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L'homme invisible (1933)

Un film de James Whale

8730313171_0e9544998a_m.jpgAprès Dracula, Frankenstein et La momie, la direction est donnée et ne changera pas pour le producteur Carl Laemmle Jr. : les prochains films Universal seront macabres, exploitant une grande galerie de monstres. Le choix de Laemmle est rapidement fixé sur L'homme invisible du célèbre H.G. Wells ; afin de pouvoir utiliser son nom dans le titre du film (H.G. Well's The invisible man), Wells a un droit de veto sur le scénario. Lequel a donné du fil à retordre à toute personne capable d'écrire une histoire à la Universal : dans son commentaire audio sur le DVD -et repris sur le blu-ray- du film, l'historien Rudy Behlmer  établi à 71 le nombre de versions du script ! Rien moins que John Huston ou Preston Sturges ont écrit un traitement pour le film. Ont aussi contribué Garett Ford ou John L. Balderston, dont la pièce de Dracula avait servi de base au premier film du cycle des Universal Monsters ; il avait également officié au même poste sur La momie. Même Robert Florey, qui s'était vu proposer la réalisation de Frankenstein, écrivit une version du script. Florey fut d'ailleurs approché pour réaliser L'homme invisible avant que, encore une fois, ce soit James Whale qui soit définitivement choisi. Rappelons que tout ça va très vite : en trois ans, quatre films Universal majeurs sortent sur les écrans (sans compter la version espagnole de Dracula). Les choix artistiques du studio sont décisifs et portent leur fruits avec une rapidité étonnante.

Le scénario filmé pour L'homme invisible, créditée à R.C. Sherriff, un ami de longue date de James Whale, s'éloigne significativement du roman selon plusieurs aspects, et ce malgré la caution de H.G. Wells. Tout d'abord, on adjoint au personnage principal de Griffin une fiancée, puis à cette fiancée un autre soupirant (Kemp, un collègue de Griffin), recréant peu ou prou l'esquisse de triangle amoureux observée dans Frankenstein, voire dans La momie. Celui qui devient l'homme invisible n'est plus dès lors cet homme seul dépeint dans le roman, mais celui qui se soustrait volontairement au tumulte du monde pour se concentrer sur ces recherches, tout à fait comme le docteur Frankenstein : encore une analogie avec ce précédent film. Enfin, plus que le figure révolutionnaire du personnage principal dans le roman, Griffin devient dans le film un véritable savant fou, au milieu d'éprouvettes et de solutions chimiques familières aux spectateurs de Frankenstein. Sa mégalomanie et sa folie en font un véritable savant fou ; en effet, le film peut être assez violent, comme lorsque Griffin pousse l'aubergiste du haut d'un escalier dans un accès de rage, ou renverse une poussette. Outre la volonté de répéter un schéma qui avait fait ses preuves sur Frankenstein, il est vraisemblable que l'aspect plus violent et mégalomane du personnage vienne d'un autre roman publié en 1931, dont Universal avait acheté les droits : Le meurtrier invisible, de Philip Wylie.

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Dr Kemp (William Harrigan) fait face à l'homme invisible, Jack Griffin

Avant James Whale, Laemmle avait proposé le poste de réalisateur à Cyril Gardner et même à Ewald André Dupont, un pionnier du cinéma allemand, modèle esthétique de l'époque avec l'expressionnisme. Le même jeu de chaises musicales s'organise autour du rôle principal : qui pour jouer un homme dont on ne verra quasiment jamais le visage ? Boris Karloff, la star de Frankenstein, devait jouer le rôle, mais suite à contretemps, il laisse l'opportunité à Colin Clive ; ce dernier va aussi décliner l'offre. James Whale mise alors tout sur un débutant, qui n'a fait qu'un obscur film en Angleterre, mais dont la voix grandiloquente convient parfaitement au rôle : Claude Rains, qui débute par là une belle carrière émaillée de nombre de chef d’œuvres (Les aventures de Robin des bois en 1938, L'aigle des mers en 1940, Casablanca en 1942, Les enchaînés en 1946). Il jouera d'ailleurs en 1943 dans un autre film du cycle Universal Monsters, Le fantôme de l'opéra, adapté de Gaston Leroux et réalisé par Arthur Lubin.

L'homme invisible marque un tournant décisif dans l'histoire du cinéma grâce aux effets spéciaux de John P. Fulton. La célèbre séquence où Jack Griffin déroule les bandelettes recouvrant sa tête pour dévoiler le vide, reste furieusement iconique. Plus que cela, la réalité de l'invisibilité ne fait plus aucun doute lorsqu'on regarde le film : on sait bien qu'il y a un truc, mais on reste encore stupéfait de la perfection de certaines images ; le noir et blanc aidant, de plus, à l'incrustation de ces effets. Certaines séquences sont même tellement réussies (le déraillement d'un train, la chute d'une voiture à pic et son explosion) qu'elles sont réutilisées telles quelles dans d’autres films, notamment Sherlock Holmes et la voix de la terreur et La maison de la peur, deux opus du cycle Sherlock Holmes avec Basil Rathbone et Nigel Bruce.

