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  • The Dark Knight (2008)

    Un film de Christopher Nolan

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    "Soit on meurt en héros, soit l'on vit assez longtemps pour s'avilir"

    A la fin de Batman Begins, le spectateur quittait un Gotham City sans dessus-dessous : l'asile d'Arkham, ouvert aux quatre vents, laissait en liberté les plus dangereux criminels, mauvais augure d'un chaos à venir, et le manoir Wayne complètement détruit. Pour l'un, Bruce Wayne se promet de le reconstruire "brique par brique", et pour les autres, un génie du crime s'élevait déjà plus haut que tous, signant ses méfaits d'une mystérieuse carte Joker... La suite aurait d'ores et déjà fort à faire pour poursuivre sur la voie tracée par ce reboot, nécessaire et fondamentalement réussi.

    Avec le début de The Dark Knight, la nouvelle saga semble plonger encore plus dans les ténèbres : aux teintes orangées de la précédente séquence-titre, s'oppose désormais un voile bleuté masquant une explosion gigantesque, sur laquelle se superpose un emblème à peine discernable. Alors que le film n'est pas encore commencé, la guerre fait déjà rage contre ce justicier masqué traité de vigilante. Comme d'autres avant lui, The Dark Knight va explorer les thèmes de la dualité sur plusieurs niveaux. La face publique du personnage principal, le play-boy Bruce Wayne, est mis à mal (on le voit endormi à une réunion, tantôt arrivant au bras de deux top-models, ou encore sirotant un cocktail sur un voilier) ; son nouveau repaire, toujours au sous-sol, mais d'une zone industrielle désafectée cette fois, est désormais nimbé d'une lumière presque aveuglante, contrastant avec les profondes ténèbres qui noyaient la Batcave.

    Bruce Wayne, évidemment, est deux. Mais ce n'est pas tout : Harvey Dent, procureur qui a le vent en poupe (et sort, de plus, avec l'amour de Bruce Wayne, Rachel Dawes), est aussi sous le signe de la dualité paradoxale ; il vit sa part de lumière dans l'exercice de ses fonctions, les médias le surnommant d'ailleurs The White Knight, le chevalier blanc de Gotham. Ce n'est qu'en regard de cette appelation que Wayne recevra le nom de Dark Knight, se battant dans l'ombre avec des méthodes expéditives, tandis que Dent est exposé au grand jour et utilise les méthodes légales pour coffrer les gansters (la trouvaille de la loi Rico lui permet de mettre au trou plus de 200 criminels d'un coup). Dent et Wayne sont de plus tour à tour adversaires et un : Dent ne fait-il pas semblant d'être Batman ? Puis, Dent vivra aussi sa part d'ombre, la moitié du visage défiguré, jouant le sort de ses victimes à pile ou face. L'aspect intéressant de cette dualité réside dans le fait qu'elle apparaît même au sein de la face lumineuse des personnages (le surnom de Dent est aussi Double-face, par rapport à son comportement colérique, bien avant qu'il ne devienne un monstre ; à l'aise dans son monde, Dent est terrifié lors du dîner de soutien organisé en son honneur ; Rachel Dawes est mise au pied du mur et doit faire un choix entre Wayne et Dent). Nolan fait tout pour complexifier sa narration, et tricote une intrigue à la hauteur. Mention spéciale à l'arrestation musclée de Lau au Japon, très complexe et pourtant lisible.

    Comme d'autres films de super-héros avant lui, The Dark Knight reprend plusieurs moments-clés à son compte : le choix impossible (la séquence du bateau, l'un rempli de gens "normaux", l'autre de prisonniers), la manipulation psychologique du méchant -le Joker essayant de convaincre Batman qu'il est comme lui, une bête de foire (freak), dont les autorités veulent se débarasser au plus vite- ; on pense dans les deux cas au premier Spider-Man et au Bouffon Vert, dont la dynamique est parreillement gérée. Plus encore, ici, le Joker lance à Batman "Tu me complètes", tirade qui va loin dans les implications des rôles de chacun dans la vie des autres ; les deux personnages se font renvoi perpétuellement, leur seule différence étant finalement, le camp qu'ils défendent. Les alias se démultiplient (voir la séquence des Batmen) pour jeter, effectivement, un grand chaos sur le monde de Gotham.

