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50's

  • Je dois tuer (1954)

    Un film de Lewis Allen

    4c1f8ab9ba35a.jpg"S'ils jouent les héros, tue-les.
    On ne sera pendu qu'une fois."

    Sous ses dehors de série B à l'aura délicate -son intrigue fut jugée totalement fantaisiste à l'époque, avant qu'elle ne se révèle prophétique avec l'assassinat de JFK ; de plus, Lee Harvey Oswald aurait visionné le film peu avant le crime-, Suddenly ! est une péloche trépidante, s'arrangeant formidablement de ses limites pour illustrer un huis-clos oppressant ; ces gangsters, sous la coupe de John Baron (Frank Sinatra), prêts à commettre le meurtre du président des Etats-Unis pour l'argent, se heurtent à la personnalité forte de Todd Shaw, shérif qui, comme Baron, a servi en Corée. Le jeu de miroir laisse paraître les fissures d'un Sinatra qui n'en est certes pas dépourvu. Le cadre serré du 1.33 sert le propos et cristallise les tensions, la folie paranoïaque du criminel, ainsi que le danger permanent qu'il représente pour ses otages. La dimension extrémiste du film rappelle constamment cette menace constante, restant par là très moderne.

    Le nom de la ville, qui donne son titre original au film, est excellent ; il crée la surprise chez chaque nouvel arrivant, tout en incarnant un état passé qui fait écho aux gangsters des années 30. Cette parenté, ainsi que la typologie du personnage principal, aspiré dans une spirale infernale de violence, rappelle totalement l'aspect film noir revendiqué par Lewis Allen, qui réalisera notamment un autre film du genre en 1955, Témoin à abattre.

    La tension est bien présente tout du long, avec une belle idée pour la résolution de l'intrigue. Un film simple, qui file comme une balle de son idée de départ jusqu'à son dénouement : une démonstration de l'efficacité d'alors, et oui, Sinatra est vraiment flippant.

    Disponibilité vidéo : DVD - éditeur : Wild Side Video

  • Gun Crazy - Le démon des armes (1950)

    Un film de Joseph H. Lewis

    13928342616_8d19c61dcc_m.jpgAprès le coup éditorial du noël 2012 (l'édition limité à 5 000 exemplaires de La nuit du chasseur, épuisée très rapidement), Wild Side a de nouveau tenté un pari un peu fou avec l'édition livre + Blu-ray + DVD dédiée à Gun Crazy (film sorti en salles à l'époque sous le titre Le démon des armes), aux alentours de noël 2013. Mais, attention, il ne s'agit pas de n'importe quel livre : comme pour La nuit du chasseur, l'objet est imposant, d'une finition assez remarquable, -dos toilé, pages au fort grammage constellées de photos toutes plus sublimes les unes que les autres. Et le texte ! Eddie Muller, historien passionné du genre film noir, est à la plume, et il faut dire qu'il est probablement le plus grand fan de Gun Crazy au monde. La collaboration avec Wild Side sur la collection Art of Noir (Woman on the Run et Le rôdeur) s'étant soldée par d'incontestables réussites, tant éditoriales qu'artistiques, on ne pouvait qu'être impatient sur une sortie de cet acabit. Le mystérieux point d'interrogation du sous-titre du livre s'explique par la conviction d'Eddie Muller que la "politique des auteurs", c'est-à-dire la paternité pleine et entière du réalisateur sur le film, n'existe pas. Il n'aura de cesse, dans son livre, de clarifier ce point de vue, et d'attribuer la paternité du film à un ensemble de personnes, parmi lesquelles les King Bros., MacKinlay Kantor, ainsi que le scénariste Dalton Trumbo.

    Gun Crazy s'offre au spectateur comme une série B qui s'inscrit parfaitement dans le film noir, alors dans ses années fastes. Un couple d'amants maudits, fanas de la gâchette, braque à tout va et s'achemine doucement mais sûrement vers une issue fatale.

