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17.05.2015

Whiplash (2014)

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Un film de Damien Chazelle

Whiplash, c'est un peu Full Metal Jacket où un orchestre de jazz aurait remplacé la guerre du Viêt-Nam ; le sergent-instructeur est toujours là, lui, et a pris l'apparence de J.K. Simmons (Oz, Spider-Man).

Il fallait un jeune premier musicien pour le rôle du batteur Andrew Neyman ; en l'état, le choix de Miles Teller (The Spectacular Now, Divergente, prochainement Les 4 fantastiques) tient de l'évidence. Sa performance saisit l'effort jusqu'aux limites du corps, la course effrénée vers l'excellence du très haut niveau. En face de lui, J.K. Simmons est démoniaque, la plupart du temps imbuvable, parfois doux comme un père... Il dirige sa formation musicale comme une armée de petits soldats surentraînés, dans laquelle la moindre faiblesse est fatale. Les scènes instantanément marquantes de la fausse note ou du tempo impossible illustrent avec dureté le niveau d'exigence stratosphérique du chef d'orchestre. Pour répondre à cette exigence, Neyman ira lui aussi très loin, sacrifiant tout sur l'autel de sa passion : sa famille, sa petite amie, sa santé...

Le rapport avec la famille, décalée culturellement, est poignant, notamment dans la scène du dîner : Neyman éclate devant le manque de considération qu'on lui témoigne, dans un élan d'orgueil tant excessif que nécessaire. Toute cela... Pour quoi ? L'expression du pur talent musical, dont nous avons une démonstration définitive à la fin du film, qui a la bonne idée d'aller jusqu'au bout du propos tout en inversant les rapports de force. En l'état, il rappelle la plan final de Billy Elliot, qui, bien que trop elliptique, capturait tout autant un instant de perfection, d'achèvement artistique total.

En montrant à la fois toute l'étendue des sacrifices nécessaires à l'accession de la maîtrise totale de l'instrument, et la grâce qui en résulte, Whiplash est un film exemplaire et l'un des meilleurs témoignages de l'excellence musicale à l'écran.

04.05.2015

Focus presse : Star Wars Insider 1

16744855043_39fa9ba69e_m.jpgAlors que la campagne marketing autour du prochain film Star Wars s'intensifie, un nouveau magazine débarque en kiosque ; il est l'héritier d'une revue que l'on avait plus vu depuis un bail, Lucasfilm Magazine, dont la publication s'était arrêtée en 2009. Six années et un changement d'éditeur plus tard (Panini remplace Delcourt), c'est reparti pour un tour de Faucon Millenium avec un mélange de traductions du magazine américain éponyme et autres textes inédits. La passation entre l'ancien (magazine, éditeur) et le nouveau est peut-être le plus réussi dans la nouvelle mouture : Patrice Girod, rédacteur en chef de Lucasfilm magazine, écrit un billet aussi passionné qu'émerveillé sur la renaissance de la saga ; il interviendra régulièrement dans Star Wars Insider. Puis c'est Aurélien Vivès, éditeur de Star Wars en VF et grand spécialiste de l'univers, qui trousse un article bigrement intéressant sur l'ihistorique de la publication de Star Wars en France, qui replace les grands moments des BD Star Wars dans leur contexte.

Autres documents dignes d'intérêts, la partie sur les costumes de Star Wars Episode IV : Un nouvel espoir (le Star Wars originel), agrémenté de nombreuses photos et croquis ; également, le focus sur Joe Johnston -en réalité une longue interview-, à la manœuvre aux effets spéciaux de la trilogie originale. Il deviendra ensuite réalisateur avec Rocketeer (1991), Jumanji (1995), ou plus récemment Captain America : First Avenger (2011). Revenant notamment sur Battlestar Galactica, la série d'origine à laquelle il participe en 1978 et qui posa de gros soucis à George Lucas, il dit notamment :

"La série a permis de faire évoluer la technologie de Star Wars presque jusqu'au niveau de L'empire contre-attaque. Je crois qu'il y avait un plan qui contenait 25 éléments dans Galactica, ce qu'on aurait jamais pu réaliser sur Star Wars."

L'empire contre-attaque ne serait donc pas visuellement ce qu'il est dans cette série des années 70... Cette dernière est d'ailleurs ressortie récemment en Blu-ray aux Etats-Unis.

