Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

01.07.2013

L'Halluciné (1963)

Un film de Roger Corman

9182948004_e68ac5e134.jpg

Alors qu'il vient de terminer Le corbeau (The Raven, 1963), avec Vincent Price et Boris Karloff, Roger Corman dispose du décor du film (un château gothique), pour deux jours supplémentaires. Dans l'idée de maximiser son avance, il décide de faire un nouveau film dans le reste du temps imparti. De là sort cet étrange Halluciné, dont le tournage durera finalement plusieurs mois, et qui semble s'insérer dans le cycle Edgar Poe du réalisateur / producteur. The Terror (son titre original), ressemble par certains aspects à La chambre des tortures (The Pit and the Pendulum, 1961), où un jeune homme homme vient aux nouvelles de sa sœur dans un château en bordure de mer, contrôlé d'une main de fer par Don Medina (Vincent Price).

Ici, c'est André Duvalier (Jack Nicholson), un lieutenant français, qui est retrouvé inconscient sur le rivage de la mer Baltique, épuisé par un trop long voyage. Il rencontre Hélène, une jeune femme dont il tombe instantanément amoureux. mais cette dernière s'évapore dans la nature : il va essayer de la retrouver en demandant asile au Baron Von Leppe (Boris Karloff), un vieil homme reclus dans un immense château.

Nicholson, dont c'est un de ses premiers rôles, est assez bon dans ce rôle entre deux eaux, parfois dans les nuages, mais tout en détermination pour retrouver cette apparition qui l'a fait chavirer. Le film, fauché, bénéficie de cet onirisme comme d'une temps qui se délite et ralentit. Une ambiance délétère, vaporeuse et volatile, fait du film un objet presque intangible, comme un fantôme de film, à tous les points de vues. La mise en scène est quasiment inexistante, ne s'arrangeant pas des multiples personnes ayant occupé ce poste (on parle de Monte Hellman, Francis Ford Coppola, Jack Hill et même Nicholson). Combien de fois voit-on un personnage ouvrir et fermer la grande porte du chateau, rare pièce de décor ? Le (trop) grand hall d'entrée rend les acteurs petits, perdus dans cet espace nu et désolé. Malgré une narration ramassée, concluant son intrigue en 80 minutes, l'ennui peut poindre assez rapidement ; cependant, l'affrontement Nicholson / Karloff est tout de même un bon point pour l'ensemble ; de même, la situation géographique du film, à la frontière terre-mer (en fait tourné à Big Sur, sur la côte californienne), aide à une perception floutée, énigmatique, de cette histoire d'amour atypique. Comme dans certains films du cycle Poe, on retrouve une opposition niveau supérieur (le visible et la couverture, la vitrine) / niveau inférieur (l'horrible réalité invisible), réinvestissant un ressort typiquement horrifique comme dans La chambre des tortures.

Malgré ces défauts, contraintes, L'Halluciné reste un moment assez agréable et mystérieux, qui bénéficie de belles prestations d'acteurs.

Source image : affiche du film, © 1963 American International Pictures

Disponibilité vidéo : en DVD zone 2 - éditeur : Wild Side Video.

20.02.2013

Spider Baby (1968)

Un film de Jack Hill

8493425308_cf874196a6_m.jpgQue voilà un film atypique ! Sans réels moyens financiers (environ 65 000 dollars), le réalisateur Jack Hill trousse avec Spider Baby un comédie d'horreur en forme de macabre train fantôme,  sur laquelle plane constamment une ombre envahissante : celle de l'étrangeté la plus perturbante.

Deux jeunes filles vivent dans un pavillon vieillissant, à l'écart de la ville la plus proche ; leur tuteur (Lon Chaney Jr., dont les larmes sont ici plus dues à son alcoolisme latent qu'à l'émotion ressentie) veille sur elles, ainsi que sur un homme simple d'esprit, leur frère (joué par Sid Haig, dont on retrouvera la trogne de taré dans une foultitude de séries TV et chez Rob Zombie). Victimes d'une maladie dégénérative, ils régressent jusqu'au stade animal... quand d'autres membres de leur famille débarquent chez eux. 

