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john carpenter

  • The Thing (1982)

    Un film de John Carpenter

    Une menace protéiforme, la neige, un groupe uniquement masculin pris au piège d'une station isolée en Antarctique : comme tous les bons films de Big John, l'apparente simplicité du film est aussi sa plus grande force, et un terrain de jeu idéal pour exprimer les tensions nécessaires au déroulement de l'histoire. Film mal-aimé à la postérité tardive, aujourd'hui chef d'oeuvre d'une totale évidence : bienvenue dans l'antre de la chose... A vos risques et périls.

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  • Assaut (1976)

    Un film de John Carpenter

    13412045635_a013c7dd72_m.jpgDeux ans ont passé depuis la sortie de Dark Star, le premier long de John Carpenter. John entreprend d'abord une suite pour son film de chevet, Rio Bravo. Devant le minuscule budget qu'il peut espérer (100 000 dollars), il transporte son intrigue dans un Los Angeles contemporain où vont s'affronter une petite troupe d'assiégés (le film s'appelle d'abord The Siege), reclus dans un commissariat désaffecté, et une horde informe d'assaillants. La raison de cet "assaut" ? Un homme, qui a vu sa fille assassinée par un déséquilibré, tue ce dernier, sans savoir qu'il s'agit du membre d'un gang... Le père, meurtrier à son tour, se réfugie dans le commissariat, se croyant alors en sécurité.

    La lutte entre le dedans, organisé et soudé malgré ses différences, et le dehors, ensemble tentaculaire non-identifié qui semble se régénérer lui-même, est tout à la fois d'une simplicité et d'une force incomparable, tenu par une caméra ultra maîtrisée (de longs plans séquence cadrent les déplacements des protagonistes dans une ville désertée, et les claviers angoissants de Carpenter placent le spectateur dans l'état d'attente nécessaire pour faire exploser les événements). La linéarité de la narration, son aridité même, tendue entièrement vers l'action, est l'une des plus grandes réussites de Big John, qui reprendra les thèmes-clés pour d'autres grands films (New-York 1997 et Prince des ténèbres en tête). La juste perception de l'espace est également un des grands atouts de Carpenter pour Assaut : en témoignent la scène terrible du marchand de glace, qui va précipiter une petite fille vers une mort brutale ; les allers et venues de la voiture, les coups d’œil incessants du "marchand de glace" dans le rétroviseur, sont une leçon de suspense.

    Enfin, c'est casting qui emporte le morceau, tant on peut voir dans le gredin Napoleon Wilson une première version de l'anti-héros ultime, Snake Plissken ; un mélange de détachement, de désinvolture, de bras d'honneur à l'establishment, en même temps qu'une grande droiture envers des principes personnels. Le fait que ce prisonnier du commissariat assiégé s'allie par la force des choses avec Bishop, le policier noir qui vient fraîchement de débarquer, dans une relation de quasi-égal à égal, est effectivement typique des braves de western et de des valeurs traditionnelles de confiance et de respect mutuel.

    On voit souvent que la série B (genre auquel appartient sans nul doute possible Assaut) permet à des réalisateurs talentueux de faire des film de pure mise en scène, à défaut d'avoir l'argent nécessaire à une vision plus épique. C'est le cas ici, et de quelle manière ! Qu'il est bon de parfois regarder derrière nous pour savourer un moment de cinéma qu'on croirait aujourd'hui, perdu à jamais... Il n'est pas si perdu, il suffit juste de chercher plus activement encore.

    Disponibilité vidéo : Blu-ray et DVD zone 2/B - éditeur : Metropolitan FilmExport

    Source image : Affiche originale du film © The CKK Corporation

  • Dark Star (1974)

    Un film de John Carpenter

    12997282913_3e65f5ded5_m.jpgJohn Carpenter signe son premier film alors qu'il est en dernière année à l'USC, une école de cinéma réputée en Californie. Dark Star est alors un film d'une quarantaine de minutes, qui narre principalement l'opposition entre un ouvrier de l'espace (son équipage est chargé de détruire les planètes instables) et la bombe qui leur permet d'effectuer leur travail. On perçoit ici sans mal une parodie de 2001, l'odyssée de l'espace, le parallèle avec les rapports entre Bowman et HAL 9000, l'ordinateur fou du vaisseau Discovery One.

    L'ambiance est déjà loufoque, le spectateur ne pouvant qu'être amusé par ces élucubrations nonsensiques. Avec une rallonge confortable consenti par le producteur Jack H. Harris, Carpenter enfonce le clou, avec l'aide de l'homme à tout faire du projet, Dan O'Bannon. Ce dernier occupe en effet les postes de scénariste, responsable des effets visuels, monteur et acteur ! C'est aussi Dan O'Bannon qui écrira, quelques années plus tard, le scénario d'Alien, réalisé en 1979 par Ridley Scott. L'esprit "routier de l'espace", bien présent dans Dark Star (mais aussi auparavant dans Silent Running, le film SF-écolo de Douglas Trumbull, et dans une moindre mesure dans 2001), sera une des grandes caractéristiques d'Alien. le dynamique duo fait ainsi du petit groupe d'astronautes de véritables hippies, qui détonnent dans la solennité du vide intersidéral ! Au cours de discussions existentielles interminables, l'on apprend la fascination d'untel pour le surf, ou de la peur de la solitude chez tel autre. Au sein de cet équipage entièrement masculin, les coéquipiers se parlent comme à des robots, et celui qui semble faire le plus preuve de traits humains (comme le doute, la réflexivité, questionner la réalité de sa propre existence, etc.) est bien la fameuse bombe parlante qui noue et dénoue le récit.

