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  • Le cauchemar de Dracula (1958)

    Un film de Terence Fisher

    8853158101_148cbf364a_m.jpgLa relecture du cycle fantastique de Universal made in Hammer film commence ici, avec ce Cauchemar de Dracula de très bonne facture. Peter Cushing et Christopher Lee (Van Helsing/Dracula), duo déjà connu à l'écran par Frankenstein s'est échappé sorti l'année précédente, débutent eux aussi un combat qui se poursuivra dans de nombreuses suites.

    Adaptation du livre de Bram Stoker, le film montre plusieurs altérations d'importance par rapport au matériau d'origine. Jonathan Harker (John Van Heyssen) y est un collègue de Van Helsing, tâchant d'anéantir Dracula ; il échouera, alors que le Jonathan Harker du roman est un agent immobilier venu dans les Carpathes de Dracula pour finaliser un accord de vente d'une demeure, aucunement conscient du risque encouru (et qui s'en sort vivant). Dans le film, sa promise est Lucy Holmwood -la grande amie de Mina Harker-, et non Mina elle-même. Mina, nommée Holmwood dans le film, est en fait la soeur de Lucy et la femme de Arthur Holmwood (Michael Gough, que l'on connaît plus aujourd'hui pour avoir incarné le majordome Alfred Pennyworth dans les quatre films Batman produits par la Warner entre 1989 et 1997). Le professeur Seward, dans le livre élève de Van Helsing, est ici le médecin de famille des Holmwood. Ces différences permettent de condenser l'intrigue, et surtout de caractériser la personnalité de Van Helsing, ne reculant devant rien pour terrasser Dracula.
    Ainsi, lorsqu'il découvre que son ami Harker a été possédé par le vampire, il n'hésite pourtant pas une seconde à lui enfoncer un pieu dans le coeur. Ces aménagement dans la trame narrative de Stoker permettent aussi d'aiguiser la rencontre entre Jonathan Harker et Dracula : Harker prétend venir pour occuper le poste de bibliothécaire dans le château de Dracula, tandis que le vampire se montre extrêment courtois envers son invité, allant jusqu'à lui porter sa valise jusqu'à sa chambre. Dans cette séquence, chacun joue en fait un double-jeu. Averti du danger mortel qui pèse sur lui, on pourra être étonné de la facilité avec laquelle Harker tombe finalement dans le piège du comte. Le jeu de John Van Eyssen, théâtral et appuyé, est d'ailleurs le point faible d'un ensemble sinon impeccablement maîtrisé.

    En terme d'écriture et de pur rendu cinématographique, le grand écart entre la prévenance apparente du comte et la sauvagerie avec laquelle, dans la scène suivante, il protège sa future proie, tel un fauve rendu fou par la vue du sang, est tout à fait éloquent. Les yeux injectés de sang, bondissant avec une rapidité foudroyante, Christopher Lee y est carnassier.

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    Ce premier film du cycle vampirique de la Hammer est l'occasion pour édicter les règles de base de la mythologie : ainsi, si Dracula doit reposer dans sa terre natale, et est sensible à l'ail, aux crucifix, et évidemment à la lumière du jour, il ne peut pas se transformer. C'est bien sûr le cas dans le livre, où on peut le voir apparaître sous la forme d'une chauve-souris, ou d'une vapeur verdâtre (éléments par exemple repris dans le Bram Stoker's Dracula de Francis Ford Coppola). On avancera que ce sont sûrement les impératifs financiers qui ont dicté cette clause, qui s'évaporera dans les films suivants du cycle Hammer. C'est d'ailleurs lors de ce Cauchemar de Dracula qu'apparaissent à l'écran les canines pointues, caractéristiques des vampires pour le reste de l'histoire du cinéma.

    Terence Fisher et Jack Asher, son directeur photo, font des merveilles visuelles, ce qui perdurera comme un standard Hammer, mariant les teintes pourpre et plus sombres, n'hésitant pas non plus à utiliser la couleur verte (la chemise de nuit de Lucy Holmwood, alors possédée par Dracula), afin d'instiller de l'étrangeté chez les personnages ayant basculés sous l'emprise du mal. Il est intéressant de noter que la Bavière, région du sud de l'Allemagne où se déroule l'intrigue, occupe le même rôle dans plusieurs Frankenstein de la firme, avec ces villages faits de chaumières tranquilles bloqués à la fin XIXème siècle et, toujours, de la taverne qui s'avère un lieu de passage incontournable. Le cadre de la Hammer est planté, le reste appartient à l'histoire pour une série de films toujours enthousiasmants aujourd'hui.