    Possédant plus de points communs que d'antagonismes, Batman / Bruce Wayne, Harvez Dent / Double Face et le Joker font un trio percutant, dynamitant les règles. Le Joker occupe cependant une place centrale dans ces rapports, de même de Rachel Dawes (évacuée un peu rapidemment) entre Wayne et Dent, et vampirise le récit par une présence et une folie qui n'a pas de but, sinon semer la discorde et le chaos partout ; la destruction totale de tout lien. C'est assurément avec l'interpétation du Joker que Heath Ledger réussit ce retournement, de faire de ce Dark Knight non plus un film sur Batman... mais sur le Joker. Car, tout comme Batman mais peut-être encore plus, le Joker n'est pas un personnage à proprement parler, mais bien un concept, une idée d'anarchie balancée dans l'atmosphère comme un virus, qui n'a rien à perdre. D'où la profonde noirceur malsaine du film dans son entier, où tous les moyens sont bons pour faire triompher sa suprématie. Complexe, Dark Knight est un film noir comme l'ébène, fascinant jeu de pouvoir, de politique, dont l'arène est une cour des miracles complètement démente. Radicalisant encore le propos du premier film et se clôturant par une ultime retournement de situation, The Dark Knight est tétanisant. La suite ? Un Dark Knight Rises qui s'annonce infernal...

  • Lola Montès (1955)

    Un film de Max Ophüls

    5208685048_1cf741ed6d_m.jpgPour son premier film en couleurs, qui se révèlera aussi son dernier, Ophüls choisit d'illustrer la vie tumultueuse de Lola Montès, fameuse courtisane et danseuse provocatrice.

    Depuis que Gaumont avait sorti son coffret Ophüls, ce film me faisait de l'oeil. Les quelques images dévoilées lors de sa ressortie en salle, en septembbre 2009, étaient intrigantes : les teintes de couleurs, éclatantes et oniriques, préfigurent Moulin Rouge ! (Baz Lurhmann, 2001), le vrai format Cinémascope des début (de ratio 2.55 : 1) semble offrir un spectacle total. Et, surprise, il était diffusé par Arte, en HD, à la mi-novembre.

    Le rideau s'ouvre sur une personnalité cassée, comme extérieure à elle-même, dont le principe de vie semble être d'enchaîner les conquêtes en donnant à chacune un temps limité qu'elle décide, au jour le jour. Dans un cirque, où Monsieur Loyal n'est autre que Peter Ustinov (impérial, en français dans le texte), Lola Montès raconte en spectacle sa propre vie, dans laquelle elle n'est plus qu'une attraction ; l'attraction principale certes, mais mue par une curiosité voyeuriste et malsaine, Lola s'exposant tel un animal de foire. La première séquence en flash-back la montre avec Franz Liszt, pour la dernière scène de leur vie commune (qu'on imagnie courte) : les adieux de Lola, sans pleurs ni sentiments survoltés ; tout juste peut-on lire sur le visage de Lola une mélancolie triste, qui semble chronique. Elle donne l'impression de souffrir sa vie, la subir, plutôt que d'en décider chaque mouvement comme on pourrait le croire.

    Comment penser, en effet, qu'elle choisit de se produire dans un cirque, dans une mise en scène superficielle,mais spectaculaire, de sa vie ? Son envie d'être danseuse, alors qu'elle n'était manifestement pas très douée dans ce domaine, pourrait expliquer sa volonté. Elle qui fut la maîtresse du roi de Bavière (Anton Walbrook, le fiévreux imprésario de Vicki Page dans Les chaussons rouges) sombrera plus bas que terre, dans une belle mise en abîme du processus filmique. La pénombre du cirque renvoie à la lumière des flash-backs, leur donnant un air onirique. Les couleurs sont irréelles, Lola déambule dans des décors gigantesques d'un faste indécent ; mais elle est comme le fantôme d'elle-même. Ce manque d'incarnation est tout de même bien embêtant, enlevant la force d'un récit autrement placé sous le signe de la tragédie. Est-ce le tort de Martine Carol (Lola) seule ? Non, le tout manque juste de vie. C'est dommage lorsque c'est justement celle, exceptionnelle, atypique, d'une femme ayant marqué son temps, se comportant comme un homme, décidant et exigeant.

