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Dossiers - Page 5

  • Classics Confidential : Les forçats de la gloire (1945)

    Un film de William A. Wellman

    13780071185_03e2610acd_o.jpgWild Side nous fait découvrir, dans une très belle édition DVD + livre, le film de guerre de William A. Wellman ; celui-ci, un temps pilote dans l'escadrille LaFayette, s'orientera naturellement vers  films d'aviation (Les ailes, 1927, Les pilotes de la mort, 1928) ; pour autant, il entend bien rendre justice à l'infanterie avec The Story of G.I. Joe (titre original du film), adapté des chroniques du correspondant de guerre Ernie Pyle -interprété par Burgess Meredith.

    Les forçats de la gloire entretient un rapport étroit avec la réalité de la seconde guerre mondiale : tourné pendant la guerre, le film utilise des plans de La bataille de San Pietro, documentaire réalisé par John Huston sur l'attaque de la ville, survenue en décembre 1943 (présent en bonus sur le DVD). Même si certains plans (d'avions, notamment) font montre de leur altérité par rapport au film The Story of G.I. Joe, bien malin celui qui pourra départager avec précision les plans documentaires des plans de studios filmés par Wellman.
    Les soldats des campagnes d'Italie et de Sicile sont également mis à contribution, apparaissant dans le film ; le film sortira sur les écrans américains le 18 juin 1945, soit à peine plus d'un mois après la reddition de l'Allemagne. A cette date, les véritables soldats que l'on voit dans le film auront tous péris sous les balles ennemies ; il en est de même pour  le correspondant de guerre Ernie Pyle, tombé le 18 avril 1945. Avant cela, il aura remporté le prix Pullitzer pour son travail. Ces rapprochements fiction/réalité sont bien mis en valeur dans le livre joint au DVD, écrit par Michael Henry Wilson et traduit par Philippe Garnier. Le parcours de Wellman y est détaillé avec beaucoup d'à-propos.

    Wellman veut un film réaliste sur le quotidien de la guerre : il filme ainsi beaucoup de moments d'attente, d'épuisement de la compagnie C du 18ème régiment d'infanterie. Les combats sont réduits à la portion congrue, mais frapperont avec une force peu commune lors des batailles de San Vittorio et du Monte Cassino. On retient, certes la fatigue, la lassitude de ces hommes sacrifiés, mais aussi les moments de complicité et de gaîté, qui les ont fait tenir ; à l'image du sergent Warnicki (Freddie Steele, un ancien boxeur), qui, après chaque bataille, harassé, essaye systématiquement de faire marcher le vinyle que lui a envoyé sa femme, sur lequel elle a enregistré la voix de son petit garçon... Son abnégation sera finalement récompensée.

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    Les soldats en route pour la bataille

    La concentration du récit sur une petite unité rend ces personnages vivants, attachants ; Pyle, voyageant un peu partout lors des campagnes d'Afrique et surtout d'Italie, revient toujours à la compagnie C, comme il retrouve des amis. La mort, thème évidemment central, n'est jamais traitée avec sentimentalisme ou grandiloquence, mais simplement et humblement, comme un triste passage obligé de la guerre. Le lieutenant Bill Walker, interprété par Robert Mitchum en retenue, en fera les frais.

    Poignant par sa rudesse et son refus du traditionnel spectacle hollywoodien, Les forçats de la gloire est un film qui reste ; sa puissance n'est aucunement érodée par les ans, car la technique, si élaborée soit elle, s'efface devant la réalité des choses : grand paradoxe des chefs-d’œuvre de l'histoire du cinéma.

    Disponibilité vidéo : DVD + livre - éditeur : Wild Side Video

    Sources images : jaquette DVD © Wild Side Video - photogramme du film  © Lester Cowan Productions

  • Superman contre Brainiac (2013)

    Un film de James Tucker

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    Les films d'animation DC sont souvent dignes d'intérêt, surtout lorsqu'on a en tête la période dorée de Warner Animation, lorsque Paul Dini et Bruce Timm créent Batman, la série animée. Force est de constater que les temps ont bien changé, et ce Superman contre Brainiac est le premier film à sortir après la retraite de Bruce Timm du département Animation de DC.