    Les King Brothers, petits producteurs qui rêvent de décrocher les hits au box-office, veulent ici adapter une nouvelle de MacKinlay Kantor parue dans le Saturday Evening Post en 1940 ; bonne pioche pour eux, l'écrivain est adapté quelques années plus tard avec un immense succès à la clé nommé Les plus belles années de notre vie (William Wyler, 1946). Mais le projet peine à se concrétiser. Ayant d'abord approchés Kantor pour qu'il adapte sa nouvelle et la réalise lui-même, les King brothers réalisent que c'est une impasse : l'auteur n'arrive pas à débarrasser son traitement d'un prologue aux longueurs interminables. Plus tard, Joseph H. Lewis est choisi pour réaliser le film, tandis que Dalton Trumbo, alors sous le coup de la chasse aux sorcières, corrige en sous-main le scénario, mais n'est pas crédité au générique : Millard Kaufman en endosse la responsabilité, alors qu'il n'a rien à voir avec sa réalisation. Le film sortira d'abord aux États-Unis sous le titre Deadly is the Female, car United Artists, le distributeur de film, très emballé par son produit, voulait un titre plus commercial. Une nouvelle séance photo promotionnelle avec Peggy Cummings la montre d'ailleurs en femme fatale typique, un look qui est bien éloigné de celui qu'elle arbore dans le film !

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    Annie-Laurie va rencontrer Bart, son âme-sœur

    Joseph H. Lewis est un roi du tournage à l'économie, mais possède également une vision ambitieuse et précise du résultat qu'il veut imprimer à l'écran. C'est pourquoi ces plan-séquences, nombreux, sont fascinants, ayant l'énergie de la spontanéité comme la maîtrise d'un esthète de l'image. La succession d'ellipses, dues à Trumbo principalement, produit un incipit enlevé et surprenant, l'enfant que l'on voit voler un revolver dans la scène inaugurale devenant l'adulte qui tient le rôle principal dans la suite du film. L'acteur en question, John Dall, est bon : affichant d'abord un sourire narquois, mine sombre après sa rencontre avec Annie Laurie, il es torturé par cette attirance dont il sait, au plus profond de lui, qu'elle ne lui amènera que des ennuis. Il n'a pas l'âme d'un tueur ; il est même incapable de tuer, alors que son seul talent est le tir ! John Dall jouait l'année précédente dans La corde, le huis-clos meurtrier d'Alfred Hitchcock, aux côtés de James Stewart et de Farley Granger.

    la rencontre de Bart, un as du tir au pistolet depuis l'enfance, et son âme-sœur, qui use des mêmes talents dans un cirque, est électrique : ils ont chaud, semblent prêts à se sauter dessus, et Bart, qui n'a jamais connu de femme auparavant, pose un regard qui en dit long sur Annie Laurie Starr. La première apparition du personnage féminin, véritablement pétaradante, vaut le détour, ainsi que le jeu de tir qui s'en suit.

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    les amants maudits proches de leur fin

    La tonalité du film, amorale (faisant de deux hors-la-loi, préfigurant Bonnie and Clyde, des héros maudits au destin scellé par leur histoire d'amour), doit subir les coupes décidées par le Code de Production cinématographique. Dialogues, attitudes sont passées au crible de la censure. Pourtant, malgré le respect de ce passage obligé, force est de constater que l'empathie du public reste concentrée sur Bart et Annie Laurie. Leur refus de se séparer pour quelques mois, après leur dernier gros coup, est une scène symptomatique de cette passion, plus forte que le sort terrible qui les attend : l'amour, plus fort que la mort.

    Alors que la partie centrale du film est un road-movie en forme de fuite en avant, les bandits n'ayant de cesse de voyager d'états en états pour échapper aux forces de l'ordre, le final est plongé dans un onirisme complet, Bart et Annie Laurie étant piégés dans un marais brumeux, qui fait d'eux des fantômes imprimant à peine la pellicule. Un final impressionnant pour une film intéressant, même si on est tout de même loin du chef-d'oeuvre publiquement célébré depuis sa sortie en salles française.

    Disponibilité vidéo : Blu-ray/DVD - éditeur : Wild Side Vidéo

    Source images : jaquette DVD © Wild Side Vidéo, photogramme extraits du film ©King Bros.

