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richard fleischer

  • Terreur aveugle (1971)

    Un film de Richard Fleischer

    La versatilité de Fleischer est fascinante. Du film noir à la fantasy, du polar au film d'aventure, il aura touché à tout. Car c'est l'apanage des (bons) réalisateurs de studios : savoir faire sien un sujet dont il n'est pas l'instigateur premier. Avec Terreur aveugle, on en tient la preuve éclatante.

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  • Les inconnus dans la ville (1955)

    Un film de Richard Fleischer

    13609932894_6a080cc6a4_m.jpgSorti l'an dernier par Carlotta Films dans une très belle copie (une des plus belles restaurations de 2013), Les inconnus dans la ville est une incontestable réussite signée Richard Fleischer ; un des fleurons du film de braquage, auquel s'ajoute un mélodrame dans le plus pure tradition hollywoodienne.

    En effet, Violent Saturday (titre original du film) est un véritable défi narratif, un coup de force esthétique, en même temps qu'un modèle d'économie, emmené par un casting idéal. Et, grâce à la fois au réalisateur, au scénariste et au acteurs, un film constellé de petits moments qui en disent beaucoup sur leurs personnages.

    Modèle d'économie, le film nous le prouve dès son entame, dénuée de dialogues durant une bonne dizaine de minutes. L'on découvre alors une petite ville minière, en commençant par son commerce principal, l'extraction de cuivre. D'abord relativement silencieux, le paysage subit un véritable coup de tonnerre lorsque apparaît l'écran-titre, au son des explosions à la dynamite destinés à fracturer la roche. L'espace, immense avec ses grandes carrières, ressemble au décor d'un western ; et l'affrontement final sera tout à fait digne de l'un d'eux. Si le début du film est marqué par son absence de dialogue, le reste est au diapason : économie de mots, mais pas économie de sens.
    Les personnages, par exemple, s'affirment par des gestes plutôt que par de longs discours : Lee Marvin, le sadique membre du gang qui projette un braquage, est caractérisé dès sa première scène par son inhalateur, qu'il n'arrête de se fourrer dans le nez. Son chapeau bleu, invariablement vissé sur la tête, est aussi caractéristique. Le plus âgé du gang est lui, assez quelconque mais donne l'impression d'être plutôt gentil ; ainsi, il s'arrêtera plusieurs fois dans le film pour donner des bonbons aux enfants qu'il croise sur sa route. Victor Mature, dont le personnage n'a pas eu les honneurs de la guerre, n'est ainsi pas révéré par son garçon, qui aimerait que son père soit un héros. On le comprend par un élément simple : la décoration du père (en fait une sorte de diplôme qu'il a accroché au mur) est cassée.  Le personnage de Victor Mature n'aura ainsi de cesse, durant tout le film, de gagner la fierté de son enfant.

    Défi narratif, le film l'est d'abord parce qu'il raconte plusieurs histoires qui vont converger : le braquage de la banque, une histoire d'adultère, deux romances manquée, le désespoir d'une bibliothécaire (jouée par Silvia Sydney, l'actrice glamour de Furie (Fritz Lang, 1936) et du superbe J'ai le droit de vivre (Fritz Lang, 1937). Toutes ces histoires s'appuyant sur des personnages forts -chacun a ses petits moments qui décrivent leur vérité, leurs angoisses, leur avenir possible...- qui prennent souvent le devant de la scène, et où le braquage est l'arrière plan, puis le rapport s'inverse dans la dernière partie du film. On peut également parler des Amish, vivant reculés et, conformément à leur tradition, en dehors du progrès et la modernité. Leur vie paisible, s'opposant au vacarme et à la brutalité de la ville, va être envahi par le gang. Toutes ces petites histoires sont réglées en 1h30, ne laissant personne de côté ! Le côté moralisateur, punissant chaque péché par une sanction, est même le seul vrai défaut qu'on pourrait trouver à Violent Saturday. Dans le même temps, le scénario permet à tous les personnages (sauf celui de Victor Mature) d'être ambivalent : ainsi, ceux présentés comme la norme ont chacun leurs vices, et certains des gangsters ont des manières absolument policées : ainsi, ils ne se différencient pas tellement des habitants de la petite bourgade ; tout un chacun est un"inconnu dans la ville".

