05.01.2013

Belle année 2013 - bilan 2012 !

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Oyez, oyez, mes seigneurs et gentes damoiselles, le temps des voeux est avec nous : belle année 2013 à tous et à toutes, qu'elle vous soit bénéfique en tous points. Après cette déclaration sincère mais néanmoins de rigueur, passons quelques instants à nous remémorer l'année écoulée : pour ma part, l'année cinématographique ne fut pas fantastique, bien que quelques perles surnagent de belle façon ; les découvertes vidéo furent, par contre presque plus intéressantes. Cela s'explique par une donnée toute simple : je n'ai pas vu beaucoup de films directement au cinéma cette année (7 en tout et pour tout), pour cause de ... paternité. Comme j'accuse sur le visionnage de ma collection vidéo un retard indécent (quelques centaines de films restant à voir, et la liste s'allonge de jours en jours), j'ai tout de même pu me nourrir convenablement, n'en doutez pas ! 

Ce qui donne les résultats ci-dessous : 

Coups de coeur (Sortie 2012) : 

Eva (Kike Maillo) : un touchant film de SF visuellement très beau, sans être bardé d'effets à tous les étages ; avec Daniel Brühl et une stupéfiante gamine, Claudia Vega.

The Dark Knight Returns - Partie 1 (Jay Oliva) : l'adaptation animée du chef d'oeuvre de Frank Miller. la fulgurance des plans, épaulée par la musique, très inspirée par la trilogie Nolan, nous sonne comme un uppercut. On attend rapidement la suite !

Le Hobbit : un voyage inattendu (Peter Jackson) : on n'y croyait pas, de se faire ré-embringuer dans une histoire de nains et de hobbits dans la Comté de Tolkien, 11 ans après la révélation du Seigneur des Anneaux. Pourtant, Peter Jackson le fait, et comme il s'en sort bien ! l'humour de la première partie, le casting impeccable de Martin Freeman en Bilbo, et les nouveaux décors oniriques de la Terre du Milieu nous ont emporté loin, très loin...

Prometheus (Ridley Scott) : 'nuff said !

Évidemment, j'en oublie beaucoup, dont Skyfall, qui n'est pas si mal, et The Dark Knight Rises qui clôt  en beauté le cycle Nolan ; j'ai beaucoup apprécié Jane EyreDark ShadowsLa cabane dans les bois également (hé oui !). Mais les 4 cités plus hauts sont au-dessus.

En vidéo, j'ai adoré la première saison de Game of Thrones : l'ampleur de la vision, des intrigues, un casting, là encore, parfait (Peter Dinklage forever !)... Excellent en tous points. La suite de Battlestar GalacticaCaprica, m'a également marqué, même si on sent parfois quelques baisses de régimes : peut-être l'univers SF que je préfère à la télévision.
Découvert également en vidéo, Les nuits rouges du bourreau de jade, de Julien Carbon et Laurent Courtiaud, m'a bien plu. Un exercice de style transformé par la beauté plastique des cadres, des couleurs (et de la sensuelle Carrie Ng...). Intriguant, hypnotisant, le film est une très belle déclaration d'amour au cinéma de Hong-Kong que les deux réalisateurs connaissent bien.
Je terminerai par Valérie au pays des merveilles, fabuleux moments "dont sont faits les rêves".

Des déceptions, il y en a eu : la plus flagrante à mes yeux est celle de Looper, film carrément à côté de la plaque, alors qu'on veut nous faire croire qu'il a tout compris. Quand on se demande pendant tout le film comment et pourquoi on en arrive là, c'est qu'il y a un problème de construction, et de choix narratifs. Déception aussi pour L'étrange pouvoir de Norman, qui ne m'a pas vraiment touché, à l'exception d'un passage vraiment drôle (que je vous laisserai découvrir). Atentio, ce n'est pas un mauveai film : il est en deçà des attentes pour moi.

Enfin, une année de cinéma c'est aussi une année de blogs et de rencontres ; Stéphane et son blog Hollywood Classic, qui consacre ses articles à l'âge d'or d'Hollywood, nous fait revivre cette période faste avec passion et célébre ses acteurs et actrices phares. Longue vie à Hollywood Classic !

