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Terreur aveugle (1971)

Un film de Richard Fleischer

La versatilité de Fleischer est fascinante. Du film noir à la fantasy, du polar au film d'aventure, il aura touché à tout. Car c'est l'apanage des (bons) réalisateurs de studios : savoir faire sien un sujet dont il n'est pas l'instigateur premier. Avec Terreur aveugle, on en tient la preuve éclatante.

Le film repose sur un concept simple : Sarah, une jeune femme aveugle (Mia Farrow, fragile) ne peut se rendre compte que le manoir dans lequel elle vit a été visité par un maniaque qui a tué toute sa famille. Concept, acte deux : le spectateur voit ce que Sarah ne voit pas, et c'est cela même qui décuple l'angoisse.

Pour mettre en scène ces idées, Richard Fleischer a recours à des partis-pris de mise en scène très arrêtés : filmer au ras du sol, et souvent en contre-plongée, pour susciter l'écrasement, la claustrophobie, la soumission. A l'intérieur de l'image, Fleischer se focalise sur des détails qui font basculer l'intrigue, comme pouvait le faire Hitchcock : une gourmette, une cartouche de fusil, des débris de verre... On y voit l'ombre d'Hitchcock, et un film assez en phase avec son époque, car à ce moment-là naît en Italie le giallo, qui reprend ces codes dans des histoires de serial killers. Comme le souligne Fabrice Du Weltz dans les bonus de l'édition Carlotta du film, il y a aussi une préfiguration de ce que fera De Palma au mitan des années 70.

La forme du film est surprenante, bien qu'elle corresponde la vision qu'a Fleischer d'un film à suspense : comme dans L'étrangleur de Boston, il a très peu recours à la musique, privilégie les plans-séquences. Peu de place au dialogue également : les bruits environnants sont souvent les seuls accompagnements sonores de l'intrigue. Le film se passe entièrement en journée (sauf le prologue), et est globalement assez lumineux ; un contraste assez marqué par rapport aux thrillers de ce genre.  L'espace du film, d'une lisibilité exemplaire, se limite au manoir familial et à la campagne environnante. Cette aridité, ce contrepoint de l'école hollywoodienne classique donne un résultat haletant, condensé sur à peine 1h30. L'escalade de la terreur est progressive, dessinant un canevas simple mais implacable : au final (certes sans les effets extrêmes) le film préfigure les slashers de Wes Craven (La dernière maison sur la gauche, 1972, La colline a des yeux, 1977). 

Mia Farrow porte le récit sur ses frêles épaules. Elle est tout à fait convaincante dans ce rôle de jeune femme fragile, aux nerfs mis à rude épreuve. Isolée par le défaut de la vision, elle évolue dans des espaces qui, dans la même logique, sont dépeuplés : la solitude qui est la sienne du fait de son handicap se reporte sur son environnement. Pour autant, elle n'est pas seule : sa famille, ainsi que celui qui a pu être son amant, sont là. Mais Sarah choisit délibérément de se soustraire à leur présence. Aujourd'hui, on reste terrassé par la violence du film, une violence limitant au maximum les artifices, apparaissant brute... et c'est pourtant le pur produit d'une construction cinématographique (simulée, fabriquée) aux effets bien réels. 

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Disponibilité vidéo : DVD/Blu-ray zone B/2 - éditeur : Carlotta Films

 

D'autres critiques du film : 

DVDClassik
Arte (Olivier Père)

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