Sin City : j'ai tué pour elle (2014) vs. 300 : la naissance d'un empire (2014)

Deux films de Robert Rodriguez, Frank Miller et Noam Murro

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Une histoire de suites

Deux suites que l'on attendait mais que l'on attendait plus sont finalement sorties cette année ; celle du 300 de Zack Snyder, et celle de Sin City, de Robert Rodriguez et Frank Miller. 300 date maintenant de 7 ans, quant à Sin City, il était sur nos écrans il y a neuf ans, soit une petite éternité. Si bien qu'aujourd'hui, peu d'entre nous attendaient véritablement quelque chose de ces deux films ; sortis cette année, ils partagent énormément de points communs, et le plus réussi des deux n'est pas forcément celui qu'on pense...
Des suites ? pas vraiment, ni pour l'un ni pour l'autre ; Sin City aillant défouraillé la quasi-intégralité de son casting de stars ne pourvait décemment pas se permettre de perdre un Marv (Mickey Rourke) ou encore un Hartigan (Bruce Willis). Qu'à cela ne tienne : ils sont tous les deux revenus, car l'histoire de Sin City 2 se passe pour l'essentiel avant les étapes finales des voyages des deux personnages sus-cités. Mais pas que ; après, je ne rappelle absolument pas laquelle, et tout cela est déjà embrouillé comme cela... A trop multiplier les fils narratifs, l'équilibre des tensions est totalement raté dans le film, à telle point que le dernier chapitre apparaît superflu (avec pourtant une belle prestation de Joseph Gordon-Levitt, très à l'aise dans ce registre). Même histoire pour la suite de 300, qui revisite l'histoire du premier film en approfondissant les fondements de la batailles des Thermopyles (histoire de Xerxès et de Thémistocle, bataille de Salamine). On revoit pour autant très peu Leonidas (Gerard Butler), un peu plus sa femme, la reine Gorgo, qui tient le rôle de narratrice. Bref, l'intérêt de l'histoire est bien plus clair du côté de 300 numéro 2.

Un festival Eva

Il faut en parler, Eva Green est des deux projets, et elle est indéniablement un des bons points des deux films ; il impressionne plus encore dans Sin City 2, imprimant son physique tout en volumes dans de nombreuses scènes du film (bien qu'on nous dise dans l'oreillette qu'elle aurait été aidé par le bistouri numériue du sieur Rodriguez...). Aussi crédible en femme fatale soufflant le chaud (très, très chaud !) et le froid qu'en guerrière invulnérable, elle se fond totalement dans les écrins numériques des deux films.

Le règne du numérique

Sin City avait, en 2005, ouvert grand les prote d'un cinéma numérique (tournage intégralement sur fond vert, calquant l'esthétique BD majoritairement bichromique de Frank Miller. A peine quelques accessoires suffisent alors à créer des scènes qui sont ni plus ni moins tourné dans le petit studio de Robert Rodriguez. Ce premier film est une incontestable réussite esthétique, en même temps qu'une surprise à l'époque, qui n'est de fait plus d'actualité lorsque ce deuxième épisode sort (on a pourtant très vite parlé d'une suite basée sur J'ai tué pour elle, à notre avis le meilleur opus de la BD Sin City ; le rôle d'Ava était prévu pour Angelina Jolie). Aujourd'hui, cette suite ne s'imposait pas, et l'on peut dire qu'au vu du four intégral du film aux US (13 millions de dollars pour un budget de 65), plus personne ne l'attendait.
300, c'est un peu la même histoire, sauf que le comic de Miller est un one-shot, une histoire auto-contenue pour parler bien la langue de Molière. Là encore, en terme visuel, Zack Snyder a créé une école à base de ralentis, de sang numérique qui gicle et de sauvages bodybuilders courant avec envie à une mort certaine (tout cela est par ailleurs fort bien repris dans la série Spartacus, avec John Hannah et Lucy Lawless). Et même si la surprise n'est pas au rendez-vous, le festin visuel est bien là, grâce à un production design inspiré (la démesure de Xerxès et ses multiples ornements, les costumes et navires, le décorum péplum).

Frank Miller

Pour les besoins de 300 : la naissance d'un empire, Miller se fend d'un nouveau tome intitulé Xerxès, du nom du dieu-roi de l'empire Perse. Mais le Miller lambine (d'ailleurs, on l'attend toujours pour sortir une BD potable depuis le sixième tome de Sin City...) et son comic Xerxès n'est toujours pas sorti alors que le film est déjà sorti en DVD ! c'est d'ailleurs assez loufoque de voir mentionné dans les crédits de fin "adapté du comic Xerxès" alors même que ce dernier n'existe pas encore.
Histoire nouvelle également créée pour Sin City 2, mais ô combien bouche-trou pour faire oublier que le segment qui donne son nom au titre du film n'est pas suffisant pour constituer un film entier. Le même problème de rythme s'était posé pour le premier film, mais ces défauts sont apposés ici sous une loupe grossissante avec à la clé un grand désagrément : l'ennui. Eva Green, comme je l'ai déjà écrit, arrive à nous sortir momentanément de la torpeur...