    L'existence d'une version longue de ce film a souvent été évoquée par le passé, appelée "version japonaise" en raison de plans supplémentaires montrés dans ce pays et coupés dans tous les autres. Christopher Lee en personne attestait de ces plans supplémentaires, sans qu'on en ait la preuve formelle. Ce n'est qu'à l'automne 2011 qu'une version plus complète a été retrouvée au Japon. Dans la récente sortie blu-ray en Angleterre, on peut effectivement voir des plans qui avaient été coupés pour toutes les autres régions du monde, à part le Japon : la séduction plus explicite de Dracula sur Lucy (on ne voulait à l'époque pas montrer le comte mordre le cou de la jeune fille plein cadre : trop "chargé"), puis la fin de Dracula, agrémenté de quelques plans de composition supplémentaires. Malheureusement pour les francophones que nous sommes, pas de VF ni de sous-titres français sur cette sortie...

    Plus d'informations sur la sortie Blu-ray du film en Angleterre sur Forgotten Silver

    Disponibilité vidéo : DVD zone 2 - éditeur : Warner Home Video.

  • Live long and prosper : Star Trek débarque sur Arte !

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    Amis de la SF, des paradoxes temporels et de l'exploration de planètes et peuplades exotiques, tous à vos postes ! Arte inaugure dès ce soir dimanche 26 mai 2013 un cycle Star Trek ! Au programme, les 6 épisodes cinématographiques de la saga impliquant l'équipage d'origine (Star Trek : le film, Star Trek II : la colère de Khan, Star Trek III : A la recherche de Spock, Star Trek IV : Retour sur terre, Star Trek V : l'ultime frontière, Star Trek VI : Terre inconnue), plus le meilleur épisode (peut-être de toute la saga dans son entier) : Star Trek : Premier contact, avec l'équipage de Star Trek : The Next Generation et les méchants Borgs, dirigés par une reine carrément borderline.

    Ajoutez à cela deux documentaires dont un inédit (Star Trek : True Stories, ce soir à 22h45), la ration est tout à fait honorable. Pour les novices, débuter par Star Trek : le film s'avèrera assez déroutant, l'équipage vieillissant et les thématique sur la mort, sans compter le mystère V'ger, se détachant finalement d'un épisode classique de Star Trek. On vous conseille l'épisode II, avec un Ricardo Montalban viril tout en poitrine luisante, et la trilogie qu'il forme avec les épisode III & IV, réalisés par Leonard Nimoy, Spock en personne.

    Tout cela pour amener au fait que ce Star Trek a fait de mieux n'est pas forcément au cinéma. Si vous aimez, plongez-vous dans la série originale : même si le tempo est un lent, la mythologie et le message de tolérance et d'humanisme distillé par Gene Roddenberry, sans compter le décorum SF assez excellent et les tenues parfois sexy en diable peuvent vous ravir. A bon entendeur !

    Plus d'infos sur la programmation d'Arte

  • Crying Freeman (1995)

    Un film de Christophe Gans

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    Premier long de Christophe Gans, Crying Freeman est l'adaptation du manga éponyme, créé par Kazuo Koike, l'auteur de Lady Snowblood et du célèbre Lone Wolf and Cub (chacun de ces titres ayant également connu une adaptation cinéma dans les années 70).

    Passionné de tous les cinémas, mais peut-être par-dessus tout du cinéma asiatique, notamment du cinéma Hong-kongais qu'il a participé à faire connaître via HK Vidéo, Christophe Gans signe évidemment avec Crying Freeman un film référentiel. A travers l'aventure de son héros solitaire et mutique, Yo (Mark Dacascos), pris au piège par une secte d'assassins, les Fils du Dragon, c'est tout un pan du cinéma HK des années 80 et 90 qu'on revisite sur les 100 minutes bien remplies de Crying Freeman.

