30.11.2008
Les aventures du prince Ahmed en DVD

Dans la jungle des sorties de DVD pour Noël, est paru le 19 novembre dernier un véritable bijou, un incunable du cinéma d'animation, j'ai nommé Les aventures du prince Ahmed, réalisé par Lotte Reiniger en 1926. Ce film rare, contant le périple d'un prince qui, à l'aide de son cheval volant, débarque au pays de Wak-Wak et y trouve l’amour, a le privilège de deux éditions, l’une simple l'autre dispo en coffret, chez l'excellent Carlotta. Les images magnifiques que l'on peut trouver sur la toile témoigne d’un raffinement incroyable, empreint de poésie et d’une vraie magie. Bien qu'exagérant un peu sa place dans l'histoire du cinéma d'animation (il n'est pas "le premier long-métrage d'animation de l'histoire", devancé par les films argentins de Quirino Cristiani), Carlotta tient bien sa place d’éditeur DVD cinéphile, choisissant comme à l'accoutumée de faire un véritable travail d'accompagnement sur ce pilier de l’histoire. Ainsi, Les aventures du prince Ahmed était sorti en salles en décembre 2007, et promet une belle carrière vidéo avec un produit aussi soigné. Le film, ayant inspiré certains cinéastes contemporains majeurs dans l’art des silhouettes animées (le plus redevable étant Michel Ocelot), devrait en effet attirer le public friand d'animation, toujours plus nombreux ; C’est en tous cas tout ce qu’on lui souhaite.
>>Plus de détails sur l'édition DVD
10:44 Ecrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : animation, lotte reiniger, 20's, allemagne
27.11.2008
Un film, une séquence : Batman (1989)

Un film de Tim Burton

Se faisant passer pour Bruce Wayne, l’homme au sourire démoniaque invite la jeune femme à dîner au Musée. Avant même son arrivée, le Joker se pose en artiste - metteur en scène - chef d’orchestre - scénographe de la situation. Il endort toutes les personnes présentes au sein de l’espace -sauf Vicky à qui il a pris le soin de transmettre un masque à oxygène. Entrant dans cette mer de personnages inanimés, il donne le ton : à la musique classique qui baignait le Musée quelques minutes auparavant se substitue le Partyman rn’b/pop de Prince. Affublé d'un béret, couvre-chef cliché des artistes-peintres, le Joker va se livrer à une danse endiablée, accompagné de ses acolytes. On assiste là à une entreprise de destruction/reconstruction de l’espace, en tous les cas à la défiguration des œuvres d’art. Certaines sculptures sont juste détruites, mais d'autres œuvres sont ré-interprétées à la façon du Pop-Art (les acolytes du Joker constituent ainsi sa propre Factory) : bustes peints aux couleurs caractéristiques du Joker, empreintes de mains sur un tableau, symbole dollar taggé sur un autre (re-création à partir d’une association d'idées sympathique, Joker voyant un portrait de George Washington, ordonnant "figure de billet de banque !"; quelques instants plus tôt, il avait décidé qu'Abraham Lincoln soit rasé de près), et des sauts de peintures entiers jetés sur certains autres, dans une suite de points de synchronisation image/musique comme les aime Burton (on y a notamment droit dans le générique de Edward aux mains d’argent et dans L’étrange noël de Monsieur Jack même si ce dernier film n'est pas à proprement parler une de ses réalisations), rythmant et dynamisant cette défiguration.

Rencontre entre la peinture, le tag (Joker was here!) et la destruction d'œuvres, cette véritable performance montre que le Joker n’aime pas les œuvres exposées, et qu'il a la liberté de tout faire à son goût. On a tout de même droit à l'exception qui confirme la règle, le dernier tableau, le plus sombre et le plus étrange, ayant les faveurs du Joker, étant épargné. Ce dernier choix, parlant à son esprit dérangé en reflétant son chaos mental et physique, est finalement assez logique.