Le contenu du reste de la revue (elle fait tout de même 96 pages) est bien moins pertinent pour moi : beaucoup sur Star Wars Rebels, la nouvelles série animée, des faux articles à base de listes commentées (du genre 50 raisons d'aimer la trilogie originale, Rinzler présente ses cinq fins préférées, un doubleur de Star Wars Rebels nous fait son Top 10...), un article sur Harrison Ford qui parle plus d'Indiana Jones (!!!) que de Star Wars... Et des erreurs continues qui masque mal la mauvaise adaptation des écrits américains : Sur ce dernier article avec Harrison Ford, on nous rapporte que le coffret Indiana Jones vient de sortir en Blu-ray -en fait édité en 2012, je le rappelle ; mais aussi, et c'est plus embêtant, l'annonce erronée de la sortie de la saison 6 de Clone Wars en France. Cette dernière n'est en effet parue qu'aux Etats-Unis et, si le coffret Blu-ray est disponible en Allemagne, la VF est québécoise... Que dire enfin de la preview de la BD à sortir dans un autre magazine (m^me pas le début de l'histoire !) ? Ce numéro 1 croule sous le remplissage, il est à espérer que la formule se bonifie au fur et à mesure de l'approche de la sortie de l'Episode VII. En l'état, le rédactionnel de la revue comics Star Wars est presque plus convaincant ! L'avenir nous dira si les articles d'Insider seront aussi plus en phase avec son équivalent américain.

10:59 Écrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD | Lien permanent | Commentaires (0) |  del.icio.us |  Facebook | |  Imprimer | |

23.04.2015

Je dois tuer (1954)

Un film de Lewis Allen

4c1f8ab9ba35a.jpg"S'ils jouent les héros, tue-les.
On ne sera pendu qu'une fois."

Sous ses dehors de série B à l'aura délicate -son intrigue fut jugée totalement fantaisiste à l'époque, avant qu'elle ne se révèle prophétique avec l'assassinat de JFK ; de plus, Lee Harvey Oswald aurait visionné le film peu avant le crime-, Suddenly ! est une péloche trépidante, s'arrangeant formidablement de ses limites pour illustrer un huis-clos oppressant ; ces gangsters, sous la coupe de John Baron (Frank Sinatra), prêts à commettre le meurtre du président des Etats-Unis pour l'argent, se heurtent à la personnalité forte de Todd Shaw, shérif qui, comme Baron, a servi en Corée. Le jeu de miroir laisse paraître les fissures d'un Sinatra qui n'en est certes pas dépourvu. Le cadre serré du 1.33 sert le propos et cristallise les tensions, la folie paranoïaque du criminel, ainsi que le danger permanent qu'il représente pour ses otages. La dimension extrémiste du film rappelle constamment cette menace constante, restant par là très moderne.

Le nom de la ville, qui donne son titre original au film, est excellent ; il crée la surprise chez chaque nouvel arrivant, tout en incarnant un état passé qui fait écho aux gangsters des années 30. Cette parenté, ainsi que la typologie du personnage principal, aspiré dans une spirale infernale de violence, rappelle totalement l'aspect film noir revendiqué par Lewis Allen, qui réalisera notamment un autre film du genre en 1955, Témoin à abattre.

La tension est bien présente tout du long, avec une belle idée pour la résolution de l'intrigue. Un film simple, qui file comme une balle de son idée de départ jusqu'à son dénouement : une démonstration de l'efficacité d'alors, et oui, Sinatra est vraiment flippant.

Disponibilité vidéo : DVD - éditeur : Wild Side Video

23.03.2015

Il marchait la nuit (1948)

Un film de Alfred L. Werker et Anthony Mann

16719178119_74cd25dc83_m.jpgCe film policier, montrant avec force détail le processus d'enquête de la police de Los Angeles suite à l'assassinat d'un de ses agents n'est pas sans rappeler l'excellent La brigade du suicide, réalisé par Anthony Mann en 1947. Tout l'appareil de police est mis à contribution das une affaire particulièrement délicate : de nuit, un homme agresse un policier, puis fait varie son apparence physique comme son mode opératoire (hold-up, agression, de jour comme de nuit). Afin de triompher de cet homme "sans visage", on nous montre avec fierté un dispositif d'avant-garde, l'établissement d'un portrait le plus détaillé possible, avec l'aide des dernière technologies disponibles et des témoins des crimes. Une voix-off vient souvent appuyer le fastidieux processus d'enquête et d'interpellation. Il marchait la nuit marque également par sa tonalité très sombre, notamment lors d'une séquence très dure au cours de laquelle le personnage principal (qui est aussi le criminel, c'est assez rare pour le signaler) s'extrait lui-même la balle qui l'a blessée.