  • Shrek (2001)

    Un film d'animation de Andrew Adamson & Vicky Jenson

    5189214660_3700e4257d_m.jpgUn ogre bougon tout vert, accompagné d’un âne farceur, doit sauver une princesse en détresse pour retrouver le droit de propriété de son marais. Mais les sentiments s’en mêlent…
    Voilà donc le "bijou d’animation" de Dreamworks, celui qui a fait trembler Disney en engrangeant plus de recettes que Kuzco, l'empereur mégalo. On savait, depuis quelques années déjà, que Disney n’avait plus le monopole du divertissement familial animé. Avec l’arrivée de studios concurrents et de films à la hauteur (Anastasia, Le Prince d’Egypte, ou encore Le Géant de Fer, aujourd'hui bien lointains), on a eu droit à une offre diversifiée. Cependant, Shrek était un événement autrement plus majeur que les autres, car venait chasser sur les terres bien gardées de la filiale animée en images synthèse de Disney, Pixar, pionnier avec Toy Story. C’est aujourd’hui la norme, qu’on le veuille ou non, et le récent (ultime ?) essai de Disney en la matière, La princesse et la grenouille, n’est pas là pour nous rassurer quant au  futur de l’animation traditionnelle à grande échelle.

    Le défi était de taille. On annonce un film qui fait voler en éclat les mythes Disneyiens, et on reste sur sa faim. Car, l’ogre, c’est vrai, fait dans le gras : il rote ,il pète, et ô mon dieu, une princesse fait de même. Entre pastiche de films (tous bien supérieurs à celui-ci) et volonté de se démarquer de la production enfantine habituelle, on a l’impression que Shrek ne sait pas sur quel pied danser. Les chansons pop qui ponctuent l’action font assez tâche sur l’ensemble, et le duo central ne fait pas beaucoup d’étincelles.

    La qualité de l’animation est, c’est vrai, assez impressionnante. Certains éléments, notamment les cheveux et les textures de la nature (herbe, feuilles) sont rendues avec un réalisme étonnant. On peut poser là un débat important : le réalisme, est-ce là l’objet d’un film d’animation ? Au vu de la production de ces dernières années, tout porte en effet à le croire, base tangible permettant paradoxalement l’entrée de plain pied dans des mondes fantastiques. La question reste néanmoins posée, car l’animation de synthèse à encore des progrès à faire si on veut qu’elle serve bien un scénario. Un scénario, c’est sûrement ce qui manque à ce film sans réelle consistance, enchaînement de sketches qui mise tout sur le graphisme et la gouaille des doubleurs voix (Mike Myers et Eddie Murphy en version originale).

    Manquant certainement de sincérité, ce premier film d’une désormais tétralogie n’arrive pas, en ce qui me concerne, à la cheville des production Pixar, et l’orientation prise, faussement jeune à base de parodies incessantes (voir le dernier Halloween Special qui, en plus de pomper le principe des Simpson, reste cantonné au recyclages de classiques, rang auquel il n’appartiendra jamais pour ma part), reste un argument marketing : rien de bien passionnant…

  • Forbidden Zone (1980)

    Un film de Richard Elfman

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    Quelle ne fut pas ma surprise de voir programmé, à la MJC de Novel d’Annecy, ce film inclassable à l’acide parfum de culte qu’est Forbidden Zone, rare film du frère de Danny Elfman ; à l’année, la programmation de cinéma de patrimoine dans la ville est tout de même anémique, c’est le moins que l’on puisse dire, malgré son glorieux passé cinéphile. C’est donc avec une joie non dissimulée que j’entrais dans la salle ce mercredi, pour pouvoir découvrir ce Forbidden Zone dont la sortie vidéo quelques années auparavant par Le chat qui fume m’avait alléchée.

    Devant un public d’irréductibles, somme toute réduit, se déroule la bande tant convoitée. Noir et blanc, format 4 :3, une maison en carton pâte, sur lequel un autre (carton) nous dicte le faible argument : au sous-sol de cette maison, il y a une porte. Derrière cette porte, se cache la redoutée 6ème dimension, aussi appelée… la Forbidden Zone. La musique tonitruante de Elfman frère (le connu) et de ses Oingo Boingo, sorte de New-Wave pop gothique (qui me rappelle aussi Oui-Oui, le groupe créé par Michel Gondry) sert de catalyseur dynamitant le film de l’intérieur.