Deuxième partie, la rencontre puis le tête-à-tête avec Vicky. Changement d'ambiance, changement de fond sonore : les rythmes rapides de Prince laissent brutalement la place à une symphonie douce mais complètement cheap qui rappelle les bonnes vieilles musiques d'ascenseur ; de même, les sbires installent des bougies, dans un style qui se voudrait romantique mais qui n'est que ridicule. Ainsi le Joker réorganise, modelant l'espace et le son. Depuis le début de la séquence, on nous donne à voir un discours sans équivoque sur l'art, conchiant les beautés classiques révérées par l'école critique. En examinant les photos de Vicky, Joker s'arrête sur les images noir et blanc d’un cadavre et dit ainsi : "je ne sais pas si c’est de l’art, mais j’adore". Quelques secondes plus tard, il remet ça en déclarant à Vicky "Vous savez comment les gens sont, cela est attrayant, cela ne l'est pas : et bien j'ai balayé tout ça". Ce n'est qu'à ce moment-là qu'on comprend finalement la motivation du Joker, la généralisation de la défiguration, afin que tout soit à son image, d'une disproportion caricaturale, fer de lance d’une "nouvelle esthétique" dont il veut faire de Vicky sa collaboratrice attitrée.

En grand malade qu'il est lui-même, Jack Nicholson donne dans l’exagération et crée un personnage bigger than life qui existe bien plus qu'un Bruce Wayne ; cette séquence nous fait donc également comprendre le déséquilibre conscient dans les films de Burton sur la chauve-souris, favorisant les bad guys au gentil (mais torturé) milliardaire Bruce Wayne.
09:41 Ecrit par Raphaël dans Un film, une séquence | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : batman, jack nicholson, analyse de séquence, 80's, états-unis
26.11.2008
Le facteur sonne toujours deux fois (1946)
Un film de Tay Garnett
Dans ce film noir typique adapté du roman de James M. Cain, deux amants criminels prévoient le meurtre du vieux mari de la jeune femme, dans un enchaînement d'actions qui fait penser au chef d'œuvre de Billy Wilder, Double Indemnity (Assurance sur la mort). La rencontre des futurs meurtriers est construite de façon assez similaire : alors que dans Double Indemnity, la caméra filait les jambes de Barbara Stanwick accompagnée des paroles de Fred MacMurray en off, ici c’est un bruit, un rouge à lèvres qui tombe sur le sol, qui scelle la rencontre. La caméra s'immobilise d’abord sur l’objet, puis remonte vers son origine et s'arrête à nouveau sur deux jambes parfaites. En contre-champ, le jeune homme n'en croit pas ces yeux. Le plan suivant nous dévoile Cora (Lana Turner), au teint hâlé dans une tenue d’une blancheur immaculée, comme sortie de l’Olympe céleste. Frank (John Garfield), en contre-champ, en a eu le souffle coupé (son jeu est juste incroyable). Dans cette introduction réside la plus belle scène du film. John Garfield, acteur maudit, d’abord sous-employé par les Studios et harcelés par la chasse des sorcières, finira sa vie épuisé, à l'âge de 39 ans. Il excelle dans ce film à jouer cet homme perdu dans la société contemporaine, souffrant de la maladie des "pieds qui démangent", prenant toujours la fuite. Allez, pour les nostalgiques (et tous les autres), la perle du film...