Je tiens également à remercier l'ami Manchec et son blog Abordages pour m'avoir accueilli à son bord, pour chroniquer d'autres films : une expérience toujours en cours !

Bonne année également aux émérites
VincentFredMJGEdouard et Princécranoir, prolifiques compagnons de route !

A très vite pour de nouvelles chroniques cinéma, 

Raphaël

Source image : Eva (Kike Maillo, 2012) - Escandalo Film

11:15 Écrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD | Lien permanent | Commentaires (4) |  del.icio.us |  Facebook | |  Imprimer | |

15.11.2012

Frankenstein (1931)

Un film de James Whale

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Après l'immense succès du Dracula de Tod Browning, Universal met rapidement sur pied un nouveau film surfant sur la vague fantastique, chère à Carl Laemmle Jr. Le choix s'arrête rapidement sur Frankenstein, roman à succès interrogeant les notions de création de la vie à partir de la mort, et donc de quête de l'immortalité. Ecrit par Mary Wollstonecraft Shelley en 1818, vraisemblablement secondée par son mari, Lord Percy Bysshe Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne a d'abord connu un grand succès au théâtre, dès 1823. Plutôt que d'être adapté du roman, le film est en fait une transposition d'une des versions théâtrales (celle de Peggy Webling), comme ce fut le cas pour Dracula. Et, comme pour ce dernier, Bela Lugosi devait incarner le monstre en titre. Cependant, Lugosi renonça, ne voulant pas de ce rôle muet, le visage constamment obstrué par des couches de maquillages ; Boris Karloff le remplaça avantageusement. D'autres sources indiquent que c'est James Whale, une fois aux commandes, qui préféra engager Karloff.

Robert Florey devait réaliser le film : admirateur du Cabinet du Docteur Caligari et de Metropolis, il veut s'inspirer de leur esthétique particulière pour donner vie à ce classique de l'horreur. Il réalisa finalement l'année suivante une adaptation d'Edgar Alan Poe, Double assassinat dans la rue Morgue. James Whale pris finalement sa place sur Frankenstein, tout en conservant l'esthétique expressionniste. Il fit bâtir d'incroyables décors, utilisant toute la verticalité du cadre - la fameuse tour de guet dans laquelle s'élève la table d'opération de la créature, ou encore le gigantesque escalier que Fritz, l'assistant du docteur Frankenstein, a bien du mal à emprunter. Sa réalisation fait la part belle aux inquiétants murs de pierre, ou à l'attirail pseudo-scientifique omniprésent du laboratoire. La première apparition du monstre est marquante, par la vue du maquillage, certes, mais aussi par la succession de gros plans qui le révèle. L’alternance entre des valeurs de plans extrêmes -gros plans qui suivent ou précèdent des plans larges- impriment une dynamique remarquables dans les scènes. Le récit est rapide, baignant la plupart du temps dans une obscurité travaillée -l'ouverture dans le cimetière, les passages dans la tour de guet- et surprend par ses courtes scénettes presque comiques (l'attitude du père de Frankenstein, ou le sur-jeu de Dwight Frye (déjà présent dans Dracula). On remarque comme une constante la présence d'un personnage coloré et extravagant, presque fou, caractéristique de l'humour de James Whale.

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Colin Clive et Dwight Frye

L'assistant de Frankenstein, n'existant pas dans le livre, trouve sa place au théâtre et dans ce premier long-métrage, tout en définissant rapidement l'archétype du sous-fifre bossu qu'on retrouve dans une multitude de films fantastiques, souvent appelé par le sobriquet de Igor. C'est d'ailleurs dans une des nombreuses suites de Frankenstein par la Universal, Le fils de Frankenstein (Rowland V. Lee, 1939), que Bela Lugosi lui-même incarna l'assistant appelé Ygor, aux côtés de l'excellent Basil Rathbone. Ironiquement, bien qu'il l'ait refusé une première fois, Lugosi tiendra le rôle de la créature dans Frankenstein rencontre le loup-garou (Roy William Neill, 1943).