Le décalage entre les règles de société et de bien-être et la réalité fait ici beaucoup penser à La famille Addams, tant tout se qui y est horrible est valorisé, au contraire d'un comportement plus neutre. La petite famille vit en huis-clos, laissée à elle-même, sans véritable référent, si ce n'est Lon Chaney Jr., l'ancien gardien de la maison, qui n'a qu'un mot à la bouche ; la promesse qu'il a faite aux parents des enfants de s'en occuper. Mais si l'intention est louable, la réalisation de cette promesse est tout bonnement impossible.

Avec ces déments en liberté, confrontés à des ressortissants du monde "conforme", la situation ne peut que dégénérer. La scène du repas, où les convives dégustent la carcasse d'un chat (en pensant que c'est du lapin), préfigure à son petit niveau celle de Massacre à la tronçonneuse, tourné quelques années plus tard par Tobe Hooper. On se sent également proche de petites productions astucieuses tournées à la même époque : La nuit de tous les mystères (House on Haunted Hill, William Castle, 1959), avec Vincent Price et Carol Ohmart. On retrouve d'aileurs Carol Ohmart dans Spider Baby, où elle joue de son physique renversant (engagée par la Paramount, elle était une des nombreuses filles à vouloir détrôner Marylin). Son personnage frivole, agitant des voiles et admirant son soutien-gorge noir dans la glace, donne à voir une séquence très exploitation qui a du ravir les amateurs à la fin des années 60.

S'il est tourné en 1964, Spider Baby ne sortira qu'en 1968. Parmi les film fauchés mais puissants des années 60, on le rapprochera également du très bon Carnival of Souls (Herk Harvey, 1962), dans lequel rôde une atmosphère encore plus fantastique. Spider Baby est,  de même, un film-météore montrant un microcosme de gens complètement barrés (le petit tour à la cave est pas mal dans le genre), qui a la puissance suffisante pour faire éprouver au spectateur la même bizarrerie, la même étrangeté que celle que vivent les personnages : c'est assez déstabilisant. L'innocence des petites filles, combinées à l'horreur évidente de leur actions (ressort très utilisé dans les films d'horreur et d'angoisse, mais qui fonctionne toujours aussi bien, voir pour s'en convaincre La secte sans nom ou Esther) produit un résultat implacable. Dans le même temps, le film repose sur une bande son mi-figue mi-raisin, à base de ritournelles d'enfants entonnées par la voix grasse de Sid Haig. ; comme si tout ça n'était qu'un joyeux bordel qui ne se prend évidemment jamais au sérieux (même sur la fin, avec un drôle de point d'interrogation qui semblait appeler une suite).

Découvrir aujourd'hui Spider Baby nous fait entrevoir avec évidence son importance, notamment par le poids de son héritage : les péloches labyrinthiques de David Lynch, le cinéma fantastique espagnol des années 2000, ne sont qu'une partie des œuvres qui ont pu être influencé par ce film-ovni qu'est Spider Baby.

16.01.2013

Ciné d'Asie : Goyokin (1969)

Un film de Hideo Gosha

8386361219_129f3a83c8_m.jpg1831, ère d'Edo. Le peuple vit sous le joug du shogun, qui règne sur une organisation très hiérarchisée : les samouraïs, tel des hommes de main, prêtent allégeance à des seigneurs, lesquels opèrent sous les ordres du shogun. Le Japon vit alors une période féodale très autoritaire. 

Magobei (Tatsuya Nakadaï, possédé), samouraï, ancien membre du clan Sabai, a autrefois refusé de participer à une action détestable voulu par Rokugo (Tetsuro Tamba, excellent), son seigneur, guidé par l'appât du gain. Cela fait de lui un paria, mais, au contraire de ses anciens comparses, il a le sens de l'honneur ; s'opposant au clan Sakai, il va tout faire pour que cet évément traumatique ne se reproduise pas.

