28.09.2009
The Offence (1972)
Un film de Sidney Lumet
Invisible depuis des années, inédit en salles, le film de Sidney Lumet est sorti en DVD grâce à l’estimable éditeur Wild Side. Lumet réalise The Offence un an après Le gang Anderson, dans lequel jouait déjà Sean Connery. On doit préciser ici que l’origine du film est due à l’acteur, qui, en échange de sa prestation dans Les diamants sont éternels (Guy Hamilton, 1971), a la possibilité de choisir deux films indépendants dans lesquels il tiendra la vedette ; il n’y en aura finalement qu’un seul, The Offence, dans lequel il joue Johnson, flic usé par des années d’enquête sur des crimes sordides. Un violeur sévit alors dans une banlieue anglaise, goutte qui fait déborder le vase. Un suspect est trouvé, et l’interrogatoire musclé mené par Johnson aura des conséquences malheureuses.
L’intrigue est minimaliste, mais le portrait psychologique est fort : c’est ce qu’on peut dire de cette adaptation d’une pièce de théâtre, dont on commence à voir les origines dans les joutes verbales dans la deuxième moitié du film : en huis clos, elles donnent une vision désespérée du travail de la police, toujours hantée par des images dans la tête. A ce titre, Sean Connery joue une rôle ingrat, mais qu’il a voulu comme tel : voulant à tout prix s’éloigner du personnage d’un James Bond sauveur de l’humanité, il incarne avec Johnson un personnage colérique, antipathique et malade (mais conscient de sa condition : ainsi, il demandera souvent "Pouvez-vous m’aider ?") qui n’a rien de séduisant. D’ailleurs, cela semble être le leitmotiv du film entier : des rues grises, pauvres, au bitume mouillé et aux intérieurs indifférenciés, tous semblables à des prisons (l’immeuble de Johnson est bardé de barreaux, ainsi que le commissariat aux longs couloirs identiques), le monde de The Offence est triste et morne.
Plus encore, le personnage interprété par Sean Connery, bien que faisant partie de la police, n’est jamais identifié comme tel : à la différence des autres, il ne porte pas l’uniforme, mais un grand manteau aux teintes terreuses surmonté d’un col en fourrure, qu’il enlève et remet constamment, et en dessous duquel se trouve un costume simple. Sa mise à l’écart, qui souligne aussi sa différence psychologique latente, est également clairement indiqué lors de la battue visant à retrouver la petite fille victime du violeur : Johnson s’éloigne du groupe, entendant les cris de la fillette. Alors qu’il la découvre, cette dernière lance des cris perçants, qui semblent mettre à un même niveau l’agresseur et Johnson. Dans sa tentative pour la calmer, Johnson se rapproche encore plus de la position du violeur : se débattant sur la fillette, étouffant ses cris, l’action crée un moment de flottement pendant lequel on peut se demander si l’agent ne se confond pas avec le criminel. Ce glissement, cette ambiguïté est bien en marche dans les années 70 aux Etats-Unis, où Don Siegel réalise son culte Inspecteur Harry (1971). Eastwood interprètera d’ailleurs bien plus tard un rôle identique dans La corde raide (1984) de Richard Tuggle, dont l’accroche de l’affiche cinéma -Flic ou violeur ?-, résume bien la chose. La crise des valeurs, le manque de confiance en une figure de l’autorité, secondé par une forte médiatisation de certains affaires policières (L’inspecteur Harry s’inspire sans camouflage du cas du Zodiaque, tueur en série qui sévit encore à l’époque de la sortie du film) qui met en avant la hausse de la criminalité.
Du côté de la réalisation, Lumet réussit à transformer une pièce de théâtre en vrai film, mettant en avant des idées de mise en scène, notamment ce halo blanc qui apparaît en surimpression durant le générique de début, pour revenir périodiquement. Il peut figurer le phénomène de persistance rétinienne d’un objet indéterminé, phénomène qui permet aussi à l’œil humain de voir un film en mouvement continu. Jean-Baptiste Thoret, critique spécialiste du cinéma américain, présent dans les bonus, parlera de l’objet indéterminé comme étant un projecteur de cinéma, nous rejoignant dans la dimension qu’a le film de parler de lui-même. Ce procédé révèle en tous les cas la posture de cinéaste de Lumet, nous a souvent donné de bons films, jusqu'à son très bon Before the devil knows tou are dead (quand même plus parlant que le titre français, incompréhensible : 7h58 ce samedi là!).
