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20/09/2016

Night Gallery saison 1 (1969-1971)

Une série télévisée de Rod Serling

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Le tableau inaugural de l'épisode The Cemetery, issu du pilote de la série (Night Gallery, MCA/Universal)

S'il y a bien un éditeur vidéo à suivre en ce moment, c'est bien Elephant Films et ses sorties de patrimoine que personne d'autre n'ose faire paraître : au mileu des Alfred Hitchcock Hour et de leurs éditions des films de monstres de la Universal, il y a cet objet inclassable qu'est Rod Serling's Night Gallery. Rod Serling n'est pas seulement l'homme derrière La quatrième dimension ou le scénario de La planète des singes. Après l'arrêt de de sa série phare en 1964, il réfléchit à une autre anthologie télévisuelle, davantage tournée vers le genre épouvante ou fantastique. Le résultat ne sera visible que des années plus tard, lorsque trois nouvelles de Serling sont présentées, en d'omnibus, au cinéma. Le film ainsi constitué sortira en France sous le titre L'envers du tableau, alors que la série qui suivit ne fut, à notre connaissance, jamais diffusée dans l'hexagone. 

On remarque dès les premiers segments la patte du créateur de La quatrième dimension, avec des thèmes récurrents similaires : la solitude, la peur de la mort et de la maladie, une charge contre l'égoïsme, l'avarice ou la différence, ou encore la nostalgie d'un temps révolu où la vie était plus simple. Rod Serling est le principal pourvoyeur de scénarios de cette première saison, comme un rappel de l'immense somme de travail que l'homme livra sur La quatrième dimension

Chaque épisode de 50 minutes comporte deux ou trois segments de durée inégale ; on passe de mini-histoires de 9 minutes à des segments de 20, 30 ou 40 minutes. L'ampleur et la qualité de ceux-ci est, à l'évidence, comparable à leur durée, même si certains de ces courts récits s'avèrent efficaces (Room with a view, inspiré du film d'Hitchcock, et avec la charmante Diane Keaton). Cette première petite saison -six épisodes, plus le pilote, soit dix-sept histoires-, est placée sous le signe de la citation. Les épisodes citent en effet allègrement les travaux passés de Rod Serling : Lone Survivor, où un naufragé du Titanic est sauvé des eaux trois ans après le naufrage du fameux paquebot, est une réécriture de l'épisode La nuit du jugement (La quatrième dimension, saison 1 épisode 10) ; le nostalgique They’re Tearing Down Tim Riley’s Bar est quelque part entre les fabuleux Souvenir d'enfance (La quatrième dimension, saison 1 épisode 5) et Arrêt à Willoughby (saison 1 épisode 30). Make Me Laught (deuxième effort du jeune Steven Spielberg dans cette première saison) est quant à lui un réinterprétation de l'épisode Je sais ce qu'il vous faut (saison 1 épisode 12) ; quant à The Nature of the Enemy, il rappelle Les envahisseurs (La quatrième dimension, saison 2, épisode 15).

 Si certains réalisateurs ne sont pas inconnus (Boris Sagal ou Jeannot Swarc qui réalisera de nombreux épisodes de la série), c'est bien le nom de Spielberg qui marque sur cette première saison. Son épisode Eyes, présenté dans l'épisode pilote, est son tout premier emploi de réalisateur. En face de lui, rien moins que Joan Crawford, sur sa toute fin de carrière. L'épisode tient toujours bien la route et comprend certains plans étonnants, notamment des trucages optiques pour figurer la désorientation du personnage principal, une femme aveugle qui souhaite recouvrer la vue via un ignoble stratagème. Les retournements de situations sont typiques du travail de Rod Serling ; l'histoire a d'ailleurs été publiée dans un recueil comprenant également The Escape Route, troisième segment du pilote.