Le film débute par une séquence qu'on pourrait qualifier d'épouvante, où une jeune femme, rentrant chez elle, découvre un endroit désolé, envahi par des nuées de corbeaux emplissant le ciel de leur ténébreux croassement. Les tissus sont éventrés, les alentours déserts : la trentaine de pêcheurs qui habitaient le village ont disparu. Depuis lors, on les appelle les "enlevés des dieux", et Oriha, la jeune fille l’épargnée des dieux. Un arrière-plan mythologique se tisse alors, comme si des forces invisibles présidaient aux destinées des pauvres mortels. Comme on l'a vu plus haut, il n'en est rien : les hommes et leur cupidité sont les seuls responsables.

8386359415_93f0b74655.jpg

L'originalité du film est de situer son intrigue en hiver, les paysages étant donc constamment nimbés d'une lumière aveuglante et d'un tapis neigeux immaculé. Et, lorsque la neige s'efface, elle laisse place à une boue qui souille toute personne qui s'y aventure... On dit souvent que les films de samouraïs sont au Japon ce que les westerns sont aux États-Unis : l'illustration de leur propre histoire. Grand amateur de western, Hideo Gosha place Goyokin dans la filiation de westerns, mais non des westerns américains. Il faut plutôt chercher du côté des westerns italiens, en l’occurrence ceux de Sergio Corbucci (Django, 1966, ou Le grand silence, 1968), qui partagent cette atmosphère crépusculaire. Le personnage principal, mutique et solitaire, est également inspiré des westerns de Sergio Leone, premiers avatars d'une longue série. La construction du film, insérant un flash-back au milieu du film qui révèle la véritable teneur de cette "malédiction des dieux", se retrouve aussi dans le western italien, aux personnages torturés, marqués par un traumatisme initial.

8386359539_4749e211ee.jpg

Au-delà des influences, Goyokin éblouit par sa forme, en tous points sublime. Le travail sur la lumière et les éclairages, mené de main de maître par le directeur de la photo Kozo Okazaki. la composition des plans, et cet éclairage souvent très ciblé (voir les scènes en intérieur entre Magobei et sa femme), fait de Goyokin un véritable poème visuel. Le montage est aussi travaillé : flash-back, et et même un flash-forward très réussi (la séquence de la danse des masques à la toute fin du film) composent un ensemble très travaillé, uniquement au service de l'histoire contée. Composante aussi réussie, la musique du film, créée par le grand Masaru Sato. Il a auparavant accompagné de sa partition les films de Kurosawa (La forteresse cachée, Barberousse), et devenu un fidèle de Gosha. Ses mélodies, fleurant bon l'aventure, rappellent les musiques d'Ennio Morricone, mais préfigurent également certains airs de Basil Poledouris pour Conan le barbare (John Milius, 1982). Elle offre un contrepoint au pessimisme de l'ensemble, soulignant l'humanisme de Magobei ; et achève de faire du film une réussite à tous les points de vue.

Hormis le personnage central, ceux qui gravitent autour de lui sont tous remarquablement interprétés, écrits et caractérisés : que ce soit l'infâme Rokugo, la rescapée Ohira, la femme effacée de Magobei, ou l'ennemi devenu compagnon d'armes, ils existent tous, dans toutes leur essence romanesque. Aucun personnage n'est laissé de côté et chacun a "sa" séquence. 

Le regard enfiévré de Tatsuya Nakandai hantera longtemps le spectateur qui s'aventure sur les terres désolées de Goyokin ; il s'agit tout simplement d'une date dans le cinéma japonais, et pas seulement du film de sabre.

8386363551_9c56cb6696.jpg

11.08.2012

Trilogie Quatermass, 3ème partie : Les monstres de l'espace (1967)

Un film de Roy Ward Baker

7758533752_96278a6ce8.jpg

"We are the martians now !" 

