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états-unis - Page 4

  • Terminator (1984)

    Un film de James Cameron

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    A l'heure du retour inattendu du célèbre T-800, replongeons-nous quelques instants sur le Terminator originel. A l'époque, James Cameron est un inconnu. A peine a-t-il signé Piranha 2, dont on estime qu'il a réalisé un quart du métrage, partiellement tourné et intégralement monté sans son approbation.

    Terminator lui vient d'une véritable vision : son idée provient d'un cauchemar où un squelette mécanique pourchasse une jeune femme dans les flammes. Cette vision, Cameron veut la concrétiser coûte que coûte sur grand écran ; il va compenser un petit budget (environ 6,4 millions de dollar) par une énergie sans bornes. Regarder le film aujourd'hui ne fait que mettre encore plus en évidence sa vitalité, un enchaînement de plans virtuoses, racés et nerveux, emplis d'une rare force évocatrice. L'arrivée du T-800 sur Terre, sa recherche implacable des multiples Sarah Connor du botin, son auto-opération dans la pénombre d'une chambre de motel miteuse, ou encore sa confrontation finale avec Sarah Connor, réduit à l'état d'un squelette en métal aux orbites rougeoyants...

    Imprimant des images durables dans les esprits des jeunes des années 80, le film est aussi un modèle d'efficacité dans son scénario, à base de voyage temporel, courses poursuites, puis, cette idée extrêmement romantique d'un combattant (Kyle Reese - Michael Biehn) qui se porte volontaire pour une mission-suicide sans retour possible parce qu'il est tombé amoureux d'une femme qu'il ne connaît qu'en photo...

    Schwarzy, qui a auparavant été Conan, et plus tard Dutch dans Predator ou l'inénarrable John Matrix dans Commando, est fait pour être ce super-cyborg invincible. Son physique olympien, ainsi que son travail sur l'aspect systématique de ses mouvement -le fameux balayage facial du Terminator- montre sa totale adéquation avec le rôle. Le T-800, quasiment muet, ménage également le fort accent autrichien du Monsieur Univers.

    Puis, il y a Sarah Connor. Même si, dans le premier film, elle n'est pas encore l'incarnation suprême de la femme forte du deuxième opus, mais sa détermination à ne pas lâcher prise face à cette menace incroyable est là ; son personnage est touchant, dans l'amour qu'elle accorde rapidement à son visiteur du futur... Les points d'ancrage du cinéma n'arrivent pas par hasard. Si le Hollywood d'aujourd'hui, en cruel manque d'inspiration et en recherche perpétuelle de records et d'argent, mise encore sur Terminator, c'est parce que cette incarnation d'un méchant fantastique du cinéma (devenu gentil...) a touché une face de notre inconscient collectif. Une machine humaine, le spectre d'une futur qui, malgré tout, n'est pas encore sur nous.. Will he be back (again) ?

    Pour accompagner la sortie du nouveau film, Mad Movies se fend de son premier hors-série estampillé "Classic" sur la saga Terminator : lecture conseillée ! Pour ceux qui sont plus fortunés et/ ou veulent plus d'infos, vous pouvez également vous diriger vers Terminator - anatomie d'un mythe, chez Huggin & Muggin, plein de petits goodies sympas.

  • Whiplash (2014)

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    Un film de Damien Chazelle

    Whiplash, c'est un peu Full Metal Jacket où un orchestre de jazz aurait remplacé la guerre du Viêt-Nam ; le sergent-instructeur est toujours là, lui, et a pris l'apparence de J.K. Simmons (Oz, Spider-Man).

    Il fallait un jeune premier musicien pour le rôle du batteur Andrew Neyman ; en l'état, le choix de Miles Teller (The Spectacular Now, Divergente, prochainement Les 4 fantastiques) tient de l'évidence. Sa performance saisit l'effort jusqu'aux limites du corps, la course effrénée vers l'excellence du très haut niveau. En face de lui, J.K. Simmons est démoniaque, la plupart du temps imbuvable, parfois doux comme un père... Il dirige sa formation musicale comme une armée de petits soldats surentraînés, dans laquelle la moindre faiblesse est fatale. Les scènes instantanément marquantes de la fausse note ou du tempo impossible illustrent avec dureté le niveau d'exigence stratosphérique du chef d'orchestre. Pour répondre à cette exigence, Neyman ira lui aussi très loin, sacrifiant tout sur l'autel de sa passion : sa famille, sa petite amie, sa santé...

