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Armored Car Robbery (1950)

Un film de Richard Fleischer

4169059229_117c60fa84_m.jpgDans la grande nébuleuse du film noir, le caper-movie, ou film de hold-up, occupe une part non négligeable et très caractéristique du genre. Son mètre-étalon, Quand la ville dort, que John Huston réalise en 1950, sort la même année que Armored Car Robbery, modeste série B produite par RKO. Sa faible durée (1h07), induite par ces conditions de production, en font un récit resserré, où chaque bloc scénaristique vient s’enchâsser dans le précédent avec une vitesse hallucinante. Comme le dira implicitement la première séquence, où Martin Bell, le futur cerveau du délit, chronomètre le temps de réaction de la police face à une (fausse) alerte de hold-up, le film relève le défi d’un véritable contre-la-montre.

Le film prend donc le cliché du crime parfait cher à Hitchcock (pour le coup, casse parfait serait plus juste), préparé par le cerveau qui doit néanmoins obligatoirement déléguer, donc laisser une part de responsabilité lui échapper. Bell, ce génie du hold-up, est admirablement croqué par le biais de son obsession quasi-robotique à ne laisser aucune trace derrière lui, mémorisant tout, devenant une sorte de fantôme sans identité. Son véritable nom, Dave Purvis, révèlera au spectateur une facette de son passé : finalement, on laisse toujours une trace, quelle qu’elle soit. C’est évidemment par là, son talon d’Achille, que l’affaire s’écroulera, car, comme chacun le sait, le crime ne paie pas, ainsi le casse du siècle ne sera pas aussi bénéfique que prévu, loin s’en faut.

Embrassant totalement les clichés du genre, Armored Car Robbery se démarque pourtant par quelques belles trouvailles : la femme d’un des pions du cerveau et aussi la maîtresse du fameux Bell, induisant un rapport de force très particulier entre les deux hommes, et un dernier tête-à-tête vraiment poignant. L’autre originalité qui nous a sauté aux yeux est l’insistance, lors des différents trajets du gang, sur les lourds ensembles mécaniques qui bordent les routes, emmenant dans un mouvement de balancier leur lourde structure. Il y a là-dedans une visualisation du phénomène immuable d’action / réaction, après que l’acte criminel les a conduit sur la route du délit. Les moyeux si imposants figurent également le rouleau compresseur qui écrasent les personnages du poids de la fatalité, inéluctable. La police enquête et se retrouvent rapidemment beaucoup plus proches des criminels qu’ils l’auraient souhaité.

Dernière originalité du traitement, l’affaire est mise en regard autant par le comportement des gangsters que des policiers qui les pourchassent. Le temps semblent divisé en deux entre l’espace des bandits et des représentants de l’ordre, qui se livrent à une course poursuite haletante. Surprise, c’est pour un des membres du gang que le spectateur aura le plus de compassion...

Sous ses airs de petite production sans envergure, Armored Car Robbery est un très beau film noir qui annonce L’Ultime Razzia de Stanley Kubrick, réalisé en 1956 ; la séquence finale, dans un aéroport, est d'ailleurs étrangement similaire au dénouement du Kubrick, notamment son dernier plan.

Commentaires

  • Je continue à parcourir ton blog. Oui très bon film, malgré un assez court métrage. Mais je deviens vieux, je ne m'en souviens plus très bien. Je me rappelle juste des scènes dans le théâtre avec une danseuse et quelques autres scènes.

    Amicalement.
    Stéphane.

  • Découvert dans le coffret Richard Fleischer paru chez Montparnasse, Armored Car Robbery m'a bien plu, comme le texte laisse en juger ; même si j'avoue aujourd'hui en garder peu de souvenirs ; sauf cellui d'une oeuvre percutante, rapide.

    A bientôt,

    Raphaël

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