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  • Ciné d'Asie : Battle Royale (2001)

    Un film de Kinji Fukasaku

    6271929926_d71ae46b87_m.jpgDans un futur proche, suite à la constatation d’une trop grande délinquance chez les jeunes, une classe de troisième, sélectionnée au hasard, va se retrouver sur une île déserte afin de participer à Battle Royale, un jeu où out le monde doit s’entre-tuer. Le seul moyen d'y réchapper est d’être le seul survivant au bout de trois jours. Dans ce contexte, que deviennent les amitiés, et encore plus les haines, les jalousies ?

    Avançons d'abord que le concept, d'une force peu commune, n’est malheureusement pas utilisé jusqu’au bout ; cependant, si on a voulu du choc, on est servi. Les élèves ont leurs armes, donnés par les autorités en présence. Ils sont très (trop?) rapidement prêts à se tuer les uns les autres. Ils captent vite le but du jeu, paniquent aussitôt ; Kitano, en prof implacable, mais aussi désabusé, est magistral.

    Ce qui marque, c’est la force du message, mis en images très brutalement.  Le pays, marqué depuis ses origines par le culte de l’excellence, est le seul où le suicide représente le plus fort taux de mortalité chez les jeunes.  Une fois ces données en tête, le film n’apparaît plus alors que comme une extension de la réalité. L’île représente le Japon à échelle réduite, et les étudiants sa population. Au centre du microcosme, les passions, les haines, les rancœurs se transforment en un double monstrueux, la pulsion de mort.  

    La violence crue est aussitôt désamorcé par toutes sortes d’artifices : l’introduction d’une possible histoire d’amour et la fameuse superposition de la musique classique sur des scènes d’horreur. 

    La charge subversive de ce film (Fukasaku filme l’échec de son pays) est incomparable. Le décompte des décès est imparable, précis et cruel. Cela accentue la banalité de la mise à mort dans le contexte créé par le scénario.  

    Quelques scènes sont réellement inoubliables, et pour longtemps : l’exposé de Kitano dans la salle de classe, le gunfight dans le phare, une déclaration d’amour dramatique, … Présidé par une air lancinant de révolte qui gronde, le film reste aujourd'hui aussi fort qu'à sa sortie, brutal et désespéré. 

  • The Sorcerers (1967)

    Un film de Michael Reeves

    6229598587_392df09669.jpgOn connaît surtout Michael Reeves, réalisateur britannique disparu prématurément d'une overdose à 25 ans, pour son tétanisant Le grand Inquisiteur, qu'hantait un Vincent Price cruel comme un diable. Son esthétique de la douleur -sang, larmes et cris composent un tableau intégralement noir de l'être humain- a marqué durablement ceux qui l'ont découvert, à l'époque comme aujourd'hui.

    The Sorcerers (connu en France sous le titre La sorcière invisible) est son film précédent. Sa thématique est aussi étrange qu'intéressante : un couple de personne âgées, le professeur Montserrat et sa femme -Boris Karloff et Catherine Lacey-, ont mis au point un dispositif permettant de prendre le contrôle d'un être humain à distance, et d'en ressentir toutes les sensations. Alors que le professeur a dans l'idée que cette technologie vienne aider ceux qui n'ont plus la possibilité de jouir de la vie, sa femme va vite lui trouver une autre utilité...

    Vieux, fatigués par la vie, les deux personnages n'en ont pas moins un cerveau en parfait état de marche ; ils se rendent compte de ce qu'ils ont perdu, et rêvent de retrouver une seconde jeunesse. Une quête insensée et contre-nature, qui va les mener aux pires excès. Le tableau est chargé, certes, contre la génération des plus âgés, en bute avec la société du loisir et du plaisir qui prend son essor en cette fin des années 60. Le couple, seul dans son petit appartement terne, est opposé à la foule de jeunes qui peuplent les bars remplis de musique, d'alcool et d'amour libéré. En même temps que le plaisir que procure la prise de contrôle d'un individu à distance, on voit rapidement la tonalité revancharde de ses actions, le plus jouissif des plaisirs étant visiblement pour la vieille femme le vol et le meurtre. Revanche d'un âge qui n'a pas pu profiter de la vie comme la jeune génération le fait. Les premières séquences montrent cependant des plaisirs simples bien retranscrits : la sensation d'être immergé dans l'eau d'une piscine, le frisson de la vitesse à bord d'une moto lancée à toutes blindes... Ce seront les premières marches d'une escalade où les vieux, embrumés par la force de leur nouveau pouvoir, voudront toujours plus.

