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italie

  • L'antéchrist (1974)

    Un film de Alberto De Martino

    Très rapidement après le succès planétaire de L'exorciste, une vague de copies voit le jour, dont L'antéchrist, une des plus correctes. Le chat qui fume nous en a proposé l'an dernier une belle édition non-censurée. L'occasion de découvrir cette rareté en vidéo.

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  • La nuit des diables (1972)

    Un film de Giorgio Ferroni

    Douze ans après l'excellent Le moulin des supplices, Giorgio Ferroni renoue avec le genre fantastique pour cette adaptation de La famille du Vourdalak. Mario Bava, l'inventeur du giallo, avait réalisé une précédente version inclue dans le film-omnibus Les trois visages de la peur (1963). S'éloignant volontairement du film d'époque, Ferroni propose une histoire macabre, marquée par des excès graphiques et une profonde tristesse.

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  • Le giallo, une horreur érotique (2011)

    Un film documentaire de Yannick Delhaye

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    Lundi 21 novembre, La chaîne Paris Première a eu la bonne idée de programmer un documentaire récent sur un genre qui nous tient à cœur, le giallo, diffusé au mois de mars dernier sur CinéCinémas ; lui-même précédé d'un de ses chefs-d’œuvres emblématiques, Suspiria (Dario Argento, 1977).  

    Sur une durée plutôt confortable compte-tenu du thème, une multitude d'invités prestigieux prennent la parole pour cerner le genre par ses archétype : les meurtres à l'arme blanche, le tueur fétichiste, les belles jeunes femmes victimes, … Sont ainsi passés en revue les traits principaux d'un genre qui navigue entre plusieurs eaux, comme en témoigne le titre du documentaire. Comme les films d'horreur ou érotique, le giallo est un genre "bis", éloigné des genres principaux dits "légitimes" que sont le drame ou la comédie, mais qui les a contaminés, la périphérie s'invitant ici au centre. 

    Excroissance tout à la fois monstrueuse et magnifique du polar, le giallo va ainsi se positionner à l'extrême, insistant notamment sur les meurtres, les consacrant en véritables morceaux de bravoure cinématographiques, ou encore sur les courbes d'actrices plantureuses, offertes tant au rasoir tranchant du tueur qu'aux yeux du spectateur. Les traumas familiaux, les perversions, et autres comportements déviants sont le lot quotidien de l'amateur de giallo ; Jean-Baptiste Thoret, intarissable sur le cinéma des années 70, restitue habilement ces éléments dans le contexte historique délicat de l'Italie d'alors, en prise à une flambée de violence et de défiance envers les autorités. J'aime particulièrement sa saillie finale sur La baie sanglante (Mario Bava, 1971), qui est, il est vrai, assez unique dans son jusqu'au-boutisme. Luigi Cozzi, réalisateur et collaborateur de longue date de Dario Argento, rappelle l'origine historique du giallo, avec ces fameux livres à couverture jaune (giallo en italien) de l'éditeur Mondadori, qui y publiait des histoires de mystères et de meurtres comme celles de Edgar Wallace.

    De leur côté, Fausto Fasulo (rédac' chef à Mad Movies), et Hélène Cattet et Bruno Forzani,  réalisateurs de Amer (2010), film-hommage au giallo, s'attachent à la stylisation visuelle, et aux implications émotionnelles, et à l'aspect symbolique des clichés du genre. Un style extrêment codifié, fait d'inserts rapides, d'intérieurs saturés de couleurs, de magnifiques jeunes femmes à la nudité facile, et où l'effroi, la douleur et la jouissance s'entremêlent dans une ambiguïté savamment entretenue. 

    Tel le calme avant la tempête, le giallo pique au thriller des respirations rapidement interrompues par des pics de violence à l'ampleur grand-guignolesque, dont la mise en scène souvent inspirée donne des airs de happenning artistique.

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    Nous remémorant les œuvres les plus connues du genre, des films de Mario Bava à ceux de Sergio Martino, en passant par l'inévitable Dario Argento, le doc réussit à dessiner les contours significatifs de ce pur genre de film d'exploitation, cocktail explosif de polar, d'horreur et d'érotisme, saupoudré de sado-masochisme. On peut tout de même tempérer cette impression en donnant au giallo une autre inspiration majeure, qui elle aussi à "infecté" tous les genres principaux : le film noir. En effet, devant la scène de crime, ce n'est pas un policier qui mène son enquête, mais plutôt un homme qui n'est pas une figure de l'autorité assermentée : tantôt journaliste, détective, vendeur d'assurances ou de voitures dans le film noir, il sera musicien, écrivain,  professeur, dans le giallo. Comme le film noir, le giallo est caractérisé par sa dimension urbaine, la froideur des architectures bétonnées rencontrant une folie meurtrière paroxistique à la nuit tombée. Les femmes fatales sont bien là dans le giallo, car sous une apparente fragilité, ce sont souvent elles qui mènent le jeu.

