14.05.2014

Hommage à HR Giger (1940-2014)

14182791934_f7b4774e4b_n.jpgL'artiste Hans Rudi Giger est décédé le 12 mai dernier. Il laisse notamment derrière lui une trace indélébile dans le cinéma de science-fiction et d'horreur, la créature d'Alien. La créature ne fut pas créée spécialement pour le film ; Giger avait déjà imaginée cette forme biomécanique pour illustrer son livre Necronomicon ; Ridley Scott, ayant eu connaissance de l'ouvrage, a totalement accroché avec le style de l'artiste, et a engagé Giger sur foi de ces images. Des images du Necronomicon furent également publiées en 1977 dans la revue Métal Hurlant n°21. S'il a participé à divers degrés aux autres films de la saga, son influence sur l'aspect visuel de Prometheus est prégnante, Ridley Scott ayant fait de nouveau appel à lui.

Mais Giger était aussi un artiste total, torturé et hanté par toutes sortes de cauchemars qu'il tente visiblement d'exorciser par ses créations, qui distillent toutes une sensation de malaise, en même temps qu'une forte connotation sexuelle. Le petit livre sorti chez Taschen, HR Giger Arh+, est déjà très complet pour avoir une vue globale du travail de l'artiste.

A tous ceux qui sont intéressés par le travail de Giger, je ne peux que recommander la visite du Musée Giger, qui se trouve dans le bourg de Gruyères, en Suisse (où l'on peut également déguster de savoureuses spécialités fromagères !). Le musée dans son entier a été créé par Giger, donc le mobilier, les motifs au sol, au mur et au plafond sont de l'artiste : une adresse imparable pour pénétrer dans l'esprit malade et fichtremment créatif de Giger, qui sonnait déjà comme une sorte de mausolée macabre de son vivant : le musée pourra jouer pleinement son rôle aujourd'hui.

Source image : Devanture du Musée Giger (détail) - collection personnelle de l'auteur.

08:20 Écrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : science fiction |  del.icio.us |  Facebook | |  Imprimer | |

09.05.2014

Exposition : Star Wars Identités, on l'a faite !

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Rendez-vous est pris (hé oui, il faut réserver à l'avance), direction la Seine Saint-Denis, au sein de la cité du Cinéma de Luc Besson : les plateaux 8 et 9, totalisant 2000m2, accueillent jusqu'au 30 juin 2014 l'exposition Star Wars Identités, qui passera ensuite par d'autres villes du monde. Les fans de la saga ont déjà pu,  à plusieurs reprises, admirer certaines pièces des archives de Lucasfilm : lors de l'exposition de 2005 à la Cité des Sciences, puis, toujours à la même adresse, lors de l'exposition Science (et) fiction : aventures croisées en 2011, où quelques costumes, maquettes et autres croquis avaient pu être montrés.

Autant le dire tout de suite, les chanceux qui ont pu visiter ces deux premières expositions peuvent conserver leurs souvenirs émerveillés, tant il y a peu de nouveautés dans cette exposition. Vu le prix de 22 Euros plein tarif, on peut hésiter... mais le voyage est tout de même magique. Revoir l'armure de Bobba Fett, Han Solo piégé dans la carbonite, le pod d'Anakin dans l'Episode I (en grandeur nature!), l'immense costume de l'attachant Chewbacca, c'est toujours quelque chose ; connecter avec cette saga par le biais de ces accessoires les plus emblématiques, voyager avec les sublimes peintures de Ralph McQuarrie, et aussi avoir un petit aperçu de la prochaine série Star Wars : Rebels, cela vaut l'investissement, certes conséquent.

14123828056_333f409c50_n.jpgLe petit plus de l'exposition réside dans son contenu interactif, qui nous permet, à l'aide d'un bracelet, de devenir un personnage de l'univers Star Wars. En choisissant notre espèce, notre caractère, nos maîtres, notre métier, on accède au final à notre profil Star Wars. Pour ceux qui cherchent à tout prix à faire le plein de photos et d'approcher des pièces inédites, cela pourra paraître anecdotique. Pourtant, la réflexion est intéressante : elle permet de se replonger dans la richesse du bestiaire Star Wars, et l'on ressort évidemment avec une seule envie : revoir tous les films ! Alors, certes, des petites vidéos axées sur la psychologie et la construction de l'être humain paraissent un peu hors-sujet, voire faisant la promotion de certains modèles de pensées qui ont une fâcheuse tendance à donner des leçons, mais ne tournons pas l'aigre pour autant ; pour une plongée d'1h30-2h00 dans cet univers fantastique, cela vaut le coup. Un bien chouette moment en compagnie de personnages qui ont accompagnés l'éveil de plusieurs générations au cinéma d'aventure et de science-fiction : comment refuser l'invitation ?