Film méconnu, The Offence est en tout les cas atypique, donnant l’occasion à Sean Connery, tout en grosses moustaches et sourcils broussailleux, une performance aux antipodes de ses précédents rôles. Dénué d’espoir, le monde du film, ne donnant aucune issue et aucune rédemption possible, rappelle certains films noirs, où la rugosité et la rudesse prime sur tout le reste.
Source image : jaquette dvd © Wild Side Vidéo
10:20 Ecrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sidney lumet, polar, film noir, 70's, états-unis, royaume-uni
25.07.2009
Tim Burton au Pays des merveilles
Ces derniers jours, on a vu apparaître sur la toile la première bande annonce d'Alice au pays des merveilles revue et corrigée par Tim Burton. Outre la présence de Johnny Depp, devenue presque obligatoire dans un film du cinéaste californien, on notera le mimétisme parfait qui semble s'opérer entre ces premières images et le film d'animation réalisé par le pool Disney en 1951.
Le look d'Alice, La chute dans le trou, le voyage à la verticale dans un tourbillon d'ojets hétéroclites, la salle en damier, la potion qui fait rapetisser, tous ces moments sont ancrés dans la mémoire cinématographiqe d'un bon nombre de spectateurs. Ceci dit, pendant que ces images familières défilent à l'écran, une différence notable se fait entendre : la partition musicale tourmentée qui semble créer un suspense, une attente, en apparente contradiction avec des images connues. Musique signée Danny Elfman, comme à l'accoutuée ; elle fait partie intégrante de la patte Burton, qui imprime à la bande annonce sa marque évidente, et indique une première réappropriation du récit. Après cette introduction posant bien les choses (situer un univers connu et indiquer la particularité du style Burton), on a droit des images plus inhabituelles qui viennent prouver qu'il ne s'agit pas là d'un simple remake, ou de régurgiter une forme universellement connue.
On aperçoit certains personnages absents de la précédente version de Disney (le premier logo nous dévoile, si l'on ne le savait pas déjà, qu'il s'agit toujours d'une production de la firme aux grandes oreiles), telle la reine blanche, et le look de certains personnages (la reine rouge) est tout à fait nouveau. Autre nouveauté, et non des moindres, le personnage central, narrateur de la bande annonce, comme certainement du film à venir, n'est autre que le chapelier fou alias Johnny Depp. Il est d'ailleurs le premier au générique et le seul dont le nom est présenté dans les images de la bande annonce, le reste du casting restant isolé dans les crédits finaux. Ainsi, alors que Johnny Depp squatte l'espace et le son de son drôle d'air, Alice n'a pas même uneligne de dialogue. Version Burton oblige, l'acent sera indubitablement mis sur la folie de Johnny (et de son costume). Les autres éléments restent plus communs mais attestent du sens hybride du film, mélangeant vrais acteurs et personnages en images de synthèse dans le même cadre, pourrait-on ajouter, avec une réelle réussite. Le lapin blanc, Twiddle Dee et Twiddle Dum, ainsi que la chat de Chester sont ainsi virtuels. Ce dernier ne fait-il pas un peu penser au chat Potté de Shrek dans une version -un peu- démoniaque ? On a hâte, en tous les cas, que l'univers d'Alice atterrisse dans nos salles. Ceci dit, mars 2010 est encore loin ! Patience... Et ceux qui ont la chance d'avoir une salle projetant en 3D près de chez eux risquent d'en avoir pour leur argent (malgré q'il leur faudra débourser quelques euros supplémentaires...)