La thématique de l’ensemble me semble bien être l'imprévisibilité, tout ce qui sort du cadre ; car, bien que minutieusement préparé, le plan va dès le début se vriller complètement. Comme à l'habitude, me direz-vous : un chat qui ne devait pas être là, ainsi qu’un policier, font tout capoter la première fois, alors qu'on pouvait penser que le plan allait fonctionner mais que les amants allaient être inquiétés. Première surprise, le mari ne meurt pas et le couple échappe à l’inculpation. Ils décident alors d'abandonner leurs sombres idées et de s'éloigner l'un de l'autre. Cela ne dure qu’un temps, et lorsque John Garfield reparaît, il réanime l'envie de meurtre. La suite est aussi surprenante dans sa capacité à jouer de l’imprévu. Une assurance-vie de 10 000 $ a été souscrite au nom du mari (comme dans Double Indemnity) mais ni la jeune femme ni son amant n’étaient au courant ! Autre surprise. Le film joue sans cesse avec le spectateur, ne partant généralement pas dans la direction où on l'attendait. C'est déjà une grande réussite. Ce qui fascine encore plus, c’est l'alchimie entre les deux amants et la puissance érotique que dégage Lana Turner, alors que la censure du code Hays battait son plein. Tout comme Phyllis, Cora entraîne un jeune homme hors du droit chemin, presque malgré elle, mais le fatum est à l’œuvre : la noirceur chère au film noir rattrapera tout ce petit monde pour un message final cette fois plus raccord avec le code de production cinématographique, sacrant la justice universelle, contre l'impunité. Mais l'on est pas dupe : le désespoir nimbant l'oeuvre détourne la censure et les contraintes, ces dernières constituant bien à l'époque un challenge constant et ici, très réussi.
09:02 Ecrit par Raphaël dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : film noir, polar, john garfield, lana turner, tay garnett, 40's, états-unis
25.11.2008
Le retour de l'inspecteur Harry (1983)

Un film de Clint Eastwood
Ce quatrième épisode de la saga inspecteur Harry est celui des changements nécessaires, après un The enforcer (L'inspecteur ne renonce jamais) mou du genou et tirant vers la comédie, Eastwood ayant une partenaire féminine rigolote et un peu gauche (Tyne Daly).
Le retour de l'inspecteur Harry, c’est d’abord l'arrivée derrière la caméra d'Eastwood lui-même qui, 12 ans après ces premiers pas de réalisateur dans le premier Harry, décide de prendre les choses en mains. On retrouve ces plans d'hélicoptère filmés près de la côte qui faisait la beauté ténébreuse de son premier long-métrage, Play Misty for me (Un frisson dans la nuit). Eastwood est véritablement attaché au personnage de Harry, qui vraisemblablement a évolué en même temps que lui. Ainsi, tout en retrouvant certains acteurs avec qui il a déjà tourné par le passé (Sondra Locke et Pat Hingle dans L’épreuve de force, Harry Guardino déjà dans la série des Harry), son inspecteur Harry change. Confronté à une meurtrière en série (dont le visage nous est dévoilé dès la première séquence), il questionne ses propres valeurs. Le film est d’ailleurs moins sur l’inspecteur que sur le personnage complexe de Jennifer Spencer (Sondra Locke), qui dans la grande tradition du rape n' revenge (viol puis vengeance), va exécuter un par un ceux qui ont violenté sa sœur et elle. Les mâles vont perdre ainsi leurs attributs virils, dans la soif de vengeance exprimée avec toujours autant de hargne par l’actrice. Cette dernière incarne une artiste aux peintures torturées, expressions de ses blessures intérieures. Le film questionne donc la problématique de la violence et du meurtre, dans une acception plus complexe qu’auparavant. Jennifer et Harry, dès leur première rencontre, sont représentés comme des êtres assez semblables, les paroles d’Harry correspondant à la vision de la vie de Jennifer ; Harry comprend petit à petit l’optique de la jeune femme. C’est néanmoins une criminelle, et la limite entre les deux ici est floue, thématique qu’utilisera Tightrope (La corde raide), réalisé par Richard Tuggle l’année suivante, toujours avec Eastwood. L’affiche de ce film, évocatrice, titrait fièrement Flic ou violeur ?, respectant bien la lignée initiée par la série des Harry où la seule différence entre les criminel et l'inspecteur, c’était qu’Harry avait un badge de police.
On retrouve dans Le retour... l'inspecteur tête brûlée des débuts (une des premières scènes du film, où Harry se rend nonchalamment dans un café, théâtre d’un hold-up, fait écho à une scène analogue dans le premier épisode de la série lorsque Harry mange un sandwich juste en face d'une banque elle aussi en train d'être dévalisée), le côté fétichiste des armes à feu (attention à sa nouvelle arme, un véritable monstre), et donc son rôle de pistolero moderne qui appartiendrait à l'époque passée où l'on appliquait la justice en faisant parler la poudre. Harry n'est d'ailleurs à 100% lui-même que lorsqu’il sort son arme (et il la sort souvent), lui qui, alors qu'il est mis à pied par ses supérieurs, passe son après midi au soleil à s'entraîner... au tir.
