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  • La Gorgone (1964)

    Un film de Terence Fisher

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    Oeuvre peu connue du réalisateur phare de la firme Hammer pour cause de diffusion confidentielle, La Gorgone met sur la table des atouts néanmoins indéniables. Une confrontation entre Peter Cushing et Cristoper Lee (la dernière filmée par Fisher), une esthétique rafinée et débordante de couleurs formant une bulle onirique chère au réalisateur ; enfin, l'intégration d'une figure de la mythologie grecque dans le décorum traditionnel des films Hammer, un petit village dans la campagne allemande.

    Cushing et Lee voient leur rôles habituels s'inverser (en général, Christopher Lee et son regard ténébreux jour les méchants avec grande classe). Cushing ayant aussi l'habitude de la noirceur dans le cycle Frankenstein, il compose là un docteur Namaroff aux attitudes troubles et autoritaires (on comprend finement qu'il manipule une population naïve dès qu'il en a l'occasion). Il voue semble-t-il un amour surprotecteur à sa belle assistante, Carla (somptueuse Barbara Shelley). Ils assistent impuissants à des crimes inexpliqués les soirs de pleine lune, laissant les victimes littéralement pétrifiées, figées dans la pierre. Ce détail est cependant laissé secret par le docteur... Au centre de ces crimes, une famille, les Heitz, dont le fils, puis le père, vont succomber. C'est le frère, Paul, qui va essayer de briser les non dits, et démêler le vrai du faux, avec l'aide du professeur Meister (Christopher Lee), qui, habitué à se frotter aux phénomènes inexpliqués, pense à la Mégère.

    Si la Gorgone donne le titre du film, c'est plus précisément Mégère qui est nommé dans le film, en fait un amalgame de plusieurs figures mythologiques. Elle devrait plutôt s'appeler Méduse, ce qui correspondrait plus à ses méfaits et à son apparence. Ces rares apparitions sont d'ailleurs formidablement bien gérées, passant d'un premier plan de coupe suggestif, à un reflet dans le miroir, puis un cadrage dans le lointain laissant deviner les serpents qui sillonnent sur sa tête... La gradation des effets masquent la déception légitime du spectateur lorsque la créature apparaît enfin en plein cadre, qui laisse bien voir l'artificialité du maquillage. 

    Mais qu'importe, la majesté des cadrages et les couleurs flamboyantes qui s'égrennent à l'écran pourront suffir au cinéphile friand d'atmosphère lourde et magique, aux prises avec une mythologie ancestrale. La progression et l'apparition de la Gorgone préfigure la Femme reptile de John Gilling (ici scénariste), qui, même si plus carré et logique, ne résiste pas, à notre sens, au pouvoir d'attraction totalement hypnotique de l'oeuvre de Fisher : les entrées dans le château délabré du haut de la colline, repaire supposé de la créature maléfique, sont absolument splendides. 

    La Gorgone est ainsi une belle réussite, graphique et thématique, de Terence Fisher, dans laquelle il oppose des peurs de l'inconnu à une histoire d'amour certes peu approfondie, mais bien amenée. Un film à (re)voir pour ses acteurs et ses cadrages somptueux avant tout...

  • Event Horizon, le vaisseau de l'au-delà (1997)

    Un film de Paul W.S. Anderson

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    Etiqueté réalisateur de films d'action, Paul W. S. Anderson signait après Mortal Kombat (1995) cette bande ambitieuse qui en surpris plus d'un. Hommage à une kyrielle de films fantastiques, Event Horizon étonne par sa propension à balancer au visage du spectateur des plans impressionnants, faisant montre d'un rafinement esthétique inhabituel, en même temps que certains détails gore peu ragoûtants. Le résultat devait d'ailleurs être bien plus horrifique, les producteurs obligeant Anderson à couper son film d'une demi-heure après une projection-test désastreuse.