    Enfin, Violent Saturday est un achèvement esthétique ; tourné en CinemaScope (format plus large que celui pratiqué aujourd'hui), avec les couleurs DeLuxe, le film bénéficie de cadrages composés de façon impeccable. Pourtant novice dans ce domaine (le premier film CinemaScope, La tunique, date de 1953), Fleischer fait des merveilles : le regard pioche à chaque endroit du cadre des informations importantes, et quasiment chaque plan dispose d'une idée de mise en scène stimulante : les plans-séquences permettent de multiples compositions du plan dans la continuité, qui sont organisées avec une fluidité rare. Fleischer tourne très peu de gros plans (le seul que j'ai repéré concerne Lee Marvin), imprimant une distance idéale avec les événements, et donnant à voir les échanges de regards, les directions des personnages de façon très claire. Le rythme qui en découle est idéal, épousant les cadences propres des personnages, parfois ralentissant, parfois accélérant jusqu'à un affrontement final qui tient toutes ses promesses. Mature y devient un chef de résistance tout à fait crédible, défendant la ferme assiégée des Amish. Ce passage très westernien clôt admirablement un grand moment de cinéma, et l'on aime à rappeler que Richard Fleischer, cinéaste pas mésestimé, mais tellement plus qu'un bon artisan, a fait ici un point culminant du film de braquage.

    Disponibilité vidéo : Blu-ray / DVD - éditeur : Carlotta Films

    Source image : jaquette Blu-ray © Carlotta Films

  • L'énigme du Chicago Express (1952)

    Un film de Richard Fleischer

    4181192298_9461ddd4d7_m.jpgDernier film, chronologiquement parlant, du beau coffret édité par Montparnasse en 2008, et supervisé par Bertrand Tavernier, The Narrow Margin démarre sur les chapeaux de roues pour ne plus lâcher le spectateur : dès le plan d’ouverture, le titre nous saute littéralement à la figure en même temps qu’un train lancé à toute vitesse. On retrouve, comme pour Armored Car Robbery, cette sensation de contre-la-montre qui préside au film en entier. D’ailleurs, quand les deux hommes descendent sur le quai au tout début, on nous dit que le train repart dans une heure, soit, grosso modo, le temps qu’il reste à Narrow Margin pour arriver à son terme. Et si le film se déroulait dans cet intervalle, se surprend-on à penser ?

    Un autre aspect saute aux yeux dès le début du film : alors qu’on a quitté Armored Car Robbery dans un aéroport, on va débuter celui-ci dans une gare. Ces lieux publics où les destins se croisent, se suivent, s’enchaînent, puis finalement se jouent, sont les endroits privilégiés du polar, et constituent souvent les points d’orgue des récits.

    Ce train, deux policiers l’ont pris pour réceptionner puis escorter une jeune femme, témoin-clé dans un procès qui doit se tenir prochainement. La paire, un vieux de la vieille et l’autre plus robuste, ne tarde pas à s’alléger. La vieille garde se fait ainsi surprendre, faute de réflexes, par la balle d’un tueur à gages. Le jeu, en début de film, sur son cigare qui reste éteint malgré plusieurs tentatives de rallumage, est dramatiquement prémonitoire.