Il est intéressant de noter qu'étrangement, Frankenstein s'appelle ici Henry (alors qu'il s'agit de Victor dans le roman) et qu'il n'est pas baron (a l'instar du livre, mais au contraire des adaptations du cycle Hammer à partir de 1957). Ici, son père est baron, alors que le fils est simple médecin. Quant aux noms, il s'agit d'un simple échange entre Frankenstein et son ami Clerval : ce dernier se comme Henry dans la roman ; les modifications sont toutes à porter au crédit de la pièce de Peggy Webling. La dynamique entre Henry Frankenstein, sa fiancée Elizabeth et Clerval aurait pu, dans un autre film, servir un triangle amoureux. Bien que tous les éléments soient en place (les dialogues ne font pas mystère de l'attirance de Clerval pour Elizabeth), il n'en sera rien : la jeune femme aime Henry Frankenstein envers et contre tous, même quand il semble dériver dans la folie.

Pièce par pièce, chaque décor, personnage, tirade ("It's alive ! I's alive !" répété pas moins de sept fois d’affilée par un Frankenstein enfiévré) construit le mythe de cette créature raccommodée de parties d'êtres humains, ramenées à la vie. Si la folie d'un homme qui se prend pour Dieu est parfaitement illustrée par l'interprétation extatique de Colin Clive (sous une apparente élégance, il ne cache pas vraiment son côté sombre - son alcoolisme patent aura raison de lui à seulement 37 ans), c'est la vision de Boris Karloff en monstre de Frankenstein qui reste gravée dans les annales de la culture mondiale, comme emblème du genre horreur dans son ensemble. La création de ce maquillage indétrônable est visiblement une création conjointe de Jack Pierce, qui créa tous les maquillages des films majeurs de Universal, de James Whale qui dira en avoir imaginé certains aspects, et aussi de Karloff, qui demanda à s'ajouter des paupières tombantes sur ses yeux, pour qu'il ait l'air comme somnambule, vivant mais non-vivant. La forme extraordinaire qui en résulte, tel un grand grand carré, mettant en avant un front proéminent, est indissociable de Karloff ; de toutes les incarnations postérieures, il est le seul qui pouvait porter ce maquillage parfaitement ; maquillage partiel qui lui permet d'utiliser ses expressions faciales pour donner du sens à son interprétation.

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Cependant, Boris Karloff n'est pas qu'un masque : c'est toute la gestuelle qu'il met en œuvre, ses grands bras qu'il balance devant lui, qui fait impression tout autant que son maquillage. N'oublions pas que le rôle est muet (alors que la créature palabre des pages durant dans le livre), Karloff prenant des expressions terribles -comme quand Fritz le fouette-, ce qui imprime un caractère tragique par sa découverte toute enfantine de la vie. On regrettera, dans le cours du récit, que Frankenstein ait recours à un cerveau "malade" -celui d'un criminel-, pour donner vie à la créature : il intervient comme une justification artificielle d'un geste non pas intentionnel (il tue une fillette en la jetant dans l'eau) mais accidentel (il pense naïvement que, comme la marguerite qu'il vient de jeter à l'eau, la jeune fille flottera).

L'immortalité du fameux maquillage et de ce personnage cinégénique est aussi du à l'insistance de la Universal qui aura décliné les aventures du créateur et de son monstre en de nombreux avatars pendant les quelques années qui suivirent. Jusqu'en 1948, six films intègrent le fameux monstre. Il en est de même pour Dracula, qui sera à l'origine d'un nombre encore plus grand d'adaptations. Boris Karloff, qui était tout d'abord déçu de porter un maquillage important pour le rôle, deviendra peut-être malgré lui l'acteur aux mille visages, après l'inévitable Lon Chaney : il revêtira ainsi l'apparence de La Momie, de Fu Manchu, d'un zombie dans Le mort qui marche (Michael Curtiz, 1936), ... Des rôles où sa capacité à habiter des maquillages multiples est mise en avant.

Un film, un personnage, un roman entrés dans la légende, et depuis recyclés à l'envi : c'est la marque de ce film, fondateur du genre.

