12.09.2009

Ciné d'Asie : Intimate confessions of a Chinese courtesan (1972)

Un film de Chu Yuan

3909096010_5087024dd1_m.jpgChu Yuan choque les sensibilités quand il sort son Ai Nu (titre original de l’oeuvre, prénom de l’héroïne signifiant esclave de l’amour), histoire qui prend pour cadre une maison close à la patronne lesbienne ; cette dernière tombe amoureuse de sa dernière recrue (enrôlée de force), la bien nommée Ai Nu.

S’en suit un récit de mensonges, de vengeance, de sabres mais aussi d’amour, dont s’est inspiré Tarantino pour son Kill Bill (2004). Les combats, bien que peu nombreux, peuvent faire pencher la balance vers le wu-xia pian, mais le film est définitivement plus tourné vers le récit de vengeance, tant le viol initial hante Ai Nu. Dès lors, croit-on une seconde à l'histoire d'amour sensuelle qui se noue entre les deux femmes ? Aussi étrange que cela puisse paraître, à certains moments, elle fait illusion, notamment grâce au jeu très naturel des deux actrices, lors d’un apprentissage au maniement du sabre. L’amour, aveugle, fait que Chun Yi, la (très) belle matronne, prend sous son aile la révoltée Ai Nu, couvrant cette dernière dans sa quête de vengeance envers ceux qui l’ont violé, lui apprenant, en même temps que l’art de l’amour, la façon de se battre. Elle ne peut pas voir qu’Ai Nu veut également sa mort, obnubilée par son attachement. Cette dimension, on ne peut plus classique, est rendue avec toute la tendresse et la folie qu’on peut imaginer. Ainsi, le film alterne dans un mouvement de balancier moments de douceur et de brutalité, voire de cruauté, épousant par là la personnalité de Chun Yi. Il faut voir cette dernière, transie d’amour, lécher les plaies de Ai Nu, laissées par les coups de fouets... Nous sommes en 1972 et Chu Yuan bouleverse les codes établis.

L’extrême raffinement des cadres et de l’image (costumes de soie colorés, maquillage, coiffure, bâtiments, ruelles, ponts) nous fait entrer de plain pied dans un monde où l’artifice est constamment désigné comme tel (le sang fait faux, le tournage en studio est très visible), et crée cet inimitable cachet Shaw Brothers : c’est le cœur du système de représentation du monde cher à la firme. On aime ou pas, personnellement je marche à 200%. Ponctué de nombreux plans qui marquent la rétine, Intimate Confessions... est une succession de belles images, auxquelles Chu Yuan Confère une élégance toute particulière : lents travellings latéraux, jeu entre l’avant-plan et l’arrière-plan, ralentis gracieux, filtre de couleur verte pour la première séquence, neige qui tombe en pluie, ... De la belle ouvrage made in Hong-Kong. La symbolique des couleurs, notamment sur les robes de l’héroïne, sont très maîtrisées : tour à tour vêtue de vert, de jaune, de blanc, elles sont à chaque apparition signifiante d’un état, comme le souligne bien François et Max Armanet dans leur ouvrage fondateur, Ciné Kung Fu.

Au rayon film de sabre, les combats sont bien réalisés, les mouvements chorégraphiés étant bien captés par l’œil de Chu Yuan, même si l'on n'est pas chez Liu Chia-Liang en ce qui concerne la maîtrise totale des techniques martiales. On peut dire que devant l’harmonie de toutes les dimensions du film (narration, cadres, jeu d’acteurs), il s’agit peut-être aujourd’hui d’un des Shaw Brothers les plus appréciables par un public non-initié au monde tout de même bien spécial et parfois bis de la Shaw Brothers. Une date dans le cinéma de Hong-Kong !

Source image : affiche originale @ Shaw Brothers

10.09.2009

Dossier : la cinéphilie et le DVD, dernière partie

Voici la dernière partie de notre dossier consacré aux rapports étroits entre cinéphilie et DVD, fruit d'un travail de recherche en Master durant l'année 2005, refondu, augmenté et corrigé en 2009.

Retrouvez ici chaque partie, puis le document final en texte intégral (72 p.)

Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4
Partie 5

Version intégrale

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06.09.2009

Ciné d'Asie : Je suis un cyborg (2007)

Un film de Park Chan-Wook

3892699923_8090e8c54d_m.jpgAprès l’uppercut Old Boy (2004), le cinéaste coréen avait déjà quelque peu déçu les spectateurs de son Sympathy for lady vengeance (dont nous ne gardons qu’un souvenir lointain et... vide). Découvrant Je suis un cyborg (dont le titre anglais, I’m a cyborg but that’s OK, donne déjà plus d’indices sur le décalage assumé du propos), on ne peut qu’être qu’objectivement gêné.

L’invention visuelle est toujours de mise, débutant par un générique facétieux, qui rappelle ceux de Tim Burton, secondé par un morceau à la mélodie très colorée. L’extrême saturation des couleurs et la prédominance du blanc en font un objet pop clairement influencé par la mode anime ; de même, les expressions des personnages, excessives, et leurs agissements, incompréhensibles -le film prend place dans un asile, où chaque patient est un cas d’école- nous confortent dans la direction prise. Oui, cela, c’est très clair, ce qui l’est beaucoup moins, c’est de saisir l’intérêt de la démarche, dans un film où on se débat pour trouver un début de scénario.

Des scénettes s’enchaînent, poussant l’absurde aussi loin qu’un sourire peut poindre à l’occasion, mais aucun liant ne vient sceller l’ensemble. Les personnages ne semblent tout au plus que des jouets pour le réalisateur, et l’on a la sensation bizarre d’être au zoo en train de regarder des bestioles en cage, sans comprendre leurs actions. On est bien loin de la sophistication scénaristique d’un Old Boy, et sûrement c’était le but escompté, pour en finir avec cette trilogie de la vengeance aussi noire que ce film-ci est... rose ? Non, le cyborg est bien un grand malade mental chez Park-Chan Wook, et la folie est ici toujours de mise ; une folie douce mais destabilisante, qui s’empare du récit pour en cannibaliser sa substance. Le film n’est plus, ne reste qu’une accumulation de situations ubuesques, sans queue ni tête. Tout juste comprendra-t-on qu’il s’agit d’une romance entre cette fille qui croît être un cyborg, dont la mère croyait être une souris, et dont le prétendant se ballade affublé d’un masque de lapin, rendant toujours ce qu’il a volé comme Goku qui fait une fusion dans Dragon Ball (comprenne qui pourra).  C'est sensé être une comédie, et l'on se prend à penser que cet assemblage bancal se réclame d'une certaine poésie, mais en vain. Le résultat en laissera plus d’un sur le carreau... En attendant quand même le prochain essai du cinéaste, le film de vampires "autre" Thirst, présenté à Cannes 2009.

Source image : affiche cinéma © Wild Side

31.07.2009

Ciné d'Asie : Martial Club (1981)

Un film de Liu Chia-Liang

3775650036_22680a0c90_m.jpgMartial Club est la deuxième participation de Liu Chia-Liang à l’édifice cinématographique créé pour le médecin expert en arts martiaux Wong Fei Hung, figure historique chinoise du 19e siècle. Il est incarné dans le film par le frère adoptif du réalisateur, Liu Chia-Hui, alias Gordon Liu déjà au même poste sur Le combat des maîtres (1976).

Ce que j’adore chez Liu Chia-Liang, et qui me le fera toujours préférer à un Chang Cheh, c’est la totale beauté de ses images et la recherche souvent payante du meilleur angle, du meilleur cadre, pour filmer les arts martiaux. Auparavant chorégraphe des combats, on sent à chaque instant une recherche graphique de l’enchaînement le plus fluide possible, tout en étant visuellement très stimulant. De plus, les qualités martiales de Liu Chia-Hui ainsi qu’un charisme à toute épreuve ne sont plus à démontrer.

Martial Club n’est malheureusement pas le meilleur film de Liu Chia-Liang, et semble d’abord se mélanger les pinceaux ; débutant par un mode d’emploi de la danse du Lion par Liu Chia-Liang himself, on assiste ensuite à une démonstration brillante de l’exercice (mais qui traîne en longueur). S’en suit des passages comiques qui rappellent le penchant du réalisateur pour la kung-fu comedy, mais ces passages sont loin de l’efficacité d’un Lady Kung-fu, réalisé la même année. Bruitages de dessins animés, expressions forcées du visage... Tout ceci se calme heureusement très rapidement.

