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  • Assaut (1976)

    Un film de John Carpenter

    13412045635_a013c7dd72_m.jpgDeux ans ont passé depuis la sortie de Dark Star, le premier long de John Carpenter. John entreprend d'abord une suite pour son film de chevet, Rio Bravo. Devant le minuscule budget qu'il peut espérer (100 000 dollars), il transporte son intrigue dans un Los Angeles contemporain où vont s'affronter une petite troupe d'assiégés (le film s'appelle d'abord The Siege), reclus dans un commissariat désaffecté, et une horde informe d'assaillants. La raison de cet "assaut" ? Un homme, qui a vu sa fille assassinée par un déséquilibré, tue ce dernier, sans savoir qu'il s'agit du membre d'un gang... Le père, meurtrier à son tour, se réfugie dans le commissariat, se croyant alors en sécurité.

    La lutte entre le dedans, organisé et soudé malgré ses différences, et le dehors, ensemble tentaculaire non-identifié qui semble se régénérer lui-même, est tout à la fois d'une simplicité et d'une force incomparable, tenu par une caméra ultra maîtrisée (de longs plans séquence cadrent les déplacements des protagonistes dans une ville désertée, et les claviers angoissants de Carpenter placent le spectateur dans l'état d'attente nécessaire pour faire exploser les événements). La linéarité de la narration, son aridité même, tendue entièrement vers l'action, est l'une des plus grandes réussites de Big John, qui reprendra les thèmes-clés pour d'autres grands films (New-York 1997 et Prince des ténèbres en tête). La juste perception de l'espace est également un des grands atouts de Carpenter pour Assaut : en témoignent la scène terrible du marchand de glace, qui va précipiter une petite fille vers une mort brutale ; les allers et venues de la voiture, les coups d’œil incessants du "marchand de glace" dans le rétroviseur, sont une leçon de suspense.

    Enfin, c'est casting qui emporte le morceau, tant on peut voir dans le gredin Napoleon Wilson une première version de l'anti-héros ultime, Snake Plissken ; un mélange de détachement, de désinvolture, de bras d'honneur à l'establishment, en même temps qu'une grande droiture envers des principes personnels. Le fait que ce prisonnier du commissariat assiégé s'allie par la force des choses avec Bishop, le policier noir qui vient fraîchement de débarquer, dans une relation de quasi-égal à égal, est effectivement typique des braves de western et de des valeurs traditionnelles de confiance et de respect mutuel.

    On voit souvent que la série B (genre auquel appartient sans nul doute possible Assaut) permet à des réalisateurs talentueux de faire des film de pure mise en scène, à défaut d'avoir l'argent nécessaire à une vision plus épique. C'est le cas ici, et de quelle manière ! Qu'il est bon de parfois regarder derrière nous pour savourer un moment de cinéma qu'on croirait aujourd'hui, perdu à jamais... Il n'est pas si perdu, il suffit juste de chercher plus activement encore.

    Disponibilité vidéo : Blu-ray et DVD zone 2/B - éditeur : Metropolitan FilmExport

    Source image : Affiche originale du film © The CKK Corporation

  • Prisoners (2013)

    Un film de Denis Villeneuve

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    Le réalisateur canadien, qui s'était fait remarquer en 2009 avec Incendies, réalise avec Prisoners les espoirs que les amateurs avaient fondé en lui.

    Dans cette terrible histoire qui voit deux familles se détériorer autour de la disparition de leurs deux filles, on aime voir les limites de la séparation bons/méchants, chacun étant les prisonniers (prisoners) de leurs propres émotions, objectifs, douleurs. Ainsi, si Keller Dover est dans son droit en cherchant à tout prix à retrouver au plus vite sa fille, ses méthodes questionnent. Choisissant de ne pas se fier au policier (Jake Gyllenhall, excellent), il amène évidemment ses a priori sur le suspect potentiel, Alex Jones, un jeune homme attardé. Aveuglé par sa douleur et le temps qui passe, qui amoindri d'autant les chances de retrouver sa fille en vie, il dépasse la limite, en entrainant avec lui son ami Franklin Birch (Terence Howard). Leur vie à tous bascule terriblement, et ce qui aurait pu être totalement bateau et, disons-le, casse-gueule cinématographiquement (quelle empathie espérer pour un personnage -relativement- bon qui bascule ?) est gérée de façon très forte par Denis Villeneuve, en restant scotché à ses personnages.De même, le film, qui repose sur des grandes questions qui appellent une réponse claire (qui a enlevé les filles, et pourquoi), nous livrera sa réponse sans en faire des caisses, ni dans la façon d'annoncer ou dans le contenu de l'annonce.

