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Dracula (1931)

Un film de Tod Browning

8082264150_6acfb8b0a5_m.jpgAprès une chronique de L'inconnu (1927) du même réalisateur chez notre estimé confrère Mariaque, je me suis replongé dans Dracula, première adaptation officielle du personnage créé par Bram Stoker ; Nosferatu le vampire (F.W. Murnau, 1922) ayant été produit sans qu'aucun droits n'aient été négociés. 

Plutôt qu'une adaptation du roman de 1897, le Dracula de Browning reflète surtout la pièce de théâtre signée Hamilton Deane et J.L. Balderston. Plusieurs acteurs y reprennent d'ailleurs leur rôle, dont Bela Lugosi, marqué à jamais par le personnage. Rayon acteurs toujours, on remarquera David Manners (John Harker) qui jouera l'année suivante dans un autre film de monstres de la Universal, La Momie (Karl Freund) ; nous avions déjà croisé son visage dans Le chat noir (Edgar G. Ullmer, 1934), encore avec Lugosi ; par lassitude, il abandonnera le cinéma vers 1936.

Par son héritage théâtral, le film fait montre d'un certain statisme des cadres et des postures d'acteurs. On rappellera que nombre de films américains du début du siècle étaient des adaptations de pièces de théâtre ; le mot "screen play", qu'on traduit aujourd'hui par scénario, rappelle bien son origine, littéralement pièce de théâtre adaptée pour l'écran. Mais au début des années 30, le jeu d'acteurs a bien changé : la Warner fait la part belle aux gansters torturés, James Cagney et Humphrey Bogart en tête ; les cadrages féériques de Busby Berkeley illuminent leurs comédies musicales. Pour la Universal, c'est la décennie des films de monstres d'inspiration gothique, qui donnera de sublimes réussites, parmi lesquelles L'Homme invisible (James Whale, 1933) ou La fiancée de Frankenstein (James Whale, 1935) ; Dracula, s'il marque par son ambiance et ses très beaux décors (le château, la lande embrumée) et son personnage principal, est aussi ancré dans le traditionalisme de ses interprètes, qui écarquillent les yeux comme on le faisait quelques années en arrière dans le cinéma muet. Pour preuve, le personnage de Renfield, joué par Dwight Frye, rappelle Freder dans Metropolis (Fritz Lang, 1927), émerveillé devant le jardin des délices. Le film est ainsi à la croisées des chemins : entre le muet et le parlant (peu de dialogues, et de rares musiques accompagnent le métrage), mais également entre les États-Unis et l'Europe : l'influence des films allemands se fait sentir, le mythe ravive Vlad Tepes, la terreur d'Europe de l'est, auquel Lugosi, d'origine hongroise, confère son accent caractéristique ; les zone d'ombres à l'image pouvant s'inspirer de l'expressionnisme allemand. Browning et Universal portent leur intérêt sur des personnages hors-normes et une dimension horrifique.

Ce Dracula des origines n'a pas encore les crocs pointus, ni son charme romantique : Bela Lugosi incarne un personnage plutôt effrayant, bien que sa tenue soit impeccable. Son mode opératoire se rapproche de l'hypnotisme, tant ses yeux (éclairés par des lampes dédiées !) et la gestuelle de ses mains arrivent à capturer l'attention et l'esprit de ses victimes. Le vampirisme est donc ici moins affaire de séduction que d'emprise presque démoniaque, ce qui changera ensuite, par le prisme des productions Hammer. La relation Dracula / Renfield, comme la caractérisation de Van Helsing, est par contre bien conforme à ce qu'on trouvera par la suite dans la multitude d'adaptations du roman : Renfield est le serviteur qui, infiltré à l'intérieur des espaces privés, permet à Dracula de s'inviter et de se "nourrir". Van Helsing incarne quant à lui ce scientifique passionné, voire obsédé par les vampires et la recherche du Comte Dracula. Ce dernier, légende et superstitions pour la population alentour, fait frémir sans même se montrer : il se transforme indifféremment en chauve-souris ou en loup, quand il pas que vapeurs. Esthétiquement, le personnage du vampire se marie bien avec l'obscurité qui envahit le cadre lors de ses apparitions : vêtu de noir, il peut alors se confondre avec la nuit, pour un impact visuel méritant.

Dracula est, plus que son interprétation ou sa teneur technique, impressionnant par son atmosphère et sa peinture de la mythologie vampirique, une première aux États-Unis ; mythologie inépuisable s'il en est. On serait curieux de visionner la version espagnole, tournée de nuit dans les mêmes décors, présentée pour la première fois en France dans le coffret Blu-ray à sortir au début du mois de novembre 2012.

Disponibilité vidéo : Blu-ray / DVD - éditeur : Universal

Source image : affiche originale du film © Universal Pictures

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Commentaires

  • ça donne envie de le voir. J'attends avec impatience la sortie du coffret Bluray début novembre. J'ai eu la possibilité de voir "le loup Garou" qui était déjà beau en DVD. L'édition Bluray devrait être un carnage. Désolé pour l'humour noir ^^

    Petite question : Y a t'il un peu de psychologie dans le film ? Je pose la question parce qu'il y en a dans le loup Garou et j'aime bien ce côté là.

    A+
    Stéphane.

  • Hello Stéphane,

    un peu de psychologie ? portion congrue pour ce Dracula, qui est surtout affaire d'ambiance et d'esthétisme. A bientôt.

  • La version espagnole n'a nullement à rougir vis à vis de la version de Browning. Voire lui est supérieure sous certains aspects (l'interprétation de Van Helsing notamment).

  • Vampire, bonjour et bienvenue.
    La version espagnole réalisée par George Melford a effectivement une meilleure aura que l'original par Browning ; je devrais découvrir cela rapidement et en ferait une critique à l'occasion.

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