15.04.2014

Hunger Games (2012)

Un film de Gary Ross

13845381744_d27ac72c3a_m.jpgDisons l'évidence sans attendre : ces Hunger Games ne me disaient rient qui vaille, devant leur évident rapport avec Battle Royale, film japonais qui m'avait estomaqué à l'époque. Après, vision, si le modèle se fait terriblement sentir (impossible que l'auteure du roman ne s'en soit pas inspiré), les films de "jeux de la mort", ainsi que les livres, ne sont pas rares : sur les 50 dernières années, on peut au moins citer Punishment Park (1971), La mort en direct (1980), Le prix du danger (1983), Running Man (1987), ... Cela n'est pas vraiment nouveau. Alors, pourquoi ne pas le raconter... encore une fois ? Et puis, celui qui a réalisé Pleasantville (1998) ne peut pas faire un navet total. Impossible.

La bonne idée du film, comme du roman, est de prendre le temps de nous installer dans cette dystopie qui fait tout : en punition d'une révolte qui a échouée, le gouvernement de Panem organise les Hunger Games, durant lesquels les 12 districts du monde sélectionnent chacun un garçon et une fille ; ce sont les Tributs. Ils devront s'entre-tuer jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Ainsi, les 74èmes Hunger Games ne commencent qu'après une bonne heure de film, donnant à voir ce sombre futur, mais également ces populations bien différentes (les districts de la périphérie essayent de survivre, tandis qu'une élite oisive se prélasse dans le faste).

Le rapport à l'artificialité des apparences, utilisées pour charmer l'auditoire et attirer la générosité des sponsors qui pourront venir en aide aux joueurs de leur choix pendant le jeu, est bien amené. Ainsi, Katnyss et Peeta, du district 12, font leur entrée sur un char cerné de flammes factices ; l'attirance qu'ils peuvent avoir (ou pas) l'un envers l'autre est également renforcée dans une perspective marketing. Rien de bien nouveau, certes, mais tout cela est bien présenté. Esthétiquement, il faut souligner le courage du film d'aller vers la science-fiction la plus colorée, en donnant aux personnages des costumles, coiffures, maquillages, vraiment too much.

On regrettera tout de même une psychologie moins efficace que dans Battle Royale, et la prédominance de quelques personnages qui ne laissent pas grande place au reste du cast. Pour autant, Woody Harrelson, en survivant imbibé d'un précédent Hunger Games, tire son épingle du jeu. Pas d'effets follement gore à espérer ici, malgré le pitch meurtrier. Le film, comme ses personnages, reste teen-targeted : Hunger Games et Twilight, même combat ! Et, au contraire du début vraiment réussi, on regrette la fin trop expédiée et prévisible. Allez, on donne quand même la moyenne pour la classe Hunger Games !

Disponibilité vidéo : Blu-ray et DVD - éditeur : Metropolitan FilmExport

Source image : affiche du film © Metropolitan FilmExport

13.04.2014

La vallée de Gwangi (1969)

Un film de Jim O'Connolly

13793807285_5309bc1227_m.jpgA l'origine idée du vétéran des effets spéciaux Willis O'Brien comme suite du King Kong de 1933, La vallée de Gwangi et sa découverte d'un espace où la vie préhistorique aurait survécu est repris par le grand Ray Harryhausen, en quelque sorte fils spirituel de O'Brien. Les prises de vues, incluant James Franciscus ou Freda Jackson (vue dans A Canterbury Tale de Powell & Pressburger, Les grandes espérances de David Lean ou encore Les maîtresses de Dracula de Terence Fisher, sont bouclées en Espagne. Elles ne sont guère enthousiasmantes, le film prenant toutes sa valeur avec les créatures fantastiques créées par Harryhausen ; un ptérodactyle, une sorte de tyrannosaure (le fameux Gwangi du titre), mais aussi un cheval miniature, et un éléphant sont les attraction de ce film à effets. La fluidité de l'image par image n'aura jamais été si parfaite à l'époque. Le cheval miniature notamment, outre son caractère fantaisiste très rigolo, est formidablement animé. De même, l'animation réaliste d'un éléphant à la fin du film est très réussie.