Tout cela n'était pas joué d'avance, et, avec quasiment les mêmes atouts et contraintes dans leurs manches, c'est 300 : la naissance d'un empire qui sort victorieux de ce match au sommet. Au moins, Miller ne remettra sûrement pas le couvert pour nous sortir un troisième volet de Sin City...

Disponibilité vidéo : 300 : la naissance d'un empire - Blu-ray et DVD - éditeur : Warner Home Video

Sin City : j'ai tué pour elle - Blu-ray et DVD - éditeur : Metropolitan FilmExport - sortie prochainement.

06.10.2014

Raspoutine, le moine fou (1966)

Un film de Don Sharp

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Tourné à la suite de Dracula, prince des ténèbres, avec lequel il partage quelques décors et acteurs, Raspoutine, le moine fou conte l'histoire bigger than life du fameux guérisseur, bien introduit à la cour de Russie, qui aurait peut-être causé la chute des Romanov au début du XXème siècle.

Don Sharp retrouve pour le film la star Christopher Lee, avec qui il a tourné l'année précédente le sympathique Masque de Fu Manchu ; Sharp, même s'il ne fait pas partie de la dream-team des réalisateur à la Hammer Films, a tout de même quelques bons titres à son actif, notamment l'excellent et méconnu Baiser du vampire (1962). Et ce Raspoutine, tout aussi méconnu aujourd'hui malgré la présence de Christopher Lee, est d'une qualité pratiquement comparable : L'histoire de ce personnage mystérieux et jouisseur (Raspoutine, bien que nom véritable de Gregori Efimovitch, signifie "débauché") est fort bien amenée, d'une première guérison miraculeuses à son arrivée en tant que confident d'Alexandra Feodorovna, l'épouse de Nicolas II, en passant par les beuveries, danses et l'activité sexuelle débordante du personnage (toujours hors-champ ; nous ne sommes pas encore dans la période plus permissive et volontiers racoleuse de la Hammer).

Le personnage, aux dons indéniables, est totalement ambigu dès la première séquence ; sa véritable nature, manipulatrice et vicieuse, se dévoile peu à peu durant le métrage. Son charme presque surnaturel a des traits de ressemblances avec Dracula, que Christopher Lee a interprété mieux que quiconque : Raspoutine hypnotise ses magnifiques victimes (Ah, la rousse Barbara Shelley) qui deviennent prisonnières de son emprise maléfique. Son habileté à flatter les puissants fera le reste.

Le luxe de décors et surtout, comme à l'accoutumée, des costumes, trait distinctif de la firme, ne faut pas défaut, et n'a d'égale que le raffinement des stratagèmes implacables de Raspoutine, pour gagner le pouvoir, la richesse et le faveurs qu'il désire. Le portrait saisissant de Raspoutine, si bien incarné par Lee, est celui d'un jouisseur rabelaisien, aimant profiter de tous les plaisirs.

Rapoutine, film biographique, convient malgré tout fort bien à l'identité que la Hammer s'est forgée depuis le milieu des années 50, et son attrait sans bornes pour le fantastique, la magie et la sorcellerie. Citons également, dans ce style précis, le très bon Les vierges de Satan (Terence Fisher, 1966), dans lequel Christopher Lee fait des étincelles, sur un scénario de Richard Matheson. Dans cette lignée de films, particulière dans le cinéma anglais des années 60, Raspoutine ne dépareille pas, bien au contraire.

28.09.2014

Blue Jasmine (2013)

Un film de Woody Allen

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Le Allen cuvée 2013 est plutôt un bon millésime : alternant films moyens (Scoop, Minuit à Paris), et vrais mauvais films (Vicky Cristina Barcelona, Vous allez rencontrer un un bel et sombre inconnu, To Rome with love) depuis l'incontestable réussite de Match Point, le réalisateur américain ne s'en tire pas trop mal ici. La palme aux acteurs, Alec Baldwin, Sally Hawkins notamment. La structure du film est aussi plus recherchée qu'habituellement, jouant finement avec le flash-back, liant malicieusement les scènes.

Comme souvent, les personnages ne sont pas ce qu'ils semblent être de prime abord ; Cate Blanchett, Jasmine dans le film,  est, à ce titre, stupéfiante (même si on a profocdément du mal à s'attacher à elle, mais c'est une autre histoire). Le décalage entre la bourgeoise Jasmine et sa sœur, au quotidien plus modeste, explose lorsqu'elles cohabitent, après que Jasmine a vu son mariage atomisé par des tromperies extra-conjugales et autre scandale financier.