Force est de constater ensuite que le scénario ne brille pas par sa complexité : deux écoles de kung-fu s’affrontent pour imposer leur suprématie, pendant que deux jeunes élèves (dont le jeune Wong Fei Hung) pensent ne plus rien avoir à apprendre. A l’image de la séquence d’introduction du film par le réalisateur, on sent bien que ce dernier s’attache plus à la pédagogie et à la restitution de la morale des arts martiaux qu’à un scénario correct. La leçon de savoir vivre et la maîtrise technique de l’art martial dominent le récit. Les affrontements s’enchaînent alors de façon ininterrompue, chaque action étant prétexte à un combat. On voit là la notion d’art martial comme intégrant la vie tout entière, une philosophie qui guide le chemin de vie. Ceci étant dit, on se rapproche ici plus de la comédie musicale où les chorégraphies et passages chantés sont remplacés par des combats soignés. Deux moments sont particulièrement marquants : la danse du Lion du début, très dense, alternant des plans aux cadrages souvent différents et exploitant l’énergie des personnages ; la caméra suit, accompagne le mouvement, l’anticipe parfois. La dernière séquence lui répond comme un écho inversé, là où deux personnages seulement (contre des dizaines lors de la première scène) s’affrontent dans un long couloir qui rétrécit au fur et à mesure ; chaque coup porté est minutieusement préparé, exécuté : c’est du grand art.
Entre ces deux grands moments, nous n’assistons pas à un Liu Chia-Liang majeur, qui a néanmoins toutes les qualités formelles des meilleures réalisations du bonhomme (la 36e chambre de Shaolin, Shaolin contre ninja).

21.07.2009

Dossier : la cinéphilie et le DVD, partie 4

Voici l'avant-dernière partie de notre dossier consacré au dvd et la cinéphilie, consacrée ici au caractère profondément obessionnel de la cinéphilie, et que le dvd, par sa structure et sa conception, reprend à son compte.


F. L’étude d’un DVD : Invasion Los Angeles (They live, John Carpenter, 1988)

1. John Carpenter, un auteur à la française

John Carpenter réalise Invasion Los Angeles en 1988. Il s’agit d’un film fantastique. Le réalisateur s’est illustré dans le genre depuis son premier long, Dark Star, en 1974. Dès ses débuts, il est soutenu par une partie de la presse spécialisée française, au sein notamment des Cahiers du Cinéma, et plus largement à travers toute l’Europe. Il est omniprésent dans la confection de ses films : production, scénario, réalisation, musique, montage, on voit aussi très souvent son nom faire partie intégrante du titre du film, comme pour John Carpenter’s Vampires ou John Carpenter’s The Fog. Aux Etats-Unis, à l’examen du genre qu’il illustre, son rayonnement est bien moins important, au point que l’intéressé déclare : « En France, je suis considéré comme un auteur, en Allemagne, comme un metteur en scène, en Angleterre, comme un réalisateur de films d’horreur, et aux Etats-Unis, comme un fainéant ». Cela résume bien sa posture. Il a utilisé bien souvent le genre fantastique sous lequel se terre une critique politique acerbe, comme c’est le cas avec Invasion Los Angeles.

2. Le scénario

Pour bien comprendre le DVD, il faut se replonger quelques instants dans la trame du film. Invasion Los Angeles prend pour personnage principal un ouvrier au chômage du nom de John Nada (« rien » en espagnol), qui arrive à Los Angeles. Il y découvre un trafic de lunettes bien particulières. Une fois portées, elles dévoilent un monde très différent de celui que nous connaissons. En noir et blanc, dans lequel certaines personnes se révèlent être des extra-terrestres, qui dominent notre monde de l’intérieur depuis bien longtemps. Les panneaux publicitaires, journaux, télévision, projètent en réalité des messages subliminaux qui hypnotisent les Terriens : Dormez, Obéissez, Reproduisez-vous, Consommez, etc. On sent bien sous le prétexte fantastique poindre une dénonciation de l’époque Reaganienne, conspuée par le réalisateur.

Retrouvez la quatrième partie en texte intégral (pdf, 8 p., 36 ko)

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29.06.2009

Dossier : la cinéphilie et le DVD, partie 3

Continuant le travail commencé ici puis , voici la troisième partie de notre réflexion sur les rapports étroits entre un objet, le dvd, et un concept, la cinéphilie.

