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Fanatic / Die! Die! My Darling (1965)

Un film de Silvio Narizzano

Dans la lignée des efforts de la Hammer pour se diversifier durant les années 60, Fanatic (ou Die! Die! My Darling pour son exploitation américaine) propose un récit sous influence avec la belle Stefanie Powers et la grande Tallulah Bankhead. Un Hammer atypique mais pas moins surprenant.

Une jeune femme (Stefanie Powers), sur le point de se marier, veut à tout prix rendre visite à la mère de son précédent compagnon pour tourner la page. Mais cette visite de courtoisie ne se passe pas vraiment comme prévu...

Le film est divisé en deux parties bien distinctes : dans la première, le personnage joué par Stefanie Powers est surpris par les manières de son hôte, la vieille madame Trefoile ; en effet, celle-ci, très pieuse, s'offusque devant tout objet de tentation ou, plus largement, tout trait de la vie moderne. La personnalité pétillante de Stefanie Powers, son ingénuité même, fait pencher la balance vers la comédie, qui vire au noir. Pensant tout haut (« she's crazy! »), ne prenant pas vraiment au sérieux la tragédie annoncée, elle ne voit pas arriver l'évidence : cette deuxième partie du film, bien plus dramatique, qui la voit séquestrée et molestée par la vieille madame Trefoile. Le générique de début nous indique clairement cette bascule par ses éléments graphiques (un chat et une souris se succèdent à l'écran, séparés par des cuts violents) comme par ses éléments sonores (la musique, de même, bascule d'un arpège enjoué à un violoncelle tragique.

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Madame Trefoile (Tallulah Bankhead) et Patricia (Stefanie Powers)

Le film, comme les autres suspense de la Hammer Films de cette époque, subit des influences assumées : on pense à Psychose (Alfred Hitchcock, 1960), dont certains gimmicks sont repris -la demeure au style gothique, les cadrages sur Madame Trefoile dans les escaliers de la maison, ou encore la lampe vascillante, éclairant partiellement un terrible secret. Premier thriller en couleurs de la Hammer, Fanatic est aussi le premier film de cinéma du canadien Silvio Narizzano ; appliqué, il investit le film de son intérêt pour Mario Bava et ses éclairages psychédéliques dès le générique. On pense aussi à la façon dont Roger Corman, pour son cycle Edgar Allan Poe, créait ses génériques d'ouvertures.

Plus encore, c'est au Boulevard du crépuscule que Fanatic paye son plus grand tribut. Dans ce film, Billy Wilder prend pour sujet une vielle actrice qui vit recluse, avec son majordome, avec les reliques de ses succès passés. La situation est d'autant plus intéressante que Gloria Swanson, l'actrice qui joue le rôle, réinvente pour ainsi dire sa propre histoire ; glore du muet, sa carrière subit un coup d'arrêt avec l'arrivée des talkies. Tallulah Bankhead, madame Trefoile dans Fanatic, fut elle aussi une actrice de premier plan, au théâtre surtout, à Broadway mais aussi à Londres. Madame Trefoile cache aussi une vie passée d'actrice, et se recueille chaque soir dans un mausolée à la gloire de son image passée. La profondeur du rôle va même jusqu'à lui faire composer un personnage intolérant, acariâtre, punissant toute incartade aux règles strictes de sa maisonnée. Or, Tallulah Bankhead, dans ses folles années, n'a jamais caché ni ses multiples addictions (alcool, drogues), ni ses mœurs jugés déviants à l'époque : ouvertement bisexuelle, elle défrayait la chronique. Quelle ironie alors, de la voir si parfaitement à l'aise dans la peau de la psychopathe madame Trefoile, que la vision de la couleur rouge suffit à faire défaillir. Ce choix de casting est impeccable, et apporte une profondeur supplémentaire à ce film sous influences.

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Bava style


Mais l'histoire ne s'arrête pas là : à la fin des années 90, le metteur en scène Mathew Lombardo monte une pièce autour d'une réplique de Tallulah Bankhead dans Fanatic, qu'elle a du redoubler à cause d'un souci technique durant le tournage. Fine saoule, elle met vingt minutes à prononcer sa réplique correctement. Partant de cette bande d'enregistrement, le metteur en scène image toute une situation. D'abord interprétée par Valerie Harper, le rôle de Tallulah Bankhead dans la pièce sera plus tard tenu par Stefanie Powers, indubitablement la personne qui l'a le plus côtoyée sur ce tournage.

Au final, le film, tout en équilibriste, trouve sa voie entre un numéro d'actrice fantastique, une utilisation très intelligente des couleurs et de l'éclairage, et du sens du suspense qui tient tout le film. On tient là une belle réussite de la Hammer Film dans un genre qui n'est pourtant pas son habitude.

Disponibilité vidéo : Blu-ray zone B UK – éditeur Powerhouse / Indicator (version originale sous-titrée anglais uniquement).

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