Esthétiquement, le film a une belle patte, notamment grâce au réalisateur Alfred L. Werker, à qui l'on doit un des premiers Sherlock Holmes avec Basil Rathbone, Les Aventures de Sherlock Holmes ; Anthony Mann, bien que non crédité au générique, a au moins dirigé la scène finale dans les égouts, lieu atypique qui n'avait vraisemblablement jamais été utilisé auparavant au cinéma. La très belle qualité visuelle du film peut également compter sur l'apport du directeur photo John Alton, artisan régulier dans les films d'Anthony Mann (Marché de brutes, La brigade du suicide, Incident de frontière ou encore La porte du diable), et d'Allan Dwan ; les séquences nocturnes, qui occupent la quasi-totalité du métrage, en sortent magnifiées, avec des éclairages durs et directs, à l'aune des meilleurs films noirs. A signaler, la copie disponible sur le DVD signé Wild Side Video est de bonne tenue, bien que proposée dans une gamme low-cost, Vintage classics.

Au final, c'est tout le paradoxe entre des crimes terribles, sans réel motif, variant dans leur forme, et l'apparence angélisme de son auteur, qui est soulevé ; et Il marchait la nuit, comme La brigade du suicide, encense comme c'est de bon ton à l'époque la valeur des hommes qui font, parfois au prix de leur vie, respecter la loi dans la jungle urbaine...

Disponibilité vidéo : DVD - éditeur : Wild Side Video

16.03.2015

Birdman (2015)

Un film de Alejandro González Iñárritu

poster212x312.jpegDu réalisateur mexicain, je garde des impressions frappantes de 21 grammes (2003), Amours chiennes (2000) et Babel (2006), tourbillons émotionnels empreints d'une rare violence psychologique. Comme ce fut le cas avant la vision d'autres films, la réputation extrêmement flatteuse de Birdman me transportait dans un climat de confiance totale : ce devait être un grand film. Découvert au lendemain de son sacre aux Oscar, j'en garde effectivement une impression très vivace : l'ennui.

Le fond n'est pas bien nouveau, ni carrément excitant : les affres de la célébrité perdue, la névrose et la guerre des égos d'acteurs détestables... Why not. Cassavetes ne faisant pas autre chose dans les années 70, et je ne trouvais déjà pas ça passionnant, mais passons. Non, le véritable problème du film est de tout céder à la performance, se posant dès le cahier des charges comme un film à récompenses, ce qui n'a pas loupé. Performance des acteurs, tous vociférant, avec à la clé une lecture méta sur la carrière de son acteur principal, so smart (Keaton est Riggan, et alors ? Le réalisateur se permet même une référence éculée au magnifique Boulevard du crépuscule de Wilder, qui s'il partait du même principe, embrassait une histoire bien plus originale en se fondant avec les codes du film noir) ; performance de la caméra, personnage à part entière qui déambule dans un plan-séquence souvent gratuit. Le seul intérêt structurel de Birdman est d'éclater la linéarité du récit malgré la continuité du plan-séquence : on passe donc de la nuit à l'après-midi en un claquement de doigts, en s'en apercevant à peine. Iñárritu retranscrit dès lors une impression d'expérience théâtrale, dans un pur objet de cinéma, accordons-lui cela, mais ce sera tout.

L'intérêt du personnage du super-héros, juste là pour appuyer le paradoxe entre les blockbusters décérébrés et le cinéma d'auteur exigeant ? Aucun. L'intérêt que Riggan ait réellement des super-pouvoirs ? Aucun. Dans le style Show Business is a bitch, j'ai même préféré l'essai de Cronenberg, Maps to the stars, et ce malgré qu'il fasse partie des pires séances cinéma de 2014, c'est pour dire. Le problème de Birdman, c'est tout y paraît extrêmement calculé. La sincérité, dans tout cela ? Autant regarder à nouveau 21 grammes, Amours chiennes ou Babel, je vous le dis.