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The Thing (1982)

Un film de John Carpenter

Une menace protéiforme, la neige, un groupe uniquement masculin pris au piège d'une station isolée en Antarctique : comme tous les bons films de Big John, l'apparente simplicité du film est aussi sa plus grande force, et un terrain de jeu idéal pour exprimer les tensions nécessaires au déroulement de l'histoire. Film mal-aimé à la postérité tardive, aujourd'hui chef d'oeuvre d'une totale évidence : bienvenue dans l'antre de la chose... A vos risques et périls.

The Thing s'inscrit, comme toute l'oeuvre de John Capenter, dans une tradition cinématographique : ici, d'abord celle de la réinterprétation d'une œuvre déjà adaptée au cinéma. La chose d'un autre monde, coréalisé en 1951 par Christian Nyby et Howard Hawks, transposait la nouvelle de John W. Campbell, Who Goes There ?, dans le monde contemporain de la guerre froide (et faisait de la chose un être humanoïde, métaphore de la redoutée invasion communiste). Carpenter rend d'ailleurs un hommage direct au film original : lorsque l'équipe visionne un film sensé représenter les scientifiques norvégiens, les premiers à avoir été en contact avec la chose, il s'agit en réalité d'extraits du film de Hawks et Nyby. Carpenter bouclera par la suite un autre remake, Le village des damnés (1995).

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La zizanie a déjà gangrené l'équipe

Le cinéaste ne réalise pas The Thing par hasard, même si Tobe Hooper est d'abord évoqué pour diriger le film. Sur le coup depuis plusieurs années avec le producteur Stuart Cohen, Carpenter est un fan absolu des werterns d'Howard Hawks -MacReady et son large chapeau de cow-boy ne nous contredirait pas-, et du film original. Nombre de ses films sont des variations de l'oeuvre du réalisateur, notamment Assaut, remake urbain de Rio Bravo. Et si Nyby est officiellement crédité comme seul réalisateur du film original, il apparaît aujourd'hui évident que Hawks a une responsabilité plus importante que celle de simple producteur, tant les thématiques et sa mise en scène sont reconnaissables.

Sur bien des aspects, la version de Carpenter est plus fidèle au matériau d'origine : sur l'apparence constamment changeante de la chose (elle ne connaît pas d'évolution vers une forme définitive, mais s'adapte en fonction de quoi / qui elle veut imiter. On retrouve également les noms des personnages principaux dans la version Carpenter, et une place plus importante est donnée scientifiques, alors que ce sont les militaires qui se taillent la part du lion dans le film de 1951.

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Le test sanguin, sommet de suspense

Carpenter commence avec The Thing un cycle sur la paranoïa, où les thèmes de l'identité, de la confiance au sein du groupe sont mises à mal. Plus tard, ce sera Prince des ténèbres (1987), Invasion Los Angeles (1988) et L'antre de la folie (1994) qui poursuivront ces questionnements. The Thing marque également la première pierre de ce que Carpenter reconnaît comme sa trilogie de l'Apocalypse, avec Prince des ténèbres et L'antre de la folie. Quand un hôte extra-terrestre peut se dissimuler sous le traits de votre équipier, qui croire ? Personne n'est épargné par le doute, la méfiance, menant le petit groupe isolé à voir son unité fissurée, à l'image de L'invasion des profanateurs de sépultures, dont le film original (Don Siegel, 1956) a eu droit à son remake peu de temps avant The Thing.

Pour mettre en image ce suspense claustrophobe, Carpenter use de son art de la mise en scène, la caméra parcourant élégamment couloirs et pièces exigues, laissant planer le doute en stoppant avant l'heure une scène par un fondu. La séquence d'ouverture, comme dans d'autres films de Carpenter, est muette, habitée par la musique d'Ennio Morriconne pourtant totalement Carpenterienne. Elle participe évidemment à la mise en tension immédiate du film. Le scénario est d'une remarquable pureté, qui vise à l'essentiel (une des volonté de Carpenter et des producteurs, traduite notamment par le casting uniquement masculin, se coupant de toute problématique relationnelle homme / femme).

Le film commence alors que l'histoire est déjà bien entamée : celle de l'équipe norvégienne décimée par la créature. Cette séquence de la chasse au loup permet de débuter directement par une scène d'action, sans véritablement de présentation de personnage (à part MacReady, mauvais perdant face au jeu d'échec sur ordinateur). Dans cette lignée, l'expédition en direction de la base norvégienne, et la découverte des faits horribles qui s'y sont déroulés nous donne une idée du carnage. Il est finalement plutôt logique, devant la place de premier choix qu'occupe aujourd'hui The Thing au panthéon de l'horreur, qu'un prequel se soit intéressé à cette partie de l'histoire, suggérée mais pas montrée, dans le film de Carpenter.

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D'un terreau classique, Carpenter se distingue par la nouveauté qu'il insuffle à l'ensemble, notamment par le biais des effets spéciaux terrifiants réalisés par le jeune Rob Bottin. Ce dernier façonne des visions infernales héritées de Lovecraft, également influencées par la nouvelle de Campbell. Entité tentaculaire, parfois posées sur des membres arachnéens, la chose s'illustre dans des séquences inoubliables dans lesquelles les détails les plus repoussant s'offrent pleinement à la vue du spectateur. Il faut s'imaginer voir ces séquences sur grand écran en 1982 ; les images sont tellement évocatrices qu'on est plongé au milieu de ces vapeurs toxiques, ces formes monstrueuses qui nous révulsent. Ce sont certainement les effets spéciaux les plus réussis et ignobles qu'on ai jamais vu sur un grand écran.

Si l'image choque autant, c'est aussi grâce au sound design remarquable qui habille les multiples transformations de la chose, les cris inhumains et autres sifflements émis par « l'innomable et l'indicible » chers à Howard Philip Lovecraft.

The Thing sortit aux Etats-Unis le 25 juin 1982, le même jour que Blade Runner. Les deux films, aux budgets plutôt conséquents pour l'époque, ne peuvent pas jouer dans la cour des blockbusters de l'été, reflétant une science-fiction pessimiste qui contraste fort avec le hit SF de cet été-là : E.T., l'extra-terrestre de Steven Spielberg. Pire, les deux films se font littéralement massacré par la critique. The Thing et Blade Runner partagent aussi, étrangement, un questionnement central sur l'identité. Depuis, le temps a passé, les deux films sont aujourd'hui considérés comme des jalons incontournables du genre. Et The Thing figure souvent à la première place de l'oeuvre de son réalisateur.


Disponibilité vidéo :
DVD / Blu-ray FR - éditeur : Universal Video ; Blu-ray UK - éditeur : Arrow Video (restauration 4k)

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