    La caméra, élégante, ne les quitte pas d'une semelle et oublie les effets grandiloquents. Résultat ? On est accroché au siège, de bout en bout. Guidé par plusieurs pistes et plusieurs fils d'enquête différents, on est happés par ce fait divers anxiogène, que l'on a souvent comparé à Se7en, qui en a presque l'étoffe. Les acteurs, très impliqués, nous font croire par leur seul visage à la vérité de ce qui se produit à l'écran. Ainsi, lorsque le policier, blessé, doit conduire le plus vite possible jusqu'à l'hôpital le plus proche en n'y voyant quasiment rien, la séquence est d'une force implacable. Malgré l'impact certain de l'histoire pour elle-même, le film ne serait rien sans ses acteurs ; et si Gyllenhall est excellent, Paul Dano, dans le rôle d'Alex Jones, est tout bonnement ahurissant, dans une des plus grandes performances de sa jeune carrière. Un thriller qui tient ses promesses, ça ne court pas les rues : allez-y, vous en reviendrez chamboulé mais vous ne serez pas déçus !

  • Dark Star (1974)

    Un film de John Carpenter

    12997282913_3e65f5ded5_m.jpgJohn Carpenter signe son premier film alors qu'il est en dernière année à l'USC, une école de cinéma réputée en Californie. Dark Star est alors un film d'une quarantaine de minutes, qui narre principalement l'opposition entre un ouvrier de l'espace (son équipage est chargé de détruire les planètes instables) et la bombe qui leur permet d'effectuer leur travail. On perçoit ici sans mal une parodie de 2001, l'odyssée de l'espace, le parallèle avec les rapports entre Bowman et HAL 9000, l'ordinateur fou du vaisseau Discovery One.

    L'ambiance est déjà loufoque, le spectateur ne pouvant qu'être amusé par ces élucubrations nonsensiques. Avec une rallonge confortable consenti par le producteur Jack H. Harris, Carpenter enfonce le clou, avec l'aide de l'homme à tout faire du projet, Dan O'Bannon. Ce dernier occupe en effet les postes de scénariste, responsable des effets visuels, monteur et acteur ! C'est aussi Dan O'Bannon qui écrira, quelques années plus tard, le scénario d'Alien, réalisé en 1979 par Ridley Scott. L'esprit "routier de l'espace", bien présent dans Dark Star (mais aussi auparavant dans Silent Running, le film SF-écolo de Douglas Trumbull, et dans une moindre mesure dans 2001), sera une des grandes caractéristiques d'Alien. le dynamique duo fait ainsi du petit groupe d'astronautes de véritables hippies, qui détonnent dans la solennité du vide intersidéral ! Au cours de discussions existentielles interminables, l'on apprend la fascination d'untel pour le surf, ou de la peur de la solitude chez tel autre. Au sein de cet équipage entièrement masculin, les coéquipiers se parlent comme à des robots, et celui qui semble faire le plus preuve de traits humains (comme le doute, la réflexivité, questionner la réalité de sa propre existence, etc.) est bien la fameuse bombe parlante qui noue et dénoue le récit.

    Le côté volontairement délirant de l'histoire, montrant par exemple les astronautes recourir au conseil d'un des leurs pétrifié dans un compartiment cryogébisé, monte d'un cran lors de la course-poursuite hors-normes entre Pinback (O'Bannon) et un extra-terrestre auparavant confiné dans une pièce du vaisseau. Ce monstre est en fait un gros ballon de plage affublé des pattes palmées (lointain cousin de la Sentinelle du Prisonnier ?), qui semble prendre un malin plaisir à semer le pauvre homme de l'espace. Comme toute farce, le film se clôturera par une pirouette qui si elle est inspirée encore une fois par 2001, l'odyssée de l'espace, fait montre d'une certaine poésie. Carpenter ne tentera plus par la suite ce type d'exercice, qui a pris un bon coup dans l'aile. Mais comme coup d'essai, et vu la somme dérisoire allouée au film, le résultat est tout de même à saluer. Le film, invisible depuis des années, vient de sortir dans une édition très complète.

    Disponibilité vidéo : Blu-ray / DVD chez l'éditeur Carlotta.