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  • Live long and prosper : Star Trek débarque sur Arte !

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    Amis de la SF, des paradoxes temporels et de l'exploration de planètes et peuplades exotiques, tous à vos postes ! Arte inaugure dès ce soir dimanche 26 mai 2013 un cycle Star Trek ! Au programme, les 6 épisodes cinématographiques de la saga impliquant l'équipage d'origine (Star Trek : le film, Star Trek II : la colère de Khan, Star Trek III : A la recherche de Spock, Star Trek IV : Retour sur terre, Star Trek V : l'ultime frontière, Star Trek VI : Terre inconnue), plus le meilleur épisode (peut-être de toute la saga dans son entier) : Star Trek : Premier contact, avec l'équipage de Star Trek : The Next Generation et les méchants Borgs, dirigés par une reine carrément borderline.

    Ajoutez à cela deux documentaires dont un inédit (Star Trek : True Stories, ce soir à 22h45), la ration est tout à fait honorable. Pour les novices, débuter par Star Trek : le film s'avèrera assez déroutant, l'équipage vieillissant et les thématique sur la mort, sans compter le mystère V'ger, se détachant finalement d'un épisode classique de Star Trek. On vous conseille l'épisode II, avec un Ricardo Montalban viril tout en poitrine luisante, et la trilogie qu'il forme avec les épisode III & IV, réalisés par Leonard Nimoy, Spock en personne.

    Tout cela pour amener au fait que ce Star Trek a fait de mieux n'est pas forcément au cinéma. Si vous aimez, plongez-vous dans la série originale : même si le tempo est un lent, la mythologie et le message de tolérance et d'humanisme distillé par Gene Roddenberry, sans compter le décorum SF assez excellent et les tenues parfois sexy en diable peuvent vous ravir. A bon entendeur !

    Plus d'infos sur la programmation d'Arte

  • Metal Hurlant Chronicles - saison 1 (2012)

    Une série de Guillaume Lubrano

    8167885972_9cef43313a_m.jpgDe la SF à la française... Cela m'a longtemps laissé songeur (voir mes articles désabusés ici ou ), tant les producteurs et les réalisateurs de l'hexagone ne permettent pas de s'extasier devant des projets qui tiennent la route. Vision parfois trop auteurisante sur un domaine où l'imaginaire a tous les droits, paralysée par des budgets ridicules, la science-fiction française n'a jamais brillé au cinéma. Paradoxalement, le genre y a longtemps été catalogué comme sujet de sous-films, et donc doté de petits budgets, alors même que tout l'univers est à créer : aujourd'hui, les films fantastiques ou de science-fiction (américains mais pas que : asiatiques et indiens par exemple) sont mainstream, capables de mobiliser un public important, et bénéficient de moyens dantesques. A venir, le nouveau film de Tom Tykwer, Andy et Lana Wachowsky, Cloud Atlas, a été réalisé pour 100 millions de dollars, et c'est encore peu face à un Avatar et ses 250, ou 500 millions ? Personne ne semble même le savoir...

    Là où Guillaume Lubrano et sa société We Prod ont bien joué, c'est qu'ils reprennent un nom clairement identifiable à l'étranger : Métal Hurlant est à l'origine une revue française dirigée par Jean-Pierre Dionnet, animé par le trublion Manoeuvre, créée dans les années 70 qui mêle tout à la fois bande dessinée futuriste et musique rock, et dans lequel des immenses talents ont émergés : Enki Bilal, Moebius ou Druillet pour ne citer que les plus connus. Leur imaginaire improbable se doublait d'une lecture amère et ironique de la société. Quelques années après sa création, la même équipe produit une version américaine, Heavy Metal. Deux films d'animation ont été réalisé en 1980 et 1999, compilant certaines histoires de la revues ; on retrouvait déjà les jeunes filles peu couvertes et la dérision typique du titre. Les artistes confirmés, ainsi que l'esprit si particulier de la revue sont aujourd'hui connus un peu partout, la meilleure carte de visite qui soit pour Lubrano et son équipe. Le concept a ainsi été vendu rapidement à l'étranger, bien plus qu'en France où un partenariat a finalement été trouvé dans la dernière ligne droite avec la chaîne France 4. Malgré l'attrait général qui a permis la constitution d'un casting sympathique, mais aussi très farfelu (Rutger Hauer y croise la route de Greg Le Millionnaire Basso, la plantureuse Kelly Piranha 3D Brook de Frank des 2be3, ou encore Dominique Pinon celle de l'ex-hardeuse Yasmine), le budget a été famélique : il a fallu réaliser l'intégralité de la saison 1, soit 6 épisodes de 25 minutes avec 1,4 millions d'euros, soit l'équivant d'un épisode de la série Les revenants, qui va être diffusé sur Canal + en cette fin d'année ; somme qu'on imagine déjà bien grignotée par les cachets des acteurs. 