10:52 Ecrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tim burton, johnny depp, fantastique, 2000's
04.07.2009
Timecrimes (2007)
Un film de Nacho Vigalondo
Profitons de la sortie en DVD il y quelques semaines de Los Cronocrimenes (Timecrimes par chez nous) pour en dire quelques mots. Commençons par avancer qu’il est scandaleux que ce film tout à fait honnête, projeté avec succès de festivals en festivals, n’ait eu finalement droit qu’à une sortie direct en DVD, à l’instar des pires navetons d’un Steven Seagal ou d’un Dolf Lungren. Bref, passons.
Film modeste par les moyens, il n’en développe pas moins, après une introduction qui pourrait faire pencher la balance vers le slasher, une trame typiquement science-fictionnelle sur le voyage dans le temps. Cependant, avec son personnage entouré de bandages, semblant sorti d’une BD (et dont l’apparence ressemble à s’y méprendre au Darkman de Sam Raimi), on restera toujours raccroché à une dimension serial killer / thriller ; le film nous offre là une astucieuse déconstruction des codes du genre, où le mutisme habituel de ce type de personnage est remplacé par ses questionnements incessants ; l’identité du mystérieux individu, source de tant de conjectures et d’interrogations d’autres métrages, nous sera ici dévoilé très rapidement, jouant avec les attentes du spectateur, pour mieux bifurquer dans le sentier SF.
Le voyage dans le temps ne cesse de fasciner le cinéma, car lui seul peut le rendre tangible, existant ; Retour vers le futur donna le ton contemporain, alliant un immense aspect ludique tout en réussissant à faire éprouver le vertige des paradoxes temporels. Cependant, bien des fois, d’autres films se prennent à leur propre piège et se mordent la queue (Terminator, Minority Report). Ici, c’est la maîtrise et l’emboîtement sans faute qui surprend le plus ; chaque action prend sens une fois le film terminé. Loin de jouer la carte de la facilité, le cinéaste multiplie les strates temporelles, et malgré cela tout est compréhensible.
Une fois la première surprise passée, celle du changement de genre et du dévoilement de l’identité du personnage mystère, s’organise un jeu de rôles vertigineux dont le spectateur connaît les grandes lignes ; cependant, par petites touches apparemment anodines, l’enchaînement sait surprendre. Ce mélange de prévisible et d’imprévisible a garantit mon intérêt constant pour les personnages et leurs destinées, ainsi qu’une grande envie de le faire découvrir ; un moment de cinéma à la télévision ( ?!) tout à fait respectable.
10:00 Ecrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : science fiction, voyage dans le temps, espagne, 2000's
26.06.2009
Michael Jackson n'est plus
Vous allez me dire, mais que vient faire Michael Jackson dans ces chroniques ? Plusieurs raisons me viennent à l'esprit, certaines plus personnelles que d'autres. Mais avant tout, on n'a rien compris si l'on pense que Michael Jackson n'était pas un homme d'images. L'inventivité de ses clips, à commencer par le mythique Thriller (qui a marqué la première incursion d'un artiste noir sur la chaîne américaine MTV). La variété de ceux-ci, brassant tous les genres (attrait marqué pour le fantastique, polar avec Smooth Criminal ou Bad, réalisé par Martin Scorsese, film d'animation avec Speed Demon, peplum pour l'égyptophile Remember the Time, sport avec Jam, et j'en oublie).
Le cinéma était très important dans la démarche artistique de Michael Jackson, lui qui a toujours voulu se frayer un chemin vers les salles obscures sans vraiment y parvenir (qui se souvient de The Wiz, version noire du Magicien d'Oz avec Diana Ross en Dorothy, et l'on pourra dire sans peine que Moonwalker, film dédié à la promotion de son album Bad, est bien bancal, malgré quelques fulgurances. Mais certains de ses clips font clairement référence au processus de création cinématographique, à commencer par Liberian Girl, qui voit un défilé impressionnant de stars eighties, qui attendent tous la venue de Michael Jackson pour tourner un clip... La fin nous montre que Michael Jackson lui-même était derrière la caméra pendant tout ce temps ! Richard Dreyfus, Steven Spielberg -et son fameux plan-signature travelling arrière-zoom avant, Whoopi Goldberg, Danny Glover, Dan Ayckroyd, bref la totale. Son exigence de l'image parfaite l'engage à aller voir des réalisateurs renommés pour réaliser ses clips, que ce soit John Landis (Le loup-garou de Londres) pour Thriller, Spike Lee (Do the right thing, Malcolm X, La 25e heure) pour They don't care about us et même David Fincher pour Who is it ?, avant son passage au long métrage.