08.11.2012

Metal Hurlant Chronicles - saison 1 (2012)

Une série de Guillaume Lubrano

8167885972_9cef43313a_m.jpgDe la SF à la française... Cela m'a longtemps laissé songeur (voir mes articles désabusés ici ou ), tant les producteurs et les réalisateurs de l'hexagone ne permettent pas de s'extasier devant des projets qui tiennent la route. Vision parfois trop auteurisante sur un domaine où l'imaginaire a tous les droits, paralysée par des budgets ridicules, la science-fiction française n'a jamais brillé au cinéma. Paradoxalement, le genre y a longtemps été catalogué comme sujet de sous-films, et donc doté de petits budgets, alors même que tout l'univers est à créer : aujourd'hui, les films fantastiques ou de science-fiction (américains mais pas que : asiatiques et indiens par exemple) sont mainstream, capables de mobiliser un public important, et bénéficient de moyens dantesques. A venir, le nouveau film de Tom Tykwer, Andy et Lana Wachowsky, Cloud Atlas, a été réalisé pour 100 millions de dollars, et c'est encore peu face à un Avatar et ses 250, ou 500 millions ? Personne ne semble même le savoir...

Là où Guillaume Lubrano et sa société We Prod ont bien joué, c'est qu'ils reprennent un nom clairement identifiable à l'étranger : Métal Hurlant est à l'origine une revue française dirigée par Jean-Pierre Dionnet, animé par le trublion Manoeuvre, créée dans les années 70 qui mêle tout à la fois bande dessinée futuriste et musique rock, et dans lequel des immenses talents ont émergés : Enki Bilal, Moebius ou Druillet pour ne citer que les plus connus. Leur imaginaire improbable se doublait d'une lecture amère et ironique de la société. Quelques années après sa création, la même équipe produit une version américaine, Heavy Metal. Deux films d'animation ont été réalisé en 1980 et 1999, compilant certaines histoires de la revues ; on retrouvait déjà les jeunes filles peu couvertes et la dérision typique du titre. Les artistes confirmés, ainsi que l'esprit si particulier de la revue sont aujourd'hui connus un peu partout, la meilleure carte de visite qui soit pour Lubrano et son équipe. Le concept a ainsi été vendu rapidement à l'étranger, bien plus qu'en France où un partenariat a finalement été trouvé dans la dernière ligne droite avec la chaîne France 4. Malgré l'attrait général qui a permis la constitution d'un casting sympathique, mais aussi très farfelu (Rutger Hauer y croise la route de Greg Le Millionnaire Basso, la plantureuse Kelly Piranha 3D Brook de Frank des 2be3, ou encore Dominique Pinon celle de l'ex-hardeuse Yasmine), le budget a été famélique : il a fallu réaliser l'intégralité de la saison 1, soit 6 épisodes de 25 minutes avec 1,4 millions d'euros, soit l'équivant d'un épisode de la série Les revenants, qui va être diffusé sur Canal + en cette fin d'année ; somme qu'on imagine déjà bien grignotée par les cachets des acteurs. 

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Enfin arrivée à la fin du mois d'octobre à la télé et dans les bacs, on peut aujourd'hui juger sur pièces. Ne le cachons pas, le résultat est, comme on pouvait s'y attendre, très mitigé. La facture générale ne masque en rien les limites du budget. Les effets spéciaux, parfois nombreux, ont une grosse dizaine d'années de retard par rapport à des séries TV de science-fiction américaines. Mais tout n'est pas qu'une question d'argent : plus que ces effets, c'est le jeu des acteurs qui pêche vraiment, pas forcément aidés par des dialogues imbitables (mention spécial au premier épisode, King's Crown, et au deuxième, Shelter Me, avec James Buffy Marsters). Ce dernier peut être considéré sans mal comme le pire épisode de cette courte première saison, tant ni les acteurs, ni les dialogues, et encore moins le visuel et la chute, ne sont mémorables. 