    Le côté volontairement délirant de l'histoire, montrant par exemple les astronautes recourir au conseil d'un des leurs pétrifié dans un compartiment cryogébisé, monte d'un cran lors de la course-poursuite hors-normes entre Pinback (O'Bannon) et un extra-terrestre auparavant confiné dans une pièce du vaisseau. Ce monstre est en fait un gros ballon de plage affublé des pattes palmées (lointain cousin de la Sentinelle du Prisonnier ?), qui semble prendre un malin plaisir à semer le pauvre homme de l'espace. Comme toute farce, le film se clôturera par une pirouette qui si elle est inspirée encore une fois par 2001, l'odyssée de l'espace, fait montre d'une certaine poésie. Carpenter ne tentera plus par la suite ce type d'exercice, qui a pris un bon coup dans l'aile. Mais comme coup d'essai, et vu la somme dérisoire allouée au film, le résultat est tout de même à saluer. Le film, invisible depuis des années, vient de sortir dans une édition très complète.

    Disponibilité vidéo : Blu-ray / DVD chez l'éditeur Carlotta.

  • The Ward (2010)

    Un film de John Carpenter

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    Le dernier film du réalisateur de New-York 1997, Halloween ou L'antre de la folie est sorti directement en DVD en France. Après plus de dix ans sans nouvelles cinématographiques (sans compter, donc, les deux épisodes réalisés pour la série Masters of Horror en 2005-2006), est-un mauvais présage pour l'un des papes du genre fantastique / horreur ?

    Carpenter aime à reprendre à son compte les archétype et les références du cinéma d'horreur. On a pu le constater avec son remake du Village des damnés, sa relecture du personnage de l'homme invisible (Les aventures d'un homme invisible, 1992), son hommage aux cinéma de Hong-Kong (Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin, 1986) ou encore son film de Vampires. Avec The Ward, une fois encore, il se réapproprie les codes d'un sous-genre particulier.

    1966. Kristen, après avoir brûlé une maison, se trouve internée dans un hôpital psychiatrique, peuplé de spécimens uniquement féminins. Le "film d'asile" doit désormais être compris comme un sous-genre du film d'horreur à part entière : déambulation de la caméra dans des couloirs cliniques et inquiétants, regards sombres du personnel, questionnements sur la santé mentale des protagonistes et donc de toutes leurs actions et paroles, doute sur la fiabilité des traitements administrés... Tout est là ; rajoutons une pincée de fantastique (les griffes d'une créature mystérieuse qui agrippe la jeune héroïne dès l'affiche cinéma, par ailleurs outrageusement pompée sur celle de Jusqu'en enfer). Peu de surprises attendent les aficionados du genre, et ne parlons même pas du final, piqué de plusieurs films plutôt récents (dont on taira les noms, capables à eux seuls d'éventer cette fin) avec une telle franchise que cela devient gênant.

    Mais alors, le spectateur s'y retrouve-t-il, dans cette histoire ? Tout d'abord, on peut faire confiance au sens de la mise en scène de Carpenter, toujours présent. Les travellings dans les couloirs, les panoramiques et plans larges, dans la salle de repos notamment, sont toujours efficaces lorsqu'il s'agit de faire naître une ambiance ; ici, un malaise, comme un petit rien qui cloche, constamment, nous interroge. Le passage du temps est totalement brouillé. Picturalement, par des jeux de fondus au noir récurrents et de surimpressions picturales flottantes ; dans la situation et les dialogues également. Le film constitue déjà un retour vers le passé, une époque révolue, les années 60. Dans l'hôpital, la question des traitements pratiqués est paradoxale : alors qu'une des jeunes patientes les qualifie de "futuristes", des internes s'étonnent, après l'observation d'une bonne vieille séances d'électrochocs, que ces mêmes traitements soient encore pratiqués, témoins d'un période, là aussi, lointaine. Carpenter s'amuse donc à brouiller les cartes par toutes les entrées possibles, au risque de s'attirer les foudres du spectateur. Celui-là pourra tout de même resté subjugué devant les beaux yeux d'Amber Heard, qui rappellent un peu ceux de Virginia Madsen, le belle de Dune, de Hot Spot, ou un peu plus tard, du terrifiant Candyman (Bernard Rose, 1993). Pour notre part, on se contentera de cela, le grand frisson promis ne nous ayant jamais, ici, véritablement étreint.

