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  • Crying Freeman (1995)

    Un film de Christophe Gans

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    Premier long de Christophe Gans, Crying Freeman est l'adaptation du manga éponyme, créé par Kazuo Koike, l'auteur de Lady Snowblood et du célèbre Lone Wolf and Cub (chacun de ces titres ayant également connu une adaptation cinéma dans les années 70).

    Passionné de tous les cinémas, mais peut-être par-dessus tout du cinéma asiatique, notamment du cinéma Hong-kongais qu'il a participé à faire connaître via HK Vidéo, Christophe Gans signe évidemment avec Crying Freeman un film référentiel. A travers l'aventure de son héros solitaire et mutique, Yo (Mark Dacascos), pris au piège par une secte d'assassins, les Fils du Dragon, c'est tout un pan du cinéma HK des années 80 et 90 qu'on revisite sur les 100 minutes bien remplies de Crying Freeman.

    En allant chercher David Wu, le montaeur de John Woo, Gans donne à son métrage une couleur résolument typée, à base de ralentis extrêmement travaillés, de clichés visuels typiquement HK (les colombes qui s'envolent au ralenti, des hommes de mains qui jouent simmultanément du pistolet tout en avançant), faisant même cohabiter plusieurs univers dans son film. En effet, aux triades qui se bagarrent la domination d'un territoire, tout droit sorti des polars made in HK, s'adjoint une sorcière échevelée aux ongles crochus qu'on croirait échappée du monde fantastique de Zu, les guerriers de la montagne magique (Tsui Hark, 1984). Au milieu de ce duel formidablement filmé, se trouvent deux personnages qui échappent un peu à ces règles : le Freeman, un homme sans identité à l'origine géographique sans importance : le Freeman peut insuffler sa vie dans n'importe quelle enveloppe corporelle, et l'inspecteur Netah (Tchéky Karyo), dont l'apparence et le caractère semblé hérité des policiers à la française de Jean-Pierre Melville (voir la séquence de l'enterrement du chef yakuza, à laquelle il se rend en imper et chapeau mou comme Alain Delon dans Le samouraï).

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    Les influences sont multiples mais très bien digérées, au service d'un scénario musclé. Les temps morts sont très rares (Nita et sa coéquipière qui bavassent à l'hôpital, un interrogatoire un peu mou), car à part ces quelques réserves, Gans s'est démené pour consteller son film de scènes d'anthologie. C'est simple, en le prenant de bout en bout, on savoure chaque séquence jusqu'à ce que le générique de fin apparaîsse : rien qu'une scène relativement anodine comme le assage de Yo par les douanes de l'aéroport est un grand moment de mise en scène, tout en travelling latéral, illuminé par le style racé de Mark Dacascos. La relation amour/haine entre Netah et Lady Hanada, somptueusement masochiste, atteint un sommet lors de la scène d'amour moite dans un placard à persiennes.  Crying Freeman est un film qui passe très vite, et qui a la bonne idée de garder son meilleur pour la fin. Le combat mené par Yo contre une horde de yakuzas, maniant consécutivement un arc, des katanas et des fusils d'assaut (oui, oui ! concession faite au producteur Samuel Hadida) est un enchaînement ininterrompu d'images immédiatement cultes. L'on se rappelera avoir bien usé la VHS à cet endroit précis, à causes de multiples visionnages. Il faut ici dire que la prestation martiale de Mark Dacascos est brillante, inondant de son charisme la scène forestière de cet affrontement final. Sa participation à Crying Freeman, même s'il s'agit là d'un de ses premiers films, reste aujourd'hui le point culminant d'une carrière ensuite enterrée par une foule de Direct to Video. Le couple qu'il forme avec sa protégée dans le film (le belle Julie Condra) est tout à fait crédible, d'autant plus que les deux acteurs seront dès lors inséparables à la ville.

    Habité par une caméra virtuose et un casting impeccable, Crying Freeman, dans toute son exubérance et sa violence froide, dépasse le simple hommage et ravit pour lui-même ; Gans signera plus tard un Pacte des loups bien plus contestable et Silent Hill, une réussite certaine dans le sous-genre très casse-gueule des adaptations de jeux vidéos.