  • Les inconnus dans la ville (1955)

    Un film de Richard Fleischer

    13609932894_6a080cc6a4_m.jpgSorti l'an dernier par Carlotta Films dans une très belle copie (une des plus belles restaurations de 2013), Les inconnus dans la ville est une incontestable réussite signée Richard Fleischer ; un des fleurons du film de braquage, auquel s'ajoute un mélodrame dans le plus pure tradition hollywoodienne.

    En effet, Violent Saturday (titre original du film) est un véritable défi narratif, un coup de force esthétique, en même temps qu'un modèle d'économie, emmené par un casting idéal. Et, grâce à la fois au réalisateur, au scénariste et au acteurs, un film constellé de petits moments qui en disent beaucoup sur leurs personnages.

    Modèle d'économie, le film nous le prouve dès son entame, dénuée de dialogues durant une bonne dizaine de minutes. L'on découvre alors une petite ville minière, en commençant par son commerce principal, l'extraction de cuivre. D'abord relativement silencieux, le paysage subit un véritable coup de tonnerre lorsque apparaît l'écran-titre, au son des explosions à la dynamite destinés à fracturer la roche. L'espace, immense avec ses grandes carrières, ressemble au décor d'un western ; et l'affrontement final sera tout à fait digne de l'un d'eux. Si le début du film est marqué par son absence de dialogue, le reste est au diapason : économie de mots, mais pas économie de sens.
    Les personnages, par exemple, s'affirment par des gestes plutôt que par de longs discours : Lee Marvin, le sadique membre du gang qui projette un braquage, est caractérisé dès sa première scène par son inhalateur, qu'il n'arrête de se fourrer dans le nez. Son chapeau bleu, invariablement vissé sur la tête, est aussi caractéristique. Le plus âgé du gang est lui, assez quelconque mais donne l'impression d'être plutôt gentil ; ainsi, il s'arrêtera plusieurs fois dans le film pour donner des bonbons aux enfants qu'il croise sur sa route. Victor Mature, dont le personnage n'a pas eu les honneurs de la guerre, n'est ainsi pas révéré par son garçon, qui aimerait que son père soit un héros. On le comprend par un élément simple : la décoration du père (en fait une sorte de diplôme qu'il a accroché au mur) est cassée.  Le personnage de Victor Mature n'aura ainsi de cesse, durant tout le film, de gagner la fierté de son enfant.

    Défi narratif, le film l'est d'abord parce qu'il raconte plusieurs histoires qui vont converger : le braquage de la banque, une histoire d'adultère, deux romances manquée, le désespoir d'une bibliothécaire (jouée par Silvia Sydney, l'actrice glamour de Furie (Fritz Lang, 1936) et du superbe J'ai le droit de vivre (Fritz Lang, 1937). Toutes ces histoires s'appuyant sur des personnages forts -chacun a ses petits moments qui décrivent leur vérité, leurs angoisses, leur avenir possible...- qui prennent souvent le devant de la scène, et où le braquage est l'arrière plan, puis le rapport s'inverse dans la dernière partie du film. On peut également parler des Amish, vivant reculés et, conformément à leur tradition, en dehors du progrès et la modernité. Leur vie paisible, s'opposant au vacarme et à la brutalité de la ville, va être envahi par le gang. Toutes ces petites histoires sont réglées en 1h30, ne laissant personne de côté ! Le côté moralisateur, punissant chaque péché par une sanction, est même le seul vrai défaut qu'on pourrait trouver à Violent Saturday. Dans le même temps, le scénario permet à tous les personnages (sauf celui de Victor Mature) d'être ambivalent : ainsi, ceux présentés comme la norme ont chacun leurs vices, et certains des gangsters ont des manières absolument policées : ainsi, ils ne se différencient pas tellement des habitants de la petite bourgade ; tout un chacun est un"inconnu dans la ville".