    En allant chercher David Wu, le montaeur de John Woo, Gans donne à son métrage une couleur résolument typée, à base de ralentis extrêmement travaillés, de clichés visuels typiquement HK (les colombes qui s'envolent au ralenti, des hommes de mains qui jouent simmultanément du pistolet tout en avançant), faisant même cohabiter plusieurs univers dans son film. En effet, aux triades qui se bagarrent la domination d'un territoire, tout droit sorti des polars made in HK, s'adjoint une sorcière échevelée aux ongles crochus qu'on croirait échappée du monde fantastique de Zu, les guerriers de la montagne magique (Tsui Hark, 1984). Au milieu de ce duel formidablement filmé, se trouvent deux personnages qui échappent un peu à ces règles : le Freeman, un homme sans identité à l'origine géographique sans importance : le Freeman peut insuffler sa vie dans n'importe quelle enveloppe corporelle, et l'inspecteur Netah (Tchéky Karyo), dont l'apparence et le caractère semblé hérité des policiers à la française de Jean-Pierre Melville (voir la séquence de l'enterrement du chef yakuza, à laquelle il se rend en imper et chapeau mou comme Alain Delon dans Le samouraï).

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    Les influences sont multiples mais très bien digérées, au service d'un scénario musclé. Les temps morts sont très rares (Nita et sa coéquipière qui bavassent à l'hôpital, un interrogatoire un peu mou), car à part ces quelques réserves, Gans s'est démené pour consteller son film de scènes d'anthologie. C'est simple, en le prenant de bout en bout, on savoure chaque séquence jusqu'à ce que le générique de fin apparaîsse : rien qu'une scène relativement anodine comme le assage de Yo par les douanes de l'aéroport est un grand moment de mise en scène, tout en travelling latéral, illuminé par le style racé de Mark Dacascos. La relation amour/haine entre Netah et Lady Hanada, somptueusement masochiste, atteint un sommet lors de la scène d'amour moite dans un placard à persiennes.  Crying Freeman est un film qui passe très vite, et qui a la bonne idée de garder son meilleur pour la fin. Le combat mené par Yo contre une horde de yakuzas, maniant consécutivement un arc, des katanas et des fusils d'assaut (oui, oui ! concession faite au producteur Samuel Hadida) est un enchaînement ininterrompu d'images immédiatement cultes. L'on se rappelera avoir bien usé la VHS à cet endroit précis, à causes de multiples visionnages. Il faut ici dire que la prestation martiale de Mark Dacascos est brillante, inondant de son charisme la scène forestière de cet affrontement final. Sa participation à Crying Freeman, même s'il s'agit là d'un de ses premiers films, reste aujourd'hui le point culminant d'une carrière ensuite enterrée par une foule de Direct to Video. Le couple qu'il forme avec sa protégée dans le film (le belle Julie Condra) est tout à fait crédible, d'autant plus que les deux acteurs seront dès lors inséparables à la ville.

    Habité par une caméra virtuose et un casting impeccable, Crying Freeman, dans toute son exubérance et sa violence froide, dépasse le simple hommage et ravit pour lui-même ; Gans signera plus tard un Pacte des loups bien plus contestable et Silent Hill, une réussite certaine dans le sous-genre très casse-gueule des adaptations de jeux vidéos.

    Source images : photos promotionnelles du film © Metropolitant Filmexport

    Disponibilité vidéo : en DVD zone 2 - éditeur : Metropolitan Filmexport

  • L'homme invisible (1933)

    Un film de James Whale

    8730313171_0e9544998a_m.jpgAprès Dracula, Frankenstein et La momie, la direction est donnée et ne changera pas pour le producteur Carl Laemmle Jr. : les prochains films Universal seront macabres, exploitant une grande galerie de monstres. Le choix de Laemmle est rapidement fixé sur L'homme invisible du célèbre H.G. Wells ; afin de pouvoir utiliser son nom dans le titre du film (H.G. Well's The invisible man), Wells a un droit de veto sur le scénario. Lequel a donné du fil à retordre à toute personne capable d'écrire une histoire à la Universal : dans son commentaire audio sur le DVD -et repris sur le blu-ray- du film, l'historien Rudy Behlmer  établi à 71 le nombre de versions du script ! Rien moins que John Huston ou Preston Sturges ont écrit un traitement pour le film. Ont aussi contribué Garett Ford ou John L. Balderston, dont la pièce de Dracula avait servi de base au premier film du cycle des Universal Monsters ; il avait également officié au même poste sur La momie. Même Robert Florey, qui s'était vu proposer la réalisation de Frankenstein, écrivit une version du script. Florey fut d'ailleurs approché pour réaliser L'homme invisible avant que, encore une fois, ce soit James Whale qui soit définitivement choisi. Rappelons que tout ça va très vite : en trois ans, quatre films Universal majeurs sortent sur les écrans (sans compter la version espagnole de Dracula). Les choix artistiques du studio sont décisifs et portent leur fruits avec une rapidité étonnante.