  • Prince des ténèbres (1987)

    Un film de John Carpenter

    3866235069_bb3ee3b0d0_m.jpgFilm de genre, film d’épouvante, Prince des Ténèbres s’assume comme tel de bout en bout. Malgré l'introduction d'une possible romance, l’ambiance n’est pas adoucie pour autant. Le métrage voit l’affrontement de deux mondes : le religieux et le scientifique, le technique et la croyance. Un prêtre est mort, un autre vient enquêter, assisté par une équipe de chercheurs. Dans le domaine scientifique, le spectateur est prévenu : "Oubliez tout ce que vous savez de la réalité" nous dit le professeur Birack. La réalité du film, dès lors, n’est pas régie par les lois dont nous avons l’expérience, et nous emmène sur les terres du surnaturel. Les deux mondes coexistent durant tout le film, dans un huis clos qui enferme l’équipe de scientifique dans une église. Deux dialogues contradictoires s’affrontent ici, celui d’une pensée empirique et d’une croyance.

    La tension est entretenue continuellement, par des artifices que Carpenter connaît bien : la musique, qui crée une ambiance, un arrière-plan narratif qui guide le spectateur vers les moments clés du film. Les cinq premières minutes du film sont sur ce point vraiment bien ficelé, sans paroles, sur fond de la musique synthétique de Carpenter. Beaucoup de ses films commencent par un passage entièrement  musical, comme une introduction qui touche directement le spectateur par la tension propagée, sèche et implacable. Halloween (1978), New-York 1997 (1980), The Thing (1982), Vampires (1996) et j'en passe, débutent tous par ce procédé. Cette tension est accentuée dans Prince des ténèbres par la situation particulière d’un huis-clos. L’équipe est en effet maintenue à l’intérieur de l’église car dehors, veillent des sbires du mal. Pour le peu de protagonistes qui sortent, c’est la mort assurée. Malgré cette apparente dichotomie, la distinction dedans/dehors est quasiment égale du point de vue du danger encouru ; en effet, à l’intérieur même de l’église, lieu de refuge par excellence, sévit le mal provoqué par une incarnation du malin. C’est alors plutôt l’opposition seul/ensemble, autre grande caractéristique du film d’épouvante, qui est utilisée ici. L’impossibilité de s’échapper du lieu central (aussi bien pour les personnages que pour le spectateur) est bien rendue par la vaine tentative du héros, qui se retrouve cerné par une horde de zombies.

    C’est le monde scientifique qui vient s’installer dans l’église, et non pas l’inverse. On comprend alors que les scientifiques sont prisonniers sous la domination des croyances religieuses qu’ils connaissent peu et auxquelles ils n’adhèrent pas (voir le scepticisme avec lequel sont reçues les explications du prêtre).  L’équipe se retrouve face un objet qu’ils ne comprennent pas, un cylindre dans lequel tournoie un mystérieux fluide verdâtre, auquel ils tentent d’appliquer leur savoir scientifique. Cette tentative de décodage est néanmoins inutile et désespérée,  car le mal s’est emparé de la terre.

    La représentation de cette emprise est créée par une omniprésence organique dans le film : les vers qui grouillent sur la terre, les fourmis et autres insectes qui rampent sur les corps et les visages des êtres possédés.  Les personnages possédés sont livides, à l’image des zombies cher à George Romero.  Leur caractéristique reste l’immobilité, qui s’oppose au mouvement organique incessant, et à l’attitude des quelques passants qu’il nous est donné de voir, qui ne sont pas atteints. Ce qui nous indique que le diable choisit ses apôtres : ce sont le plus souvent des laissés pour compte, des sans abris, des individus qui vivent dans la rue. D’une façon assez dérangeante, le malin s’approprie les symboles chrétiens, comme la blessure qu’il inflige à un protagoniste de l’histoire, qui s’illustre par une croix sur son bras. Cette blessure indique encore une fois le choix du mal : c’est par elle qu’il passera, l’utilisant comme un vaisseau pour permettre au diable d’apparaître sur Terre. On peut encore noter le pigeon épinglé sur une croix, témoin de la présence des possédés autour de l’église. Le mal est aussi marqué physiquement par la laideur, le repoussant, comme Carpenter va encore l'utiliser dans son film suivant, Invasion Los Angeles (1989). Ainsi, la décomposition de la femme prise comme réceptacle pour l’incarnation du mal, qui passe par tous les états, d’une grossesse d’un autre monde à une détérioration de ses propres chairs, laisse apparaître un crâne d’écorchée.

    Film horrifique, Prince des ténèbres n’en est pas moins parsemé de touches humoristique (personne ne se rappelle de quoi a l’air la radiologue), mais à chaque court-circuité par le pessimisme et la noirceur des autres individus (les blagues du personnage du scientifique chinois tombent immanquablement à l’eau).  Dans le film, si le soleil montre son éclat, ce n’est que dans l’optique d’un répit d’autant plus difficile à apprécier qu’on le sait de courte durée.  Et Carpenter de livrer avec son Prince des ténèbres un véritable spectacle, dérangeant, oppressant, d’une dureté à toute épreuve : une œuvre forte, qui, sans égaler ses plus grands films (Halloween, New-York 1997, The Thing, L’antre de la folie), est un vrai moment de cinéma.

    Source image : affiche américaine du film © Universal Pictures