Et l'histoire, me direz-vous ? Pas fantastique, contrairement à son postulat de départ. Le patron d'un cirque ayant des difficultés financières va voir l'arrivée du cheval miniature comme un aubaine, le clou de son futur spectacle. La découverte de la vallée de Gwangi est typique des films de dinosaures, à l'image du Monde perdu (Harry O. Hoyt, 1925), de King Kong (Shoedsack & Cooper, 1933), ou plus tard Le sixième continent (Kevin Connor, 1975) et Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993), mais y ajoute le western, le film se déroulant au début du XXème siècle. Tuck (James Franciscus) a tous les atours du cow-boy. Dans la lutte pour la possession de l'animal fantastique, Le scientifique se heurte au commercial, une belle jeune femme se trouve au centre des enjeux (la pauvre Gila Colan, d'origine polonaise, verra toutes ses répliques redoublées par une autre actrice en raison son trop fort accent), et le film s'inspire d'ailleurs largement du dernier acte de King Kong.

Malgré son histoire prétexte, The valley of Gwangi mérite d'être découvert aujourd'hui : scènes de foules convaincantes, paysages désertiques de l'Espagne, et les très nombreuses animations de Harryhausen doivent suffire au bonheur des fans du genre.

Disponibilité vidéo : DVD zone 1 avec VF et VOST - éditeur : Warner Home Video

Source image : affiche du film © Morningside Movies

11.04.2014

Classics Confidential : Les forçats de la gloire (1945)

Un film de William A. Wellman

13780071185_03e2610acd_o.jpgWild Side nous fait découvrir, dans une très belle édition DVD + livre, le film de guerre de William A. Wellman ; celui-ci, un temps pilote dans l'escadrille LaFayette, s'orientera naturellement vers  films d'aviation (Les ailes, 1927, Les pilotes de la mort, 1928) ; pour autant, il entend bien rendre justice à l'infanterie avec The Story of G.I. Joe (titre original du film), adapté des chroniques du correspondant de guerre Ernie Pyle -interprété par Burgess Meredith.

Les forçats de la gloire entretient un rapport étroit avec la réalité de la seconde guerre mondiale : tourné pendant la guerre, le film utilise des plans de La bataille de San Pietro, documentaire réalisé par John Huston sur l'attaque de la ville, survenue en décembre 1943 (présent en bonus sur le DVD). Même si certains plans (d'avions, notamment) font montre de leur altérité par rapport au film The Story of G.I. Joe, bien malin celui qui pourra départager avec précision les plans documentaires des plans de studios filmés par Wellman.
Les soldats des campagnes d'Italie et de Sicile sont également mis à contribution, apparaissant dans le film ; le film sortira sur les écrans américains le 18 juin 1945, soit à peine plus d'un mois après la reddition de l'Allemagne. A cette date, les véritables soldats que l'on voit dans le film auront tous péris sous les balles ennemies ; il en est de même pour  le correspondant de guerre Ernie Pyle, tombé le 18 avril 1945. Avant cela, il aura remporté le prix Pullitzer pour son travail. Ces rapprochements fiction/réalité sont bien mis en valeur dans le livre joint au DVD, écrit par Michael Henry Wilson et traduit par Philippe Garnier. Le parcours de Wellman y est détaillé avec beaucoup d'à-propos.

Wellman veut un film réaliste sur le quotidien de la guerre : il filme ainsi beaucoup de moments d'attente, d'épuisement de la compagnie C du 18ème régiment d'infanterie. Les combats sont réduits à la portion congrue, mais frapperont avec une force peu commune lors des batailles de San Vittorio et du Monte Cassino. On retient, certes la fatigue, la lassitude de ces hommes sacrifiés, mais aussi les moments de complicité et de gaîté, qui les ont fait tenir ; à l'image du sergent Warnicki (Freddie Steele, un ancien boxeur), qui, après chaque bataille, harassé, essaye systématiquement de faire marcher le vinyle que lui a envoyé sa femme, sur lequel elle a enregistré la voix de son petit garçon... Son abnégation sera finalement récompensée.