II. Le DVD, un nouveau rapport au film


A. Le descendant du Laserdisc

Pour parler du support DVD, il faut remonter quelques années en arrière, jusqu’à l’avènement de la cassette vidéo. Le support transformait le film en un objet qu’on pouvait tenir dans une main, garder, échanger. L’essor de la vidéo donna naissance à une nouvelle industrie : la domestication du film, induisant de nouveaux usages cinéphiliques en dehors de la salle de cinéma. La seconde révolution des usages vint avec le premier support pensé pour le cinéphile : le Laserdisc. Lancé en 1987, il s’éteindra une dizaine d’années plus tard. Il avait pourtant certains arguments pour supplanter la VHS enregistrée, qui furent repris par le DVD : en premier lieu une définition supérieure de l’image, un son numérique et la possibilité de choisir entre la version française et la version originale. De plus, c’est avec ce support qu’est né le concept du bonus. Le cinéphile pouvait pénétrer à l’intérieur de l’univers du film, avec making-of, explications de toutes sortes, filmographies, etc.

D’imposantes barrières se sont vite opposées à une réelle démocratisation du support et finalement à son succès. Un prix prohibitif, un encombrement certain (le support avait la taille d’un disque vinyle 33 tours et le lecteur était imposant), qui faisait aussi qu’un film à durée "standard" (autour de 2 heures) occupait les deux faces du disque, impliquant le changement en cours de visionnement. Bref, le Laserdisc, tout en faisant office de support cinéphilique pionnier, devait être supplanté par une nouvelle révolution : le DVD.

Pour lire la partie complète, c'est par là que ça se passe

10:30 Ecrit par Raphaël dans Dossiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéphilie, dvd, dossier |

22.06.2009

Ciné d'Asie : Meurtre à Yoshiwara (1960)

Un film de Tomu Uchida

3649101963_a6836c3407_m.jpgWild Side Video nous fait découvrir des pans plutôt méconnus du cinéma asiatique avec le coffret Tomu Uchida, sorti en 2006.

Ce film-ci, narrant la vie pleine de péripéties de Jirozaemon, abandonné à la naissance à cause d’une "horrible" tache sur la joue droite, marque une belle réussite de son auteur.

La première partie du film s’étend à caractériser le handicap social de l’homme par rapport à sa marque disgracieuse ; malgré une réussite professionnelle sans conteste -il devient un prospère marchand de soie-, les qu’en dira-t-on  ne cessent d’évoquer sa laideur, qui l’empêche, même adulte, de trouver une épouse. L’homme est donc accablé socialement par un défaut physique, malgré une qualité d’être qui ne fait pas de doute. Uchida, pour signifier l’isolement du personnage, compose des cadres symétriques, symétrie que le visage de Jirozaemon ne connaît pas. Sa mise à l’écart sociale s’appuie sur un détachement visuel, le fond et la forme s’accordant d'une bien belle manière. Alors que la majorité des plans font appel à une symétrie classique, donnant aux différents plans un éclat évident, le défaut de l’homme n’en ressort que plus.

La symétrie va ici de pair avec la beauté flamboyante d’un Scope couleurs extrêmement travaillé : les tons sont quasi pastels, procurant à chaque image le ton doux des estampes japonaises ; on retrouve ici un autre contraste, entre le velouté des couleurs et la tonalité sombre du récit, annoncé dès le titre ; on ne trompe personne, cette histoire est un drame.

Un drame car encore une fois, le film s’ingénue à opposer deux situations qui vont être le quotidien de Jirozaemon : alors qu’il est un marchand reconnu, faisant par ce biais partie de la bonne société, sa quête d’une épouse va l’obliger à fréquenter assidûment les bordels de Yoshiwara, où il tombe amoureux d’un prostituée, ancienne taularde  qui s’est retrouvée là par obligation. S’oppose alors deux logiques, celle du travail -son entreprise de soie a besoin d’argent car les récoltes n’ont pas été bonnes- et celle du plaisir -la fille de joie veut bien l’épouser s’il lui permet de devenir première courtisane, ce qui demande des fonds importants.