Source images : peinture par l'artiste Ralph McQuarrie - Marionnette Yoda

24.04.2014

La Stratégie Ender (2013) : du livre... au film

Un roman de Orson Scott Card et un film de Gavin Hood

13988486401_d7b64dcfa6_m.jpgLa stratégie Ender, le roman d'Orson Scott Card, procure une lecture jouissive :  l'apprentissage du jeune Ender Wiggin, dans sa future bataille contre les Doryphores, alterne scènes de combats galactiques proches du jeu vidéo, tactique, peinture du quotidien tendu de l'entraînement militaire, alliances, camaraderie, sans oublier un récit parallèle sur Terre incluant le frère et la sœur d'Ender, qui permet de relier les destinées individuelles des personnages à un ensemble universel. L'adaptation de ce monument de SF pouvait susciter autant d'attentes que de craintes.

La première crainte soulevée fut celle de l'âge d'Ender Wiggin : alors qu'il est âgé de 5 ans dans le roman, le personnage, interpété par Asa Butterfield, en a 12 dans le film ; le but recherché est certainement de rendre plus crédible l'intelligence d'Ender. Clairement, c'est finalement loin d'être le problème majeur du film ; c'est même une ses rares qualités. Butterfield est juste impeccable dans le rôle, terriblement intelligent et sensible. Le rôle du colonel Graff, échu à Harrison Ford, pose lui un problème : par sa présence beaucoup plus importante que dans le roman, il devient bien moins ambivalent qu'il n'aurait du, moins sympathique et moins antipathique à la fois. Les extrêmes se perdent avec l'emploi d'acteur de la stature de Ford, qui doit incarner ce personnage entièrement. Pareillement, Mazer Rackam, joué par Ben Kingsley, perd beaucoup de nuances. Enfin, la problématique majeure du film reste évidemment qu'il faut tout montrer : on ne peut plus être laissé dans le flou (sur la forme de l'avant-poste des Doryphores, dont on ignore la nature pendant un long moment dans le roman). Par exemple, la stratégie de guerre et les exercices doivent être visualisés, or on comprend peu de choses sur ce qui se passe, et comment les joueurs arrivent à élaborer leurs formation, à part qu'ils sont toujours sur pont, jour comme nuit. On nous dit qu'ils sont fatigués, mais on ne le voit pas à l'image. Les cessions d'exercice en apesanteur sont, certes magnifiques visuellement, mais incompréhensibles...

Pourtant, les scènes cultes du bouquin sont retranscrites : les incursions d'Ender dans le jeu vidéo (des séquences casse-gueule qui ne passent pas vraiment dans le film), les bastonnades et humiliations dont est victime le héros, la première apparition de Mazer Rackam, les batailles majeures, les scènes de la première guerre contre les Doryphores... mais le compte n'y est pas. Pour cause, le spectateur est toujours à distance de ce qu'on lui montre, incapable de comprendre l'univers qu'on lui montre. Devant trousser un film de moins de 2h et privilégiant les scènes à effets, Gavin Hood rate le coche en ne donnant pas assez de temps à la mythologie pour se mettre en place. Le début commence ainsi trop rapidement, alors qu'on a pas de notion sur le temps qui passe par la suite ; l'apprentissage d'Ender dure plusieurs années dans le livre, alors qu'on a l'impression que quelques semaines à peine s'écoulent entre le début et la fin du film ; le sacrifice du personnage de Valentine et de Peter, le frère et la sœur de Ender, est symptomatique du sort réservé à l'intrigue : resserré sur les morceaux de bravoure, qui n'en sont plus faute d'explications.

Décidément, Gavin Hood n'a pas le nez creux sur ses projets hollywoodiens : entre X-Men Origins : Wolverine et Ender, les deux films resteront de très chers ratages.

15.04.2014

Hunger Games (2012)

Un film de Gary Ross

13845381744_d27ac72c3a_m.jpgDisons l'évidence sans attendre : ces Hunger Games ne me disaient rient qui vaille, devant leur évident rapport avec Battle Royale, film japonais qui m'avait estomaqué à l'époque. Après, vision, si le modèle se fait terriblement sentir (impossible que l'auteure du roman ne s'en soit pas inspiré), les films de "jeux de la mort", ainsi que les livres, ne sont pas rares : sur les 50 dernières années, on peut au moins citer Punishment Park (1971), La mort en direct (1980), Le prix du danger (1983), Running Man (1987), ... Cela n'est pas vraiment nouveau. Alors, pourquoi ne pas le raconter... encore une fois ? Et puis, celui qui a réalisé Pleasantville (1998) ne peut pas faire un navet total. Impossible.