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La première apparition terrifiante de l'homme invisible, face caméra

Le film, par son sujet (un homme invisible cherche à inverser le processus dont il est victime, tout en terrorisant la population alentour, sous l'emprise de sa folie), est très noir, et donne la part belle aux sombres dessins du savant fou. Son apparition, une nuit de tempête de neige, en gros plans successifs -technique déjà éprouvée pour Frankenstein et La momie-, est désormais un plan signature impressionnant. Certains personnages importants ne survivront pas à leur déboires, dans une violence typiquement pré-code. La violence parfois crue est cependant contrebalancée, comme souvent chez James Whale, par des personnages excentriques, haut en couleurs. Ici, c'est la femme de l'aubergiste, jouée par Una O'Connor, qui tient ce rôle : ces cris de terreur sont tellement exagérés qu'elle déclenche instantanément le rire. Dans le même ordre d'idée, Griffin a aussi des moments plus léger, comme lorsqu'il fait peur à une villageoise en gambadant et sifflotant une comptine. Le rire de Griffin, incroyable, combine d'ailleurs les deux dimensions, l'effroi et la comédie.

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Claude Rains, théâtral face à ses tubes à essais

Tout en montrant les incroyables possibilités permises par l'invisibilité de Griffin, le film montre bien que ses défauts sont encore plus criants : des ongles sales suffisent à le rendre visible, tout comme l'ingestion d'aliments et leur digestion, où la traversée d'un brouillard qui laisse apparaître sa silhouette. Une de ses situations quelconques suffira finalement à le confondre : l'aspect quasiment invincible de sa nouvelle condition est ainsi désactivée dans l'instant.

Un autre aspect intéressant du film est le paradoxe entre le périple, la solitude de Griffin, dans un village hors du temps qui pourrait très bien dater du XVIIème siècle, et la vie civilisée et luxueuse de l'assistant Kemp, de la fiancée de Griffin (jouée par Gloria Stuart, aujourd'hui plus connue pour son rôle dans le Titanic de James Cameron) et de son père. Deux mondes semblent s'opposer, totalement distincts l'un de l'autre. Et, lorsque Griffin fait irruption dans la maison cossue de Kemp, il se prépare dans le même temps à semer le chaos dans l'univers civilisé.

Par-delà la réussite technique et visuelle du film, L'homme invisible est le plus grand film du cycle avec La fiancée de Frankenstein, et un film emblématique du septième art ; parce qu'il a tenu la promesse de son postulat de départ, et fait croire à la réalité de son propos. De nombreuses suites furent tournées, et l'apparence de l'homme invisible, telle que créée dans le film par le talentueux Jack Pierce, affublé de bandages et de lunettes noires, a traversé les époques pour devenir un véritable symbole, repris à de nombreuses occasions. Pour cet Homme invisible-ci, le terme de chef-d'oeuvre n'est pas usurpé.

Source images : affiche originale & captures Blu-ray © Universal Pictures

Disponibilité vidéo : en Blu-ray et DVD zone 2 - éditeur : Universal.

Commentaires

  • Hello Raphael,

    J'attends la sortie des versions individuelles de ces films pour me refaire une idée. J'avais vu ce film en DVD il y a quelques années et il m'avait fait très bonne impression, ainsi que celui sur le loup garou avec le même Claude Rains. Je crois que cet "homme invisible" était aussi un des préférés de mon père si je me souviens bien. Je suppose qu'il doit y avoir un gain significatif en bluray.

    Encore bravo, pour ta notre réellement bien documentée et qui donne envie de voir ces films.

    Amicalement.
    Stéphane (Hollywood Classic)

  • Bonjour Stéphane,

    merci pour ton commentaire ! c'est un vrai plaisir de chroniquer ces films aux bonus passionnants et la qualité audio/vidéo inespérée au vu de leur âge. Je dois avouer que j'ai toujours porté en très bonne estime cet Homme invisible, qui reste un des tous meilleurs du cycle. Une fois les chroniques du coffret terminées (il m'en reste quatre en zappant L'étrange créature du lac noir que j'avais déjà fait il y a quelques années), je m'attaquerai aux suites, qui bien que moins bonnes, sont aussi intéressantes dans la construction de l'histoire du studio.

    A bientôt,

    Raphaël

  • Bonjour Raphael,

    Je suis très intéressé par le suites également. Il va bien falloir que je m'y plonge. J'ai le souvenir d'avoir vu des passages d'une suite de Frankenstein avec Basil Rathbone et ça avait l'air très alléchant. Ce devait être "le fils de Frankenstein".

    Amicalement.
    Stéphane (Hollywood Classic)

  • Celle suite-là, je ne l'ai pas vu, mais je vais essayer de me la procurer... Il y a en des quantités si on additionne tous les Universal Monsters ! Un bien beau voyage en perspective...

    A bientôt,

    Raphaël

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