L'énorme clip Black or White, conçu pour lancer la promotion de l'album Dangerous, est un tour du monde qui devient par là un panorama du cinéma, du western à la comédie Bollywood.
Au-delà des images, c'est évidemment par la musique qui les accompagne (mélange de la soul noire et de la pop américaine, avec un soupçon d'avant-garde dans les arrangements musicaux, toujours au cordeau), épaulé par une voix unique, que Michael Jackson s'est fait une place dans l'Histoire du 20e siècle. Sans conteste plus grand showman sur terre, ses trouvailles dansées remarquables (le moonwalk restera son mouvement le plus marquant, devenant la signature d'un style fin, et toujours dominé par une dimension magique - voir son lean-over dans Smooth Criminal) survivront à tous ses successeurs ; bref, en même temps qu'il disparaît, avec lui s'efface un pan de l'histoire. Homme de tous les superlatifs, de tous les records (Thriller est l'album le plus vendu de tous les temps et, vu les ventes du monde du disque, le record ne risque pas de tomber de sitôt), Michael Jackson semblait venu d'ailleurs. Un personnage de cinéma. So long, MJ !
08:30 Ecrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : michael jackson, clips
16.06.2009
Annecy 2009 : Coraline
Un film de Henry Selick

Ex-æquo avec Mary and Max (les jurys- et pas qu'eux- ne partageant pas notre réaction sur ce dernier film), est couronné cette année le magnifique Coraline, fable adaptée d’un récit de Neil Gaiman (décidément dans tous les bons coups : Stardust et Beowulf dernièrement).
Une petite fille atterrit avec ses parents dans un endroit paumé et bien grisâtre, alors qu’elle trouve dans leur maison un passage vers un autre monde, un dopplegänger opposé, où ses parents sont sympathiques, et où le jardin est le théâtre d’une symphonie de couleurs ininterrompue ; tout y est donc plus attirant, mais quelque chose cloche, et ce pourrait bien avoir à faire avec... le fait qu’ils ont des boutons à la place des yeux !
Rappelant à nos mémoires les terreurs enfantines, le film tire sa force d’une unité assez exceptionnelle, oscillant entre émerveillement -certaines séquences sont d’ores et déjà à classer dans les plus grands moments de l’histoire de l’animation, tel la danse du cirque des souris de M. Bobinski, la découverte du jardin féerique imaginé par l’Autre Mère- et frissons, lors des débordements finaux de cette fameuse Autre Mère. Il y a dans la façon d’explorer la typologie des décors une grâce évidente, à base de travellings survolants, et de cadres captant toujours au mieux les expressions des personnages, autant que les étrangetés topographiques des lieux. Centré sur un trip à la Alice aux pays des merveilles, le film a la bonne idée de nous intéresser aux deux mondes parallèles avec une même intensité, ce qu’avait échoué à mettre en place les Noce funèbres de Tim Burton, utilisant un dispositif similaire. La raison en est toute simple : durant le film, qui que nous soyons, nous sommes Coraline, nous vivons son aventure. Expliquer cela par A+B me paraît impossible, et pour le coup inutile. Tel est le film, naissant d’une alchimie entre divers éléments tels l’image, la musique, les voix, le fil des actions, les personnages...