    Le scénario filmé pour L'homme invisible, créditée à R.C. Sherriff, un ami de longue date de James Whale, s'éloigne significativement du roman selon plusieurs aspects, et ce malgré la caution de H.G. Wells. Tout d'abord, on adjoint au personnage principal de Griffin une fiancée, puis à cette fiancée un autre soupirant (Kemp, un collègue de Griffin), recréant peu ou prou l'esquisse de triangle amoureux observée dans Frankenstein, voire dans La momie. Celui qui devient l'homme invisible n'est plus dès lors cet homme seul dépeint dans le roman, mais celui qui se soustrait volontairement au tumulte du monde pour se concentrer sur ces recherches, tout à fait comme le docteur Frankenstein : encore une analogie avec ce précédent film. Enfin, plus que le figure révolutionnaire du personnage principal dans le roman, Griffin devient dans le film un véritable savant fou, au milieu d'éprouvettes et de solutions chimiques familières aux spectateurs de Frankenstein. Sa mégalomanie et sa folie en font un véritable savant fou ; en effet, le film peut être assez violent, comme lorsque Griffin pousse l'aubergiste du haut d'un escalier dans un accès de rage, ou renverse une poussette. Outre la volonté de répéter un schéma qui avait fait ses preuves sur Frankenstein, il est vraisemblable que l'aspect plus violent et mégalomane du personnage vienne d'un autre roman publié en 1931, dont Universal avait acheté les droits : Le meurtrier invisible, de Philip Wylie.

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    Dr Kemp (William Harrigan) fait face à l'homme invisible, Jack Griffin

    Avant James Whale, Laemmle avait proposé le poste de réalisateur à Cyril Gardner et même à Ewald André Dupont, un pionnier du cinéma allemand, modèle esthétique de l'époque avec l'expressionnisme. Le même jeu de chaises musicales s'organise autour du rôle principal : qui pour jouer un homme dont on ne verra quasiment jamais le visage ? Boris Karloff, la star de Frankenstein, devait jouer le rôle, mais suite à contretemps, il laisse l'opportunité à Colin Clive ; ce dernier va aussi décliner l'offre. James Whale mise alors tout sur un débutant, qui n'a fait qu'un obscur film en Angleterre, mais dont la voix grandiloquente convient parfaitement au rôle : Claude Rains, qui débute par là une belle carrière émaillée de nombre de chef d’œuvres (Les aventures de Robin des bois en 1938, L'aigle des mers en 1940, Casablanca en 1942, Les enchaînés en 1946). Il jouera d'ailleurs en 1943 dans un autre film du cycle Universal Monsters, Le fantôme de l'opéra, adapté de Gaston Leroux et réalisé par Arthur Lubin.

    L'homme invisible marque un tournant décisif dans l'histoire du cinéma grâce aux effets spéciaux de John P. Fulton. La célèbre séquence où Jack Griffin déroule les bandelettes recouvrant sa tête pour dévoiler le vide, reste furieusement iconique. Plus que cela, la réalité de l'invisibilité ne fait plus aucun doute lorsqu'on regarde le film : on sait bien qu'il y a un truc, mais on reste encore stupéfait de la perfection de certaines images ; le noir et blanc aidant, de plus, à l'incrustation de ces effets. Certaines séquences sont même tellement réussies (le déraillement d'un train, la chute d'une voiture à pic et son explosion) qu'elles sont réutilisées telles quelles dans d’autres films, notamment Sherlock Holmes et la voix de la terreur et La maison de la peur, deux opus du cycle Sherlock Holmes avec Basil Rathbone et Nigel Bruce.

