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Hôtel Transylvanie (2013)
Un film de Genndy Tartakovsky

Premier long d'un génie du (très) court -Samourai Jack ou la première série Clone Wars-, Hôtel Transylvanie suscitait une certaine attente ; cette aventure fantastique, revisitant les monstres mythique du cycle Universal des années 30-40, déçoit pourtant de bout en bout.
La technique d'animation sans conteste le point fort du film ; en image de synthèse 3D, elle permet à Tartakowsky de tester un rendu cartoonesque, dont l'aspect le plus flagrant est la déformation / déstructuration de l'anatomie des personnages, qui leur donnent des expressions exagérées. Pour autant, le character design est très sage et ressemble beaucoup à celui de Moi, moche et méchant ou Le Lorax. Mention spéciale tout de même à la cape de Dracula, à la texture soyeuse palpable, et bien animée. Ce parti-pris graphique va de pair avec un rythme mené au pas de charge, enchaînant les mini-gags, plus visuels que de situation. Et ce qui fonctionne très bien dans un format court montre ici ses limites tant le long-métrage demande un minimum de construction narrative.
Les monstres sont hébergés chez l'ami Dracula et sa fille Mavis, dans un château qui fait office de rempart contre les humains, dépeints par le maître des lieux comme intolérants. Pour le prouver à sa fille, il n'hésite pas à créer un village de toute pièce, peuplés par ses amies zombies qui portent des masques d'humains dégénérés... Là dessus, un jeune homme va réussir à s'introduire dans l'Hôtel Transylvanie, et devoir se faire passer pour l'un d'entre eux. Le semblant d'histoire ne va pas plus loin, et la sous-intrigue en forme de love-story n'arrange rien : tout y est extrêmement convenu. Le décalage voulu sur la notion de normalité n'est pas vraiment exploité ; quant à la drôlerie de l'ensemble, on restera circonspect : les crises de fureur de Dracula, maintes fois répétées, laissent froids. L'histoire se veut fantastique, mais n'émerveille pas. alors oui, le réalisateur s'amuse avec son univers modélisé en 3D, certaines séquences sont dynamisantes (les tables volantes dans la salle de banquet), mais rien fait : on s'ennuie ferme devant ce défilé stromboscopique de gags en kit, d'histoire à monter soi-même. Et ce n'est pas le final, d'une facilité et d'un conformisme exaspérant, qui nous fera revoir notre copie.
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Classics Confidential : Le rôdeur (1951)
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Les lois de l'attraction (2002)
Un film de Roger Avary
Les destinées d’une galerie de personnages, des jeunes riches désabusés ne jurant que par le sexe, l’alcool et les drogues. Cette adaptation d’un bouquin tendancieux de Bret Easton Ellis paraissait irréalisable, tout comme l’était American Psycho (qui a enfanté d’un film bancal, très loin de la folie schizophrénique que distillait l’œuvre originale). Cependant, la surprise est agréable, à la mesure de l’enjeu : les thèmes chers à Ellis (les récits croisés, la peinture d’une société pourrie de l’intérieur que rien ne peut guérir) sont bien présents, secondée par une caméra virevoltante et gourmande de trouvailles visuelles assez impressionnantes.
Le tour de force de ce film, en même temps que son défi, est qu’il fustige constamment son propre public ; la génération dont il se fait l'écho, ces étudiants américains des années 80 n’ayant pour seule valeur la recherche du plaisir immédiat et la provocation, c’est ce public qui est attiré par ce type de film. Il suscite une interrogation légitime quant à cette fallen generation, mais plus globalement sur l'évolution des sociétés contemporaines, et sur la façon dont elle se consomme (et se consume) elle-même. Bien que datant maintenant d'une vingtaine d'année, le constat n'en est que plus criant d'actualité aujourd'hui.
L’ironie jubilatoire du film réside également dans l’usage paradoxal des vedettes du petit écran américain, James Van Der Beek, transfuge de Dawson, Jessica Biel de Sept à la Maison (qui ne s'en est pas trop mal tirée depuis), ou encore Ian Somerhalder qu'on a pu croiser depuis dans Lost ou Vampire Diaries, font un casting très orienté. Voir ces symboles d’une Amérique stéréotypée dans des rôles de déjantés rajoute à la force du propos. A guetter absolument : l'apparition délirante de Paul Williams, le Swan du très culte Phantom of the Paradise (Brian De Palma, 1974), en médecin manquant singulièrement de professionnalisme.
Pour conforter le spectateur dans cette ambiance des années 80, la BO est New Wave en diable, The Cure et Blondie en tête. C’est à la fois terrifiant, nauséeux, acide, caustique, cruel, mais au final novateur et juste, avec un petit côté Tarantino (le dealer surexcité joué par Clifton Collins Jr.). Ce n’est pas un hasard quand on connaît la carrière de son réalisateur, Roger Avary : collaborateur de Tarantino sur Reservoir Dogs et surtout Pulp Fiction, il crée un sacré phénomène avec son premier film, Killing Zoe, un grand moment de trash déjanté. Les lois de l'attraction nous jette à la figure, encore aujourd'hui, sa noirceur terrifiante, en même temps qu'une ambiance survoltée parsemée de séquences mémorables. Hautement recommandable !