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Les soldats en route pour la bataille

La concentration du récit sur une petite unité rend ces personnages vivants, attachants ; Pyle, voyageant un peu partout lors des campagnes d'Afrique et surtout d'Italie, revient toujours à la compagnie C, comme il retrouve des amis. La mort, thème évidemment central, n'est jamais traitée avec sentimentalisme ou grandiloquence, mais simplement et humblement, comme un triste passage obligé de la guerre. Le lieutenant Bill Walker, interprété par Robert Mitchum en retenue, en fera les frais.

Poignant par sa rudesse et son refus du traditionnel spectacle hollywoodien, Les forçats de la gloire est un film qui reste ; sa puissance n'est aucunement érodée par les ans, car la technique, si élaborée soit elle, s'efface devant la réalité des choses : grand paradoxe des chefs-d’œuvre de l'histoire du cinéma.

Disponibilité vidéo : DVD + livre - éditeur : Wild Side Video

Sources images : jaquette DVD © Wild Side Video - photogramme du film  © Lester Cowan Productions

07.04.2014

Superman contre Brainiac (2013)

Un film de James Tucker

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Les films d'animation DC sont souvent dignes d'intérêt, surtout lorsqu'on a en tête la période dorée de Warner Animation, lorsque Paul Dini et Bruce Timm créent Batman, la série animée. Force est de constater que les temps ont bien changé, et ce Superman contre Brainiac est le premier film à sortir parès la retraite de Bruce Timm du département Animation de DC.

Le film adapte, comme c'est de coutume désormais chez DC, un comic phare de la firme ; en l'occurrence, Superman : Brainiac, écrit par Geoff Johns et dessiné par Gary Frank en 2008 (prochainement publié en France par Urban Comics). Cette mini-série remett sur devant de la scène le grand méchant Brainiac, qui a connu différentes versions : d'abord, en 1958, lors de sa première apparition dans Action Comics #242, où il est représenté comme un extra-terrestre à la peau verte et aux rêves de grandeurs, qui miniaturise les villes pour pouvoir mieux les dominer; Il apparaît alors comme une version alien de Lex Luthor, doté d'une intelligence hors du commun. En 1983, le scénariste Marv Wolfman et le dessinateur Gil Kane le modernise dans Action Comics #544, en l'imaginant cyborg ultra-puissant au le look est inspiré de Terminator et de la créature d'Alien. La froideur du métal et de ses yeux rouges n'a d'égale que son machiavélisme. Puis, la version, dernière en date, de Johns et Frank. On retrouve l'alien vert super-intelligent qui met toujours les villes en bouteille, et notamment Kandor, maîtresse-cité de la planète disparue Krypton. Cette-fois ci, c'est pour en acquérir toutes les connaissances, les cultures, ....

Méchant peu ordinaire, qui rappelle par sa démesure une autre grande figure de Marvel cette fois, Galactus, le demi-dieu mangeur de mondes. si le casque totémique de Galactus donnait au personnage son allure si iconique, brainiac est tout de suite identifié par son vaisseau en forme de crâne, avec lequel il ne fait qu'un. Le personnage est donc hors-norme, de taille à se mesurer aux immenses pouvoirs de Superman. Le comic de Johns est magnifié par le dessin parfait de Gary Frank, qui s'inspire notamment du Superman de Christopher Reeve, dans des poses toujours ultra-réaliste. La finesse du trait donne l'intelligence nécessaire aux deux personnages principaux, comme on peut en voir un autre exemple dans la saga qui a suivi, Origines secrètes (2009), toujours menée par la même équipe.

13702576174_a786befb70_n.jpgAyant tout pour réussir l'adaptation animée de DC se casse la figure dès le début : le design anguleux peu amène et caricatural (et surtout sans aucun rapport avec le style de Gary Frank) est typique de ces productions peu coûteuses dont l'animation est sous-traitée en Corée. Les quelques images de synthèse se repèrent à des kilomètres, les décors sont pauvres, sauf lors de la dernière séquence de combat entre Brainiac et Superman  ; visuellement, seul le vaisseau de Brainiac s'en sort. La romance Clark / Lois n'est pas non plus très fine. Donnons tout de même quelque crédit à la première rencontre entre les deux personnages principaux, Superman, dérivant dans l'esapce infini, se faisant absorbé parla tête de mort tentaculaire de Brainiac... Même si l'animé est donc décevant, il aura le mérite de faire revenir sur le devant de la scène ce personnage maléfique mais intéressant qu'est Brainiac. L'année précédente, DC avait pourtant épaté tout le monde avec sa monumentale adaptation du définitif Dark Knight Returns de Frank Miller... La chronique bientôt, ici même !

