Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

thriller

  • Terreur aveugle (1971)

    Un film de Richard Fleischer

    La versatilité de Fleischer est fascinante. Du film noir à la fantasy, du polar au film d'aventure, il aura touché à tout. Car c'est l'apanage des (bons) réalisateurs de studios : savoir faire sien un sujet dont il n'est pas l'instigateur premier. Avec Terreur aveugle, on en tient la preuve éclatante.

    Lire la suite

  • La fille de Jack l'Eventreur (1971)

    Un film de Peter Sasdy

    15840812917_8dc32c6448_n.jpgAtypique que ce film de la glorieuse maison Hammer ; réalisé par Peter Sasdy, homme de télévision qui tournera quelques bons Hammer Films (Une messe pour Dracula, 1970 et surtout Comtesse Dracula, 1971), le métrage ne compte aucun des acteurs traditionnellement attachés à la firme, jusque dans les seconds rôles. Eric Porter, qui interprète le personnage principal du docteur Pritchard, est un habitué du théâtre ; quant à Angarhad Rees, qui incarne Anna, la fille de Jack l'Eventreur, elle est inconnue. Son personnage fait se côtoyer l'innocence et le danger, possédée par l'esprit sauvage de son père.

    Outre les habituels qualités des productions Hammer -décors, costumes-, La fille de Jack l'Eventreur (Hands of the Ripper) marque par son intrigue riches en action, la dimension très graphique de ses meurtres et la finesse des relations entre les personnages. Si l'implication d'Anna dans les meurtres n'est pas révélée lors du premier crime, le docteur comprend rapidement qu'elle est la cause de tout cela ; mais, en adepte de la psychanalyse, il veut croire à sa guérison et fait tout pour la protéger. On se rendra compte plus tard que Pritchard est amoureux d'elle, attraction à laquelle il essaiera d'échapper. Film policier, thriller, La fille de Jack l'Eventreur est donc aussi un véritable film romantique, aussi poétique dans l'amour que dans la violence. Sur ce point, la dernière scène du film est une réussite, faisant de la meurtrière une victime assez touchante.

    Loin des cycles connus de la firme (Dracula, Frankenstein et les autres reprises de films de la monstres de Universal), La fille de Jack l'Eventreur offre une lecture intéressante sur la rencontre paradoxale entre le surnaturel et la science, appliquée aux temps troublés où sévit le plus connu des serial-killer. On remarquera que, quelques semaines après la fin du tournage de ce film, la Hammer et le réalisateur Roy Ward Baker tourneront Docteur Jeckyll et Sister Hyde, où vient également se glisser l'ombre inquiétante du Ripper...

    Disponibilité vidéo : Blu-ray / DVD - éditeur : Elephant Films

  • Prisoners (2013)

    Un film de Denis Villeneuve

    13113124305_5cb5d7f5a8.jpg

    Le réalisateur canadien, qui s'était fait remarquer en 2009 avec Incendies, réalise avec Prisoners les espoirs que les amateurs avaient fondé en lui.

    Dans cette terrible histoire qui voit deux familles se détériorer autour de la disparition de leurs deux filles, on aime voir les limites de la séparation bons/méchants, chacun étant les prisonniers (prisoners) de leurs propres émotions, objectifs, douleurs. Ainsi, si Keller Dover est dans son droit en cherchant à tout prix à retrouver au plus vite sa fille, ses méthodes questionnent. Choisissant de ne pas se fier au policier (Jake Gyllenhall, excellent), il amène évidemment ses a priori sur le suspect potentiel, Alex Jones, un jeune homme attardé. Aveuglé par sa douleur et le temps qui passe, qui amoindri d'autant les chances de retrouver sa fille en vie, il dépasse la limite, en entrainant avec lui son ami Franklin Birch (Terence Howard). Leur vie à tous bascule terriblement, et ce qui aurait pu être totalement bateau et, disons-le, casse-gueule cinématographiquement (quelle empathie espérer pour un personnage -relativement- bon qui bascule ?) est gérée de façon très forte par Denis Villeneuve, en restant scotché à ses personnages.De même, le film, qui repose sur des grandes questions qui appellent une réponse claire (qui a enlevé les filles, et pourquoi), nous livrera sa réponse sans en faire des caisses, ni dans la façon d'annoncer ou dans le contenu de l'annonce.