La bonne idée du film, comme du roman, est de prendre le temps de nous installer dans cette dystopie qui fait tout : en punition d'une révolte qui a échouée, le gouvernement de Panem organise les Hunger Games, durant lesquels les 12 districts du monde sélectionnent chacun un garçon et une fille ; ce sont les Tributs. Ils devront s'entre-tuer jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Ainsi, les 74èmes Hunger Games ne commencent qu'après une bonne heure de film, donnant à voir ce sombre futur, mais également ces populations bien différentes (les districts de la périphérie essayent de survivre, tandis qu'une élite oisive se prélasse dans le faste).

Le rapport à l'artificialité des apparences, utilisées pour charmer l'auditoire et attirer la générosité des sponsors qui pourront venir en aide aux joueurs de leur choix pendant le jeu, est bien amené. Ainsi, Katnyss et Peeta, du district 12, font leur entrée sur un char cerné de flammes factices ; l'attirance qu'ils peuvent avoir (ou pas) l'un envers l'autre est également renforcée dans une perspective marketing. Rien de bien nouveau, certes, mais tout cela est bien présenté. Esthétiquement, il faut souligner le courage du film d'aller vers la science-fiction la plus colorée, en donnant aux personnages des costumles, coiffures, maquillages, vraiment too much.

On regrettera tout de même une psychologie moins efficace que dans Battle Royale, et la prédominance de quelques personnages qui ne laissent pas grande place au reste du cast. Pour autant, Woody Harrelson, en survivant imbibé d'un précédent Hunger Games, tire son épingle du jeu. Pas d'effets follement gore à espérer ici, malgré le pitch meurtrier. Le film, comme ses personnages, reste teen-targeted : Hunger Games et Twilight, même combat ! Et, au contraire du début vraiment réussi, on regrette la fin trop expédiée et prévisible. Allez, on donne quand même la moyenne pour la classe Hunger Games !

Disponibilité vidéo : Blu-ray et DVD - éditeur : Metropolitan FilmExport

Source image : affiche du film © Metropolitan FilmExport

07.03.2014

Dark Star (1974)

Un film de John Carpenter

12997282913_3e65f5ded5_m.jpgJohn Carpenter signe son premier film alors qu'il est en dernière année à l'USC, une école de cinéma réputée en Californie. Dark Star est alors un film d'une quarantaine de minutes, qui narre principalement l'opposition entre un ouvrier de l'espace (son équipage est chargé de détruire les planètes instables) et la bombe qui leur permet d'effectuer leur travail. On perçoit ici sans mal une parodie de 2001, l'odyssée de l'espace, le parallèle avec les rapports entre Bowman et HAL 9000, l'ordinateur fou du vaisseau Discovery One.

L'ambiance est déjà loufoque, le spectateur ne pouvant qu'être amusé par ces élucubrations nonsensiques. Avec une rallonge confortable consenti par le producteur Jack H. Harris, Carpenter enfonce le clou, avec l'aide de l'homme à tout faire du projet, Dan O'Bannon. Ce dernier occupe en effet les postes de scénariste, responsable des effets visuels, monteur et acteur ! C'est aussi Dan O'Bannon qui écrira, quelques années plus tard, le scénario d'Alien, réalisé en 1979 par Ridley Scott. L'esprit "routier de l'espace", bien présent dans Dark Star (mais aussi auparavant dans Silent Running, le film SF-écolo de Douglas Trumbull, et dans une moindre mesure dans 2001), sera une des grandes caractéristiques d'Alien. le dynamique duo fait ainsi du petit groupe d'astronautes de véritables hippies, qui détonnent dans la solennité du vide intersidéral ! Au cours de discussions existentielles interminables, l'on apprend la fascination d'untel pour le surf, ou de la peur de la solitude chez tel autre. Au sein de cet équipage entièrement masculin, les coéquipiers se parlent comme à des robots, et celui qui semble faire le plus preuve de traits humains (comme le doute, la réflexivité, questionner la réalité de sa propre existence, etc.) est bien la fameuse bombe parlante qui noue et dénoue le récit.

Le côté volontairement délirant de l'histoire, montrant par exemple les astronautes recourir au conseil d'un des leurs pétrifié dans un compartiment cryogébisé, monte d'un cran lors de la course-poursuite hors-normes entre Pinback (O'Bannon) et un extra-terrestre auparavant confiné dans une pièce du vaisseau. Ce monstre est en fait un gros ballon de plage affublé des pattes palmées (lointain cousin de la Sentinelle du Prisonnier ?), qui semble prendre un malin plaisir à semer le pauvre homme de l'espace. Comme toute farce, le film se clôturera par une pirouette qui si elle est inspirée encore une fois par 2001, l'odyssée de l'espace, fait montre d'une certaine poésie. Carpenter ne tentera plus par la suite ce type d'exercice, qui a pris un bon coup dans l'aile. Mais comme coup d'essai, et vu la somme dérisoire allouée au film, le résultat est tout de même à saluer. Le film, invisible depuis des années, vient de sortir dans une édition très complète.

Disponibilité vidéo : Blu-ray / DVD chez l'éditeur Carlotta.