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    La première apparition terrifiante de l'homme invisible, face caméra

    Le film, par son sujet (un homme invisible cherche à inverser le processus dont il est victime, tout en terrorisant la population alentour, sous l'emprise de sa folie), est très noir, et donne la part belle aux sombres dessins du savant fou. Son apparition, une nuit de tempête de neige, en gros plans successifs -technique déjà éprouvée pour Frankenstein et La momie-, est désormais un plan signature impressionnant. Certains personnages importants ne survivront pas à leur déboires, dans une violence typiquement pré-code. La violence parfois crue est cependant contrebalancée, comme souvent chez James Whale, par des personnages excentriques, haut en couleurs. Ici, c'est la femme de l'aubergiste, jouée par Una O'Connor, qui tient ce rôle : ces cris de terreur sont tellement exagérés qu'elle déclenche instantanément le rire. Dans le même ordre d'idée, Griffin a aussi des moments plus léger, comme lorsqu'il fait peur à une villageoise en gambadant et sifflotant une comptine. Le rire de Griffin, incroyable, combine d'ailleurs les deux dimensions, l'effroi et la comédie.

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    Claude Rains, théâtral face à ses tubes à essais

    Tout en montrant les incroyables possibilités permises par l'invisibilité de Griffin, le film montre bien que ses défauts sont encore plus criants : des ongles sales suffisent à le rendre visible, tout comme l'ingestion d'aliments et leur digestion, où la traversée d'un brouillard qui laisse apparaître sa silhouette. Une de ses situations quelconques suffira finalement à le confondre : l'aspect quasiment invincible de sa nouvelle condition est ainsi désactivée dans l'instant.

    Un autre aspect intéressant du film est le paradoxe entre le périple, la solitude de Griffin, dans un village hors du temps qui pourrait très bien dater du XVIIème siècle, et la vie civilisée et luxueuse de l'assistant Kemp, de la fiancée de Griffin (jouée par Gloria Stuart, aujourd'hui plus connue pour son rôle dans le Titanic de James Cameron) et de son père. Deux mondes semblent s'opposer, totalement distincts l'un de l'autre. Et, lorsque Griffin fait irruption dans la maison cossue de Kemp, il se prépare dans le même temps à semer le chaos dans l'univers civilisé.

    Par-delà la réussite technique et visuelle du film, L'homme invisible est le plus grand film du cycle avec La fiancée de Frankenstein, et un film emblématique du septième art ; parce qu'il a tenu la promesse de son postulat de départ, et fait croire à la réalité de son propos. De nombreuses suites furent tournées, et l'apparence de l'homme invisible, telle que créée dans le film par le talentueux Jack Pierce, affublé de bandages et de lunettes noires, a traversé les époques pour devenir un véritable symbole, repris à de nombreuses occasions. Pour cet Homme invisible-ci, le terme de chef-d'oeuvre n'est pas usurpé.

    Source images : affiche originale & captures Blu-ray © Universal Pictures

    Disponibilité vidéo : en Blu-ray et DVD zone 2 - éditeur : Universal.

  • Hommage à Ray Harryhausen (1920-2013)

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    Le voyage fantastique de Sinbad

    Un des grands maîtres de l'animation en stop-motion s'est éteint, le 7 mai 2013 à l'âge de 92 ans. Ray Harryhausen était un grand illustrateur de l'imaginaire au cinéma : il a fait vivre, sous les yeux grands ouverts de spectateurs éberlués, un cyclope (dans Le septième voyage de Sinbad, Nathan Juran 1958), des dinosaures (dans La vallée de Gwangi, Jim O'Connolly, 1969), la déesse Kali (dans Le voyage fantastique de Sinbad, avec John Philip Law dans le rôle-titre), les puissantes divinités oeuvrant autour des humains dans Le choc des Titans, sans oublier le fameux combat de squelettes dans Jason et les argonautes. Sam Raimi saura s'en souvenir dans Evil Dead III : l'armée des ténèbres. Elargir l'éventail des possible dans la représentation des légendes fantastiques à l'écran : cela semblait une devise pour cet amoureux de l'animation.

    Disciple de Willis O'Brien (pionnier des trucages en stop-motion avec Le monde perdu sorti en 1925), Harryhausen découvre sa vocation dans ce cinéma de l'impossible, des mythes et légendes. Son apport technique significatif à l'industrie des effets spéciaux fut la généralisation de la double-exposition pour combiner figurines animées images par images et prises de vues réelles : auparavant, la technique la plus souvent utilisée était la rétroprojection ! A travers cette myriade de personnages exotiques, lointains dans le temps et dans l'espace, son oeuvre a marqué des générations de cinéphiles.

    Rappelons-nous de ses exploits avec sa scène la plus célèbre dans Jason et les Argonautes (Don Chaffey, 1963) :

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