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    Enfin arrivée à la fin du mois d'octobre à la télé et dans les bacs, on peut aujourd'hui juger sur pièces. Ne le cachons pas, le résultat est, comme on pouvait s'y attendre, très mitigé. La facture générale ne masque en rien les limites du budget. Les effets spéciaux, parfois nombreux, ont une grosse dizaine d'années de retard par rapport à des séries TV de science-fiction américaines. Mais tout n'est pas qu'une question d'argent : plus que ces effets, c'est le jeu des acteurs qui pêche vraiment, pas forcément aidés par des dialogues imbitables (mention spécial au premier épisode, King's Crown, et au deuxième, Shelter Me, avec James Buffy Marsters). Ce dernier peut être considéré sans mal comme le pire épisode de cette courte première saison, tant ni les acteurs, ni les dialogues, et encore moins le visuel et la chute, ne sont mémorables. 

    Le niveau, cependant, progresse au fil des épisodes. Aux trois premiers nous cueillant vraiment à froid, réussissant tout de même à nous faire trouver le temps long sur un format de 25 minutes (avec un petit mieux pour Oxygène, mais ça ne compte, il y une scène de sexe au début), les trois suivants sont bien plus probant. Le quatrième, l'un des plus réussis, prend la forme d'un double-épisode prenant chacun la moitié du temps. La première histoire prend pour sujet un jeune homme enfermé dans une prison nimbée de rouge, qui l'obsède et ne lui donne qu'une envie : en sortir pour, ne serais-ce qu'un instant, revoir le ciel. Même si une voix-off pesante occupe l'espace sonore, l'épisode est très bien réalisé, donnant la part belle à la castagne pure et dure, dans des chorégraphies de combat visuellement intéressantes. 

    La deuxième partie, misant beaucoup sur l'ambiance, grâce à une partition musicale inspirée, nous plonge dans un monde totalitaire qui n'a que faire de ceux qui ne suivent pas le chemin tracé. Ici, les images parviennent à marquer (une ville aux multiples tours qui s'étend, avec ses lumières fluorescentes, jusqu'à l'horizon), et les acteurs jouent juste. Ce double épisode, qui introduit d'ailleurs la mythologie du métal hurlant (qui n'existe pas dans le magazine), est vraisemblablement le pilote de la série, tourné pour démarcher les producteurs et diffuseurs : on comprend que ces derniers aient été sensibles à la démarche.

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    Le cinquième épisode, Le serment d'Anya, voit Rutger Hauer officier en ancien mage, et va conduire un guerrier par-delà le temps pour lutter contre l'apparition d'un démon. Même si les effets spéciaux montrent encore une fois leur triste limite (les créateurs ont manifestement trop appris à faire des images en regardant 300 et Sin City, tant on voit bien que rien, à part les acteurs, n'est réel : cette fausse réalité nous éloigne immanquablement du récit), le corps de Greg Basso ne s'en sort pas si mal : il a la carrure de l'emploi et ne pipe quasi-pas un mot pendant tout l'épisode. La chute, bien qu'attendue, donne à l'ensemble un air d'anthologie à La Quatrième dimension, Alfred Hitchcock présente ou Au-delà du réel. Ces séries phares des années 60 misait gros sur l'ambiance, ayant peu de moyens, et tout sur leur final, retournement de situation souvant cruel, ironique et -moins souvent- drôle. Ce format, peu tenté en France, vaut le coup d'être essayé et l'on décernera la palme de l'audace à Lubrano et son équipe. 

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    Enfin, comment ne pas dire deux mots sur Les maîtres du destin, où Joe Flanigan (Stargate Atlantis et une foultitude d'autres séries), en Han Solo du pauvre, déambulant dans un bar fluo, tombe sous le charme de Kelly Brook, alors même que leur destinée semble liée depuis la nuit des temps par des tortues de l'espace... 

    Malgré une réussite très contrastée, Metal Hurlant Chronicles innove totalement dans le panorama télévisuel français, et l'on espère que la saison 2 (déjà achetée dans plusieurs pays) montrera le plein potentiel de de l'équipe. Bref, un truc de fou, kitsch et foutraque, mais qui donne à quelques occasions de bons moments.

