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Classics Confidential : Woman on the Run (1950)
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Quatre étranges cavaliers (1954)
Un film d'Allan Dwan
Ce western d'un réalisateur encore méconnu aujourd'hui est une superbe porte d'entrée dans le cinéma d'Allan Dwan. Réalisateur prolifique (il dirigea près de 400 films), il connu sa première période faste durant le temps du muet, dont il regretta la disparition. Puis, vint une seconde époque charnière : sa collaboration fructueuse avec le producteur Benedict Borgeaus, celle-là même que nous propose de découvrir l'éditeur Carlotta dans un formidable coffret, Allan Dwan : une légende d'Hollywood.
Quatre étranges cavaliers exerce une véritable fascination, à partir de sa séquence d'ouverture : une banderole annonce la fête du 4 juillet de la petite ville de Silver Lode, et apparaît en même temps comme l'écran-titre du film (Silver Lode est le titre originale de l'oeuvre). Un groupe d'enfants s’amuse en lançant des pétards, lorsqu'ils sont dérangés par l'arrivée silencieuse mais menaçante de quatre cow-boys. La séquence, muette, met en place en un temps record les rapports de force qui vont sous-tendre tout le film. Ces cavaliers patibulaires apparaissent en fait comme un marshall, McCarthy, et ses adjoints, alors même que ces derniers traquent Dan Ballard, un homme respecté de tous. Les positions contradictoires des personnages vont aboutir à une confusion des statuts, Ballard se retrouvant suspecté de meurtre ; dès lors que les soupçons sont émis par des représentants de justice, ils deviennent vérité ou, tout du moins, vont rapidement faire basculer la réputation sans tâche de Ballard. L'expédition des quatre cavaliers, empreintes de gravité, offre un paradoxe saisissant avec les préparatifs de la fête du 4 juillet, et le mariage de Ballard, que l'équipée interrompt sans sourciller. La force des antagonismes est éclatante et vaut mille mots, alors même que la séquence est très peu bavarde. Tout au plus, ce sont quelques mots, toujours les mêmes, qui sont martelés par McCarthy : Où est Ballard ? On soulèvera ici un point d'intérêt dans ce cycle Allan Dwan / Borgeaus : la même équipe et certains acteurs se retrouvent d'un film ; notamment John Payne (Ballard), en héros taciturne.
L'autre très bon point de ce western est le rôle réservé aux femmes : elles sont deux, Rose Evans et Dolly, à défendre Ballard contre ses accusateurs, de plus en plus nombreux. L'originalité étant la tension sexuelle qui règne dans ce trio amoureux improvisé : en effet, Rose Evans est la future femme de Ballard, la fille d'un des hommes les plus puissants de la ville. De l'autre côté, Dolly est l'ancien amour de Ballard, tout en étant clairement présentée comme une prostituée. La femme légitime et l'illégitime, l'honneur et le déshonneur social, s'allient par delà leurs différends. Les postures de chaque personnage s'imbriquent ainsi dans un tout étonnamment varié et mouvant, les plus fidèles n'étant pas, comme à l'accoutumée, ceux que l'on pense.