Une fois encore, la série des Harry s’inspire des meurtriers en série (le premier épisode décalquant consciemment son modèle sur le véritable Zodiaque, qui avait terrorisé San Francisco dans les années 70) et constitue une évolution du film noir, avec ces atmosphères nocturnes et urbaines, cette odeur de crime omniprésente qui jaillit à chaque coin de rue, et un personnage central solitaire, à cheval entre la justice et l'illégalité. A ce titre, la saga inspecteur Harry reste inégalée par la présence solaire de Clint Eastwood, dont le visage crispé est telle une cartographie mouvante des canyons du Far West : dans un monde mis sans dessus-dessous par le crime, sa conception individuelle de la justice ne s’embarrasse pas de détails.
10:37 Ecrit par Raphaël dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : clint eastwood, inspecteur harry, sondra locke, polar, 80's, états-unis
24.11.2008
L'épreuve de force (1977)

Un film de Clint Eastwood
Clint Eastwood réalise L'épreuve de force (The Gauntlet) en 1977 ; L’inspecteur Harry en est alors à un troisième épisode qui n’a plus grand chose à voir avec le concept de base (le personnage devient limite comique), et Ben Shockley - Eastwood, personnage principal de L'épreuve de force, symbolise un peu le nouveau Harry. Dans cette histoire de transfert de prisonnière qui tourne à la mission-suicide, nombreuses sont les similitudes entre l'inspecteur Harry et Shockley, policier alcoolo et négligé ; au début du film, son collègue lui demande de faire attention à sa tenue et au moins, de se raser. On se souvent d'une réplique similaire dans le premier Inspecteur Harry, où c'était sa coupe de cheveux qui était pointée du doigt. Ici, toujours aidé d’une petite fiole de whisky, il est utilisé par ses supérieurs pour faire capoter un procès, ces derniers pensant qu'il n’arrivera jamais à mener à bien sa mission. C’est vrai qu'il n’est pas aidé par la prisonnière, une jeune femme irascible qui le met en garde contre les dangers du transfert ; les policiers, pourris, ne l'aident guère, allant même jusqu'à lui tendre une embuscade dans la maison isolée de la prisonnière. Première scène over the top : une armada de policiers fait un véritable carton en prenant pour cible l'habitation, qui finira, criblée de balles, par s’effondrer. On est dans la surenchère la plus totale en ce qui concerne les fusillades, qui s’offriront un bouquet final lors d'une ultime séquence surréaliste.
Enchaînement non-stop de course-poursuites (en voiture, à moto, en bus !), de rencontres louches et d’une violence sèche digne du film noir lors de la narration que Gus, la prisonnière, fait de son viol, le film s'inscrit également dans la veine d'un western moderne, avec ces étendues désertiques à perte de vue. La façon dont le couple doit affronter les épreuves, se préparant un véritable char d'assaut pour la séquence finale (2ème séquence énorme) rappelle les duels au six-coups chers à la mythologie de l’Ouest, avec en prime un éloge à la détermination et au dépassement de soi. Shockley, tête brûlée, est un personnage que la vie a perdu en route, et qu'il va retrouver grâce à la prisonnière. Sondra Locke, qui avait déjà tourné pour Eastwood dans Josey Wales et qu'il retrouvera aussi pour Le retour de l'inspecteur Harry, est intéressante dans l’expression de sa nervosité et de son regard halluciné ; elle exprime bien toute l’urgence et la démesure, voire l'absurdité de la situation. L'association des deux tempéraments, assez antinomiques, donne certaines scènes de disputes assez réalistes. A l'époque, ensemble dans la vie, le couple se doit ici de finir par bien s'entendre... Doté d'une réalisation classique qui met vraiment en valeur les lieux désolés comme les atmosphères plus urbaines, L'épreuve de force fait figure de road-movie déjanté en même temps qu'actioner bourrin, témoin d’une époque où les films d’actions assumaient au premier degré leur côté too much.