Disponibilité vidéo : Blu-ray et DVD - éditeur : Warner Home Video

Source images : jaquette DVD © Warner Home Video / Action Comics #868 © DC Comics

06.04.2014

La fiancée de Frankenstein (1935)

Un film de James Whale

13668938514_c0ca36c613_m.jpg"To a world of
gods and monsters !"
- Docteur Pretorius à Frankenstein

Le cycle des monstres Universal, avec La fiancée de Frankenstein, est à son sommet. Mais, avant d'en arriver là, le chef-d’œuvre de James Whale a connu quelque aventure...

Alors qu'une suite au populaire Frankenstein est envisagée très tôt par Carl Laemmle Jr., elle mettra quatre ans à voir le jour. Première cause de ce délai, James Whale, à qui l'on propose la réalisation, qui la refuse catégoriquement : le principe même de la suite ne l'intéresse pas. Il aura le temps de réaliser The Old Dark House (1932), ainsi que l'autre joyau du cycle, L'homme invisible (1933), avant d'être de nouveau approché par la production. Si le cinéaste Kurt Neumann est annoncé vers septembre 1933, Whale reste le choix commercial par excellence. A la faveur d'un marché avec Laemmle (il le laissera réaliser One more River, en échange de La fiancée de Frankenstein), Whale se laisse convaincre. De multiples versions du scénario sont écrites, toutes peu satisfaisantes, notamment une signé Tom Reed fin juillet 1933. Certains éléments, présents dans la version Reed, seront conservés dans la version finale : l'apprentissage de la parole par le monstre, sa rencontre avec l'aveugle, le personnage de la fiancée, et l'inévitable destruction du laboratoire. Notons qu'à l'exception des deux derniers poins, le reste est présent en germes dans l’œuvre originale de Mary Shelley. Au final, trois personnes marquent durablement le script : William Hurlbut, John L. Balderston (auteur adapté sur Dracula, scénariste sur La momie) et Whale, qui, même s'il est non-crédité, injecte son humour caractéristique et sa science du décor (lui-même ancien décorateur) à l’œuvre.

Le film est ainsi bâti autour d'une équipe très semblable à celle du film d'originel : Karloff, bien qu'étant contre l'idée de faire parler la créature, est de retour dans la défroque du monstre ; Colin Clive interprète à nouveau Henry Frankenstein, le fantasque Dwight Frye est de retour, mais dans un rôle différent (Fritz trouvant la mort dans le premier film, il devient Karl, un pauvre hère détrousseur de tombes). Des habitués du cercle Whale sont également incorporés, dans deux rôles faits pour eux : l'inimitable Una O'Connor (la gouvernante de Frankenstein) et E.E. Clive, qui joue le bourgmestre. Leurs échanges humoristiques, détonnant quelque peu dans la noirceur du film, apportent une respiration bienvenue, tandis que d'autres s'épouvanteront devant leur sur-jeu apparent. Autour de ces acteurs récurrents, l'époque est difficilement décelable : des technologies avancées sont présentées aux côtés de villageois semblant à peine sortir du Moyen-Âge. Plus que du fantastique ou de la science-fiction, le films pourrait tout à fait constituer un exemple de fantasy, l'illustration d'un espace-temps mythique de conte. Plus tard dans le film, la temporalité est tout de même précisée, censée être contemporaine à la sortie du film... mais dans un environnement si reculé qu'on peut le qualifier d'univers parallèle ! A cheval entre la fantasy et la science-fiction, donc.