Émerveillement versus (petite) frayeur, le cœur du film est dans l’opposition de deux mondes aussi fantastiques l’un que l’autre, et c’est sûrement là tout le sel de ce beau film. Le monde "ordinaire" de Coraline ne l’est pas le moins du monde. Entre un jeune garçon étrange (sa première apparition en fait un petit monstre), un puits -presque- sans fond, un domaine avec sa maison rosée absolument pas croyable, bref cette inquiétante étrangeté (qui habite assez souvent nos chroniques) est de mise dès le premier plan. Le générique de début est d’ailleurs un petit chef d’œuvre à lui tout seul, et qui, en alignant des images de jolies peluches puis d’une anonyme main crochue, fait déjà de la duplicité thématique sa profession de foi.
Aller voir Coraline, c’est donc embarquer pour un voyage trouble au pays des songes hantés, et qui, personnellement, constitue ni plus ni moins ma plus belle expérience ciné de l’année (n’oublions quand même pas les Watchmen qui m’ont carrément ensorcelés).
22:15 Ecrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : festival d'annecy 2009, animation, henry selick, conte, 2000's, états-unis
13.06.2009
Annecy 2009 : Mary and Max
Un film de Adam Elliot

J’assiste à la projection de ce long métrage avec une attente palpable, les antécédents du Monsieur ayant été unanimement salués (Harvie Krumpet, Oscar 2003 du meilleur court d’animation).
Débute alors un film en demi-teintes, narrant la relation épistolaire de deux individus atteints de diverses névroses (comme tout un chacun, en fait). Une jeune fille complexée et aux repères mouvants donnés par son alcoolique de mère ; puis un vieil autiste obèse. Une série d’animation, Les Noblets, les relient indéfectiblement, tous deux étant animés par une même passion pour le show. Petit à petit se développe donc ce lien spécial, à distance, accompagnant chacun dans leur vie de tous les jours. Sur ce canevas pour le moins intéressant, vient malheureusement se greffer une esthétique morne, monochromatique, soutenu par le commentaire atonal d’un narrateur bavard (le casting vocal est d’ailleurs impressionnant, mais seulement sur le papier : Philip Seymour Hoffman, Toni Colette, Eric Bana). L’environnement sonore, clairement opposé entre les deux partis (enjoué pour Mary, désespéré pour Max) est soigné, et certains passages musicaux sont de vraies réussites.
Déroulant certes une histoire touchante, pleine de bizarreries étonnantes -les hot dogs au chocolat du vieux Max, les déambulations et le look de mort-vivant de la mère imbibée de Mary-, le film reste cependant replié sur lui-même, à l’image de l’affection qui touche Max. L’émotion peine à poindre devant tant de morosité. Il est donc permis de s’y ennuyer, voire même d’éprouver une malaise correspondant à l’état d’esprit des deux personnages. Le réalisateur a-t-il réussi son coup ? Etait-ce la réaction escomptée ? Quoi qu’il en soit, ces impressions façonnent la déception qui nous étreint au sortir de la salle.
09:07 Ecrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : festival d'annecy 2009, animation, 2000's
12.06.2009
Annecy 2009 : courts métrages en compétition
A quoi bon résider sur Annecy et ne pas assister à leur Festival du film d’animation de dimension internationale ? Cette année encore, le programme est plutôt alléchant : Coraline (Henry Selick, présent sur place) en compétition, Mary et Max (Adam Elliot), Ghost in the Shell 2.0, le film séminal de Mamoru Oshii, agrémenté de nouveaux effets spéciaux, ou Sword of the Stranger, prometteur film de sabre, bref, pour les longs, il y a de quoi faire.
Les courts-métrages représentent cependant toujours le cœur de la manifestation, nous allons donc en rapporter quelques uns ici, vu dans le très bon programme Courts Métrages en Compétition n°3 :
D’abord, impossible de faire l’impasse sur le magnifique Cat Piano. La rencontre d’Edgar Poe et du film noir, saupoudrée de l’esthétique de Guarnido pour la bédé Blacksad. Tourné en Cinémascope, la signature visuelle est très séduisante, misant beaucoup sur le clair obscur. Ambiance jazzy, quartiers chauds, le film déroule un feeling oscillant entre le cool et le macabre ; des chats se font enlever pour, peut-être finir dans le fameux Cat Piano, soit une machine infernale qui fait correspondre à chaque touche de l’instrument la queue d’un chat ; cette dernière est alors comme poinçonnée, et le chat de faire sortir toute sa gamme dans un miaulement qui glace le sang. Même si l’histoire aurait pu être plus complexe (l’affaire est close trop rapidement), on est vraiment devant un bon morceau de mise en scène ; de la belle ouvrage, sur la voix rauque de Nick Cave. En voici la belle bande annonce...
