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  • Le solitaire (1981)

    Un film de Michael Mann

    artoff5652.jpg?1426629229Ce premier film du futur réalisateur de La forteresse noire, Heat ou encore Collateral est un marqueur de son temps, un sorte de chaînon manquant entre le cinéma désespéré des années 70 et l'esthétique tape-à-l’œil des 80's.

    S'inscrivant dans la veine des caper movie (films de casse), Le solitaire suit le parcours de Frank, cambrioleur expert ; ce dernier, rêvant d'une vie tranquille avec femme et enfants, choisit de s'associer avec un caïd pour accélérer son ascension sociale.

    Très fort visuellement (magnifiques plans de nuit où une lumière travaillée jaillit par touches impressionnistes), le film s'accorde aussi une palette musicale d'avant-garde pour l'époque, avec la bande-son électro en diable composée par Tangerine Dream (Le convoi de la peur, Legend, La forteresse noire, etc.). Le film tire l'essentiel de sa signification de son impact visuel et de son odyssée musicale, inspirant par là le Drive de Nicolas Winding Refn. De la même façon que pour le Driver / Ryan Gosling, Frank est un professionnel qui parle peu, mais qui se montre finalement  très sentimental, prêt à tout pour protéger les êtres qu'il chérit ; son tempérament occasionne un final explosif digne des meilleurs Peckinpah. 

    Les aspirations de Frank, un rêve de simplicité, sont contenues dans une conversation très émouvante dans un bar avec Jessie, qui deviendra sa femme. Le voleur y dévoile des envies les plus simples et évidentes du monde, alors qu'on perçoit en même temps tous les obstacles qui lui barrent le chemin. Exemple : il souhaite avoir un enfant, rencontre la femme qu'il lui faut. Malgré cela, il accepte le marché fou  de travailler pour un mafieux en échange... d'un enfant, dont il peut -en plus- choisir son sexe. Comment faire simple... Plus que sur tout autre aspect (action, polar) c'est sur cette dimension humaine et personnelle, très malmenée, que repose le métrage. Le personnage veut entrevoir la beauté du monde, comme dans la séquence dite de "la pêche", ajoutée par Michael Mann dans la version director's cut. Cette beauté que nous offre Michael Mann, par la sophistication de sa mise en scène.

    Disponibilité vidéo : DVD / Blu-ray - éditeur : Wild Side Video

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  • Assaut (1976)

    Un film de John Carpenter

    13412045635_a013c7dd72_m.jpgDeux ans ont passé depuis la sortie de Dark Star, le premier long de John Carpenter. John entreprend d'abord une suite pour son film de chevet, Rio Bravo. Devant le minuscule budget qu'il peut espérer (100 000 dollars), il transporte son intrigue dans un Los Angeles contemporain où vont s'affronter une petite troupe d'assiégés (le film s'appelle d'abord The Siege), reclus dans un commissariat désaffecté, et une horde informe d'assaillants. La raison de cet "assaut" ? Un homme, qui a vu sa fille assassinée par un déséquilibré, tue ce dernier, sans savoir qu'il s'agit du membre d'un gang... Le père, meurtrier à son tour, se réfugie dans le commissariat, se croyant alors en sécurité.

    La lutte entre le dedans, organisé et soudé malgré ses différences, et le dehors, ensemble tentaculaire non-identifié qui semble se régénérer lui-même, est tout à la fois d'une simplicité et d'une force incomparable, tenu par une caméra ultra maîtrisée (de longs plans séquence cadrent les déplacements des protagonistes dans une ville désertée, et les claviers angoissants de Carpenter placent le spectateur dans l'état d'attente nécessaire pour faire exploser les événements). La linéarité de la narration, son aridité même, tendue entièrement vers l'action, est l'une des plus grandes réussites de Big John, qui reprendra les thèmes-clés pour d'autres grands films (New-York 1997 et Prince des ténèbres en tête). La juste perception de l'espace est également un des grands atouts de Carpenter pour Assaut : en témoignent la scène terrible du marchand de glace, qui va précipiter une petite fille vers une mort brutale ; les allers et venues de la voiture, les coups d’œil incessants du "marchand de glace" dans le rétroviseur, sont une leçon de suspense.