    Il est aussi intéressant de voir que celui que le le couple choisit est en rupture avec la jeunesse en général : alors que les autres répètent sans cesse les mêmes rituels (bar, musique et alcool), lui veut plus. Il veut vitre quelque chose d'inédit, de différent. C'est ce qui le précipitera dans l'abîme. A l'époque, ce ressort scénaristique est une vraie mode, car on le verra notamment répété à l'identique lors d'un énième Dracula de la Hammer, Dracula 73 (Alan Gibson, 1972). Michael Reeves réalise d'ailleurs The Sorcerers pour la Tigon, modeste studio concurrent. 

    Si le thème est intéressant -notamment parce que le réalisateur incarne cette jeune génération vouée aux plaisirs-, sa déclinaison en film n'est pas des plus heureuse ici, tant un court-métrage aura pu suffir à développer la même idée. Des temps morts ponctuent ainsi le récit, notamment les séquences du bar et ses chansons. Les pulsions de violence qui jaillissent dans le film sont par contre bien amenées et dynamiques, à base de plans mobiles très rapides, aux raccords travaillés. On retiendra aussi la séquence d'hynose, aux projections colorées psychédéliques, accompagnées d'une musique expérimentale à l'air d'un happening contemporain. Les acteurs sont également tous excellents, Karloff et Lacey en tête, très vicéraux. Le jeune homme victime, Ian Ogilvy, a la mélancolie charismatique qui sied au rôle (il jouera aussi dans Le grand inquisiteur

    Si on compte les points, il y a du bon et du moins bon. L'idée est bonne, l'application l'est moins. Mais Michael Reeves a la bonne intention de rester scotché à ses personnages, troussant en plus  un très bon casting. Un film un peu long, mais un bon instantané de l'époque, à prendre comme une bonne expérimentation anglaise malgré son petit budget.

  • Les enchaînés (1946)

    Un film de Alfred Hitchcock

    6206878894_0f85524862_m.jpgHitchcock ne disait-il pas, à propos du meilleur thème du cinéma, "Boy meets girl" ?

    Il applique ici sa formule maîtresse à la lettre, Ingrid Bergman tombant instantanément amoureuse d'un Cary Grant apparemment imperturbable. Ah, Bergman qui vous dit en face, ne vous connaissant alors même pas, "You know what ? I like you." Ça aurait de quoi faire réagir n'importe quel homme (être humain?) d'une façon électrique. Cary, lui, est sous les ordres. FBI, ça ne rigole pas. Il n'est pas payé pour tomber amoureux fou d'une fille d'espion nazi, que le Bureau veut recruter par son entremise.

    La belle histoire est ainsi contrariée par une mission, dont sera chargée l’héroïne : découvrir le fin mot dans une affaire de trafic de minerais… Pour cela, elle devra faire tous les sacrifices : renouer avec un ancien ami, se marier avec lui ( ! ), avec le consentement expéditif mais étrange de son amoureux, qui au fond de lui, n’aime pas du tout cette affaire. Son problème ? Il n’ose jamais s’avouer la vérité : oui, il est dingue de cette fille. Mais s'en apercevra-t-il assez tôt ?

    Comme souvent chez Hitch, la caméra est la véritable star du film. Contre-plongées, déformations optiques, caméra subjective, … Hitchcock sort toute sa panoplie pour nous servir un bon suspense, raffiné et cruel. Voir la séquence des bouteilles de champagnes, où un même plan incessant vient compter les bouteilles restantes lors d'une soirée chez le nouveau mari de Ingrid Bergman -l'infâme mais si courtois Claude Rains. Ou encore, ce plan où tout change pour l'héroïne, lorsqu'elle découvre la vérité de sa condition : pas de musique, juste un zoom rapide sur son visage décomposé, contrastant avec le contre-champs de ces bourreaux insouciants. La mécanique du suspense est déjà totalement acquise, comme Hitchcock le démontrera à de nombreuses reprises ; on se rappelle de la partie de tennis dans L'inconnu du Nord-Express (Strangers on a train, 1951), où les coups sont montés en parallèle avec la tentative désespérée de Bruno pour récupérer une montre bien compromettante. Hitchcock, ou la solution (une des …) à la question cruciale : comment passer un bonne soirée ?