    Source images : photos promotionnelles du film © Metropolitant Filmexport

    Disponibilité vidéo : en DVD zone 2 - éditeur : Metropolitan Filmexport

  • The Secret (2012)

    Un film de Pascal Laugier

    8411490113_8ece0b9e15_m.jpgPremière tentative du français Pascal Laugier aux Etats-Unis, The Secret est aussi un bon film, chose assez rare dans ce cas de figure. The Secret (titre original : The Tall Man, décidément les as du marketing sont de sacrés farceurs) est effectivement un film malin, qui joue avec les conventions du thriller pour mieux capturer son spectateur dans une intrigue imprévisible. Film à twist, il est délicat de révéler son scénario ; tout juste peut-on dire que, dans une petite bourgade minière perdue au cœur des Etats-Unis, des enfants disparaissent.

    La patte visuelle et l'ambiance sont prégnantes, dès un générique aux crédits gigantesques plantés dans le décor, les forêts vues d'hélicoptères en mode Shining... sans compter la séquence initiale dans le commissariat de police, déterminante pour tout le déroulement de l'histoire : Laugier joue ici sur les attentes du spectateur, forcément balisées dans un film de genre ; tout ça pour mieux le surprendre. Cette acrobatie sur les conventions cinématographiques est vraiment bien menée, jusque la position du twist (qui intervient en milieu de film plutôt qu'à la fin, ce qu'avait tenté Jim Sheridant pour Dream House, et qui là fonctionnait beaucoup moins bien à mon sens). Il est aujourd'hui extrêmement complexe de véritablement surprendre le spectateur : la recrudescence de film à twist à partir de Sixième sens (M. Night Shyamalan, 1999) le pousse à se méfier de toute situation présentée comme établie, douter des apparences. Et, en effet, il s'agit d'un des ressorts les plus classiques -et efficaces- de toute œuvre de fiction. Ici, le casting, le choix du personnage principal, puis le dévoilement de certaines informations, amènent franchement à une seule conclusion possible... qui n'est cependant pas la bonne. C'est tout le tour de force cinématographique de Pascal Laugier, qui nous mène bien en bateau.

    La perception du passage du temps est tout aussi capitale dans The Secret, qui débute sur un montage d'images concernant les enfants disparus ; on nous donne l'impression que, depuis un temps immémorial, des disparitions de ce type arrivent fréquemment, disparitions à mettre au crédit du "Tall man", une personne énigmatique vêtue de noir. Certains l'auraient vu, d'autres y croient, certains non. Il est ainsi défini par ces contours flous qui font les légendes urbaines, asseyant petit à petit son aura mythologique, héritée de la nuit des temps...

    En cassure de cette présentation des choses, l'on va suivre en temps réel pendant une bonne demi-heure les démêlés de Jessica Biel avec le Tall Man, d'une façon assez inédite : alors qu'on penserait qu'il enlève un enfant et disparaît sans que personne n'en sache rien, Biel s'accroche et et part à la poursuite de ce mystérieux individu, en faisant preuve d'une audace finalement assez étonnante. A ce jeu du "tu va voir, je vais quand même te surprendre", The Secret  fonctionne à plein régime. La question du point de vue est également au centre de l'exercice : point de vue du personnage, du spectateur, sur les actions qui se déroulent devant leurs yeux.

    Une fois le fameux twist passé, la question est alors : la suite du film va-t-elle y survivre, car à ce moment-là l'objectif du film change. Que reste-t-il à découvrir ? Et c'est là, encore une fois, que Laugier est assez fort : il entretient tout de même le doute sur le devenir des enfants disparus et sur le Tall Man, son identité et ses motivations. Pour le coup, le timing des révélations du film est très bien géré, mais prend également une forme inédite.

    Devant tout ce mystère, que peut-on dire de plus ? Laugier nous trousse un film vraiment étonnant, qui fait s'interroger le spectateur sur le pouvoir des images et de la grammaire cinématographique. Mais The Secret n'est pas qu'un exercice de style ; le réalisateur réussit également à nous faire poser des questions sur notre façon de voir les choses, notre point de vue face à une situation bien plus complexe qu'elle n'en a l'air.