    Enfin, c'est casting qui emporte le morceau, tant on peut voir dans le gredin Napoleon Wilson une première version de l'anti-héros ultime, Snake Plissken ; un mélange de détachement, de désinvolture, de bras d'honneur à l'establishment, en même temps qu'une grande droiture envers des principes personnels. Le fait que ce prisonnier du commissariat assiégé s'allie par la force des choses avec Bishop, le policier noir qui vient fraîchement de débarquer, dans une relation de quasi-égal à égal, est effectivement typique des braves de western et de des valeurs traditionnelles de confiance et de respect mutuel.

    On voit souvent que la série B (genre auquel appartient sans nul doute possible Assaut) permet à des réalisateurs talentueux de faire des film de pure mise en scène, à défaut d'avoir l'argent nécessaire à une vision plus épique. C'est le cas ici, et de quelle manière ! Qu'il est bon de parfois regarder derrière nous pour savourer un moment de cinéma qu'on croirait aujourd'hui, perdu à jamais... Il n'est pas si perdu, il suffit juste de chercher plus activement encore.

    Disponibilité vidéo : Blu-ray et DVD zone 2/B - éditeur : Metropolitan FilmExport

    Source image : Affiche originale du film © The CKK Corporation

  • Classics Confidential : The Outfit - échec à l'organisation (1973)

    Un film de John Flynn

    12168092624_29d9756177_m.jpgWild Side continue sur sa lancée des Classics Confidential, en sortant de l'ombre un film méconnu de John Flynn, réalisateur à la carrière atypique (ancien assistant de Robert Wise, ayant travaillé sur West Side Story, il réalise notamment Le sergent, 1968, avec Rod Steiger et John Philip Law, et Haute sécurité, le film d'action avec Stallone en 1989).

    Echec à l'organisation est un film typique des années 70, avec son personnage principal (Earl Macklin, joué par Robert Duvall), qui, après sa sortie de prison, se lance dans une vendetta contre ka mafia de Chicago (l'Outfit du titre) qui a tué son frère ; dans son épopée, il est accompagné de sa girlfriend (Karen Black, en mode Bonnie Parker, incarne Bett Arrow) et d'un de ses amis (Cody, interprété par Joe Don Baker). Typique des années 70, car une des caractéristiques de ce cinéma est le mouvement permanent. La fine équipe, menée par Macklin, ne peut pas rester en place, toujours tendue par cette organisation qui est à leur trousses, maintenue par la main de fer de Mailer (Robert Ryan vieillissant).

    Macklin, sortant tout juste de prison, ne peut que continuer ce qu'il a toujours fait : les combines, dont on imagine à chaque fois qu'elles vont avoir une issue fatale, alors que le film déjoue cette attente de façon quasi-permanente. La narration est une suite d'épisodes qui pourraient être indépendants, ou constituer chacun un petit film : la descente de Macklin dans un hôtel où une bande joue au poker depuis une semaine ; l'arrêt forcé chez une connaissance pour récupérer une voiture ; le braquage tout en douceur d'une salle de jeux clandestin appartenant à Mailer. Macklin arrive toujours à passer entre les gouttes. La musique funky de Jerry Fielding sait parfois se faire plus douce, pour accompagner cette folle odyssée au ton plus léger qu'on pourrait l'imaginer.

    Le film est adapté d'un livre de Richard Stark, alias Donald Westlake ; le personnage principal n'y vit qu'une aventure parmi d'autre, y étant nommé la plupart du temps Parker (le film de Taylor Hackford, Parker, avec Jason Statham, en est une autre incarnation). Philippe Garnier, dans le livre qui accompagne l'édition DVD, décrit les circonvolutions d'un personnage moult fois adapté au cinéma (Point Blank avec Lee Marvin, Payback avec Mel Gibson sont les plus connus), à chaque fois dans des versions fort divergentes. Encore une fois, le choix de ce titre, ainsi que l'ajout du livre, est une belle réussite de Wild Side. Le film est, qui plus est, présenté dans une superbe copie. Grâce aux Classics Confidential, The Outfit peut désormais reprendre ses droits : ceux d'un film marquant des années 70, habité par un casting hautement référentiel et de qualité.