09:21 Ecrit par Raphaël dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : clint eastwood, sondra locke, inspecteur harry, polar, 70's, états-unis
23.11.2008
Morts suspectes (1978)
Un film de Michael Crichton

A la suite d'opérations bénignes sous anésthésie générale, de jeunes patients sombrent dans un état de mort cérébrale. Une chirurgienne va alors essayer d’en savoir plus…
Michael Crichton, auteur de romans de science-fiction qui nous a quitté récemment, s'est démarqué par quelques tentatives dans la réalisation. Diplômé de la Harvard Medical School et producteur historique de la série Urgences, la médecine est clairement son domaine de prédilection. Pour preuve, le très honnête thriller médical Morts suspectes (Coma), sorti en 1978 avec l’appui d'un casting sympathique ; Michael Douglas, Geneviève Bujold, Richard Widmark et des apparitions d’Ed Harris -encore avec des cheveux- et de Tom Selleck -déjà avec sa moustache.
Adapté d’un roman de Robin Cook, lui aussi spécialiste du domaine médical, le film nous entraîne, avec le personnage de Susan (Geneviève Bujold), dans les méandres du monde médical. Crichton emploie toutes les ressources nécessaires pour faire de l'hôpital hautement anxiogène un enfer, dans lequel la confiance nécessaire du patient vers le médecin est mise à mal par les plans démoniaques de l’autorité en place. Devant la pauvreté du décor hospitalier, peu photogénique, Crichton arrive à créer un réseau labyrinthique de couloirs et de salles toutes semblables (à l'image des chirurgiens et de leur uniforme réglementaire), participant à la claustrophobie et la paranoïa qui s’installe dans l’esprit du spectateur. Les individus y sont tels des souris de laboratoire, essayant de trouver la sortie, ou la résolution des comas inexpliqués. Une sorte de fil d’Ariane inversé (Thésée s’en sert pour sortir du labyrinthe et ainsi échapper au Minotaure, ici son utilisation vise à pénétrer le système, mais dans la même optique salvatrice) va alors guider Susan, de salles d'amphis jusque dans les tuyauteries et autres réseaux électriques, au cœur d’un secret inavouable. De même, la salle 8 symbolise le centre névralgique de l'hôpital, concentrant toutes peurs, tous dangers. On retrouvera une configuration analogue avec la chambre 237, centre maléfique d’un Overlook Hotel tout aussi tortueux dans Shining (Stanley Kubrick, 1980).
Certaines séquences parviennent à s'ancrer durablement sur la rétine : on pense à une poursuite dans une salle frigorifique où des corps congelés sont pendus comme des morceaux de viande dans une boucherie, ou la visite d’un centre de soins high-tech, dans lequel les patients sont maintenus horizontalement à un mètre du sol, dans un ambiance assez futuriste. On aime donc que Morts suspectes atteigne son objectif, ne laissant pas de répit au spectateur, délivrant un spectacle haletant secondé par des acteurs bien présents et un score efficace du grand Jerry Goldsmith : mission accomplie.
10:46 Ecrit par Raphaël dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : michael crichton, michael douglas, geneviève bujold, polar, 70's, états-unis
21.11.2008
Promenade avec l'Amour et la Mort (1969)
Un film de John Huston
John Huston revisite le Moyen-âge et plus précisément la Guerre de Cent Ans avec ce film, aux antipodes des représentations hollywoodiennes auxquelles la période a généralement droit. Deux personnages, un jeune étudiant -Assaf Dayan- et une jeune fille noble -Angelica Huston dans son premier rôle-, vont errer dans un monde chaotique, où les paysans et les nobles se livrent à une lutte des classes -historiquement vérifiée. Ils rencontrent des individus des deux bords, ainsi que des gens d’Église intolérants et sots. Cette promenade est habitée par l’innocence et l’inexpérience des deux acteurs principaux, perdus dans un monde qui n’a plus de sens. Eux-mêmes ne savent que faire, à l’image du jeune étudiant qui tue un paysan en fuite sûrement plus jeune que lui ; le désordre -territorial, sentimental,...- crée le désordre. Le manque de direction, ce flottement dans lequel se trouvent nos deux héros fait perdre pareillement la direction du film, qui du coup peut occasionner un ennui poli, que dis-je, courtois.