Le film, fonctionnant continuellement sur des extrêmes contradictoires, est de fait très clairement construit. La trajectoire tragique du personnage principal, handicapé dès la première image, est terrible et s’expiera dans un final marquant. La sournoiserie de la jeune fille, aussi belle que vulgaire, répond à l’opportunisme des tenanciers des maisons closes, qui échafaudent sur le dos de Jirozaemon un plan pour lui soutirer encore plus d’argent. La force tragique du récit, accompagné par quelques fulgurances visuelles, est assez remarquable, surtout dans sa dernière partie. Avant cela, le début nous aura paru tout de même un peu long à se mettre en place. Une belle découverte pour un cinéma nippon toujours surprenant.

06.06.2009

Dossier : la cinéphilie et le DVD, partie 2

Continuons notre exploration de la cinéphilie et du DVD, commencée >>ici :

2. L’institutionnalisation française du cinéma

a. La Cinémathèque Française
Henri Langlois, avec l’aide de George Franju, crée la Cinémathèque Française en 1936. Il s’agit d’une association loi 1901, d’initiative privée mais soutenue par l’État, qui est son principal financeur (à hauteur de 80 %). Elle est le premier geste institutionnel de reconnaissance politique du cinéma en France. Elle a pour mission conservation et diffusion de films, qui représentent un ensemble de 40 000 métrages. La passion de Langlois et son initiative sont unanimement reconnues dans le monde cinématographique comme un immense pas en avant pour la reconnaissance de cette forme artistique.
La Cinémathèque Française est pour beaucoup dans la constitution du goût cinéphilique. La valorisation de ses collections par des rétrospectives, sa programmation et ses éditions sont sans égal. Sans la Cinémathèque, la génération des jeunes-turcs des Cahiers du Cinéma n’aurait certainement pas vu le jour…

b. Le Centre National de la Cinématographie

Le CNC est un organisme public créé dans l’immédiat après-guerre, en 1947. Il est censé encadrer la production cinématographique nationale et la recenser. Il n’institue cependant dans un premier temps que le dépôt volontaire des films par leurs ayant-droits -les producteurs le plus souvent-, dans le souci de les protéger juridiquement. Le recensement sera donc d’abord partiel car facultatif. Alors que le copyright sur les œuvres filmiques aux Etats-Unis existe depuis 1912 (pour des raisons économiques), le dépôt légal français date de 1977. Dès lors, tous les films sortis sur le territoire seront répertoriés et conservés.
D’autre part, le Service des Archives du film du CNC a été créé en 1969, après que Langlois ait été évincé de la Cinémathèque en février 1968. Ce pôle est un des hauts lieux de la restauration (environ 1000 œuvres par an), concernant les films bien sûr, mais aussi le non-film : affiches, scénarios, matériel publicitaire. Le cercle digne de restauration s’élargit. Le film, partie prenante dans ces autres dimensions, devient un véritable univers. Élément « solaire », il rayonne sur tous ses satellites qui forment finalement une galaxie-système indissociable.
Nous sommes au cœur de la cinéphilie, mise en perspective permanente, qui touche à tous les domaines du film. Ici, la cinéphilie se comprend comme besoin de savoir (et d’avoir) l’annexe pour mieux connaître  le principal.

La suite à télécharger >>ici

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31.05.2009

Ciné d'Asie : Le bras de la vengeance (1969)

Un film de Chang Cheh

3567678450_f7314b72c8_m.jpgSecond volet de la trilogie du sabreur manchot, ce Bras de la vengeance radicalise les partis-pris du film original, tout en s’ancrant dans la logique du serial. Suite directe, le film commence là où l’on avait laissé le sabreur Fang Gang, retourné après les péripéties du premier opus travailler son domaine agricole avec son épouse.

Lui qui avait juré qu’on ne l’y reprendrait plus est contraint de reprendre les armes contre une groupe de combattants surpuissants, les 8 rois, qui, sous le prétexte d’un tournoi d’arts martiaux, veulent annihiler toute concurrence dans la maîtrise du sabre.