La narration est menée tambour battant durant les 1h17 du métrage ; pas de fioritures, c'est du carré et de l'efficace. On notera la très belle gestion de l'espace par la caméra de Dwan, notamment dans la maison de Rose Evans (l'entrée, le séjour et la cuisine à l'arrière, tout en maintenant un lien constant avec l'extérieur. Le message sur les apparences, et et la facilité avec lesquelles la population se laisse manipuler, se clôt sur un constat plutôt amer et assez osé. Le cinéaste, enfin, nomme McCarthy le personnage négatif qui cherche à sonder, à la façon de son détesté homonyme, les mœurs d'une population dans ses dimensions les plus intimes. Un film assez fabuleux, pour une chronique à suivre du coffret paru chez Carlotta, qui comprend pas moins de sept opus.A lire aussi : la chronique d'Eric Maurel sur DVDClassik
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Classics Confidential : L'invraisemblable vérité (1956)
Un film de Fritz Lang
Film jumeau de La cinquième victime, L'invraisemblable vérité sort la même année, et garde un petit rôle pour les médias, grand thème du précédent film. Ceux-ci vont relater avec moult détails le périple judiciaire que vit Tom Garrettt, ancien journaliste qui, pour faire "un bon papier" sur les dysfonctionnement de l'appareil judiciaire, crée les preuves de son implication dans le meurtre d'une jeune femme. ce point de départ, assez invraisemblable, fait du film non pas un polar, comme cela pourrait être le cas, mais démonte bien le mécanisme de falsification de preuves, comme un modèle inversé du film policier, où l'accent est généralement donné sur la recherche de preuve par une figure de l'autorité judiciaire : flic, détective, inspecteur d'assurances, etc. La cinquième victime partage donc aussi cet aspect faussement policier pour parler d'autre chose. Ici, les longs temps qui voient le complice de Garrett prendre les photos des preuves falsifiées, pour composer son dossier de demande de grâce une fois que Garrett sera inculpé puis condamné, fait montre du mécanisme machiavélique apparemment bien huilé qu'utilisent les deux compères. Ainsi, ils démontreront peut-être que le système d'inculpation de la justice américaine, se satisfaisant de preuves indirectes et que, "beyond a reasonable doubt" - titre original du film, "au-delà de tout doute raisonnable", un accusé peut être condamné injustement.Les ponts entre les deux films ne s'arrêtent pas là : on se souvient que le couple amoureux laissait sonner le téléphone dans le dernier plan de La cinquième victime. Dans une de leur première scène commune, Tom Garrett (Dana Andrews) et Susan Spencer (Joan Fontaine) sont face à un téléphone qui sonne, pour cette fois y répondre. Et leur couple va, durant les 1h20 du film, être mis à mal par l'aventure supposée de Garrett avec une jeune femme.
La volonté de Garrett durant le film est difficilement compréhensible, comme il a l'air de s'embourber lui-même dans une affaire dont, très clairement il ne peut pas sortir indemne ; on sent ici poindre l'ombre du film noir, bien plus que dans La cinquième victime. Même avec ce que le spectateur recueille en matière d'informations, sa volonté ne peut être comprise que comme une pulsion sacrificatrice, et/ou masochiste. De plus, son mariage proche avec Susan devrait en faire un heureux homme : comme on le voit se lancer à corps perdu dans cette aventure, et dans la rédaction d'un livre (fil narratif qui sera cependant rapidement abandonné) qui met une barrière à leurs projets communs, sa passion pour elle a l'air peu aboutie. Mais le film est également sur le jeu des apparences, et comme on le sait, elles sont souvent trompeuses. Alors, même si l'on devine rapidement un des événements majeurs du film (le seul détenteur de la vérité de la falsification des preuves meurt accidentellement en emportant les preuves avec lui), les méandres de l'intrigue -qui, dans le dernier quart, prend la forme d'un film de plaidoirie- nous révèle quelques surprises.
Comme le relève justement Bernard Eisenschitz dans le fabuleux livre proposé en complément, toute la valeur du film se situe dans l'écart entre ce qui est dit et montré au spectateur, et ce qu'il ne sait pas. Ainsi, certains révélations faites par l'accusation lors du procès viendront soit conforter le savoir du spectateur, ou alors il se satisfera intégralement des réponses apportées par Garrett. Le cheminement pour arriver à la vérité est tout de même tortueux, pour au final justifier une institution que Lang semble tout de même accuser, étant lui-même totalement opposé à la peine de mort, comme le personnage de l'éditorialiste complice de Garrett.
Si je ne révélerai pas la fin du film, tout au moins puis-je avancer qu'elle préfigure les films à twist qui étaient fort peu répandus au milieu des années 50 ; dans le même temps, le procédé peut sembler malhonnête, allant à l'encontre de tout ce qui a précédé. Ce serait manquer pas mal d'indices qui sont semés tout au long du film. Mais Lang, en grand maître de la rhétorique cinématographique, démontre aussi, si besoin l'était, de l'immense force de persuasion de l'objet film. Et, rien que pour cela, cette Invraisemblable vérité vaut le coup d'être vue !
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Classics Confidential : La cinquième victime (1956)
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Classics Confidential : Le rôdeur (1951)
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