Quatermass and the Pit renoue avec le bon docteur et ses aventures fantastiques 10 ans après le deuxième volet cinématographique, La marque ; dans le laps de temps, beaucoup de changements se sont opérés, dans le monde du cinéma et pour la firme Hammer qui produit le film. Ainsi, l'on passe du noir et blanc à la couleur, signe distinctif des productions Hammer à partir de Frankenstein s'est échappé (Terence Fisher, 1957). Le moustachu Brian Donlevy, auparavant interprète froid et colérique du personnage principal, est remplacé par Andrew Keir et sa barbe épaisse mais taillée avec soin, qui donne une toute autre tonalité au rôle : plus chaleureux, il apparaît plus humain, se souciant de protéger le plus grand nombre de découvertes potentiellement explosives, jusqu'à l'épuisement total. Il tente toujours, comme dans les deux autres films, de défendre son projet lunaire, devant des représentants du gouvernement qui n'affichent pas une once d'intérêt. Contrairement à son prédécesseur, il n'est ici que le second rôle, la tête d'affiche étant tenu par James Donald (Le pont de la rivière Kwaï, David Lean, 1957, La grande évasion, John Sturges, 1963), qui interprète le scientifique conduisant les recherches. Ultime Hammer Girl, Barbara Shelley incarne son assistante. L'abbaye de Westminster, après avoir été le théâtre du climax du premier film, trouve encore ici sa place.

On retrouve au scénario Nigel Kneale, créateur du personnage, qui signe ici l'histoire la plus ambitieuse de la trilogie, les implications des découvertes excavées d'une bouche du métro londonien allant très, très loin. 

Quatermass intervient alors qu'au coeur de Londres, dans la station Hobb's End, sont retrouvés des squelettes humanoïdes. Ils s’avéreront être ceux des ancêtres des hommes, aillant foulés la Terre il y a des millions d'années. Face au scientifique qui a la charge des recherches, s'oppose rapidement l'armée, qui déterre un objet au fuselage bleu d'apparence métallique qu'ils prennent pour un missile... celui-ci devant être désarmé.

La multitude de personnages, l'opposition des forces en présence, puis la menace potentielle de l'artefact découvert porte clairement le film sur le terrain du genre catastrophe, dont l'âge d'or ne débutera qu'à l'orée 1970. Les monstres de l'espace brille notamment par une scène de bousculade d'anthologie dans le dernier tiers, la presse et le public ayant été conviés dans la bouche de métro, au moment où se produit un phénomène destructeur. 

Pas effrayé par l'ampleur de la narration, Kneale remonte tout simplement aux origines de l'humanité pour chambouler la tradition darwiniste. Ouvrant sur une intrigue d'une rare richesse, Kneale introduit des créatures présentes sur Terre depuis des millénaires, faisant évoluer l'homme -ou expérimentant sur les autralopithèques - vers ce qu'il est aujourd'hui, les aliens étant aussi responsable de toutes les superstitions du monde. Magie, sorcellerie, esprits frappeurs : les thèmes du film nous rappellent à quel point les responsables de la Hammer étaient versés dans l'occulte, eux qui sortiront l'année suivante un des chef-d’œuvre de Terence Fisher, Les vierges de Satan (The devil rides out). Comme dans le premier film, une des clés du mystère sera dévoilée lors d'une projection de film retrouvé, qui laisse cependant voir des effets spéciaux d'une pauvreté sans appel. Ce sera malheureusement là où le bât blesse durant tout le film, les révélations tonitruantes du film étant très souvent désamorcées par une cassure de la suspension d'incrédulité particulièrement chère au cinéma fantastique. Roy Ward Baker n'a cependant pas démérité en livrant un spectacle cohérent avec les deux autres opus de la saga,  et et ne manquant pas d'émouvoir -la musique stressante de James Bernard étant ici remplacée par celle de Tristram Cary, plus mélancolique et tragique. Bref, un Hammer film comme on les aime, old school mais pas dépassé.

15.06.2012

Abordages : un Fisher, tavernier !

islandofterror-3.jpg

Après les chroniques consacrées aux Trois mousquetaires et à La blonde et moi, Abordages et son capitaine Mariaque accueille notre nouvel assaut cinéphile : L'île de la terreur, opus mineur réalisé par Terence Fisher en 1966 ; ses chefs d'oeuvres chez la Hammer Films sont derrière lui, et son récent Fantôme de l'opéra n'a pas convaincu. Aura-t-il meilleure inspiration chez le concurrent low-cost Planet Film ? Voici des éléments de réponse...