La tenue globale de la saison est très bonne. Si l'on devait en faire ressortir un du lot, The House est particulièrement marquant. Il explore le monde du rêve de façon étrangement logique et cyclique. L'épisode lui-même commence comme un rêve, sans explication logique concernant l'arrivée du personnage à cet endroit. Le personnage d'Elaine Latimer (Joanna Pettet) semble vivre la plupart du temps dans un rêve, ce que confirment les autres pensionnaires de l'hôpital psychiatrique dans lequel elle séjourne. La persistance du rêve ("Je fais le même rêve depuis mes neuf ans", décrit-elle à son analyste) confère au récit d'une mystique particulière, comme si la partie rêvée de sa vie en constituait la plus grande part... Un épisode marquant. Marquant tout autant, dans sa dimension horrifique, est l'épisode The Doll : une poupée maléfique est envoyée au domicile du colonel Masters, à l'attention de sa nièce. La poupée en question fait vraiment peur, et son emprise démoniaque sur la réalité est montrée de façon aussi subtile que terrifiante.

Dans différents genres, la première saison de Night Gallery tient aujourd'hui encore bien la route, malgré sa facilité à reprendre des trames déjà vues. C'est d'ailleurs un des objectifs de cette anthologie : proposer une compilation aussi variée que possible des différents clichés fantastique, d'épouvante ou de science-fiction. Mission accomplie, Mister Serling !

07/09/2016

Batman : The Killing Joke (2016)

Un film d'animation de Sam Liu

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DC continue sur sa lancée d'adaptations de ses grands classiques. Après Batman : The Dark Knight Returns ou All-Star Superman, Batman : The Killing Joke se pose un peu là. L'album, récompensé par le Eisner Award 1989, scénarisé par Alan Moore et dessiné par Brian Bolland, a redéfini le personnage du Joker jusqu'à aujourd'hui et marque un tournant pour celui de Barbara Gordon / Batgirl / Oracle.

L'annonce du projet enchante les aficionados, Mark Hamill et Kevin Conroy reprenant respectivement le doublage du Joker et de Batman, comme au bon vieux temps de Batman, la série animée des années 90. La fortune des animés DC étant, pour dire cela poliment, fluctuante, qu'en est-il ici ?

Disons d'abord l'erreur manifeste du projet : celle de greffer sur l'intrigue un prologue (rien moins que les 30 premières minutes sur 1h17 de film !) montrant l'association Batman/Batgirl empreint d'une connivence hors-sujet, menant même jusqu'à une scène d'amour assez franc du collier ; Killing Joke est par ailleurs, sauf erreur, le premier film d'animation DC a être classé R (Restricted)... Pas courant dans l'évocation des personnages, on relève cependant cette même histoire dans le comic book Batman Beyond 2.0. Mais qu'est-ce que ça fout dans Killing Joke ? Et l'on ne mentionne même pas les diverses allusions pas vraiment discrètes ("non, c'est pas mon copain", lance Batgirl à des truands taquins), ou les plans de Barbara Gordon qui jogge façon fan service. Non, décidément, tout cela n'a rien à voir avec la bande dessinée de Moore et Bolland (Batgirl l'admet bien volontiers avec la phrase qui ouvre le film : "Tout d'abord, je sais que vous vous attendiez à un début différent"). 

L'élément remarquable dans tout cela reste l'actualisation du récit. The Killing Joke est paru aux États-Unis en mars 1988, à la préhistoire des ordinateurs et des technologies de l'information. Le film d'animation en fait un récit d'aujourd'hui : Babs communique son père via une oreillette bluetooth, Bruce Wayne / Batman a sa forteresse d'écrans dans la batcave... qui montrent des images du Joker issues d'histoires récentes ! On y reconnaît la version dessinée de Heath Ledger dans The Dark Knight, celle de Jack Nicholson, les poissons au "sourire Joker"issus de l'épisode Heureux comme un poisson dans l'eau, un visuel de couverture de Mike Mignola pour le récit Un deuil dans la famille... Des easter eggs pour fans, certes, mais qui montrent aussi la façon qu'à DC d'actualiser, de déconstruire la continuité des comics.