    Dans la dernière partie du documentaire, on nous présente un échantillon du cinéma contemporain qui s'est nourri du giallo, genre désormais exangue ; Blue Velvet (David Lynch, 1986) et Basic Instinct (Paul Verhoeven, 1992) sont bien ceux qu'on appelle aujourd'hui les représentants du néo-noir, peintures d'un univers perclus des machinations les plus tordues, aux meurtres graphiques et au pessimisme rentré. Quoi qu'il en soit, de bien belles références pour un genre qui se joue aux extrémités.

  • Mais qu'avez-vous fait à Solange ? (1972)

    Un film de Massimo Dallamano

    6175740164_69e524fc40_m.jpgLes premiers films de Dario Argento (L'oiseau au plumage de cristal, 1970, Le chat à neuf queues et Quatre mouches de velours gris, 1971) donnent au cinéma italien des années 70 un élan passionnel pour ces récits policiers aux crimes pervers, mâtinés d'onirisme ou de fantastique ; Mais qu'avez-vous fait à Solange est la preuve que la copie peut égaler, voire surpasser, l'original. 

    Le film de Dallamano cherche son identité italienne : co-production avec la firme allemande Rialto, tournage en anglais à Londres, le résultat fait montre d'un multiculturalisme du crime tout à fait intéressant. Partagé entre une ambiance londonnienne au décorum typique (bureaux de Scotland Yard, London Bridge, véhicules, etc.) et son ascendance italienne, Mais qu'avez-vous fait à Solange en tire simplement le meilleur des parties. La trame policière, appliquée, s'inspire des krimis allemands de Edgar Wallaces. Elle s'allie à une caméra virtuose qui sait nous offrir des fulgurances visuelles choc lors des meurtres, et à une photographie absolument somptueuse -les tons de peau sont chauds, subtilement rendus, la nature est colorée et s'invite volontiers dans le cadre, offrant un contraste évident avec l'atrocité des faits. Loin des images parfois poisseuses et volontairement ternes de certains giallos bas de gamme, nous avons ici à faire à une oeuvre de premier ordre.

    Un criminel en série assassine des jeunes filles de la plus horrible des façons, les faisant violemment mourir par là où naît la vie ; Un professeur et sa maîtresse, présents lors d'un des meurtres, se retrouvent au coeur de l'affaire. Le mauvais endroit, au mauvais moment. Alors que les soupçons se font plus pressants sur eux, le professeur Rosseni décide d'agir et d'enquêter par lui-même. Fabio Testi est très bon dans le rôle, un peu perdu, cherchant la vérité, offrant un contrepoint idéal au charismatique Joachim Fuchsberger (vu entre autres dans Le masque de Fu Manchu, Don Sharp, 1965)

    Plus que la cruauté des meurtres, c'est le mystère entourant un groupe de jeunes filles proche des victimes qui donne un sentiment de malaise. Quelque chose se passe, hors du cadre, hors de la narration, et ce quelque chose reste flou jusqu'aux toutes dernières minutes du métrage, donnant corps au point d'interrogation du titre, reproduit de nombreuses fois sur les affiches d'époque. Cette sensation, viscérale, infernale, est la grande réussite de Mais qu'avez-vous fait à Solange. Rappelant l'imaginaire collectif des sociétés secrètes, des rites de passage, le film reste, après visionnage, comme nimbé de cette aura de mystère et de tabou. La partition de Ennio Morricone, empreinte de tristesse, est à ranger parmi ses meilleures créations. Elle donne à la sombre histoire qui nous est contée un parfum de romantisme déçu, de drame déchirant. Et c'est le coeur serré que l'on quitte la scène, terrassé par une intrigue tendue comme un rasoir. Mais qu'avez-vous fait à Solange demeure aujourd'hui, presque quarante ans après son tournage, d'une force intacte.

  • Quatre mouches de velours gris (1971)

    Un film de Dario Argento

    5935903539_466c28f4a6_m.jpgRapidement après son sympathique Oiseau au plumage de cristal et un moyen Chat à neuf queues, Dario Argento alimente sa filmographie d'un troisième giallo, ultime pierre d'une trilogie animale dans laquelle il affine et radicalise son style.

    La séquence d'ouverture nous plonge dans un assourdissant concert de percussions, qui préfigure certains arrangements des Goblins dans Suspiria. Une furie sonore envahit l'espace, entrecoupés de plans d'une opacité d'ébène, qui nous offre la vision d'un coeur qui bat, accompagné en sourdine de son battement. Le coeur, comme la caisse du batteur, résonnent d'un rythme différent, à l'intensité variable, donnant peut-être un indice sur le mélange des genres que veut offrir Argento sur le film. Nous découvrons alors Roberto Tobias (Michael Brandon, ressemblant assez à une version idéalisée d'Argento), batteur d'un groupe de rock, tourmenté par une mouche. Le réalisateur, sûrement soucieux de poser un lien direct entre le contenu du film et son titre pour le moins nébuleux, nous enbobine du même coup comme il adore le faire, multipliant les fausses pistes.