  • Metal Hurlant Chronicles - saison 1 (2012)

    Une série de Guillaume Lubrano

    8167885972_9cef43313a_m.jpgDe la SF à la française... Cela m'a longtemps laissé songeur (voir mes articles désabusés ici ou ), tant les producteurs et les réalisateurs de l'hexagone ne permettent pas de s'extasier devant des projets qui tiennent la route. Vision parfois trop auteurisante sur un domaine où l'imaginaire a tous les droits, paralysée par des budgets ridicules, la science-fiction française n'a jamais brillé au cinéma. Paradoxalement, le genre y a longtemps été catalogué comme sujet de sous-films, et donc doté de petits budgets, alors même que tout l'univers est à créer : aujourd'hui, les films fantastiques ou de science-fiction (américains mais pas que : asiatiques et indiens par exemple) sont mainstream, capables de mobiliser un public important, et bénéficient de moyens dantesques. A venir, le nouveau film de Tom Tykwer, Andy et Lana Wachowsky, Cloud Atlas, a été réalisé pour 100 millions de dollars, et c'est encore peu face à un Avatar et ses 250, ou 500 millions ? Personne ne semble même le savoir...

    Là où Guillaume Lubrano et sa société We Prod ont bien joué, c'est qu'ils reprennent un nom clairement identifiable à l'étranger : Métal Hurlant est à l'origine une revue française dirigée par Jean-Pierre Dionnet, animé par le trublion Manoeuvre, créée dans les années 70 qui mêle tout à la fois bande dessinée futuriste et musique rock, et dans lequel des immenses talents ont émergés : Enki Bilal, Moebius ou Druillet pour ne citer que les plus connus. Leur imaginaire improbable se doublait d'une lecture amère et ironique de la société. Quelques années après sa création, la même équipe produit une version américaine, Heavy Metal. Deux films d'animation ont été réalisé en 1980 et 1999, compilant certaines histoires de la revues ; on retrouvait déjà les jeunes filles peu couvertes et la dérision typique du titre. Les artistes confirmés, ainsi que l'esprit si particulier de la revue sont aujourd'hui connus un peu partout, la meilleure carte de visite qui soit pour Lubrano et son équipe. Le concept a ainsi été vendu rapidement à l'étranger, bien plus qu'en France où un partenariat a finalement été trouvé dans la dernière ligne droite avec la chaîne France 4. Malgré l'attrait général qui a permis la constitution d'un casting sympathique, mais aussi très farfelu (Rutger Hauer y croise la route de Greg Le Millionnaire Basso, la plantureuse Kelly Piranha 3D Brook de Frank des 2be3, ou encore Dominique Pinon celle de l'ex-hardeuse Yasmine), le budget a été famélique : il a fallu réaliser l'intégralité de la saison 1, soit 6 épisodes de 25 minutes avec 1,4 millions d'euros, soit l'équivant d'un épisode de la série Les revenants, qui va être diffusé sur Canal + en cette fin d'année ; somme qu'on imagine déjà bien grignotée par les cachets des acteurs. 

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    Enfin arrivée à la fin du mois d'octobre à la télé et dans les bacs, on peut aujourd'hui juger sur pièces. Ne le cachons pas, le résultat est, comme on pouvait s'y attendre, très mitigé. La facture générale ne masque en rien les limites du budget. Les effets spéciaux, parfois nombreux, ont une grosse dizaine d'années de retard par rapport à des séries TV de science-fiction américaines. Mais tout n'est pas qu'une question d'argent : plus que ces effets, c'est le jeu des acteurs qui pêche vraiment, pas forcément aidés par des dialogues imbitables (mention spécial au premier épisode, King's Crown, et au deuxième, Shelter Me, avec James Buffy Marsters). Ce dernier peut être considéré sans mal comme le pire épisode de cette courte première saison, tant ni les acteurs, ni les dialogues, et encore moins le visuel et la chute, ne sont mémorables. 