    Enfin, Violent Saturday est un achèvement esthétique ; tourné en CinemaScope (format plus large que celui pratiqué aujourd'hui), avec les couleurs DeLuxe, le film bénéficie de cadrages composés de façon impeccable. Pourtant novice dans ce domaine (le premier film CinemaScope, La tunique, date de 1953), Fleischer fait des merveilles : le regard pioche à chaque endroit du cadre des informations importantes, et quasiment chaque plan dispose d'une idée de mise en scène stimulante : les plans-séquences permettent de multiples compositions du plan dans la continuité, qui sont organisées avec une fluidité rare. Fleischer tourne très peu de gros plans (le seul que j'ai repéré concerne Lee Marvin), imprimant une distance idéale avec les événements, et donnant à voir les échanges de regards, les directions des personnages de façon très claire. Le rythme qui en découle est idéal, épousant les cadences propres des personnages, parfois ralentissant, parfois accélérant jusqu'à un affrontement final qui tient toutes ses promesses. Mature y devient un chef de résistance tout à fait crédible, défendant la ferme assiégée des Amish. Ce passage très westernien clôt admirablement un grand moment de cinéma, et l'on aime à rappeler que Richard Fleischer, cinéaste pas mésestimé, mais tellement plus qu'un bon artisan, a fait ici un point culminant du film de braquage.

    Disponibilité vidéo : Blu-ray / DVD - éditeur : Carlotta Films

    Source image : jaquette Blu-ray © Carlotta Films

  • Rendez-vous avec la peur (1957)

    Un film de Jacques Tourneur

    11277469893_0ff57959cb_m.jpgWild Side Video gâte, encore une fois, les cinéphiles en cette fin d'année, avec des parutions aussi intéressantes que réussies : Gun Crazy (le démon des armes), de Joseph H. Lewis, avec un bouquin vraisemblablement immanquable de l'Indiana Jones des films noirs, Eddie Muller ; mais également, ce Rendez-vous avec la peur, auréolé d'une rumeur insistante le qualifiant de chef-d’œuvre du fantastique ! Ni une ni deux, c'est LA chronique indispensable du mois pour votre serviteur.

    On ne peut qu'être surpris, décontenancé, en découvrant le début de Rendez-vous avec la peur (Night of the demon) ; Jacques Tourneur, réalisateur personnellement très impliqué dans le genre fantastique, a toujours façonné des moments de terreur qui donnaient la part belle à l'imagination du spectateur, préférant laisser vagabonder les idées les plus folles sur ce qui se passe à l'écran plutôt que de montrer plein cadre l'objet de toutes les tensions. Quelle ne fut pas notre surprise, donc, de croiser à peine 4 minutes après le début du film la trogne patibulaire du monstre dont il sera question durant tout le film. Las ! C'est par l'entremise d'un producteur Hal E. Chester, que cet effet des plus gratuits surgit de la plus évidente des façons dans cet incipit du film.

    Tout n'est pas perdu pour autant, et c'est bien là tout l'incroyable coup de poker de Rendez-vous avec la peur : Le reste du métrage est à peine entaché de cette faute : tout au plus manque-t-on le chef-d’œuvre, et accueille-t-on un  film viscéralement marquant. Car l'insidieuse frayeur qui nous étreint, des ruines de Stonehenge jusqu'à la demeure vraisemblablement accueillante du docteur Karswell, pourtant grand ordonnateur des forces démoniaques à l'oeuvre dans le film, est bien là. Le crédit est a apporter à Tourneur bien sûr, qui fait surgir même dans les instants les plus anodins (la fête de Karswell donnée pour les enfants du quartier), des sursauts véritables. Là un cri, ici un train, au-delà, un couloir, tout est propice à l'expression d'un terreur sous-jacente, prête à exploser à n'importe quelle occasion.

    L'opposition entre deux personnages, et deux conception du monde (le scientifique et le sorcier, le cartésien et le magicien) permet, alors que des faits extra-ordinaires surviennent -la mort d'un scientifique au moment précis où on lu avait prédit, de mettre en tension, en interrogation, ses deux mondes. Comment ? de la façon la plus admirable qui soit, par des cadres où l'ombre, très nettement découpée, façonne les contours d'une terreur qui rôde. Toujours là, mais perceptible uniquement par certaines personnes. Cette avancée de la peur, Michael Henry Wilson l'explique et l'écrit fort bien dans le livre qui accompagne l'édition Blu-ray + DVD. Cette approche, plus sensitive et analytique, alors que d'autres auteurs opteraient plutôt pour une approche factuelle et méthodique, est tout à fait convaincante dans le cas du film de Tourneur.