Passé la première demi-heure, nous avons effectivement ce que "nous attendions". Une adaptation littérale, glauque et flippante du Joker de Killing Joke. A ses trousses, un détective infatigable, presque aussi fou que lui. Tout y est : la fête foraine en ruine, le passé du Joker, aux prises avec des mafieux (évidemment) sans scrupules. La blessure fondatrice de Barbara Gordon, le character design de la série animée des années 90... Disons que les trois derniers quart d'heure valent vraiment le coup. Vous pouvez d'ailleurs commencer le film à la trentième minute (chapitre 4 du DVD/Blu-ray), sans même rater le générique de début, car il n'y en a pas ! Il faut croire que commercialiser un film d'animation inédit en DVD de moins d'une heure n'était pas une option (en même temps, The Killing Joke fait 48 pages)... C'eût été pourtant la chose à faire.

D'autres avis : 

DCPlanet
KissMyGeek
EcranLarge

14/06/2016

Annecy 2016 : Belladonna (1973)

Un film de Eiichi Yamamoto

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Ouf ! Il en aura fallu du temps pour que je me remette à écrire... Un temps qui avait disparu comme par un mauvais coup du sort. L'envie, également, manquait. Mais aujourd'hui, c'est surtout ne plus écrire qui me manque, ne plus lire de commentaires (même si je sais que les blogs ciné sont tout de même moins suivis qu'à une époque). Plus de sept ans depuis la création du Film était presque parfait, et c'est avec un plaisir renouvelé que j'écris aujourd'hui. Il fallait aussi un film extra-ordinaire, dans tous les sens du terme, pour me replonger dans l'écriture : ce fameux Belladonna, dont, jusqu'au programme du festival d'Annecy 2016, je n'avais jamais entendu parler.

Jeanne, abusée par le seigneur de son village, pactise avec le Diable dans l'espoir d'obtenir vengeance. Métamorphosée par cette alliance, elle se réfugie dans une étrange vallée, la Belladonna…

Le vintage, c'est mon dada, vous le savez si vous suivez ces lignes : en voilà une belle tranche, jugez plutôt : un film animé japonais mêlant romantisme torturé, supplices de toutes sortes, une orgie d'anthologie mais aussi des visuels magnifiques, entre art nouveau et trip musical sous acide, rappelant Yellow Submarine ou préfigurant The Wall.

Belladonna est donc, dès le départ, pensé comme un film pour adultes ; il s'agit du troisième opus d'un cycle initié par Osamu Tezuka, nommé Animerama, une sorte d'anthologie du cinéma érotique en animé. Le concept ne marcha jamais vraiment, mais la singularité de Belladonna réside dans les sources d'inspirations du réalisateur, moyen-âgeuse et européenne. l'héroïne, Jeanne, resemble ainsi à une égérie-type des années 60 comme Catherine Deneuve. Les contraintes de production obligent Yamamoto à tourner la moitié du film en image fixe, ce qui donne une drôle de sensation ; celle de regarder un roman-photo sacrément barré. Lorsque l'animation se montre, elle est brutale, choquante même, pour ceux qui ne seraient pas familiers avec les films d'exploitation japonais de la période, comme La femme Scorpion, ou plus encore Le couvent de la bête sacrée. Une imagerie sexuelle totalement débridée s'étale sur l'écran : pénis qui parle, zoophilie, viols, tout un catalogue de perversions dans lequel Jeanne se transformera peu à peu en celle que les hommes surnomme la Sorcière (c'est aussi le titre du livre-scandale de Jules Michelet, adapté ici).

Voir Belladonna, c'est être projeté dans un autre temps, dont la charge punk et féministe ne s'est pas émoussée. C'est, comme on dit, une véritable curiosité : il serait insensé de passer à côté. Pour les plus réticents, sachez que nul autre que l'immense Tatsuya Nakadaï (Yojimbo, Hara-Kiri, Kagemusha, Ran...) assure la voix ténébreuse du diable avec lequel pactise la belle Jeanne...

Crédit image : Belladonna of Sadness © Cinelicious Pics

28/01/2016

007 Spectre (2015)

Un film de Sam Mendes

220px-Spectre_poster.jpgLe nouveau Bond était comme il se doit, attendu au tournant. Tournant qu'il n'a, pour une fois depuis le début de l'ère Craig, pas très bien négocié...

Soyons clairs : sur certains passages obligés, Spectre fait le job : scène pré-générique impressionnante en pleine fête des Morts, générique dans la moyenne (mais pourquoi cette chanson ? Quand on sait que Lana Del Rey s'est -peut-être- vu refusé son morceau 24 autrement plus bondien, c'est à n'y rien comprendre), dépaysement assuré autour du monde, jolie voiture... Mais si tout cela n'était pas le contraire de ce qu'il fallait faire ? Expliquons-nous.