    Une famille de dégénérés (celle qui vit juste au-dessus de la fameuse porte) va donc se retrouver aux prises avec cette fameuse Forbidden Zone. Femmes fouettées, institutrice adepte de la mitraille, amours contre-nature (un crapaud, ça vous tente ?), chandeliers planant, reine digne de Alice au pays des merveilles avec son petit roi obsédé sexuel (Hervé Villechaize de la série L'île fantastique), à l’instar de tous les personnages du film, c’est un défilé non-stop de personnages et situations délirants. La joyeuse farandole, tantôt dansée, tantôt criée, nous prend par la main pour que l’on vibre avec elle, d’un rire d’enfant pas sage face à d’autres qui s’en donnent à cœur joie. La break dance, exécutée par une caricature de mac dans une salle de classe, conjugue ainsi beauté du geste et apparente désinvolture, donnant vie à un amusement public de haut vol.

    On se croirait passager d’un train foutraque conduit par Ed Wood, et l’on imaginerait bien Thor Johnson, le colosse chauve, débarquer avec sa peau de bête. Le passage de l’entre-deux mondes, une sorte de trou du lapin sorti d’Alice au Pays des merveilles, là encore, prend l’apparence d’un intestin, d’où les heureux voyageurs sortent en vociférant "Shit !" dans un bruitage sans équivoque.

    Et, quand on rencontre enfin le taulier, c’est une taulière, toute droite sortie d’un film de John Waters (ou de Russ Meyer), sexuelle et enragée. Forbidden Zone mène sa barque à un train surréaliste, ballade onirique où les vitres sont faites en papier mâché. La galerie de portraits est, elle, déjantée pour de vraie, le freak délicieusement joyeux. Du culte concentré sur pellicule, avec une bonne barre de rire en sus ; un mélange qui déménage et fait bien plaisir, bousculant les normes (qu’est-ce qu’un film ?) et la normalité, thème que Danny Elfman continuera d’illustrer avec bonheur, notamment dans l’excellent Batman, le défi et son pingouin libidineux.

  • Twentynine palms (2003)

    Un film de Bruno Dumont

    5166332950_267c212579_m.jpgLe choc. La crise. Les larmes, la terreur, lors de la découverte de ce film au cinéma il y a queslques années, qui résonne encore aujourd’hui. Ce film, l’histoire d’un couple hors normes (un américain et une russe) est un dépassement, un exploit, une prouesse. Surpassant le clivage si facile des genres, Bruno Dumont réussit à embrasser toutes les ambiances dans ce road-movie indie. Une trame minimaliste, forte, lourde, fabuleusement visuelle. Une histoire régressive entre deux personnes trop proches dans ce désert pour une fois vraiment (désert).

    Bruno Dumont signe un terrible essai sur la communication, cet outil vital pour co-exister. La communication orale n’est plus d’actualité entre les deux tourtereaux quand la langue est trop différente. Dès lors, c’est sur un plan essentiellement sexuel que s’aborde la communication entre les deux individus, seul plan fusionnel ; les autres sont tous source de conflits, légers ou parfois plus durs. L’incompréhension qui régit l’essentiel des rapports entre les deux personnages est aussi culturelle : voir la scène de la cafétéria où Katia reproche à David de regarder une autre fille ; elle lui dit sans sourciller "tu peux aller avec elle si tu veux". Des incompréhensions ce film bizarre, insoutenable, beau de façon si étouffante, en regorge.  Cette relation exclusive, est déséquilibrée dans son rapport excessif à la sexualité, seul terrain d’expression où les deux amants  excellent. David, colérique, impulsif, ne vit pas sur la même planète que Katia, naïve, "étrangère", et pourtant a l’air de vivre une histoire belle et simple. Mais rien n’est vraiment simple quand on parle de passion, d’exclusivité. La communication bancale dont font preuve les deux amoureux est pointée comme un manque vital.

    Extrême, brutale, cette histoire d’un autre temps où les moments les plus significatifs sont des joutes de grognements bestiaux nous montrent tels que nous pourrions être : des animaux (légèrement) civilisés. Mais grattez le vernis social déjà écaillé et vous y verrez peut-être l’ombre de Twentynine Palms…