Le niveau, cependant, progresse au fil des épisodes. Aux trois premiers nous cueillant vraiment à froid, réussissant tout de même à nous faire trouver le temps long sur un format de 25 minutes (avec un petit mieux pour Oxygène, mais ça ne compte, il y une scène de sexe au début), les trois suivants sont bien plus probant. Le quatrième, l'un des plus réussis, prend la forme d'un double-épisode prenant chacun la moitié du temps. La première histoire prend pour sujet un jeune homme enfermé dans une prison nimbée de rouge, qui l'obsède et ne lui donne qu'une envie : en sortir pour, ne serais-ce qu'un instant, revoir le ciel. Même si une voix-off pesante occupe l'espace sonore, l'épisode est très bien réalisé, donnant la part belle à la castagne pure et dure, dans des chorégraphies de combat visuellement intéressantes. 

La deuxième partie, misant beaucoup sur l'ambiance, grâce à une partition musicale inspirée, nous plonge dans un monde totalitaire qui n'a que faire de ceux qui ne suivent pas le chemin tracé. Ici, les images parviennent à marquer (une ville aux multiples tours qui s'étend, avec ses lumières fluorescentes, jusqu'à l'horizon), et les acteurs jouent juste. Ce double épisode, qui introduit d'ailleurs la mythologie du métal hurlant (qui n'existe pas dans le magazine), est vraisemblablement le pilote de la série, tourné pour démarcher les producteurs et diffuseurs : on comprend que ces derniers aient été sensibles à la démarche.

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Le cinquième épisode, Le serment d'Anya, voit Rutger Hauer officier en ancien mage, et va conduire un guerrier par-delà le temps pour lutter contre l'apparition d'un démon. Même si les effets spéciaux montrent encore une fois leur triste limite (les créateurs ont manifestement trop appris à faire des images en regardant 300 et Sin City, tant on voit bien que rien, à part les acteurs, n'est réel : cette fausse réalité nous éloigne immanquablement du récit), le corps de Greg Basso ne s'en sort pas si mal : il a la carrure de l'emploi et ne pipe quasi-pas un mot pendant tout l'épisode. La chute, bien qu'attendue, donne à l'ensemble un air d'anthologie à La Quatrième dimension, Alfred Hitchcock présente ou Au-delà du réel. Ces séries phares des années 60 misait gros sur l'ambiance, ayant peu de moyens, et tout sur leur final, retournement de situation souvant cruel, ironique et -moins souvent- drôle. Ce format, peu tenté en France, vaut le coup d'être essayé et l'on décernera la palme de l'audace à Lubrano et son équipe. 

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Enfin, comment ne pas dire deux mots sur Les maîtres du destin, où Joe Flanigan (Stargate Atlantis et une foultitude d'autres séries), en Han Solo du pauvre, déambulant dans un bar fluo, tombe sous le charme de Kelly Brook, alors même que leur destinée semble liée depuis la nuit des temps par des tortues de l'espace... 

Malgré une réussite très contrastée, Metal Hurlant Chronicles innove totalement dans le panorama télévisuel français, et l'on espère que la saison 2 (déjà achetée dans plusieurs pays) montrera le plein potentiel de de l'équipe. Bref, un truc de fou, kitsch et foutraque, mais qui donne à quelques occasions de bons moments.

13.10.2012

Dracula (1931)

Un film de Tod Browning

8082264150_6acfb8b0a5_m.jpgAprès une chronique de L'inconnu (1927) du même réalisateur chez notre estimé confrère Mariaque, je me suis replongé dans Dracula, première adaptation officielle du personnage créé par Bram Stoker ; Nosferatu le vampire (F.W. Murnau, 1922) ayant été produit sans qu'aucun droits n'aient été négociés. 

Plutôt qu'une adaptation du roman de 1897, le Dracula de Browning reflète surtout la pièce de théâtre signée Hamilton Deane et J.L. Balderston. Plusieurs acteurs y reprennent d'ailleurs leur rôle, dont Bela Lugosi, marqué à jamais par le personnage. Rayon acteurs toujours, on remarquera David Manners (John Harker) qui jouera l'année suivante dans un autre film de monstres de la Universal, La Momie (Karl Freund) ; nous avions déjà croisé son visage dans Le chat noir (Edgar G. Ullmer, 1934), encore avec Lugosi ; par lassitude, il abandonnera le cinéma vers 1936.