    Le rapport avec la famille, décalée culturellement, est poignant, notamment dans la scène du dîner : Neyman éclate devant le manque de considération qu'on lui témoigne, dans un élan d'orgueil tant excessif que nécessaire. Toute cela... Pour quoi ? L'expression du pur talent musical, dont nous avons une démonstration définitive à la fin du film, qui a la bonne idée d'aller jusqu'au bout du propos tout en inversant les rapports de force. En l'état, il rappelle la plan final de Billy Elliot, qui, bien que trop elliptique, capturait tout autant un instant de perfection, d'achèvement artistique total.

    En montrant à la fois toute l'étendue des sacrifices nécessaires à l'accession de la maîtrise totale de l'instrument, et la grâce qui en résulte, Whiplash est un film exemplaire et l'un des meilleurs témoignages de l'excellence musicale à l'écran.

  • Je dois tuer (1954)

    Un film de Lewis Allen

    4c1f8ab9ba35a.jpg"S'ils jouent les héros, tue-les.
    On ne sera pendu qu'une fois."

    Sous ses dehors de série B à l'aura délicate -son intrigue fut jugée totalement fantaisiste à l'époque, avant qu'elle ne se révèle prophétique avec l'assassinat de JFK ; de plus, Lee Harvey Oswald aurait visionné le film peu avant le crime-, Suddenly ! est une péloche trépidante, s'arrangeant formidablement de ses limites pour illustrer un huis-clos oppressant ; ces gangsters, sous la coupe de John Baron (Frank Sinatra), prêts à commettre le meurtre du président des Etats-Unis pour l'argent, se heurtent à la personnalité forte de Todd Shaw, shérif qui, comme Baron, a servi en Corée. Le jeu de miroir laisse paraître les fissures d'un Sinatra qui n'en est certes pas dépourvu. Le cadre serré du 1.33 sert le propos et cristallise les tensions, la folie paranoïaque du criminel, ainsi que le danger permanent qu'il représente pour ses otages. La dimension extrémiste du film rappelle constamment cette menace constante, restant par là très moderne.

    Le nom de la ville, qui donne son titre original au film, est excellent ; il crée la surprise chez chaque nouvel arrivant, tout en incarnant un état passé qui fait écho aux gangsters des années 30. Cette parenté, ainsi que la typologie du personnage principal, aspiré dans une spirale infernale de violence, rappelle totalement l'aspect film noir revendiqué par Lewis Allen, qui réalisera notamment un autre film du genre en 1955, Témoin à abattre.

    La tension est bien présente tout du long, avec une belle idée pour la résolution de l'intrigue. Un film simple, qui file comme une balle de son idée de départ jusqu'à son dénouement : une démonstration de l'efficacité d'alors, et oui, Sinatra est vraiment flippant.

    Disponibilité vidéo : DVD - éditeur : Wild Side Video

  • Il marchait la nuit (1948)

    Un film de Alfred L. Werker et Anthony Mann

    16719178119_74cd25dc83_m.jpgCe film policier, montrant avec force détail le processus d'enquête de la police de Los Angeles suite à l'assassinat d'un de ses agents n'est pas sans rappeler l'excellent La brigade du suicide, réalisé par Anthony Mann en 1947. Tout l'appareil de police est mis à contribution das une affaire particulièrement délicate : de nuit, un homme agresse un policier, puis fait varie son apparence physique comme son mode opératoire (hold-up, agression, de jour comme de nuit). Afin de triompher de cet homme "sans visage", on nous montre avec fierté un dispositif d'avant-garde, l'établissement d'un portrait le plus détaillé possible, avec l'aide des dernière technologies disponibles et des témoins des crimes. Une voix-off vient souvent appuyer le fastidieux processus d'enquête et d'interpellation. Il marchait la nuit marque également par sa tonalité très sombre, notamment lors d'une séquence très dure au cours de laquelle le personnage principal (qui est aussi le criminel, c'est assez rare pour le signaler) s'extrait lui-même la balle qui l'a blessée.