    Le niveau, cependant, progresse au fil des épisodes. Aux trois premiers nous cueillant vraiment à froid, réussissant tout de même à nous faire trouver le temps long sur un format de 25 minutes (avec un petit mieux pour Oxygène, mais ça ne compte, il y une scène de sexe au début), les trois suivants sont bien plus probant. Le quatrième, l'un des plus réussis, prend la forme d'un double-épisode prenant chacun la moitié du temps. La première histoire prend pour sujet un jeune homme enfermé dans une prison nimbée de rouge, qui l'obsède et ne lui donne qu'une envie : en sortir pour, ne serais-ce qu'un instant, revoir le ciel. Même si une voix-off pesante occupe l'espace sonore, l'épisode est très bien réalisé, donnant la part belle à la castagne pure et dure, dans des chorégraphies de combat visuellement intéressantes. 

    La deuxième partie, misant beaucoup sur l'ambiance, grâce à une partition musicale inspirée, nous plonge dans un monde totalitaire qui n'a que faire de ceux qui ne suivent pas le chemin tracé. Ici, les images parviennent à marquer (une ville aux multiples tours qui s'étend, avec ses lumières fluorescentes, jusqu'à l'horizon), et les acteurs jouent juste. Ce double épisode, qui introduit d'ailleurs la mythologie du métal hurlant (qui n'existe pas dans le magazine), est vraisemblablement le pilote de la série, tourné pour démarcher les producteurs et diffuseurs : on comprend que ces derniers aient été sensibles à la démarche.

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    Le cinquième épisode, Le serment d'Anya, voit Rutger Hauer officier en ancien mage, et va conduire un guerrier par-delà le temps pour lutter contre l'apparition d'un démon. Même si les effets spéciaux montrent encore une fois leur triste limite (les créateurs ont manifestement trop appris à faire des images en regardant 300 et Sin City, tant on voit bien que rien, à part les acteurs, n'est réel : cette fausse réalité nous éloigne immanquablement du récit), le corps de Greg Basso ne s'en sort pas si mal : il a la carrure de l'emploi et ne pipe quasi-pas un mot pendant tout l'épisode. La chute, bien qu'attendue, donne à l'ensemble un air d'anthologie à La Quatrième dimension, Alfred Hitchcock présente ou Au-delà du réel. Ces séries phares des années 60 misait gros sur l'ambiance, ayant peu de moyens, et tout sur leur final, retournement de situation souvant cruel, ironique et -moins souvent- drôle. Ce format, peu tenté en France, vaut le coup d'être essayé et l'on décernera la palme de l'audace à Lubrano et son équipe. 

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    Enfin, comment ne pas dire deux mots sur Les maîtres du destin, où Joe Flanigan (Stargate Atlantis et une foultitude d'autres séries), en Han Solo du pauvre, déambulant dans un bar fluo, tombe sous le charme de Kelly Brook, alors même que leur destinée semble liée depuis la nuit des temps par des tortues de l'espace... 

    Malgré une réussite très contrastée, Metal Hurlant Chronicles innove totalement dans le panorama télévisuel français, et l'on espère que la saison 2 (déjà achetée dans plusieurs pays) montrera le plein potentiel de de l'équipe. Bref, un truc de fou, kitsch et foutraque, mais qui donne à quelques occasions de bons moments.

  • Lola Montès (1955)

    Un film de Max Ophüls

    5208685048_1cf741ed6d_m.jpgPour son premier film en couleurs, qui se révèlera aussi son dernier, Ophüls choisit d'illustrer la vie tumultueuse de Lola Montès, fameuse courtisane et danseuse provocatrice.

    Depuis que Gaumont avait sorti son coffret Ophüls, ce film me faisait de l'oeil. Les quelques images dévoilées lors de sa ressortie en salle, en septembbre 2009, étaient intrigantes : les teintes de couleurs, éclatantes et oniriques, préfigurent Moulin Rouge ! (Baz Lurhmann, 2001), le vrai format Cinémascope des début (de ratio 2.55 : 1) semble offrir un spectacle total. Et, surprise, il était diffusé par Arte, en HD, à la mi-novembre.