C’est toute une idée du romantisme qui habite le film, avec le personnage de l’étudiant, poète, amoureux et protecteur de sa Dame, qui a fait ce voyage dangereux avec toute l'inconscience de la jeunesse dans le but de... voir la mer. Le film, accompagné de chansons jouées au luth, retranscrit bien la sensation du Moyen-âge dans une réalité palpable, et non plus irréelle et statique comme ont pu l'être certains films hollywoodiens de l’âge d’or. La caméra, parfois mobile, libre, capture des images d'une grande beauté, rehaussées par la lumière de Ted Scaife (qui a travaillé sur plusieurs films de John Huston, et avec Jack Cardiff, le directeur photo de génie du duo Powell-Pressburger). Il en ressort une grande fraîcheur, une impression plus réaliste. On note même une épure stylistique devant le peu de décors, la musique douce -de Georges Delerue- qui évite un traitement grandiloquent, et un montage clair qui présente les enjeux d’une façon assez neutre. Huston, qui décidément aura touché à pas mal de genres (policier, aventure, drame, film biographique, parodie) s'octroie ici le rôle d'un seigneur d’une grande sagesse ayant rallié la cause des paysans. Dans cet égarement du monde, cette direction flottante, il montre le chemin du droit.
08:40 Ecrit par Raphaël dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : angelica huston, assaf dayan, john huston, 60's, états-unis
20.11.2008
Émile Cohl, l'inventeur du dessin animé : un livre incontournable
Profitons de l'article du jour pour faire état d’une publication remarquable, celle du livre Émile Cohl, l'inventeur du dessin animé. Fruit de nombreuses années de travail, cet ouvrage paru chez Omniscience nous fait découvrir le visage de celui par qui le cinéma d'animation a débuté, et qui fut pendant la plus grande partie de sa vie un caricaturiste de talent. A 50 ans, il décide de remettre à plat tout son savoir afin de donner vie à des dessins. Travaillant seul, il est l’archétype de l’artisan génial, et ce qui peut être qualifié d'expérimentations représente déjà un accomplissement immense. Pour être tout à fait exact, on remarquera tout de même que l'animation de dessins a commencé plus tôt, avant même le cinéma, grâce au Théâtre optique d’Émile Reynaud. Ce qu'il reste aujourd’hui de la production de Colh est, miracle, inclus dans ce livre décidément incontournable via 2 DVD édités par Gaumont, qui constituent le complément de l’édition consacrée au Cinéma premier, sortie en avril 2008. Ces disques ne représentent qu’un cinquième de la production de Reynaud et sont à considérer comme un véritable trésor de patrimoine. Dans le livre, on a également droit à une très belle introduction du grand Isao Takahata (Le tombeau des Lucioles), pleine de finesse et d’un profond respect pour l’œuvre du précurseur. Richement illustré, ce livre est à ne rater sous aucun prétexte, bénéficiant de plus d’un rapport qualité/prix imbattable (vous le trouverez au-dessous des 40 €).
11:34 Ecrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livres, animation, émile cohl
17.11.2008
Le visage du plaisir (1961)
Un film de José Quintero
Warren Beatty, dans son deuxième grand rôle au cinéma (après La fureur dans le sang d’Elia Kazan) paraît d’abord assez risible dans le rôle d'un italien roulant les "r" comme personne ; mais l'intelligence du scénario, adapté d'un roman de Tennessee Williams, rattrape le coup.