    Le film adapte, comme c'est de coutume désormais chez DC, un comic phare de la firme ; en l'occurrence, Superman : Brainiac, écrit par Geoff Johns et dessiné par Gary Frank en 2008 (prochainement publié en France par Urban Comics). Cette mini-série remet sur devant de la scène le grand méchant Brainiac, qui a connu différentes versions : une première en 1958, lors de sa première apparition dans Action Comics #242, où il est représenté comme un extra-terrestre à la peau verte et aux rêves de grandeurs, qui miniaturise les villes pour pouvoir mieux les dominer ; Il apparaît alors comme une version alien de Lex Luthor, doté d'une intelligence hors du commun. En 1983, le scénariste Marv Wolfman et le dessinateur Gil Kane le modernise dans Action Comics #544, en l'imaginant cyborg ultra-puissant au le look est inspiré de Terminator et de la créature d'Alien. La froideur du métal et de ses yeux rouges n'a d'égale que son machiavélisme. Puis, la version, dernière en date, de Johns et Frank. On retrouve l'alien vert super-intelligent qui met toujours les villes en bouteille, et notamment Kandor, maîtresse-cité de la planète disparue Krypton. Cette-fois ci, c'est pour en acquérir toutes les connaissances, les cultures, ....

    Méchant peu ordinaire, qui rappelle par sa démesure une autre grande figure de Marvel cette fois, Galactus, le demi-dieu mangeur de mondes. si le casque totémique de Galactus donnait au personnage son allure si iconique, brainiac est tout de suite identifié par son vaisseau en forme de crâne, avec lequel il ne fait qu'un. Le personnage est donc hors-norme, de taille à se mesurer aux immenses pouvoirs de Superman. Le comic de Johns est magnifié par le dessin parfait de Gary Frank, qui s'inspire notamment du Superman de Christopher Reeve, dans des poses ultra-réalistes. La finesse du trait donne l'intelligence nécessaire aux deux personnages principaux, comme on peut en voir un autre exemple dans la saga qui a suivi, Origines secrètes (2009), toujours menée par la même équipe.

    13702576174_a786befb70_n.jpgAyant tout pour réussir, l'adaptation animée de DC se casse la figure dès le début : le design anguleux peu amène et caricatural (et surtout sans aucun rapport avec le style de Gary Frank) est typique de ces productions peu coûteuses dont l'animation est sous-traitée en Corée. Les quelques images de synthèse se repèrent à des kilomètres, les décors sont pauvres, sauf lors de la dernière séquence de combat entre Brainiac et Superman  ; visuellement, seul le vaisseau de Brainiac s'en sort. La romance Clark / Lois n'est pas non plus très fine. Donnons tout de même quelque crédit à la première rencontre entre les deux personnages principaux, Superman, dérivant dans l'espace infini, se faisant absorbé par la tête de mort tentaculaire de Brainiac... Même si l'animé est donc décevant, il aura le mérite de faire revenir sur le devant de la scène ce personnage maléfique et intéressant qu'est Brainiac. L'année précédente, DC avait pourtant épaté tout le monde avec sa monumentale adaptation du définitif Dark Knight Returns de Frank Miller... La chronique bientôt, ici même !

    Disponibilité vidéo : Blu-ray et DVD - éditeur : Warner Home Video

    Source images : jaquette DVD © Warner Home Video / Action Comics #868 © DC Comics

  • La fiancée de Frankenstein (1935)

    Un film de James Whale

    13668938514_c0ca36c613_m.jpg"To a world of
    gods and monsters !"
    - Docteur Pretorius à Frankenstein

    Le cycle des monstres Universal, avec La fiancée de Frankenstein, est à son sommet. Mais, avant d'en arriver là, le chef-d’œuvre de James Whale a connu quelque aventure...

    Alors qu'une suite au populaire Frankenstein est envisagée très tôt par Carl Laemmle Jr., elle mettra quatre ans à voir le jour. Première cause de ce délai, James Whale, à qui l'on propose la réalisation, qui la refuse catégoriquement : le principe même de la suite ne l'intéresse pas. Il aura le temps de réaliser The Old Dark House (1932), ainsi que l'autre joyau du cycle, L'homme invisible (1933), avant d'être de nouveau approché par la production. Si le cinéaste Kurt Neumann est annoncé vers septembre 1933, Whale reste le choix commercial par excellence. A la faveur d'un marché avec Laemmle (il le laissera réaliser One more River, en échange de La fiancée de Frankenstein), Whale se laisse convaincre. De multiples versions du scénario sont écrites, toutes peu satisfaisantes, notamment une signé Tom Reed fin juillet 1933. Certains éléments, présents dans la version Reed, seront conservés dans la version finale : l'apprentissage de la parole par le monstre, sa rencontre avec l'aveugle, le personnage de la fiancée, et l'inévitable destruction du laboratoire. Notons qu'à l'exception des deux derniers poins, le reste est présent en germes dans l’œuvre originale de Mary Shelley. Au final, trois personnes marquent durablement le script : William Hurlbut, John L. Balderston (auteur adapté sur Dracula, scénariste sur La momie) et Whale, qui, même s'il est non-crédité, injecte son humour caractéristique et sa science du décor (lui-même ancien décorateur) à l’œuvre.