Le personnage principal a des traits alleniens (très verbeuse et totalement névrosée), mais l'ensemble donne une fraîcheur qu'on ne connaissait plus à ce cher Woody depuis des années. Une fraîcheur teintée de folie et même de mélancolie, la pauvre Jasmine paraissant parfois complètement paumée dans ce nouveau monde (celui de la sobriété financière, dira-t-on).

Autre point positif, l'intrigue et ses personnages nous emmènent sous des horizons où se jouent les nuances de gris ; rien ni personne n'est l'homme ou la femme idéale, la sphère des gens fortunés est décrite par petites touches impressionnistes, mais son constat est sans appel.

Ballade très amère aux pays des rêves désenchantés, le film, s'il est loin d'être parfait (fin abrupte, peu de personnages sympathiques), Blue Jasmine constitue le meilleur film de son auteur depuis un bail. Ce serait dommage de s'en priver.

 

07.09.2014

Flashback Presse Cinéma : Midi-Minuit Fantastique n°2

15163730451_4ffefa6504_m.jpgA la lecture de l'imposant n°2 de la revue Midi-Minuit Fantastique dans la réédition exceptionnelle signée Michel Caen et Nicolas Stanzic, plus constats s'imposent : tout d'abord, les rédacteurs en avaient sous le pied en créant la revue, car cette deuxième livraison totalise 130 pages, plus que certains numéros doubles (comme le numéro 3, consacré à King Kong).

La revue, totalement consacrée au cinéma dans le premier numéro, s'ouvre à d'autres formes d'arts, certes reliées au domaine cinématographiques. La littérature, dans un premier temps. On avait bien perçu la qualité poétique des écrits de l'équipe. Le cinéma cher à Midi-Minuit Fantastique est bien celui d'une porte ouverte vers l'imaginaire, moteur d'un émerveillement constant, et d'un plaisir des sens à tous les niveaux. Ce n'est pas par hasard si ce numéro consacré aux "Vamps Fantastiques" débute par des extraits choisis de Boris Vian où il décrit fort joliment différents types de femmes fatales : à griffes, à nageoires, etc. Viennent ensuite une sympathique nouvelle fantastique d'une mystérieuse Bélen, et quelques critiques de livres en fin de numéro. La revue s'ouvre aussi, encore plus que dans sa première livraison, à la l'illustration et à la peinture, de la main même des rédacteurs, qui ont visiblement plusieurs vies : ainsi, Félix Labisse, avec ses peintures détournant les codes de l'ère classique, et Jean Boullet, avec ses jolis dessins à l'encre, sont à la manœuvre pour donner plus de plaisir à l’œil. L’œil est également à la fête dans la rubrique Rencontres..., qui rapproche des images issus de films différents autours de motifs récurrents : la femme araignée, les femmes fleurs, les vampires, femmes-oiseaux, etc. Là encore, l'admirable reproduction des photos est à mettre au compte de l'éditeur et des auteurs de l'intégrale Midi-Minuit, rehaussant si c'était possible l'intérêt de l'ouvrage.

On retrouve la fixation de certains sur des films, ou des acteurs : le fameux Masque d'Or de Charles Brabin pour Jean Boullet, adaptation des exactions du diabolique Fu Manchu ; Carol Borland, vamp tout aussi fameuse dans La marque du vampire (Tod Browning, 1935). On parle eaucoup de ce dernier dans ce numéro ; Freaks (1931), Les poupées du diable (1936) sont abordées pour leur personnages pittoresques de femmes fortes.

Des images splendides, ce numéro en regorge, à commencer par sa couverture ; Mary Morris dans Le voleur de Bagdad (Ludwig Berger, Michael Powell, Tim Whelan, 1940), mais également la belle princesse ailée du Tour du monde de Sadko, film russe d'Alexandre Ptouchko sorti en 1952 ; la splendide Glynis Jonhson en sirène dans Miranda (Ken Annakin, 1948), ou encore Moira Shearer dans Les contes d'Hoffman de Michael Powell. Bref, en dressant un panorama complet des cinémas de l'imaginaire par le biais d'une thématique précise, en alternant cinéma du présent (dfe l'époque !) et remémoration des grands films des décennies précédentes, parfois oubliés, l'apport critique et historique de la revue, en plus d'une valeur littéraire assez exceptionnelle, est encore plus évident aujourd'hui qu'il ne pouvait l'être alors (on connaît aujourd'hui beaucoup des films invisibles de l'époque. Et ce n'est que le début !