Par son héritage théâtral, le film fait montre d'un certain statisme des cadres et des postures d'acteurs. On rappellera que nombre de films américains du début du siècle étaient des adaptations de pièces de théâtre ; le mot "screen play", qu'on traduit aujourd'hui par scénario, rappelle bien son origine, littéralement pièce de théâtre adaptée pour l'écran. Mais au début des années 30, le jeu d'acteurs a bien changé : la Warner fait la part belle aux gansters torturés, James Cagney et Humphrey Bogart en tête ; les cadrages féériques de Busby Berkeley illuminent leurs comédies musicales. Pour la Universal, c'est la décennie des films de monstres d'inspiration gothique, qui donnera de sublimes réussites, parmi lesquelles L'Homme invisible (James Whale, 1933) ou La fiancée de Frankenstein (James Whale, 1935) ; Dracula, s'il marque par son ambiance et ses très beaux décors (le château, la lande embrumée) et son personnage principal, est aussi ancré dans le traditionalisme de ses interprètes, qui écarquillent les yeux comme on le faisait quelques années en arrière dans le cinéma muet. Pour preuve, le personnage de Renfield, joué par Dwight Frye, rappelle Freder dans Metropolis (Fritz Lang, 1927), émerveillé devant le jardin des délices. Le film est ainsi à la croisées des chemins : entre le muet et le parlant (peu de dialogues, et de rares musiques accompagnent le métrage), mais également entre les États-Unis et l'Europe : l'influence des films allemands se fait sentir, le mythe ravive Vlad Tepes, la terreur d'Europe de l'est, auquel Lugosi, d'origine honfroise, confère son accent caractéristique ; les zone d'ombres à l'image pouvant s'inspirer de l'expressionnisme allemand. Browing et Universal apportent leur intérêt pour les personnages hors-normes et la dimension horrifique liée au projet.

Ce Dracula des origines n'a pas encore les crocs pointus, ni son charme romantique : Bela Lugosi incarne un personnage plutôt effrayant, bien que sa tenue soit impeccable. Son mode opératoire se rapproche de l'hypnotisme, tant ses yeux (éclairés par des lampes dédiées !) et la gestuelle de ses mains arrivent à capturer l'attention et l'esprit de ses victimes. Le vampirisme est donc ici moins affaire de séduction que d'emprise presque démoniaque, ce qui changera ensuite, par le prisme des productions Hammer. La relation Dracula / Renfield, comme la caractérisation de Van Helsing, est par contre bien conforme à ce qu'on trouvera par la suite dans la multitude d'adaptations du roman : Renfield est le serviteur qui, infiltré à l'intérieur des espaces privés, permet à Dracula de s'inviter et de se "nourrir". Van Helsing incarne quant à lui ce scientifique passionné, voire obsédé par les vampires et la recherche du Comte Dracula. Ce dernier, légende et superstitions pour la population alentour, fait frémir sans même se montrer : il se transforme indifféremment en chauve-souris ou en loup, quand il pas que vapeurs. Esthétiquement, le personnage du vampire se marie bien avec l'obscurité qui envahit le cadre lors de ses apparitions : vêtu de noir, il peut alors se confondre avec la nuit, pour un impact visuel méritant.

Dracula est, plus que son interprétation ou sa teneur technique, impressionne par son atmosphère et sa peinture de la mythologie vampirique, une première aux États-Unis ; mythologie inépuisable s'il en est. On serait curieux de visionner la version espagnole, tournée de nuit dans les mêmes décors, présentée pour la première fois en France dans le coffret Blu-ray à sortir au début du mois de novembre 2012.

Disponibilité vidéo : Blu-ray / DVD - éditeur : Universal

Source image : affiche originale du film © Universal Pictures

08.10.2012

Prometheus (2012)

Un film de Ridley Scott

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Le nouveau film du réalisateur de Blade Runner était attendu, c'est peu de le dire. De retour à la SF et à l'univers qu'il a contribué à créer, Ridley Scott a attisé bien des curiosités sur ce prequel d'Alien qui n'en est plus vraiment un. Si le projet démarre en effet pour donner ses origines à la mythologie des Alien, une simple décision amènera des changements fondamentaux dans la production du film. 