La période Craig s'est toujours différencié par une nouvelle identité : un Bond plus jeune qui a l'air de n'en faire qu'à sa tête, mais avec tellement de classe. Ici, entre tradition et modernité, le réalisateur Sam Mendes n'a pas su trouver la juste mesure. Pourquoi ? Tout en continuant dans une veine sombre, il réinjecte des ingrédients des Bond d'antan : une armoire à glace qui rappelle Oddjob (Goldfinger), un grand méchant trop familier, l'humour - alors que Craig est jusque là dans le registre décalé du sarcasme ; tout cela ne sonne pas juste. L'expliquer autrement serait inutile : le ton ne fonctionne pas. La faute ne vient pas des acteurs, mais des éléments choisis de l'intrigue, ainsi que de leur présentation.

Le jeune Bond a désormais des rides, et il rentre dans les bottes de ses incarnations passées... ce retour en arrière semble trop nostalgique pour être honnête. Alors que le coup de la vieille Aston Martin, apparue comme un éclat du temps passé dans Skyfall, clin d’œil  charmant à la mythologie qui illustrait le voyage dans le passé effectué par le personnage, Spectre figure une régression ; toute magie s'est évaporée.

Où est la nouveauté ici, si ce n'est par les modèles de voitures, les girls ? A, si : la nouveauté, c'est que le film est le plus long de la franchise. Bien trop long en vérité, Car Mendes trousse des scènes d'une longueur, d'une langueur impossible, incompatible avec l'actioner exotique et sexy que Casino Royale avait su si bien incarner. Elle est où l'évasion, là ? Franchement.

15/11/2015

Le solitaire (1981)

Un film de Michael Mann

artoff5652.jpg?1426629229Ce premier film du futur réalisateur de La forteresse noire, Heat ou encore Collateral est un marqueur de son temps, un sorte de chaînon manquant entre le cinéma désespéré des années 70 et l'esthétique tape-à-l’œil des 80's.

S'inscrivant dans la veine des caper movie (films de casse), Le solitaire suit le parcours de Frank, cambrioleur expert ; ce dernier, rêvant d'une vie tranquille avec femme et enfants, choisit de s'associer avec un caïd pour accélérer son ascension sociale.

Très fort visuellement (magnifiques plans de nuit où une lumière travaillée jaillit par touches impressionnistes), le film s'accorde aussi une palette musicale d'avant-garde pour l'époque, avec la bande-son électro en diable composée par Tangerine Dream (Le convoi de la peur, Legend, La forteresse noire, etc.). Le film tire l'essentiel de sa signification de son impact visuel et de son odyssée musicale, inspirant par là le Drive de Nicolas Winding Refn. De la même façon que pour le Driver / Ryan Gosling, Frank est un professionnel qui parle peu, mais qui se montre finalement  très sentimental, prêt à tout pour protéger les êtres qu'il chérit ; son tempérament occasionne un final explosif digne des meilleurs Peckinpah. 

Les aspirations de Frank, un rêve de simplicité, sont contenues dans une conversation très émouvante dans un bar avec Jessie, qui deviendra sa femme. Le voleur y dévoile des envies les plus simples et évidentes du monde, alors qu'on perçoit en même temps tous les obstacles qui lui barrent le chemin. Exemple : il souhaite avoir un enfant, rencontre la femme qu'il lui faut. Malgré cela, il accepte le marché fou  de travailler pour un mafieux en échange... d'un enfant, dont il peut -en plus- choisir son sexe. Comment faire simple... Plus que sur tout autre aspect (action, polar) c'est sur cette dimension humaine et personnelle, très malmenée, que repose le métrage. Le personnage veut entrevoir la beauté du monde, comme dans la séquence dite de "la pêche", ajoutée par Michael Mann dans la version director's cut. Cette beauté que nous offre Michael Mann, par la sophistication de sa mise en scène.

Disponibilité vidéo : DVD / Blu-ray - éditeur : Wild Side Video