    Disponibilité vidéo : DVD zone 2 - éditeur : Wild Side Video.

  • Tueur d'élite (1975)

    Un film de Sam Peckinpah

    8659088372_6b2a827d59_n.jpgIl faut bien se dire la vérité : de tous les Peckinpah déjà visionnés par votre serviteur, Tueur d'élite (The Killer Elite) est bien le moins bon. Le documentaire sur le film, en bonus de l'édition DVD et blu-ray sorti chez Wild Side, est assez éloquent à ce sujet : personne ne parle du film, mais plutôt de la déchéance de Peckinpah à l'époque (cocaïne & co), de la détestable ambiance de tournage -la jeune Tiana Alexandra est imposée par son mari, le scénariste Sterling Silliphant (Nightfall) et méprise toute l'équipe, ou de la (réelle) difficulté de Peckinpah à faire financer ses projets, alors que sa filmographie est émaillée de chef-d’œuvres définitifs (La horde sauvage, 1969 ; Les chiens de paille, 1971 ; Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia, 1974). Pour autant, ils n'ont jamais rapporté beaucoup d'argent aux studios.

    Ça ne commençait pourtant pas si mal : une première mission réussie par un duo d'agents de la CIA, James Caan (Mike Locken) et Robert Duvall (George Hansen). La complicité est évidente entre les deux frères du Parrain (Francis Ford Coppola, 1972) ; la meilleure séquence du film est là, dans le fou rire qu'ils entretiennent lors d'une virée en voiture : on y voit à la fois les liens forts qui les unissent, mais aussi les prémisses d'un désespoir commun qui semble les condamner... Puis Hansen trahit son camp et passe à l'ennemi, en blessant notamment Locken au genou et au coude.

    La suite, si elle n'est pas inintéressante, montre la reconstruction physique de Locken, et sa reprise de service pour contrer son ancien pote. L'enjeu ? Protéger un activiste politique jusqu'à son départ pour le Japon. Les pions mis en place, de façon efficaces, laissent présager un pétaradant face à face (Peckinpah style) entre Mike et Hansen. Mais... ce n'est pas l'option retenue. Rappelons ici que Peckinpah a eu des déboires avec le scénario, qu'il a rafistolé au jour le jour sur le tournage... et c'est très visible. Un exemple : la scène, mélangeant comédie, suspense et action (fantôme), de la découverte d'une bombe dissimulée sous la voiture qu'empruntent Locken et sa bande. Le danger de la bombe est évacué en quelques secondes par un officier de police benêt, et la grande explosion est entendue hors-champ, d'une façon étonnement anti-dramatique. Et ça, lorsqu'on est  en face d'un Peckinpah, ça embête aux entournures.

    Une fois le film pris dans un épilogue (plus qu'un dernier acte) un brin longuet, mais plutôt joli (le port de San Francisco et tous les navires de guerre sont bien exploités), arrivent les ninjas. Et là, même si on pouvait se douter que de toutes façons, ça allait nous tomber dessus, ça ne casse pas des briques ; et, alors que Peckinpah voulait le meilleur résultat possible, ce n'est pas à la hauteur des espérances. En termes d'enjeux, la scène a peu d'intérêt ; alors, même si les ralentis à la Peckinpah sont de rigueur, on n'a qu'un échantillon de sa maestria, pas le plat complet. Si la grammaire visuelle du film est restée très classe, la débandade a lieu sur la partie scénaristique, et malheureusement pour Peckinpah c'est à mon sens le plus important. Sur le papier, le casting est bon (avec notamment Mako, et la bonne trogne de Burt Young qu'on a vu à peu près partout), mais la sauce ne prend pas : quand ça veut pas...

    Source image : affiche du film © Exeter Associates

    Disponibilité vidéo : en Blu-ray et DVD zone 2 - éditeur : Wild Side Video.