Dans le premier Alien (1979), des astronautes explorent une épave de vaisseau spatial et découvrent, au centre d'une immense salle ornée des décorations morbides et fascinantes de H.R. Giger, une gigantesque forme extra-terrestre à la tête d'éléphant, comme fossilisée dans son fauteuil d'observation. Il donne à la séquence une allure dantesque et marque durablement les esprits, d'autant plus qu'on n'en entendra plus parler par la suite. Cette seule scène, qui faillit d'ailleurs ne pas figurer dans le film au regard de son coût exorbitant (500 000 dollars rien que pour le décor), tient en germe l'idée d'une préquelle, explorant l'identité de ce mystérieux alien. Cette mystérieuse tête d'éléphant n'est pas la forme physique de l'extra-terrestre, mais plutôt une combinaison spatiale, un exosquelette qui renferme un être à forme humanoïde ! De cette idée, découle le virage thématique du film, qui, plutôt que de s'inscrire dans la lignée des Alien, explore cette nouvelle race, dont des chercheurs vont retrouver la trace et qu'ils nomment Ingénieurs. 

Prometheus élargit dès lors la portée des Aliens précédents, en connectant les Ingénieurs à la race humaine et à la Terre, dès la fabuleuse séquence d'ouverture. Une caméra planante cadre des paysages vierges et majestueux, soudain surplombés par l'ombre d'un vaisseau spatial. La caméra Red Epic 5K fait des merveille et produit une image ultra-détaillée, agrémentée d'une très belle richesse de teintes. On y découvre un des Ingénieurs qui va, par son sacrifice, créer la vie sur Terre. Rien de moins ! Certes, cette vision des choses est un grand classique de la SF, mais il est amené avec une telle grâce que ce début nous fait tout de suite embrasser une mythologie complexe, somptueusement agrémentée de la mélodie composée par Marc Streitenfeld, tenant là un prolongement cohérent à celle de Jerry Goldmith dans le film original. 

Si la première heure est très réussie, emmenant une équipe de scientifique à la découverte de nos origines, l'arrivée sur la planète laisse la place à beaucoup d'actions qui mettent à mal le rythme mesuré des séquences précédentes. Les personnages sont globalement détestables ou nous laissent indifférents (tel ce scientifique qui après passé deux ans de sommeil en cryogénie, en envoie balader un autre sous prétexte qu'il est venu uniquement pour gagner de l'argent) ; les dialogues, rares, sont vraiment basiques et nous ramènent aux actioners bourrins des années 80. 

En voulant faire trop de mystères, Scott et ses scénaristes (dont Damon Lindelof, venu de la série Lost, également très généreuse en énigmes) ont tendance à frustrer le spectateur, notamment lors d'une rencontre avec l'Ingénieur qui n'apporte aucune explication. Les scènes coupes visibles en vidéo voient se desiner un autre film, plus fouillée sur la psychologie des personnages (une belle scène entre le capitaine du vaisseau Prometheus et Vickers, femme autoritaire qui dirige d'une main de fer l'expédition, ou une autre en Vickers et Peter Weyland, l'industriel qui a financé la mission) et sur les explications de textes (la fameuse rencontre avec l'Ingénieur est allongée, la scène finale est aussi bien plus explicite sur al destination de la scientifique Shaw) ; le mystère est un vrai choix de Scott, et l'on est en droit de préférer cette version, certes fantasmées, plus longue, qui aurait donné davantage de clés au spectateur.

Soyons clairs : les défauts objectifs énoncés ci-dessus n'anéantissent pas l'intérêt suscité par le film : ce n'est juste pas un film parfait, et au lieu d'un potentiel très grand film, Prometheus reste en l'état un grand film de science-fiction, comme on n'en a rarement vu dans les années 2000. C'est dire si la suite prévue, pour l'instant titrée Paradise (ironiquement un des titres prévu à l'origine pour Prometheus), toujours réalisée par Ridley Scott, suscite une fois encore toutes les attentes... en espérant que les réponses soient à la hauteur !