  • Le giallo, une horreur érotique (2011)

    Un film documentaire de Yannick Delhaye

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    Lundi 21 novembre, La chaîne Paris Première a eu la bonne idée de programmer un documentaire récent sur un genre qui nous tient à cœur, le giallo, diffusé au mois de mars dernier sur CinéCinémas ; lui-même précédé d'un de ses chefs-d’œuvres emblématiques, Suspiria (Dario Argento, 1977).  

    Sur une durée plutôt confortable compte-tenu du thème, une multitude d'invités prestigieux prennent la parole pour cerner le genre par ses archétype : les meurtres à l'arme blanche, le tueur fétichiste, les belles jeunes femmes victimes, … Sont ainsi passés en revue les traits principaux d'un genre qui navigue entre plusieurs eaux, comme en témoigne le titre du documentaire. Comme les films d'horreur ou érotique, le giallo est un genre "bis", éloigné des genres principaux dits "légitimes" que sont le drame ou la comédie, mais qui les a contaminés, la périphérie s'invitant ici au centre. 

    Excroissance tout à la fois monstrueuse et magnifique du polar, le giallo va ainsi se positionner à l'extrême, insistant notamment sur les meurtres, les consacrant en véritables morceaux de bravoure cinématographiques, ou encore sur les courbes d'actrices plantureuses, offertes tant au rasoir tranchant du tueur qu'aux yeux du spectateur. Les traumas familiaux, les perversions, et autres comportements déviants sont le lot quotidien de l'amateur de giallo ; Jean-Baptiste Thoret, intarissable sur le cinéma des années 70, restitue habilement ces éléments dans le contexte historique délicat de l'Italie d'alors, en prise à une flambée de violence et de défiance envers les autorités. J'aime particulièrement sa saillie finale sur La baie sanglante (Mario Bava, 1971), qui est, il est vrai, assez unique dans son jusqu'au-boutisme. Luigi Cozzi, réalisateur et collaborateur de longue date de Dario Argento, rappelle l'origine historique du giallo, avec ces fameux livres à couverture jaune (giallo en italien) de l'éditeur Mondadori, qui y publiait des histoires de mystères et de meurtres comme celles de Edgar Wallace.

    De leur côté, Fausto Fasulo (rédac' chef à Mad Movies), et Hélène Cattet et Bruno Forzani,  réalisateurs de Amer (2010), film-hommage au giallo, s'attachent à la stylisation visuelle, et aux implications émotionnelles, et à l'aspect symbolique des clichés du genre. Un style extrêment codifié, fait d'inserts rapides, d'intérieurs saturés de couleurs, de magnifiques jeunes femmes à la nudité facile, et où l'effroi, la douleur et la jouissance s'entremêlent dans une ambiguïté savamment entretenue. 

    Tel le calme avant la tempête, le giallo pique au thriller des respirations rapidement interrompues par des pics de violence à l'ampleur grand-guignolesque, dont la mise en scène souvent inspirée donne des airs de happenning artistique.

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    Nous remémorant les œuvres les plus connues du genre, des films de Mario Bava à ceux de Sergio Martino, en passant par l'inévitable Dario Argento, le doc réussit à dessiner les contours significatifs de ce pur genre de film d'exploitation, cocktail explosif de polar, d'horreur et d'érotisme, saupoudré de sado-masochisme. On peut tout de même tempérer cette impression en donnant au giallo une autre inspiration majeure, qui elle aussi à "infecté" tous les genres principaux : le film noir. En effet, devant la scène de crime, ce n'est pas un policier qui mène son enquête, mais plutôt un homme qui n'est pas une figure de l'autorité assermentée : tantôt journaliste, détective, vendeur d'assurances ou de voitures dans le film noir, il sera musicien, écrivain,  professeur, dans le giallo. Comme le film noir, le giallo est caractérisé par sa dimension urbaine, la froideur des architectures bétonnées rencontrant une folie meurtrière paroxistique à la nuit tombée. Les femmes fatales sont bien là dans le giallo, car sous une apparente fragilité, ce sont souvent elles qui mènent le jeu.