25.08.2014

Metal Hurlant Chronicles - saison 2 (2014)

Une série TV de Guillaume Lubrano

14844577938_db297fd945_m.jpgIl y a deux ans, les six épisodes de la première saison, entre tortues de l'espace et bimbos en latex, m'avaient bien fait rire ; l'audace de l'ensemble étant à louer devant l'absence des séries françaises de SF, à budget correct. En sachant à quoi m'en tenir, j'ai visionné la deuxième saison de 6 épisodes, diffusés il y a peu sur France 4 (également disponible en VOD sur Canalplay). Rappelons l'origine du projet : une série basée sur des bandes dessinées parues dans Métal Hurlant, la revue BD française typée SF qui a fait découvrir Bilal, Druillet, ... Le nom de la revue étant mondialement connu (notamment grâce à une parution aux Etats-Unis, Heavy Metal, depuis 1977, ayant inspiré deux films et des jeux vidéos), le producteur Guillaume Lubrano vend les droits de la série un peu partout dans le monde... L'un des derniers pays acquéreurs étant le France ! Etant donné le format court des saisons, Lubrano vend d'emblée les deux premières saisons. Voici que les derniers épisodes produits sont diffusés.

"On ne change pas une équipe qui gagne" : cet adage bien connu se vérifiant souvent, on ne sera pas surpris qu'ici, rien ne change, même si la réussite n'est pas forcément au rendez-vous. On a toujours mal à s'emballer pour ses récits qui nous endorment à la deuxième minute d'un épisode pourtant court (25 minutes) ; la chute de l'épisode, sur laquelle repose tout le récit, est parfois tout à fait accessoire ; les quelques beaux plans de décors (un bar de l'espace, une salle du trône futuriste, un château, ou une ville du far-west) ne suffisant pas à garnir les péripéties des histoires. A tout le moins, on ne peut leur reprocher leur manque de considération visuelle, l'esthétique étant le point réussi de cette seconde salve. Costumes et décors sont soignés, même si quelques effets spéciaux masquent difficilement leur nature factice.

Rayon casting, on reprend les mêmes et on recommence : Michael Biehn (Termintor), James Marsters (Buffy contre les vampires), Scott Adkins, Dominique Pinon, Michael Jai White ; au rayon des nouveaux venus, Frédérique Bel, pas avare de ses charmes dans le segment médiéval Le second fils, ou encore l'ex-hardeuse Katsuni, alias Céline Tran, John Rhys-Davis, et même une apparition-clin d'oeil de Jean-Pierre Dionnet, cofondateur de Métal Hurlant.

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Un maquillage réussi dans l'épisode L'endomorphe

Whisky, le récit western qui ouvre la saison, est assez réussi ; les décors et les prestations de James Masters et Michael y sont de bonne qualité ; le montage est par contre parfois à la ramasse, notamment sur le passage du temps (une séquence laisse paraître que le laps de temps écoulé est très important, alors qu'on se rend compte ensuite que tout s'est passé assez rapidement).

L'endomorphe
, second épisode, nous propulse dans une zone de guerre intergalactique assez bien fichue ; la chute, particulièrement, nous offre un impact assez fort. Malgré le manque d'ampleur de l'épisode (on ne peut s'empêcher de voir qu'une poignée d'acteurs est à l'étroit dans un huis-clos moyennement tendu).

Seconde chance a l'air d'un Star Wars du pauvre, aux décors cependant soignés (rappelant ainsi Les maîtres du destin, épisode de la saison 1) ; on apprécie également les épisodes qui lient entre eux, certains personnages se croisant d'épisodes en épisodes, formant même un tout avec la première saison 1.

Le dernier Khondor aurait pu être un bon épisode s'il n'était pas auto-centré sur la salle du trône, certes jolie, mais bon, 25 minutes c'est long... La chute, qui n'a pas l'air d'en être une, est plus intéressante qu'elle n'y paraît.

Le second fils est l'épisode médiéval de la saison, lui aussi un peu coincé dans la grande salle à manger. De plus, les actions des protagonistes (un échange de lame entre frères) paraît n'avoir aucun enjeu narratif. On notera tout de même dans cet épisode la prestation d'un sosie de Vincet Cassel jeune, qui s'en sort bien en jouant les crapules. Les paysages nocturnes du château piquent un peu les yeux, parraissant sortis d'une cinématique de jeu vidéo d'il y a 10 ans.

Enfin, Retour à la réalité est une histoire dans l'histoire digne de La quatrième dimension, malheureusement sans beaucoup de moyens. Dominique Pinon joue dans cet épisode, ainsi que dans le précédent, et y donne de sa personne.

La saison est presque aussi décevante que la première ; peut-être devrait-on intimer à Guillaume Lubrano de lâcher les rênes de la série, ou au moins de partager les responsabilités, tant il fait tout (producteur, scénariste, réalisateur sur tous les épisodes)...