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    La séquence suivante offre un parallèle assez flagrant avec la scène de meurtre dans L'oiseau au plumage de cristal : aux trousses d'un homme qui l'a suivi toute la journée, il se retrouve nez-à-nez avec lui dans un théatre désafecté, et, alors que l'inconnu brandit un couteau, ce dernier s'effondre après une rapide bousculade, mort. Sous la lumière blanche d'un projecteur, Tobias, hébété, un couteau ensanglanté en main, est pris en photo par un étrange indiviu masqué qui assistait à la scène, protégé par l'obscurité. Le montage, malgré sa caractéristique elliptique, ne cache pas vraiment que ce qui semble s'être produit n'est pas la réalité. Tobiais prend pourtant pour argent comptant le fait d'avoir tué accidentellement un inconnu. Cette scène est intéressante car elle démontre la facilité avec laquelle Dario Argento passe d'un effet de réalité tout à fait vraisemblable (éclairage, organisation spatiale, interaction sociale) à un onirisme qui fait exploser cet effet. Tout à coup, l'espace est déconstruit, les éclairages semblent irréels, et le réalisme fait place à une scène théâtrale dont la vie a été escamotée, comme un décor, en coulisse. La scène ne se veut jamais vraisemblable, ni même logique. On retrouve parfois cet vision dans certains films d'exploitations des années 60-70, notamment au Japon avec Yasuzo Masumura, Norifumi Suzuki ou Seijun Suzuki. L'utilisation de ce glissement chez Argento, comme si l'on percevait les sensations du personnage qui vit la scène, offre un résultat non pas maîtrisé mais flottant comme un cauchemar, brouillon, qui force l'immersion dans le film.

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    Au passage, on reconnaîtra la patte de Luigi Cozzi au scénario, plus versé dans la science-fiction, par le biais d'une séquence un peu hors-sujet où des scientifiques réussissent, en examinant au laser l'oeil d'une des victimes, à photographier sa dernière vision... une indication sur le meurtrier. On retrouve d'ailleurs cette intérêt pour la science dans Le chat à neuf queues, où l'on isolait le gène XYY de la violence. L'oeil innervé inspirera d'ailleurs plusieurs affiches lors de la sortie de Quatre mouches de velours gris.

    Le personnage principal, forcément chamboulé intérieurement par l'événement, est en plus persécuté par le "photographe" qui s'ingénue à lui faire comprendre qu'il sait tout, mais sans chantage. Un parfum d'étrangeté fort bien distillé sourd au fil des séquences, qui s'enchaînent avec de vraies trouvailles cinématographiques, et les passages les plus effrayants de la jeune carrière du réalisateur. la séquence de l'assassinat de la bonne reste ainsi comme le meilleur moment du film. Lorsqu'elle se rend dans un parc, de nuit, pour rencontrer le "maître chanteur", son audacieuse aventure se retourne contre elle, alors qu'elle tente d'échapper à un agresseur, dans un dédale devenu totalement surréaliste (un passage très étroit devient au fil des pas trop exiguë). De même, l'accompagnement musical laisse parfois la place à un silence de mort, comme lorsqu'une jeune femme, poursuivie dans une maison, s'aventurant dans une pièce au sous-sol, se cache dans un placard pour échapper au meurtrier.

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    Pour ce troisième film, Dario Argento maîtrise totalement l'art de la peur, tout en instillant pourtant des éléments comiques, alternance qui fait aussi partie de son style. Ici, c'est le personnage fantasque d'un détective (interprété par Jean-Pierre Marielle) qui joue ce rôle. Homosexuel quelque peu maniéré, il s'enorgueillit d'avoir à son actif plus de 80 affaires non élucidées, preuve irréfutable selon lui pour que la prochaine soit celle, enfin de la résolution. Ce qui se révèlera vrai... On croise également Bud Spencer, appelé Dieu (dans la version française comme dans la version américaine), ce qui nous vaut un beau moment où Tobias l'appelle au téléphone et l'implore : "Allô ? Dieu ?!". La variété des ambiance, la maîtrise technique et les terribles séquences de meurtres, font de Quatre mouches de velours gris (méconnu en France pour cause d'invisibilité en DVD) le meilleur Argento de son début de carrière. Alors, même si Michael Brandon ne joue pas très bien la comédie, la majesté visuelle de l'ensemble et les dérapages incontrôlés vers des scènes convoquant nos plus grandes peurs irrationnelles (peur du noir, du silence, des masques, ...) font de Quatre mouches de velours gris un moment tout à fait recommandable.

    A lire aussi : le Hors-Série Argento sorti chez Mad Movies en novembre 2010.

    La bande annonce américaine (la voix-off semble être celle de Vincent Price) :