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Le corbeau (1935)

Un film de Louis Friedlander

Un an après le succès du Chat noir, adaptation d'Edgar Allan Poe et première collaboration à l'écran entre Karloff, éternel Frankenstein et Lugosi, Dracula pour toujours, la Universal remet le couvert. Les deux acteurs se retrouvent dans un autre film d'horreur gothique vaguement adapté du poème de Poe. Mais les rôles sont inversés...

Dans Le corbeau, Bela, encore docteur, sauve in extremis Jean Thatcher (sublime Irene Ware), et s'en éprend. Rejeté par les parents et par la jeune fille, il imagine une vengeance dont personne ne devrait sortir indemne. 

Si Karloff a son nom au générique en premier et est le premier vanté dans la communication du studio (il touche également un salaire monstrueusement plus élevé que ses camarade de jeu), c'est pourtant, une fois n'est pas coutume, Lugosi qui tient le film sur ses épaules, et obtient ici un de ses rôles majeurs. La suite de sa carrière ne lui offrira la plupart du temps que des succédanés de son Dracula. Son regard fiévreux, hypnotique, atteignent une puissance théâtrale qui sied tout à fait au ton du film, comme un cauchemar éveillé dans lequel Lugosi jouerai une incarnation du diable. Son personnage, fasciné par la torture et les limites physiques du corps humain, est, à l'image de Lugosi, Bigger than life. 

Pour l'époque, les thèmes du film -torture, défiguration, perversion-, par trop extrêmes, empêchèrent le studio de triompher au box-office. Pour autant leur transcription visuelle étaient, à notre humble avis, moins graphique que Le chat noir (1934) ou Le masque d'or (1932). 

Le terrible docteur Vollin (Bela Lugosi) met en pratique une drôle de philosophie, qui veut que la laideur fait le mal. Il défigure donc le criminel Edmond Bateman( Karloff, qui se retrouve peu ou prou dans les souliers de la pauvre créature - la scène au cours de laquelle il entre dans la chambre de Jean, hurlant de peur, rappelle une scène analogue dans le premier Frankenstein (1931). Vollin, en bon psychopathe, jouit fortement des effets de ses engins de torture sur ses victimes. En bonne place dans son arsenal, on retiendra le supplice du pendule, inspiré de Poe, tout comme le corbeau, animal totem du bon docteur qui donne son nom au film; annonciateur de la mort que le docteur défie dans son métier (se nommant dieu après avoir sauvé la jeune Jean). Sa respectabilité apparente n'a d'égale que sa folie souterraine.

Sur un peu moins d'une heure, cet éventail de thématiques déviantes est illustré avec force par un casting idéal. La réalisation de Louis Friedlander (alias Lew Landers) est un peu sage, coincé à la fois entre la mise en place du code de production cinématographique (on imagine des scènes autrement plus osées avec Irene Ware, qui pourtant offre une séquence de danse aussi rare qu'inspirée) et les limites budgétaires qui empêchent les décors d'être aussi impressionnants qu'ils le pourraient. Les scènes dites du supplice du pendule auraient notamment gagnées à être plus soignées, afin de faire montre d'une violence plus viscérale. 

Au bout du compte, Lugosi fait toute la réussite du film, dans des séquences de folie extravagantes qu'il a peaufiné depuis longtemps sur scène. Deuxième confrontation (sur huit au total) des deux monstres sacrés d'Universal, Le corbeau est sans conteste l'un des plus aboutis.

Disponibilité vidéo : DVD zone 2 - éditeur : Sidonis

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