    Dans la dernière partie du documentaire, on nous présente un échantillon du cinéma contemporain qui s'est nourri du giallo, genre désormais exangue ; Blue Velvet (David Lynch, 1986) et Basic Instinct (Paul Verhoeven, 1992) sont bien ceux qu'on appelle aujourd'hui les représentants du néo-noir, peintures d'un univers perclus des machinations les plus tordues, aux meurtres graphiques et au pessimisme rentré. Quoi qu'il en soit, de bien belles références pour un genre qui se joue aux extrémités.

  • Baby Cart diffusé en télé : le loup à l’enfant chasse sur Arte

    4434931086_ef2f46fcfd_m.jpgLa case Trash reprend du service dans la grille de programmation d’Arte, et ça envoie du lourd pour commencer : vendredi 12 mars dernier vers minuit, le premier épisode de la saga barbare et sanguinaire Baby Cart a été diffusé, suivi les semaines prochaines de l’intégrale des épisodes (six au total).

    Adapté du manga Lone Wolf and Cub, de Kazuo Koike, qui scénarise d’ailleurs les cinq premiers films, les épisodes nous montre Ogami Itto, l’exécuteur du Shogun, évincé par un sombre complot. Au lieu de se suicider, comme le voudrait le code de conduite des samouraïs, il s’enfuit en emmenant son fils avec lui.Il est désormais ronin, un samouraï sans maître, et offre ses services de tueur, tout au long de sa route, dans les villages qu’il traverse. Cette expédition étrange, s’abîmant dans des abysses de cruauté, n’en est pas moins très graphique, conservant l’impact des mangas. Kenji Misumi, artisan principal de la saga (quatre films réalisés sur les six), est un conteur visuel, maître dans la composition de tableaux vivants. De même, cette route sinueuse que prend Ogami Itto dans le Japon médiéval, représente son chemin mental pour redonner du sens à sa vie, perdu par son éviction. Il continue donc à tuer, n’ayant jamais fait que ça, avec néanmoins une justice personnelle et évolutive. La présence de l’enfant n’est pas pour rien dans la bizarrerie des films, spectateur insensible des tueries, ou participant dans le cadre de ses moyens. Au fil des épisodes, les nombreux opposants rivalisent d’ingéniosité pour prendre le samouraï en traître, spectacle aussi gore que jouissif dans la résolution fatale mais astucieuse. Presque invincible, la fin de Baby Cart s’orientera de plus en plus vers un James Bond gadgetisant (numéro trois, Dans la terre de l’ombre), ou des influences westerniennes (numéro six, Le paradis blanc de l’enfer).

    Saga vengeresse à contempler sur Arte, froide de préférence, évidemment.

  • Metropolis - version intégrale (1927)

    Un film de Fritz Lang

    4352728133_754ec54db4_m.jpgCe vendredi 12 février 2010, aux alentours de 23h20, la projection exceptionnelle de la version la plus complète de Metropolis à la 60ème édition de la Berlinale touchait à sa fin. Fruit d'un parcours épique, dont l'histoire des déboires est aussi dense que celle d'un (bon) film, Metropolis tient donc debout pour la première fois depuis sa première projection.

    Production pharaonique de la UFA, qui accompagnait Fritz Lang depuis quelques années, et avait déjà permis à son réailsateur de créer sa vision démesurée du mythe des Nibelungen (1924), Metropolis est le film de tous les superlatifs : figuration dantesque (35000 personnes, chômeurs pour le plus grand nombre, permis par les salaires très bas pratiqués à l'époque), décors gigantesques, expérimentations graphiques de tous les instants au service d'une réflexion sur les rapports de force entre les classes sociales, et c'est loi de faire le compte. Face à son budget incontrôlable, le film est un échec cinglant et le film est rapidemment coupé, découpé dans les grandes largeurs. Si l'on se retrouve aujourd'hui avec une version quasi-complète de 2h30 (de rares cartons nous décrivent encore une ou deux scènes manquantes), l'on ne pouvait voir à la fin des années 20 qu'un film d'une durée de 1h30 ! Le film met ainsi longtemps, très longtemps avant d'acquérir le statut de classique mondial (premier film enregistré à la Mémoire du monde de l'Unesco), et ce n'est quà partir des années 70 que le film, sous le coup d'une première restauration, va inspirer les metteurs en scène, mais aussi le monde de la mode, ....