    De l’éphémère trio au duo, L’énigme du Chicago Express trace sa route sur des rails, la totalité de l’intrigue se déroulant dans les wagons du train reliant le lieu d’origine de la jeune femme à celui du procès. Se joue dès lors une course-poursuite entre le policier, sa protégée et une mystérieuse organisation qui a des hommes partout. L’exiguïté des lieux, l’impossibilité de l’échappatoire puis la nécessaire partie de cache-cache rendent les séquences très tendues, cependant adoucies par la romance naissante entre une autre jeune femme et le policier (Charles McGraw, vu dans Armored Car Robbery, fort comme un lion, un peu à la Kirk Douglas). Pour un peu, on pourrait se croire dans un Hitchcock (il est vrai qu’il adorait faire ces "films de trains" tels Une femme disparaît (1938) ou le début de L’inconnu du Nord Express (1951).

    La relation du flic et de l’enfant est aussi juste, touchante et contrarie cette obligation de ne pas faire de vagues qui calmerait McGraw, toujours sur le qui-vive, regard oblique, sentant le danger se rapprocher peu à peu de son témoin.

    Les bad guy ont des mines bien patibulaires, et ça n’est pas pour me déplaire ; le jeu subtil qui consiste à s’afficher franchement pour mieux détourner leur attention est bien rendue, et va prendre notre flic à son propre jeu ; son témoin est tellement absente de l’espace public du train que c’est l’autre jeune femme qui va, à son tour être suspectée d’être le témoin gênant... en tant que huis-clos un poil claustro, le film de Fleischer marche à cent pour cent. Les différentes forces en présence en dissimulent d’autres, et le spectateur sera bien malin pour deviner le fin mot de l’histoire, dévoilé avec force habileté par le réalisateur. Un jeu de dupes maîtrisé de bout en bout, une vraie réussite du polar : que demander de plus ?

  • Armored Car Robbery (1950)

    Un film de Richard Fleischer

    4169059229_117c60fa84_m.jpgDans la grande nébuleuse du film noir, le caper-movie, ou film de hold-up, occupe une part non négligeable et très caractéristique du genre. Son mètre-étalon, Quand la ville dort, que John Huston réalise en 1950, sort la même année que Armored Car Robbery, modeste série B produite par RKO. Sa faible durée (1h07), induite par ces conditions de production, en font un récit resserré, où chaque bloc scénaristique vient s’enchâsser dans le précédent avec une vitesse hallucinante. Comme le dira implicitement la première séquence, où Martin Bell, le futur cerveau du délit, chronomètre le temps de réaction de la police face à une (fausse) alerte de hold-up, le film relève le défi d’un véritable contre-la-montre.

    Le film prend donc le cliché du crime parfait cher à Hitchcock (pour le coup, casse parfait serait plus juste), préparé par le cerveau qui doit néanmoins obligatoirement déléguer, donc laisser une part de responsabilité lui échapper. Bell, ce génie du hold-up, est admirablement croqué par le biais de son obsession quasi-robotique à ne laisser aucune trace derrière lui, mémorisant tout, devenant une sorte de fantôme sans identité. Son véritable nom, Dave Purvis, révèlera au spectateur une facette de son passé : finalement, on laisse toujours une trace, quelle qu’elle soit. C’est évidemment par là, son talon d’Achille, que l’affaire s’écroulera, car, comme chacun le sait, le crime ne paie pas, ainsi le casse du siècle ne sera pas aussi bénéfique que prévu, loin s’en faut.

    Embrassant totalement les clichés du genre, Armored Car Robbery se démarque pourtant par quelques belles trouvailles : la femme d’un des pions du cerveau et aussi la maîtresse du fameux Bell, induisant un rapport de force très particulier entre les deux hommes, et un dernier tête-à-tête vraiment poignant. L’autre originalité qui nous a sauté aux yeux est l’insistance, lors des différents trajets du gang, sur les lourds ensembles mécaniques qui bordent les routes, emmenant dans un mouvement de balancier leur lourde structure. Il y a là-dedans une visualisation du phénomène immuable d’action / réaction, après que l’acte criminel les a conduit sur la route du délit. Les moyeux si imposants figurent également le rouleau compresseur qui écrasent les personnages du poids de la fatalité, inéluctable. La police enquête et se retrouvent rapidemment beaucoup plus proches des criminels qu’ils l’auraient souhaité.