Dans cet ensemble très familier, un nouveau venu fait des étincelles : l'acteur Ernest Thesiger, dans la peau du docteur Pretorius ; autrefois mentor de Frankenstein, il revient hanter le docteur pour tenter à nouveau l'expérience interdite de créer la vie. Le rôle a d'abord été proposé à Claude Rains, qui, après L'homme invisible, ne voulait pas se laisser cataloguer dans les films d'horreur. On remarque que la relation entre ces deux personnages, qui consiste à faire du mentor celui qui exhorte Frankenstein à retenter l'expérience, est l'inverse de celle qui prévaut d'habitude, quand Frankenstein doit convaincre son entourage qu'il est sain d'esprit, et que sa quête a un sens. On retrouve d'ailleurs la relation maître/élève dans plusieurs films de la reprise Hammer du mythe, notamment dans Le retour de Frankenstein (Frankenstein must be destroyed, Terence Fisher, 1969). Le retour de Frankenstein devait d'ailleurs être le titre retenu pour La fiancée de Frankenstein, quand Whale trouva ce titre, plus poétique. Le personnage de la fiancée s'impose à la toute fin comme une véritable icône du cinéma d'horreur, parfaitement habillée et coiffée : cette coiffure qui rappelle les égyptiennes, zébrées d'éclairs blancs, fera beaucoup d'émules, et constitue la plus grande nouveauté esthétique du film. Alors que Karloff, dans sa scène de résurrection dans le premier film, était couvert partiellement de bandages, la fiancée est intégralement enveloppée par des bandelettes qui font d'elle une véritable momie : même ses jambes sont serrées pour ne former qu'un grand tronc. On peut sûrement voir ici une influence de La momie (Karl Freund, 1932), autre film du cycle qui constitue une autre réussite incontestable.

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Elsa Lancaster et Boris Karloff

Le film souffrit de la censure ; certes, la MPAA existe depuis 1922 et émet ses souhaits de coupes depuis lors. Mais, à partir de 1934, elle se dote  du Code de Production cinématographique, qui resserre encore plus l'étau des libertés du cinéaste. Ainsi, les plans sur le décolleté de Elsa Lancaster (jouant Mary Shelley dans le prologue et la fiancée du titre) furent enlevés, et le nombre de morts directs ou hors-champ fut réduit de vingt-et-un à neuf. Les préoccupations de la MPAA pour la morale des spectateurs concernent également les atteintes portées à la religion, et veille à faire supprimer les jurons et les paroles qui lui sont contraires. Cependant, certaines coupes concernant des intrigues secondaires ne sont a priori pas un mal, tant le film et ses 1h15 tient du miracle aujourd'hui encore. La présence raréfiée de la créature, le prologue faisant revivre le trio Mary Wollstonecraft, Lord Shelley et Lord Byron, la tonalité volontairement expressionniste des décors, telle la forêt aride peuplée de tronc d'arbres dénudés, ou encore les toiles peintes (jamais on ne nous montre un vrai ciel) en fait un pur moment de cinéma. Whale, laissé libre, peut parfaire son art de la mise en scène, opérant un découpage dynamique (on retrouve les cadrages et montages progressifs typiques lors de l'apparition d'un nouveau personnage), imprimant dès qu'il le peut du mouvement à sa caméra. On saisit dès lors l'évolution entre Dracula et ses cadrages statiques, et La fiancée de Frankenstein ; l'énergie déployée à la mise en scène était déjà très présente dans L'homme invisible.

Enfin, on ne peut parler de La fiancée de Frankenstein sans dire un mot sur sa musique. Franz Waxman compose une musique variée, tantôt légère (Prologue - Menuetto and storm), grand-guignol (Danse Macabre) et effrayante (Monster Entrance). James Bernard se souviendra de cette dernière lorsqu'il écrira la musique des films marquants de la Hammer, relecture de ceux de la Universal, entre fin 1950 et fin 1960. Plus que cela, on perçoit une nette évolution dans le cycle des films de monstres Universal : Dracula, au début des années 30, ne bénéficie que d'une musique d'introduction et de fermeture, qui plus est déjà existante, issue du Lac des cygnes. La fiancée... est le premier exemple du cycle a comprendre une partition aussi élaborée. La musique y est omniprésente, accompagnant chaque action, donnant un sens à chaque moment. Les personnages y ont chacun leur thème, illustrant par là le film dans la tradition musicale hollywoodienne pour les décennies à venir.

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Colin Clive, Dwight Frye et Ernest Thesiger

Disponibilité vidéo : Blu-ray / DVD - éditeur : Universal

Sources images : affiche du film et photogrammes © Universal Pictures