Les personnages apparaissent comme des outcast, des marginaux : un gigolo, sa maquerelle, un SDF, tous gravitent autour du personnage principal, une actrice vieillissante (Vivien Leight, excellente, qui aurait pu faire Sunset Boulevard) dont il ne reste de sa gloire passée qu'une immense fortune. Son mari, mort subitement, la laisse dans une solitude que sa richesse ne parvient pas à combler. Elle passe donc un été à Rome pour se changer les idées.
Les personnages de Tennessee Williams sont souvent des grands malades (La nuit de l’iguane : alcoolisme et obsession sexuelle, La chatte sur un toit brûlant : impuissance, culpabilité, Un tramway nommé désir : maladie mentale). Ici, la maladie est peut-être l’argent, qui gangrène et régit les relations humaines. Plus grande maladie encore, la solitude, qui ronge silencieusement tous les personnages. La galerie des caractères dresse un portrait vérolé de l'humanité, qui contraste avec la beauté classique et intemporelle d’une Rome sous un calme ciel d’été. Dans cet endroit paradisiaque, la détresse des âmes paraît anti-naturelle, mais n'en est que plus évidente. José Quintero, cinéaste panaméen sorti de nulle part qui réalisait ici son premier et unique long-métrage, filme tout ceci malheureusement de façon assez banale. Mais c’est toute l’épaisseur des personnages de Williams, pleins des tourments de l’écrivain, de cette angoisse existentielle, cette peur de la solitude, qui remplit le film de vérité.
11:25 Ecrit par Raphaël dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : warren beatty, vivien leigh, tenessee williams, 60's, états-unis
13.11.2008
Un film, une séquence : Eyes Wide Shut (1999)

Environ à la moitié du film-testament de Kubrick intervient une séquence magique, onirisme brumeux aux couleurs de feu. Bill, tourmenté par l'aveu de tromperie de sa femme Alice, se rend à une soirée privée dont il ignore tout, mais qui est fondamentalement tout ce qu'il recherche : un interdit, un mystère, et une promesse de débauche sexuelle, lui dont la vie était si cadrée, si prévisible, si normale. Norme balayée d'une phrase de sa femme, dont il ne se serait douté. Bill arrive donc au terme d’un voyage nocturne dans une résidence somptueuse, dont il soulève le voile.

Il pénètre dans un bal masqué sonorisé par une musique mystique, accompagnée d’une voix gutturale. La musique est en fait jouée sur un clavier électronique, tout n'est qu'illusion. Des rituels de sélection assemblent certaines jeunes femmes avec des personnes de l’assemblée silencieuse, qui, comme le spectateur, sont plutôt observatrices qu'actrices de l'événement. Bill se fond dans la masse des masques, semblable à tous, donc incognito. Mais quelque chose cloche : on lui fait signe, il est reconnu. Il doit partir car il n’est pas le bienvenue ("You don’t belong here", tu n’est pas à ta place ici, l’avertit une jeune femme). Il va poutant pouvoir regarder le spectacle qui s’offre à lui, et les lents travellings l’accompagnent au sein de salles aux teintes pourpres.

Des pantins s'y embrassent, déshumanisés, animalisés aussi. L'acte sexuel, omniprésent mais laissant la plus grande place à la foule passive, est théâtral, peut-être même est-il simulé. La musique aux tonalités orientales est la bande-son d’une orgie scénographiée, une performance, forme d’art, un "cabinet de curiosités" vivant, qui fait de Bill un spectateur déambulant dans un musée des pratiques sexuelles. Lui seul a la posture d’un être en mouvement, tous les autres prenant la pose, faisant partie du décor. La séquence apparaît dès lors comme une représentation de l'esprit de Bill, obnubilé par l'infidélité d’Alice, revoyant toujours les images qu’il s’est inventé. Démasqué, il devra subir le jugement d'une cour improvisée, pouvant rentrer in-extremis chez lui mais échappant à on-ne-sait-quoi. Dans cette séquence hallucinatoire, réside tout l'art de Kubrick sur le théâtre des apparences.

13:39 Ecrit par Raphaël dans Un film, une séquence | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kubrick, 90's, analyse de séquence, royaume-uni, états-unis
