Autre très bon cru de ce programme, le farouchement anti-capitaliste Train en folie, de Cordell Barker (Canada). Le train ne doit jamais manquer de charbon pour avancer, au mépris de toutes les morales, et au bénéfice unique des riches. Mais, alors que dans la vie, ces derniers en sortent toujours gagnants, remerciés en prime avec un sacré paquet d'oseille en poche, la justice divine du film d’animation leur rend ici la monnaie de leur pièce. Détonnant.
Pour finir, The Tale of little Pupettboy, alias Sagan om den lille dockpojken, de Johannes Nyholm, pour la Suède. Ces aventures rocambolesques d’un jeune garcon solitaire sont désopilantes, trash, désolantes, bref. Et la version télé d’Ivanhoé, avec James Mason, a été partiellement recréée en images par images ! Il y a fort à parier qu’on retrouve l’un de ses trois films dans le palmarès, à voir...
08:03 Ecrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : festival d'annecy 2009, animation, court métrage, 2000's
17.02.2009
Le premier jour du reste de ta vie (2008)
Un film de Rémi Bezançon
Beau succès en salles en 2008, la sortie en dvd du Premier jour du reste de ta vie permet de tester l’appréciation d’un second visionnage.
Pour son deuxième film, on peut déjà dire que le réalisateur fait preuve d’une maîtrise étonnante. Il est aujourd’hui rare dans le cinéma français qu’on prenne autant soin de l’image : plans très composés, couleurs éclatantes, reste un montage classique mais qui sert bien le propos du film. Film très (bien) construit, il conte la vie d’une famille sur une durée de 25 ans en se concentrant sur cinq journées spéciales, cinq moments décisifs dans l’évolution du cercle familial. On capte dès lors ce qui fait d’abord la valeur du métrage, ainsi que son succès : sa dimension universelle. Dans cette famille, une chose, à un moment ou un autre va nous ramener à notre propre expérience de la vie, grâce à la justesse des situations, soutenues par des acteurs très convaincants. Cette famille semble exister, pour de bon. On pourrait même ajouter que, devant le talent déployé, ne pas trouver de points communs en nous-même n’est pas rédhibitoire ; les séquences s’enchaînent, nous amenant du rire aux larmes -la comédie du départ se teinte petit à petit de drame.
Si les acteurs confirmés font des merveilles (Jacques Gamblin en tête, admirable), la nouvelle génération n’est pas en reste, avec le jeu de Marc-André Grondin (découvert dans C.R.A.Z.Y., avec lequel le film entretient des rapports étroits) et de Pio Marmaï, assez exceptionnel. Preuve d’une réussite dont on reconnaît instantanément le bien-fondé, Le premier jour du reste de ta vie contient déjà son lot de scènes cultes, du déjeuner chez le grand-père (le sablier !) à la performance de guitare invisible, ou encore la séquence du voyage dans le temps... Ce film en regorge. Sa réussite vient également de sa bande-son, énergique, mélodique et travaillée dans un rapport son/image souvent juste. Sinclair a composé, dans des styles différents mais avec une préférence pour l’électro, des morceaux qui font mouche -et que l’on retrouve avec bonheur sur cd dans l’édition prestige du film, exclu du dvd). Cependant, et c’est là, peut-être, le seul petit reproche que je formulerais, le film est tellement accroché à ces passages musicaux qu’on a un petit effet "clip" qui vient parasiter quelques scènes ; on peut parfois avoir l’impression que c’est trop, avec des moments qui pêchent par excès d’artifices alors que le film aspire à une certaine authenticité pour toucher. C’est aussi durant ces quelques scènes que le film apparaît comme moins original, plus calqué sur quelque chose de connu ; le montage musical sur la tentative du père d’arrêter de fumer en est un bon exemple. Des scènes comme celles-ci sonnent comme du déjà-vu au sein d’un ensemble beaucoup plus singulier et personnel.