    Le film est ainsi bâti autour d'une équipe très semblable à celle du film d'originel : Karloff, bien qu'étant contre l'idée de faire parler la créature, est de retour dans la défroque du monstre ; Colin Clive interprète à nouveau Henry Frankenstein, le fantasque Dwight Frye est de retour, mais dans un rôle différent (Fritz trouvant la mort dans le premier film, il devient Karl, un pauvre hère détrousseur de tombes). Des habitués du cercle Whale sont également incorporés, dans deux rôles faits pour eux : l'inimitable Una O'Connor (la gouvernante de Frankenstein) et E.E. Clive, qui joue le bourgmestre. Leurs échanges humoristiques, détonnant quelque peu dans la noirceur du film, apportent une respiration bienvenue, tandis que d'autres s'épouvanteront devant leur sur-jeu apparent. Autour de ces acteurs récurrents, l'époque est difficilement décelable : des technologies avancées sont présentées aux côtés de villageois semblant à peine sortir du Moyen-Âge. Plus que du fantastique ou de la science-fiction, le films pourrait tout à fait constituer un exemple de fantasy, l'illustration d'un espace-temps mythique de conte. Plus tard dans le film, la temporalité est tout de même précisée, censée être contemporaine à la sortie du film... mais dans un environnement si reculé qu'on peut le qualifier d'univers parallèle ! A cheval entre la fantasy et la science-fiction, donc.

    Dans cet ensemble très familier, un nouveau venu fait des étincelles : l'acteur Ernest Thesiger, dans la peau du docteur Pretorius ; autrefois mentor de Frankenstein, il revient hanter le docteur pour tenter à nouveau l'expérience interdite de créer la vie. Le rôle a d'abord été proposé à Claude Rains, qui, après L'homme invisible, ne voulait pas se laisser cataloguer dans les films d'horreur. On remarque que la relation entre ces deux personnages, qui consiste à faire du mentor celui qui exhorte Frankenstein à retenter l'expérience, est l'inverse de celle qui prévaut d'habitude, quand Frankenstein doit convaincre son entourage qu'il est sain d'esprit, et que sa quête a un sens. On retrouve d'ailleurs la relation maître/élève dans plusieurs films de la reprise Hammer du mythe, notamment dans Le retour de Frankenstein (Frankenstein must be destroyed, Terence Fisher, 1969). Le retour de Frankenstein devait d'ailleurs être le titre retenu pour La fiancée de Frankenstein, quand Whale trouva ce titre, plus poétique. Le personnage de la fiancée s'impose à la toute fin comme une véritable icône du cinéma d'horreur, parfaitement habillée et coiffée : cette coiffure qui rappelle les égyptiennes, zébrées d'éclairs blancs, fera beaucoup d'émules, et constitue la plus grande nouveauté esthétique du film. Alors que Karloff, dans sa scène de résurrection dans le premier film, était couvert partiellement de bandages, la fiancée est intégralement enveloppée par des bandelettes qui font d'elle une véritable momie : même ses jambes sont serrées pour ne former qu'un grand tronc. On peut sûrement voir ici une influence de La momie (Karl Freund, 1932), autre film du cycle qui constitue une autre réussite incontestable.

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    Elsa Lanchester et Boris Karloff