    Esthétiquement, le film a une belle patte, notamment grâce au réalisateur Alfred L. Werker, à qui l'on doit un des premiers Sherlock Holmes avec Basil Rathbone, Les Aventures de Sherlock Holmes ; Anthony Mann, bien que non crédité au générique, a au moins dirigé la scène finale dans les égouts, lieu atypique qui n'avait vraisemblablement jamais été utilisé auparavant au cinéma. La très belle qualité visuelle du film peut également compter sur l'apport du directeur photo John Alton, artisan régulier dans les films d'Anthony Mann (Marché de brutes, La brigade du suicide, Incident de frontière ou encore La porte du diable), et d'Allan Dwan ; les séquences nocturnes, qui occupent la quasi-totalité du métrage, en sortent magnifiées, avec des éclairages durs et directs, à l'aune des meilleurs films noirs. A signaler, la copie disponible sur le DVD signé Wild Side Video est de bonne tenue, bien que proposée dans une gamme low-cost, Vintage classics.

    Au final, c'est tout le paradoxe entre des crimes terribles, sans réel motif, variant dans leur forme, et l'apparence angélisme de son auteur, qui est soulevé ; et Il marchait la nuit, comme La brigade du suicide, encense comme c'est de bon ton à l'époque la valeur des hommes qui font, parfois au prix de leur vie, respecter la loi dans la jungle urbaine...

    Disponibilité vidéo : DVD - éditeur : Wild Side Video

  • Birdman (2015)

    Un film de Alejandro González Iñárritu

    poster212x312.jpegDu réalisateur mexicain, je garde des impressions frappantes de 21 grammes (2003), Amours chiennes (2000) et Babel (2006), tourbillons émotionnels empreints d'une rare violence psychologique. Comme ce fut le cas avant la vision d'autres films, la réputation extrêmement flatteuse de Birdman me transportait dans un climat de confiance totale : ce devait être un grand film. Découvert au lendemain de son sacre aux Oscar, j'en garde effectivement une impression très vivace : l'ennui.

    Le fond n'est pas bien nouveau, ni carrément excitant : les affres de la célébrité perdue, la névrose et la guerre des égos d'acteurs détestables... Why not. Cassavetes ne faisant pas autre chose dans les années 70, et je ne trouvais déjà pas ça passionnant, mais passons. Non, le véritable problème du film est de tout céder à la performance, se posant dès le cahier des charges comme un film à récompenses, ce qui n'a pas loupé. Performance des acteurs, tous vociférant, avec à la clé une lecture méta sur la carrière de son acteur principal, so smart (Keaton est Riggan, et alors ? Le réalisateur se permet même une référence éculée au magnifique Boulevard du crépuscule de Wilder, qui s'il partait du même principe, embrassait une histoire bien plus originale en se fondant avec les codes du film noir) ; performance de la caméra, personnage à part entière qui déambule dans un plan-séquence souvent gratuit. Le seul intérêt structurel de Birdman est d'éclater la linéarité du récit malgré la continuité du plan-séquence : on passe donc de la nuit à l'après-midi en un claquement de doigts, en s'en apercevant à peine. Iñárritu retranscrit dès lors une impression d'expérience théâtrale, dans un pur objet de cinéma, accordons-lui cela, mais ce sera tout.

    L'intérêt du personnage du super-héros, juste là pour appuyer le paradoxe entre les blockbusters décérébrés et le cinéma d'auteur exigeant ? Aucun. L'intérêt que Riggan ait réellement des super-pouvoirs ? Aucun. Dans le style Show Business is a bitch, j'ai même préféré l'essai de Cronenberg, Maps to the stars, et ce malgré qu'il fasse partie des pires séances cinéma de 2014, c'est pour dire. Le problème de Birdman, c'est tout y paraît extrêmement calculé. La sincérité, dans tout cela ? Autant regarder à nouveau 21 grammes, Amours chiennes ou Babel, je vous le dis.