J’y vois malgré tout l’essence même d’un cinéma populaire qui aurait d’ailleurs pu, avec une campagne promo en bonne et due forme, remporter un succès encore plus grand en salles (1.2 millions de spectateurs avec un excellent bouche-à-oreille). Un film qui fait du bien au cinéma français.
11:08 Ecrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD, Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rémi bezançon, comédie, 2000's, france
30.11.2008
Les aventures du prince Ahmed en DVD

Dans la jungle des sorties de DVD pour Noël, est paru le 19 novembre dernier un véritable bijou, un incunable du cinéma d'animation, j'ai nommé Les aventures du prince Ahmed, réalisé par Lotte Reiniger en 1926. Ce film rare, contant le périple d'un prince qui, à l'aide de son cheval volant, débarque au pays de Wak-Wak et y trouve l’amour, a le privilège de deux éditions, l’une simple l'autre dispo en coffret, chez l'excellent Carlotta. Les images magnifiques que l'on peut trouver sur la toile témoigne d’un raffinement incroyable, empreint de poésie et d’une vraie magie. Bien qu'exagérant un peu sa place dans l'histoire du cinéma d'animation (il n'est pas "le premier long-métrage d'animation de l'histoire", devancé par les films argentins de Quirino Cristiani), Carlotta tient bien sa place d’éditeur DVD cinéphile, choisissant comme à l'accoutumée de faire un véritable travail d'accompagnement sur ce pilier de l’histoire. Ainsi, Les aventures du prince Ahmed était sorti en salles en décembre 2007, et promet une belle carrière vidéo avec un produit aussi soigné. Le film, ayant inspiré certains cinéastes contemporains majeurs dans l’art des silhouettes animées (le plus redevable étant Michel Ocelot), devrait en effet attirer le public friand d'animation, toujours plus nombreux ; C’est en tous cas tout ce qu’on lui souhaite.
>>Plus de détails sur l'édition DVD
10:44 Ecrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : animation, lotte reiniger, 20's, allemagne
20.11.2008
Émile Cohl, l'inventeur du dessin animé : un livre incontournable
Profitons de l'article du jour pour faire état d’une publication remarquable, celle du livre Émile Cohl, l'inventeur du dessin animé. Fruit de nombreuses années de travail, cet ouvrage paru chez Omniscience nous fait découvrir le visage de celui par qui le cinéma d'animation a débuté, et qui fut pendant la plus grande partie de sa vie un caricaturiste de talent. A 50 ans, il décide de remettre à plat tout son savoir afin de donner vie à des dessins. Travaillant seul, il est l’archétype de l’artisan génial, et ce qui peut être qualifié d'expérimentations représente déjà un accomplissement immense. Pour être tout à fait exact, on remarquera tout de même que l'animation de dessins a commencé plus tôt, avant même le cinéma, grâce au Théâtre optique d’Émile Reynaud. Ce qu'il reste aujourd’hui de la production de Colh est, miracle, inclus dans ce livre décidément incontournable via 2 DVD édités par Gaumont, qui constituent le complément de l’édition consacrée au Cinéma premier, sortie en avril 2008. Ces disques ne représentent qu’un cinquième de la production de Reynaud et sont à considérer comme un véritable trésor de patrimoine. Dans le livre, on a également droit à une très belle introduction du grand Isao Takahata (Le tombeau des Lucioles), pleine de finesse et d’un profond respect pour l’œuvre du précurseur. Richement illustré, ce livre est à ne rater sous aucun prétexte, bénéficiant de plus d’un rapport qualité/prix imbattable (vous le trouverez au-dessous des 40 €).
11:34 Ecrit par Raphaël dans Actus ciné/DVD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livres, animation, émile cohl




