    Le film souffrit de la censure ; certes, la MPAA existe depuis 1922 et émet ses souhaits de coupes depuis lors. Mais, à partir de 1934, elle se dote  du Code de Production cinématographique, qui resserre encore plus l'étau des libertés du cinéaste. Ainsi, les plans sur le décolleté de Elsa Lancaster (jouant Mary Shelley dans le prologue et la fiancée du titre) furent enlevés, et le nombre de morts directs ou hors-champ fut réduit de vingt-et-un à neuf. Les préoccupations de la MPAA pour la morale des spectateurs concernent également les atteintes portées à la religion, et veille à faire supprimer les jurons et les paroles qui lui sont contraires. Cependant, certaines coupes concernant des intrigues secondaires ne sont a priori pas un mal, tant le film et ses 1h15 tient du miracle aujourd'hui encore. La présence raréfiée de la créature, le prologue faisant revivre le trio Mary Wollstonecraft, Lord Shelley et Lord Byron, la tonalité volontairement expressionniste des décors, telle la forêt aride peuplée de tronc d'arbres dénudés, ou encore les toiles peintes (jamais on ne nous montre un vrai ciel) en fait un pur moment de cinéma. Whale, laissé libre, peut parfaire son art de la mise en scène, opérant un découpage dynamique (on retrouve les cadrages et montages progressifs typiques lors de l'apparition d'un nouveau personnage), imprimant dès qu'il le peut du mouvement à sa caméra. On saisit dès lors l'évolution entre Dracula et ses cadrages statiques, et La fiancée de Frankenstein ; l'énergie déployée à la mise en scène était déjà très présente dans L'homme invisible.

    Enfin, on ne peut parler de La fiancée de Frankenstein sans dire un mot sur sa musique. Franz Waxman compose une musique variée, tantôt légère (Prologue - Menuetto and storm), grand-guignol (Danse Macabre) et effrayante (Monster Entrance). James Bernard se souviendra de cette dernière lorsqu'il écrira la musique des films marquants de la Hammer, relecture de ceux de la Universal, entre fin 1950 et fin 1960. Plus que cela, on perçoit une nette évolution dans le cycle des films de monstres Universal : Dracula, au début des années 30, ne bénéficie que d'une musique d'introduction et de fermeture, qui plus est déjà existante, issue du Lac des cygnes. La fiancée... est le premier exemple du cycle a comprendre une partition aussi élaborée. La musique y est omniprésente, accompagnant chaque action, donnant un sens à chaque moment. Les personnages y ont chacun leur thème, illustrant par là le film dans la tradition musicale hollywoodienne pour les décennies à venir.

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    Colin Clive, Dwight Frye et Ernest Thesiger

    Disponibilité vidéo : Blu-ray / DVD - éditeur : Universal

    Sources images : affiche du film et photogrammes © Universal Pictures

  • Ciné d'Asie : La rage du tigre (1971)

    Un film de Chang Cheh

    11313776546_d562645ba9_m.jpgTroisième opus de la saga du sabreur manchot, cette Rage du tigre ne démérite pas, bien au contraire, et porte l'indéniable patte de son réalisateur.

    Le "new one-armed swordsman" du titre original n'est plus Fang Gang (Jimmy Wang Yu), mais Lei Li (David Chiang), sabreur redoutable au sens de l'honneur tellement profond qu'il se mutile lui-même, se coupant le bras droit d'un coup d'épée à la suite d'une défaite. Ce bretteur talentueux mais orgueilleux, ayant perdu son bras-maître, se met en retrait du monde des arts martiaux et devient serveur dans une auberge, où son infirmité lui fait subir les railleries et les humiliations continues des bandes passant alentour. Il profite de cette situation pour s'améliorer et surmonter son handicap, thème central de la saga.

    Comme à son habitude, Chang Cheh tisse un univers très majoritairement masculin, où la femme n'a que peu de place. Pour autant, l'amie de Lei Li a droit à une très belle séquence, lorsque le sabreur déchu la raccompagne sous la plus, à l'abri d'une ombrelle. Cependant, le lien primordial du film réside entre Lei Li et Feng Chun (Ti Lung), qui font preuve tout à la fois d'une admiration réciproque et d'une amitié virile très accentuée (les deux hommes sont bras-dessus bras-dessous, alors que la jeune fille n'a droit qu'à la manche vide de Lei Li !). La seule et unique raison de la vendetta meurtrière de Lei Li est le sort réservé à son ami par un gang qui sévit dans la région... Le même gang qui, une année plus tôt, a obligé Lei Li à se couper le bras.

    On retrouve également l'habituelle, mais si caractéristique et jouissive patte Shaw Brothers, à base de séquences en studios (on distingue même des toiles peintes au début du film), et de tournage en plein air ; ainsi, le clan du tigre -et sa tanières aux passages secrets très bondiens- occupe une des parties les plus importantes des studios Shaw Brothers. En parlant de Bond, la musique pille à certains moments la mélodie principale de Au service secret de sa majesté, sorti deux ans auparavant. Pour autant, il est clair que l'ambiance bondienne est tout à fait de mise dans La rage du tigre.