    Dernière originalité du traitement, l’affaire est mise en regard autant par le comportement des gangsters que des policiers qui les pourchassent. Le temps semblent divisé en deux entre l’espace des bandits et des représentants de l’ordre, qui se livrent à une course poursuite haletante. Surprise, c’est pour un des membres du gang que le spectateur aura le plus de compassion...

    Sous ses airs de petite production sans envergure, Armored Car Robbery est un très beau film noir qui annonce L’Ultime Razzia de Stanley Kubrick, réalisé en 1956 ; la séquence finale, dans un aéroport, est d'ailleurs étrangement similaire au dénouement du Kubrick, notamment son dernier plan.

  • Child of Divorce (1946)

    Un film de Richard Fleischer

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    Fils de Max Fleischer, immortel producteur des dessins animés Betty Boop, des dix-sept épisodes de Superman, ou du long métrage d’animation Les voyages de Gulliver (1939), Richard Fleischer aura passé un bon nombre d’années à attendre de réaliser un film de série A, mais une fois le temps venu ils seront nombreux et très populaires : 20 000 lieues sous les mers (1954), Barabbas (1962), Le voyage fantastique (1966), Soleil Vert (1973)... Plongeant dès 1946 dans la réalisation de séries B de tous types (films noirs, comédies, westerns, etc.), il fait pourtant preuve d’une sensibilité particulièrement affûtée, assortie d’un talent incontestable pour la mise en scène.

    Premier de ses long-métrages, Child of Divorce frappe d’abord par l’étonnante modernité du propos : le divorce de parents vu par les yeux d’une petite fille (excellente Sharyn Moffett), qui pourrait sonner de façon bien moralisatrice et orientée à cette époque. Or, il n’en est rien, l’absence de jugement et le refus de mettre aucun des personnages dans les cases prédéfinies (pécheur / pur, dominateur / soumis, ...) rendent la démonstration juste.

    C’est du côté du monde de l’enfance qu’i faut trouver les scènes les plus dures, notamment celle où Bobby, la fillette, découvre que sa mère a un amant, en même temps que ses camarades de classe. Les moqueries qui s’en suivent sont terriblement cruelles, sans forcer le trait, et pourtant paraissent aujourd’hui encore plus vraisemblables, tant on s’est rendu compte que la cruauté des enfants fait mal (car elle éclate souvent au grand jour, contrairement à celle des adultes, plus camouflée). Mais, même s'ils peuvent être parfois durs, les enfants n’en restent pas moins extrêmement fragiles ; le film le montre aussi de façon très simple, par l’air triste de Bobby, alors qu’elle est obligée de passer une longue période avec sa mère et l’amant de celle-ci, loin de son père. Ou encore, dans une scène encore plus dramatique (aidée par le lieu et l’exagération de ses proportions), lorsque Bobby doit témoigner seule, devant un tribunal, pour valider ou non l’accusation de sa mère de délit d’adultère. Si un seul domaine est vivement critiqué dans le film, c’est bien la justice, et sa quasi-persécution de l’humain.

    Si la mère s’attire d’abord les foudres de l’audience par son adultère, le père, figure typique du bon père de famille (l’acteur Regis Toomey, familier de ce genre de rôle) ne vaudra plus tard pas mieux. La petite fille, si heureuse de retrouver son père, tombe sur la petite amie, future remplaçante de la maman, lors d'un repas prévu en tête à tête et qui s’en trouve dès lors saboté. D’une remarquable intelligence, le film avance, décrit des comportements toujours vraisemblables et humains, façonnant peu à peu la vision du monde de la petite.

    Touchant mais sans concessions (grâce à son petit budget de série B, le réalisateur réussit à faire accepter une fin pas vraiment heureuse), le premier film de Richard Fleischer est un petit bijou de sincérité, et un éclat de modernité dans une époque où ne serait-ce que parler de divorce était sujet à caution.