    La caméra, élégante, ne les quitte pas d'une semelle et oublie les effets grandiloquents. Résultat ? On est accroché au siège, de bout en bout. Guidé par plusieurs pistes et plusieurs fils d'enquête différents, on est happés par ce fait divers anxiogène, que l'on a souvent comparé à Se7en, qui en a presque l'étoffe. Les acteurs, très impliqués, nous font croire par leur seul visage à la vérité de ce qui se produit à l'écran. Ainsi, lorsque le policier, blessé, doit conduire le plus vite possible jusqu'à l'hôpital le plus proche en n'y voyant quasiment rien, la séquence est d'une force implacable. Malgré l'impact certain de l'histoire pour elle-même, le film ne serait rien sans ses acteurs ; et si Gyllenhall est excellent, Paul Dano, dans le rôle d'Alex Jones, est tout bonnement ahurissant, dans une des plus grandes performances de sa jeune carrière. Un thriller qui tient ses promesses, ça ne court pas les rues : allez-y, vous en reviendrez chamboulé mais vous ne serez pas déçus !

  • Classics Confidential : The Outfit - échec à l'organisation (1973)

    Un film de John Flynn

    12168092624_29d9756177_m.jpgWild Side continue sur sa lancée des Classics Confidential, en sortant de l'ombre un film méconnu de John Flynn, réalisateur à la carrière atypique (ancien assistant de Robert Wise, ayant travaillé sur West Side Story, il réalise notamment Le sergent, 1968, avec Rod Steiger et John Philip Law, et Haute sécurité, le film d'action avec Stallone en 1989).

    Echec à l'organisation est un film typique des années 70, avec son personnage principal (Earl Macklin, joué par Robert Duvall), qui, après sa sortie de prison, se lance dans une vendetta contre ka mafia de Chicago (l'Outfit du titre) qui a tué son frère ; dans son épopée, il est accompagné de sa girlfriend (Karen Black, en mode Bonnie Parker, incarne Bett Arrow) et d'un de ses amis (Cody, interprété par Joe Don Baker). Typique des années 70, car une des caractéristiques de ce cinéma est le mouvement permanent. La fine équipe, menée par Macklin, ne peut pas rester en place, toujours tendue par cette organisation qui est à leur trousses, maintenue par la main de fer de Mailer (Robert Ryan vieillissant).

    Macklin, sortant tout juste de prison, ne peut que continuer ce qu'il a toujours fait : les combines, dont on imagine à chaque fois qu'elles vont avoir une issue fatale, alors que le film déjoue cette attente de façon quasi-permanente. La narration est une suite d'épisodes qui pourraient être indépendants, ou constituer chacun un petit film : la descente de Macklin dans un hôtel où une bande joue au poker depuis une semaine ; l'arrêt forcé chez une connaissance pour récupérer une voiture ; le braquage tout en douceur d'une salle de jeux clandestin appartenant à Mailer. Macklin arrive toujours à passer entre les gouttes. La musique funky de Jerry Fielding sait parfois se faire plus douce, pour accompagner cette folle odyssée au ton plus léger qu'on pourrait l'imaginer.

    Le film est adapté d'un livre de Richard Stark, alias Donald Westlake ; le personnage principal n'y vit qu'une aventure parmi d'autre, y étant nommé la plupart du temps Parker (le film de Taylor Hackford, Parker, avec Jason Statham, en est une autre incarnation). Philippe Garnier, dans le livre qui accompagne l'édition DVD, décrit les circonvolutions d'un personnage moult fois adapté au cinéma (Point Blank avec Lee Marvin, Payback avec Mel Gibson sont les plus connus), à chaque fois dans des versions fort divergentes. Encore une fois, le choix de ce titre, ainsi que l'ajout du livre, est une belle réussite de Wild Side. Le film est, qui plus est, présenté dans une superbe copie. Grâce aux Classics Confidential, The Outfit peut désormais reprendre ses droits : ceux d'un film marquant des années 70, habité par un casting hautement référentiel et de qualité.