    La Shaw, quel monde à part ! Les bruitages, les effets aux artifices très visibles, les zoom-dé zoom, les gredins (Ku Feng, comme souvent) qui flattent leur barbiche en riant à gorge déployée... Ces aspects paraissent aujourd'hui kitsch, sans parler de la débauche paroxystique de violence s'exprimant dans l'acte final. Ces gimmicks sont néanmoins repris, recyclés, remixés (que ce soient dans le monde de la musique qu'au cinéma) et aujourd'hui, ils font sourire nos esprits occidentaux, faisant pencher le film vers la parodie. Cependant, de vrais moments de grâce surnagent, et, rien que pour le déchaînement final de la rage du tigre, ce dernier demeure un moment très agréable.

    Disponibilité vidéo : DVD/ Blu-ray chez l'éditeur Wild Side Video.

    PS : ceci est la 400ème chronique en 5 ans d'existence pour Le film était presque parfait. Merci de votre fidélité !

  • Star Trek Into Darkness (2013)

    Un film de J.J. Abrams

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    Il aura finalement fallu attendre 2013 pour que je voie mon premier Star Trek sur grand écran ! Pourtant, c'était loin d'être gagné : le faux reboot / remake de Abrams m'avait bien déçu lors de son visionnage en DVD. J'y allais donc un peu à reculons, mais, dans le même temps, un space opera comme Star Trek doit être vu au ciné... Dont acte.

    Abrams est aujourd'hui le cinéaste geek par excellence, ses films ayant pour l'instant toujours trait à une culture populaire furieusement eighties. Super 8 rappelle les films de jeunes à la Goonies, Mission impossible III (le moins réussi) s'inscrit dans une lignée de séries de films conséquentes ; tout comme Star Trek, et bientôt Star Wars. En fin connaisseur de la mythologie, soucieux à la fois de satisfaire les fans de la première heure comme les jeunes générations qui ne connaissent que Star Trek de réputation (et souvent de pas très bonne réputation), il trousse un actioner et un blockbuster tonitruant, qui ne cache cependant pas son manque de qualité de mise en scène. La caméra bouge, tout le temps, très vite, sans doute prise par l'urgence de donner un résultat remuant pour une saga qui est souvent clouée au pilori pour sa lenteur. De ce côté-là, rien de transcendant, aucune scène ne se détache de l'ensemble, et, sera-t-on tenté d'affirmer, ne restera dans les annales. Pour autant, cela se suit sans déplaisir.

    Il est étonnant de voir que, dans son exercice périlleux de ni-suite-ni-remake-ni-reboot, le film se cale dans la trace du deuxième film de la saga cinématographique des années 80, lui-même faisant explicitement référence à un épisode de la série TV originale. Là où étrangement le film marche le mieux, c'est dans son attitude à constamment regarder dans le rétroviseur sans lâcher le néophyte. Comme si aucun film Star Trek ne pouvait exister sans invoquer la sacro-sainte mythologie originelle. Est-ce uniquement pour flatter le geek ? Pour le coup, je ne le crois pas; cette dimension est réussie, tout comme son méchant, joué par un Benedict Cumberbatch très charismatique (le plus marquant du film, très certainement).

    Autrement, j'ai toujours autant de doutes quant à Chris Pine -Capitaine Kirk-, qui se résume à une tronche de yankee joufflu qui a beaucoup de mal à jouer. La position de Spock -Zachary Quinto- est plus jouissive, dans son détachement constant aux événements extérieurs ; les meilleurs scènes sont souvent pour lui. Dans les rôles secondaires, Simon Pegg est assez bon, même s'il perd un peu de son naturel en voulant calquer son accent sur le Scotty original (même reproche, en pire, pour le pauvre Anton Yelchin, roulant les R comme une caricature de Russkov).

    Si le scénario brille par certains détours assez complexes, la facture visuelle est commune à des pelletées de blockbusters inondant les écrans chaque été. Beaucoup de gros plans, jamais une séquence très composée graphiquement, mais malgré tout un tempo appréciable, qui ménage quelques pauses au milieu du déchaînement pyrotechnique à l’œuvre (le scène Kirk / Spock dans la dernière partie, même si le fan reconnaîtra la même scène dans La colère de Khan, simplement inversée). Donc, pour l'instant, peu de preuves du talent de Abrams, si ce n'est en terme marketing. Les intentions sont bonnes, l'exécution moins convaincante, même s'il donne du spectacle. Concernant son prochain film qui sera d'ores et déjà le succès de l'année 2015, on l'attend au tournant, sans beaucoup d'exigences toutefois...

    Source image : Star Trek into Darkness © Paramount Pictures