Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Classics Confidential : Nightfall (1957)

Un film de Jacques Tourneur

8635282210_13075c382a_m.jpgUn des derniers films de Jacques Tourneur, sorti en DVD en juin 2012, a les honneurs de la collection prestigieuse inventée par Wild Side Vidéo : au film, disponible dans la meilleure version existante, s’adjoint un livre sur le tournage dudit film ; voilà le principe des Classics Confidential. Comme souvent, c'est Philippe Garnier qui s'y colle (ce dernier signe également le gros livre de l'édition collector de La nuit du chasseur, sortie au début du mois de novembre 2012). Et, comme c'est leur délicieuse habitude, l'objet est une réussite.

Nightfall, produit à la fin de la longue traîne du film noir (les derniers avatars classiques en seront l'excellent Sueurs Froides d'Hitchcock , et Traquenard de Nicolas Ray en 1958, pourtant déjà un brin "mutants"), possède un certain nombre de singularités qui permettent de le démarquer d'un ensemble à la fois vague -le film noir est plus un esprit, une sensibilité- que parfaitement étudié.

La principale singularité est ici d'alterner des séquences empreinte d'un bonheur palpable, et d'autres tragiques. Ainsi, la rencontre entre James Vanning (Aldo Ray) et Marie Garner (la jeune Anne Bancroft), sous le coup de l'imprévu, fait basculer le moral de l'homme du côté lumineux, pour un dîner qu'il était loin d'espérer. Quelques minutes plus tôt, on l'avait vu presque sursauter à l'éclairage des luminaires d'un kiosque à journaux, caractérisant un homme aux aguets, fatigué. Le collage de ces deux scènes successives montre à la fois l'instabilité de l'homme et son aspiration au bon, à la vie normale. 

Plus loin, alors que Vanning fuit avec Mary deux brutes qui veulent remettre la main sur le fruit de leur braquage, une très belle scène apparaît, soleil dans la nuit : voyageant en car sur une longue distance, le couple se réveille, le regard plein du bonheur de retrouver l'être aimé après une nuit agitée. Et le film de faire se succéder des scènes dures et typiques du film noir (passage à tabac du personnage principal, séquestration) et d'autres qui sont leur paradoxe parfait. 

Le personnage de Mary, contrairement à l'archétype du film noir, n'est pas une intrigante qui veille à assouvir un intérêt personnel ; c'est un personnage lumineux -elle est mannequin pour une boutique de vêtement- qui ne joue pas de double-jeu ; et ce, même si une des premières scènes du film sème le doute sur ses motivations.

8178265410_6d953d4c8a.jpg
Aldo Ray (à droite) menacé par Rudy Bond 

Une autre différence de Nighfall par rapport à l'ambiance de beaucoup de films noirs, est de situer une grande partie de son intrigue à la campagne en hiver, alors que le film noir s'épanouit d'habitude dans un univers urbain et sombre. Ici, le drame se déroule en plein air, dans de magnifiques paysages près du lac Tahoe, à la frontière du Nevada et de la Californie. 

C'est là, alors que deux amis sont en train de pêcher et viennent secourir les passagers d'une voiture accidentée, qu'ils sont menacés par les rescapés. les deux extrêmes (une scène joyeuse devient un drame) se télescopent dans cette scène. La découpe narrative -la scène est racontée en flash-back- ajoute encore à l'équilibrisme constant qui se joue dans le film.

Mais alors, Nightfall est-il variablement noir, comme Garnier semble le dire par l'entremise du titre du livre joint, Le noir n'est pas si noir ? Le personnage principal est bien pris dans un engrenage infernal à partir d'une situation que le hasard lui soumet ; engrenage magnifiquement illustré par les mouvements de gigantesques appareils vers lesquels les bandits tabassent leur victime, typique également du film noir. La poursuite et la résolution de l'intrigue, jonchée de coïncidences malheureuses, insiste également sur une trajectoire descendante caractéristique du noir. 

Pour autant, le film n'est pas majeur dans la carrière de Tourneur, qui s'est mieux illustrée dans son cycle de films d'angoisses pour la RKO dans les années 40 (La féline, Vaudou, L'homme-léopard et Angoisse) ; le livre de Philippe Garnier met bien en évidence la difficulté du casting d'Aldo Ray, qui jour l'homme (un peu trop) ordinaire face à sa destinée. Il revient surtout sur la carrière de David Goodis, à l'origine de l'histoire du film, qui s'est vu finalement adapté une dizaine d'années après son écriture. Et, face à un auteur dont les romans sont, de l'avis de Garnier, assez mauvais, il souligne l'intelligence de l'adaptation faire par le scénariste Stirling Silliphant (déplaçant tel passage à tel endroit, coupant les dialogues ineptes). Le livre donne, comme souvent dans la collection Classics Confidential, un meilleur regard sur le film en le bonifiant. La formule est payante pour les films (quels choix avisés !) qui ont la chance de faire partie de cette collection.
 

A lire également : la critique du film par François-Oliver Lefèvre sur DVDClassik.

Commentaires

  • Salut Raphael,
    Merci de nous présenter ce film que je ne connais pas du tout. Tant de films à voir, et si peu de temps !!
    Amicalement.
    Stéphane.

  • Salut Stéphane,

    c'est ce que je me dit chaque jour ! mais on avance, petit à petit...

    A bientôt,

    Raphaël

Les commentaires sont fermés.