    Disponibilité vidéo : DVD zone 2 - éditeur : Wild Side Video.

  • The Secret (2012)

    Un film de Pascal Laugier

    8411490113_8ece0b9e15_m.jpgPremière tentative du français Pascal Laugier aux Etats-Unis, The Secret est aussi un bon film, chose assez rare dans ce cas de figure. The Secret (titre original : The Tall Man, décidément les as du marketing sont de sacrés farceurs) est effectivement un film malin, qui joue avec les conventions du thriller pour mieux capturer son spectateur dans une intrigue imprévisible. Film à twist, il est délicat de révéler son scénario ; tout juste peut-on dire que, dans une petite bourgade minière perdue au cœur des Etats-Unis, des enfants disparaissent.

    La patte visuelle et l'ambiance sont prégnantes, dès un générique aux crédits gigantesques plantés dans le décor, les forêts vues d'hélicoptères en mode Shining... sans compter la séquence initiale dans le commissariat de police, déterminante pour tout le déroulement de l'histoire : Laugier joue ici sur les attentes du spectateur, forcément balisées dans un film de genre ; tout ça pour mieux le surprendre. Cette acrobatie sur les conventions cinématographiques est vraiment bien menée, jusque la position du twist (qui intervient en milieu de film plutôt qu'à la fin, ce qu'avait tenté Jim Sheridant pour Dream House, et qui là fonctionnait beaucoup moins bien à mon sens). Il est aujourd'hui extrêmement complexe de véritablement surprendre le spectateur : la recrudescence de film à twist à partir de Sixième sens (M. Night Shyamalan, 1999) le pousse à se méfier de toute situation présentée comme établie, douter des apparences. Et, en effet, il s'agit d'un des ressorts les plus classiques -et efficaces- de toute œuvre de fiction. Ici, le casting, le choix du personnage principal, puis le dévoilement de certaines informations, amènent franchement à une seule conclusion possible... qui n'est cependant pas la bonne. C'est tout le tour de force cinématographique de Pascal Laugier, qui nous mène bien en bateau.

    La perception du passage du temps est tout aussi capitale dans The Secret, qui débute sur un montage d'images concernant les enfants disparus ; on nous donne l'impression que, depuis un temps immémorial, des disparitions de ce type arrivent fréquemment, disparitions à mettre au crédit du "Tall man", une personne énigmatique vêtue de noir. Certains l'auraient vu, d'autres y croient, certains non. Il est ainsi défini par ces contours flous qui font les légendes urbaines, asseyant petit à petit son aura mythologique, héritée de la nuit des temps...

    En cassure de cette présentation des choses, l'on va suivre en temps réel pendant une bonne demi-heure les démêlés de Jessica Biel avec le Tall Man, d'une façon assez inédite : alors qu'on penserait qu'il enlève un enfant et disparaît sans que personne n'en sache rien, Biel s'accroche et et part à la poursuite de ce mystérieux individu, en faisant preuve d'une audace finalement assez étonnante. A ce jeu du "tu va voir, je vais quand même te surprendre", The Secret  fonctionne à plein régime. La question du point de vue est également au centre de l'exercice : point de vue du personnage, du spectateur, sur les actions qui se déroulent devant leurs yeux.

    Une fois le fameux twist passé, la question est alors : la suite du film va-t-elle y survivre, car à ce moment-là l'objectif du film change. Que reste-t-il à découvrir ? Et c'est là, encore une fois, que Laugier est assez fort : il entretient tout de même le doute sur le devenir des enfants disparus et sur le Tall Man, son identité et ses motivations. Pour le coup, le timing des révélations du film est très bien géré, mais prend également une forme inédite.

    Devant tout ce mystère, que peut-on dire de plus ? Laugier nous trousse un film vraiment étonnant, qui fait s'interroger le spectateur sur le pouvoir des images et de la grammaire cinématographique. Mais The Secret n'est pas qu'un exercice de style ; le réalisateur réussit également à nous faire poser des questions sur notre façon de voir les choses, notre point de vue face à une situation bien plus complexe qu'elle n'en a l'air.