Pour les éléments typiquement serialesques, on comprend tout de suite la règle de la surenchère : les combats sont beaucoup plus nombreux, le sang plus présent, tout comme les ennemis et le nombre d’armes utilisées -par ailleurs délicieusement farfelues : j’aime bien le sabre qui projette du venin, ou les boucliers tranchants, très cinégéniques. Plus encore, on va retrouver certains acteurs charismatiques du premier épisode ici, dans des rôles différents évidemment, étant passé de vie à trépas dans Un seul bras les tua tous. Liu Chia-Liang et Tien Feng sont notamment de la partie, constituant une belle galerie de trognes de méchants. Pas le temps de développer un scénario réduit au strict minimum, le but est d’accumuler un nombre impressionnant de combats, captés par la caméra mobile d’un Chang Cheh très inspiré. Les nombreux travellings, la variation des échelles de plans et la multiplicité des angles de prises de vues donne une vraie richesse au film, sans compter le soin apporté aux costumes et aux décors, somptueux. On pourrait, à ce titre, ainsi qu’à d’autres, rapprocher la logique commerciale de la Shaw Brothers avec celle de la firme Hammer, productrice de certains des plus beaux films fantastiques des années 50-60.

Après un moment d’hésitation, notre sabreur préféré va donc reprendre les armes et dominer ses adversaires d’une façon tellement facile que cela en devient caricatural, un peu à la façon d’un super-héros -il fait d’ailleurs ici beaucoup plus de pirouettes câblées que dans le film précédent, ce qui casse un peu l’élan chorégraphique de certaines scènes ; en effet, alors que des batailles sanglantes et très terriennes font rage, ces sauts fantastiques et -malgré eux- comiques, sortent le spectateur du film.

Jimmy Wang Yu tient toujours bien son rôle, et si sa grâce martiale n’égale pas celle d’un Gordon Liu ou d’un Jet Li, il n’est pas indigne dans le rôle, d’autant que son visage toujours empreint de gravité rend bien ses cicatrices intérieures.

Belle suite, le film tire son épingle du jeu par sa frénésie visuelle, ainsi que par la perversité de l’un des huit rois qui n’est autre qu’une reine, prenant avantage de l’effet qu’elle produit sur des combattants qui, pour le coup, deviennent bien inoffensifs. Chang Cheh poursuit son chemin de réalisateur et montre de plus en plus sa passion pour les effusions de sang, doublé d’une ambiance quasiment intégralement masculine... Le summum arrivant bientôt avec la dernière pierre à l’édifice de la trilogie, La vengeance du tigre (1971), alias The new one-armed swordsman, où David Chiang prend la place de Wang Yu dans le rôle-titre.

29.05.2009

Dossier : la cinéphilie et le DVD, un autre regard sur le film

Inaugurons ici un nouveau dossier, constitué de notre mémoire d'études de 2005, revu et corrigé actuellement, qui décortique les rapports délicats entre l'idéal cinéphile et le dvd (faisons bref).

La cinéphilie est une affection, dit-on. Une passion obsessionnelle s’exerçant sur le film et le cinéma. Le statut de la cinéphilie pose beaucoup de questions, car repose sur cet objet constamment tiraillé entre création et rentabilité économique.
Le DVD fait partie de ce marché, où les étoiles et les récompenses se distribuent à l’aune des profits dégagés. Pourtant, le DVD est aussi bien d’autres choses. Comme transformer la vision du film, changeant l’expérience cinématographique en objet, l’immatériel prenant corps. Le DVD, sur de nombreux plans, révolutionne l’approche du cinéma et donc modifie les comportements cinéphiliques. DVD et cinéphilie ont beaucoup à voir, ils feront l’objet d’un rapprochement privilégié au sein de ce travail, notamment à travers l’étude des parutions Criterion, éditeur de DVD américain et cinéphile avant tout.

La cinéphilie, rapport éminemment personnel au cinéma, se retrouve ainsi dans le DVD, reconstruisant comme on va le voir une cinéphilie en utilisant ses propres artifices.

A travers la naissance de la cinéphilie, on verra comment s’est constitué une véritable culture de cinéma. Le DVD s’annonce comme le support pensé pour le cinéphile. Concrétisant le film et la culture du cinéma, il instaure un rapport de connaissance à l’œuvre qui rappelle ce qu’on appellera l’idéal cinéphile.

Le cinéma a toujours compris, dans une approche psychanalytique, un penchant obsessionnel nommé fétichisme. Ce sera le troisième terme fort de l’étude, autour duquel nous ferons graviter la notion de collection.


La suite à télécharger >> ici (pdf, 27 ko)

Rendez-vous chaque semaine pour suivre la suite de la réflexion...

08:00 Ecrit par Raphaël dans Dossiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dossier, dvd, cinéphilie |

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