    Le film avance rapidement, et les séquences marquantes s’égrainent au fur et à mesure : la première confrontation entre John Holden, le scientifique, et Karswell, au British Museum, est très belle, y compris dans la transmission d'une malédiction qui suivra Holden pendant tout le reste du film. On retiendra également une séance de spiritisme qui sera maintes fois copiée. Sam Raimi voulait d'ailleurs en faire un remake il y a quelques années, et a finalement abandonné ; mais, en recyclant plusieurs idées (la malédiction, le choc des cultures) plusieurs séquences (dont cette fameuse séance de spiritisme), il finit par réaliser Jusqu'en enfer, qui recèle également de bons moments.

    Dana Andrews, toujours charismatique l'année suivant La cinquième victime et L'invraisemblable vérité, est un bon choix. Solide comme un roc, il va voir ses certitudes fondre comme neige au soleil, et plonger dans un monde de croyance qu'il pensait disparu. Rendez-vous avec la peur réussit donc, malgré un faux-pas initial, à nous plonger dans un état étrange, comme pris dans la malédiction de ce monstre antédiluvien, qui nous retrouve, tôt ou tard, sans faute.

    Disponibilité vidéo : DVD / Blu-ray chez l'éditeur Wild Side Video.

  • Fenêtre sur cour (1954)

    Un film de Alfred Hitchcock

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    Il est toujours agréable de revoir un très bon film. Fenêtre sur cour fait partie de ceux-là, et sa récente édition Blu-ray (un des titres les plus techniquement corrects de la salve Unversal dédiée au réalisateur) était une invitation trop belle à laisser passer.

    L'image que l'on garde en tête, visionnage après visionnage, est celle de James Stewart alité, ou bien cloué à sa chaise, qui regarde à la jumelle ses voisins d'en face ; enfin, surtout Miss Torso au début, sculpturale gymnaste pas avare de ses charmes. Tranquillement, alors que la caméra ne quittera pas un seul instant l'appartement de Stewart, des scénettes prennent vie, alors même que très peu de dialogue ne viennent les accompagner.
    Un couple de jeunes mariés, un autre plus âgé qui dort sur le balcon en cette période caniculaire, une dame seule qui se laisse aborder par le premier venu, un musicien qui vit de fête et de son art, etc. La richesse de ces micro-récits est admirable, et établie avec une telle économie que seul, le langage cinématographique suffit à leur donner du sens. Les champs / contre-champs, cadres dans le cadre, sont si précis et intelligemment agencés, que l'on est scotché du début à la fin. Évidemment, une intrigue prendra le pas sur toutes les autres : un meurtre potentiel, couvert par la banalité de l'existence d'un monsieur apparemment sans histoire. C'était sans compter l'obsession de James Stewart à son égard. Son état le conduit à développer une fascination maladive pour son proche voisinage : du voyeurisme pur et simple. Et, alors que Grace Kelly (Grace Kelly !) se pâme d'amour pour lui, lui n'en a que faire, ou si peu.

    Aujourd'hui, en revoyant ce grand film, ce qui frappe encore plus c'est la frontière tout à fait floue entre l'histoire fictive, celle qu'on s'imagine, que l'on construit dans notre tête en se basant sur quelques indices épars, et la réalité, qui prend soudainement forme sous nos yeux. Elle est là, tangible, alors que pendant la majeure partie du métrage, elle n'est que le fruit de suppositions. L'éventail de tous les possibles, au regard d'une situation donnée, s'amenuise ou sélargit, jouant au yoyo pendant tout le film, puis explose dans un final au suspense terrible, comme à l'accoutumée dans les meilleur films d'Hitch ; et puis, au fond, tout cela n'est... que du cinéma. Une redécouverte primordiale.

    Source image : James Stewart dans Fenêtre sur cour © Universal Pictures

    Disponibilité vidéo : Blu-ray zone B et DVD zone 2 - éditeur : Universal Pictures.