    Le rideau s'ouvre sur une personnalité cassée, comme extérieure à elle-même, dont le principe de vie semble être d'enchaîner les conquêtes en donnant à chacune un temps limité qu'elle décide, au jour le jour. Dans un cirque, où Monsieur Loyal n'est autre que Peter Ustinov (impérial, en français dans le texte), Lola Montès raconte en spectacle sa propre vie, dans laquelle elle n'est plus qu'une attraction ; l'attraction principale certes, mais mue par une curiosité voyeuriste et malsaine, Lola s'exposant tel un animal de foire. La première séquence en flash-back la montre avec Franz Liszt, pour la dernière scène de leur vie commune (qu'on imagnie courte) : les adieux de Lola, sans pleurs ni sentiments survoltés ; tout juste peut-on lire sur le visage de Lola une mélancolie triste, qui semble chronique. Elle donne l'impression de souffrir sa vie, la subir, plutôt que d'en décider chaque mouvement comme on pourrait le croire.

    Comment penser, en effet, qu'elle choisit de se produire dans un cirque, dans une mise en scène superficielle,mais spectaculaire, de sa vie ? Son envie d'être danseuse, alors qu'elle n'était manifestement pas très douée dans ce domaine, pourrait expliquer sa volonté. Elle qui fut la maîtresse du roi de Bavière (Anton Walbrook, le fiévreux imprésario de Vicki Page dans Les chaussons rouges) sombrera plus bas que terre, dans une belle mise en abîme du processus filmique. La pénombre du cirque renvoie à la lumière des flash-backs, leur donnant un air onirique. Les couleurs sont irréelles, Lola déambule dans des décors gigantesques d'un faste indécent ; mais elle est comme le fantôme d'elle-même. Ce manque d'incarnation est tout de même bien embêtant, enlevant la force d'un récit autrement placé sous le signe de la tragédie. Est-ce le tort de Martine Carol (Lola) seule ? Non, le tout manque juste de vie. C'est dommage lorsque c'est justement celle, exceptionnelle, atypique, d'une femme ayant marqué son temps, se comportant comme un homme, décidant et exigeant.

  • Twentynine palms (2003)

    Un film de Bruno Dumont

    5166332950_267c212579_m.jpgLe choc. La crise. Les larmes, la terreur, lors de la découverte de ce film au cinéma il y a queslques années, qui résonne encore aujourd’hui. Ce film, l’histoire d’un couple hors normes (un américain et une russe) est un dépassement, un exploit, une prouesse. Surpassant le clivage si facile des genres, Bruno Dumont réussit à embrasser toutes les ambiances dans ce road-movie indie. Une trame minimaliste, forte, lourde, fabuleusement visuelle. Une histoire régressive entre deux personnes trop proches dans ce désert pour une fois vraiment (désert).

    Bruno Dumont signe un terrible essai sur la communication, cet outil vital pour co-exister. La communication orale n’est plus d’actualité entre les deux tourtereaux quand la langue est trop différente. Dès lors, c’est sur un plan essentiellement sexuel que s’aborde la communication entre les deux individus, seul plan fusionnel ; les autres sont tous source de conflits, légers ou parfois plus durs. L’incompréhension qui régit l’essentiel des rapports entre les deux personnages est aussi culturelle : voir la scène de la cafétéria où Katia reproche à David de regarder une autre fille ; elle lui dit sans sourciller "tu peux aller avec elle si tu veux". Des incompréhensions ce film bizarre, insoutenable, beau de façon si étouffante, en regorge.  Cette relation exclusive, est déséquilibrée dans son rapport excessif à la sexualité, seul terrain d’expression où les deux amants  excellent. David, colérique, impulsif, ne vit pas sur la même planète que Katia, naïve, "étrangère", et pourtant a l’air de vivre une histoire belle et simple. Mais rien n’est vraiment simple quand on parle de passion, d’exclusivité. La communication bancale dont font preuve les deux amoureux est pointée comme un manque vital.

    Extrême, brutale, cette histoire d’un autre temps où les moments les plus significatifs sont des joutes de grognements bestiaux nous montrent tels que nous pourrions être : des animaux (légèrement) civilisés. Mais grattez le vernis social déjà écaillé et vous y verrez peut-être l’ombre de Twentynine Palms…