    La copie retrouvée au musée de Buenos Aires remet donc les pendules à l'heure, car elle permet de voir près de 25 minutes inédites par rapport à la dernière restauration de 2004, celle présentée sur le DVD MK2 en France, qui comportait encore nombre de cartons descriptifs rendant l'intrigue encore confuse. Ici, le challenge était de produire une copie exploitable en HD, pour de futures éditions Blu-ray. La version diffusée sur Arte est celle-ci, en plus d'être un ciné-concert, l'orchestre symphonique de Berlin jouant pendant que le film était projeté. La partition originale est très importante, entre nous soit dit, car elle a permis de se rendre compte que la copie argentine était bien la plus complète  : la partition comporte en fait plus de mille points de synchronisation musique / images, qui permettent de faire vivre le film beaucoup plus qu'une musique générique comme c'était souvent le cas pour sonoriser des films muets.

    On peut facilement différencier les passages déjà connus, retranscrits avec une pureté jamais atteinte (la HD pour les films de patrimoine, fussent-ils si anciens, est vraiment visible!) des scènes inédites, la copie argentine, en 16 millimètres, faisant preuve d'un état lamentable, restaurée au mieux mais aux dégâts irréversibles. D'innombrables stries barrent l'immage verticalement, le spectateur pouvant discerner derrière ces véritables barreaux ce à quoi ressemblait ce rêve de Metropolis, ce mythe du film génial mutilé et retrouvé. Dans ces scènes inédites, qui ne s'en tiennent parfois qu'à des plans de coupes, on découvrent de nouveaux personnages, tel le sbire du chef de l'usine, un gars à la mine patibulaire, mâchoire carrée, chapeau noir à longs bords et oreilles naturellement pointues : mandaté pour tuer Freder Fredersen, il va poursuivre l'ouvrier à qui ce dernier a fait don de son costume. 11811, car il est ainsi nommé, a droit a plus de scènes, et notamment une dambulation en voiture durant laquelle il veut se rendre au quartier des plaisirs (nommé Yoshiwara, du même nom que le quartier bien connu, pour les mêmes raisons, dans le Japon de l'ère Edo). La fin du film est la plus dense en scène nouvelles, principalement axée autour de l'inondation du monde souterrain ; l'eau monte, jaillit de toute part, à l'instar de la peur de tout un peuple.

    La tenuer christique du récit, voyant un homme du peuple d'en haut aller dans les souterrains, prendre la place d'un ouvrier, pour finalement symboliser le coeur entre "le cerveau et la main", leitmotiv martelé tout au long du film, est claire et finalement très naïve (le jeu de Gustav Frohlich, tout en yeux écarquillés et poses théâtrales, n'élévant certes pas le propos). L'acteur a d'ailleurs une particularité amusante : il est atteint d'un mal plus tard connu sous le nom de syndrome Forrest Gump, à savoir qu'il ne se déplace qu'en courant comme un dératé, même sur des courtes distances, ce qui est est très drôle -malgré lui.

    Le film, opposant le monde d'en haut, terre des artistes, de la beauté et de la richesse, aux tons blancs éclatants, à celui du bas, noir de charbon pour les ouvriers qui semblent nourrir les machines d'eux-mêmes pour assurer le bon fonctionnement d'en haut, est ainsi construit en miroir constant. Marie, jeune fille pure qui exhale la foi des opprimés, et son double robotique, pervertie; Freder le bourgeois et 11811 l'ouvrier , dont il prend la place et qui, une fois maquillé en rupin, lui ressemble beaucoup ; A ses oppositions symétriques s'ajoutent les effet de miroir dans le cadre, qui démultiplient les visages, ou les regards (le visage de Maria répété à l'infini). L'opposition cerveau / main s'offre une résolution, un lien possible entre les deux en la personne de Freder, défini comme l'élu, le médiateur rêvé. Dans un autre axe de lecture, on peut néanmoins penser que le véritable lien, le médiatuer véritable n'est autre que la femme robotique, croisement entre l'homme et la machine, et ainsi trait d'union entre le cerveau (l'homme) et la machine (la main). Le centre de gravité de metropolis est donc mouvant entre ces deux potentialités.

    On retrouve aussi dans Metropolis des moments qui préfigurent Les Temps Modernes de Chaplin ; avec le thème des masses épuisées par l'industrialisation galopante, transformés en zombies (la relève dans l'usine de Metropolis / les tour de clés mécaniques de Chaplin dans Modern Times), Metropolis offre une lecture sociale et avant-gardiste. La relation entre le patron de l'usine et le chef machinot, par écrans interposés, est illustré par des procédés très similaires.

    Une nouvelle vision salutaire, qui témoigne de la richesse d'une oeuvre-monstre. Vivement le Blu-ray, pour le courant de l'année 2010 !