    L'histoire à comme un air de déjà-vu : un équipage de sauvetage vient à la rescousse d'un vaisseau ayant disparu sept ans auparavant... après la captation d'un étrange message. Les caractères, antagonistes, s'affrontent et enrichissent la dramaturgie. L'horreur surgit rapidement... Si la référence la plus évidente est l'exceptionnel Alien (Ridley Scott, 1979), marriant parfaitement suspense, horreur et science-fiction, d'autres chef d'oeuvres du genre sont mis à contribution : Shining (Stanley Kubrick, 1980), pour la dimension "maison hantée" et d'autres clins d'oeil très directs (des flots de sang, des cadrages symétriques froids et précis, une réplique de la scène de la chambre 237), mais également La maison du diable (Robert Wise, 1963), ainsi qu'une citation de Suspiria (Dario Argento, 1977). On pense également au segment de l'omnibis Memories réalisé en 1995 par Koji Morimoto, La rose magnétique -qui doit également beaucoup à l'implication du regretté Satoshi Kon en tant directeur artistique. Ces glorieuses références prennent place dans un vaisseau aux formes religieuses marquées, les symboles de croix abondant un peu partout (vaisseau, vitres, marques diverses), qui s'offrent un luxe de détails ahurissant. Baignant dans une ambiance gothique, le visuel est vraiment réussi, car misant avant tout sur des effets spéciaux physiques (même le coeur du système, un gigantesque globe autour duquel tournoient trois anneaux : très réussi). Lorsqu'il opte pour des effets spéciux numériques, pas très développés à l'époque, on a du bon (le couloir aux lames de rasoirs) et du mauvais (les yeux rouges). La direction artistique est, dans tous les cas, à féliciter. L'usage récurrent du grand angle a part contre malheureusement tendance à étirer les personnages en longeur, une déformation parfois pas du plus bel effet.

    L'emballage ne cache cependant pas longtemps une intrigue bien trop légère (tout est téléphoné, il manque des enjeux forts, et une impression de réalisme qui pourrait faire durer la suspension d'incrédulité induite par le genre fantastique), et une narration plus progressive -le personnage de Sam Neill en fait malheureusement les frais.

    Il n'aurait pas fallu grand chose pour que Event Horison transforme l'essai, et la relative indulgence de la critique à son égard a sûrement à voir avec la carrière autrement nanardesque de son réalisateur. Et l'on peut dire en effet que Event Horizon est son film le plus fréquentable. Entre un Mortal Kombat qui nous peut-être fait marrer à l'époque à coups d'humour involontaire, ou d'un Resident Evil recyclant à peu près tous les trucs de Matrix, voire du calamiteux Alien Vs. Predator, le choix est vite fait. 

    Reste aujourd'hui un film techniquement abouti, mais qui manque d'un scénario solide. Est-ce que la version longue, que l'on ne verra jamais, aurait pu améliorer tout cela ? Rien n'est moins sûr... Anderson n'est cependant pas dupe des défauts de son film, il suffit d'écouter son très bon commentaire audio présent sur le DVD pour s'en convaincre. C'est déjà ça...

  • Annecy 2011, jour 2

    greend10.jpgTemps mitigé aujourd'hui dans le ciel d'Annecy... mais pas pour l'ambiance de ce deuxième jour de festival, toujours aussi "animé". L'ambassadeur de l'animation indépendante déjantée, j'ai nommé le légendaire Spike, de Spike & Mike's Sick and Twisted Festival of Animation.  Ce dernier s'est montré, avec l'hôte des lieux Serge Bromberg (directeur artistique du festival d'Annecy entre autres casquettes) dans le forum de Bonlieu, affublé d'un de ses fameux couvres-chefs : cette année c'est un chapeau de cow-bow criblé de flèches, auquel il ajoute un lasso et des vaches miniatures motorisés qu'il dompte d'une main de fer. Non, vraiment, il faut le voir pour le voir... 

    Beaucoup de gros morceaux aujourd'hui, avec la présentation de The Prodigies - les enfants rois, le film en animation 3D de Antoine Charreyron, avec la voix de Mathieu Kassovitz (un moment qu'on en avait pas entendu parler), qui sort mercredi 8 juin partout en france. 

    De la compèt' en veux-tu en voilà, avec beacoup de séances de courts, et deux longs pour ma part (bien meilleure fournée que la veille) : Green Days - Dinausaur and I de Jae-hoon An et Hye-jin Han (Corée du Sud, 2010), et L'apprenti père Noël, réalisé par Luc Vinciguerra, déjà sorti en salles l'an dernier. 

    Public respectueux (et néanmoins passionné), séances bien gérées (malgré les fréquents VO st anglais...), ambiance excellente et programmation éclairée et ecclectique : du tout bon, comme toujours !

    Plus d'infos : www.annecy.org

  • Annecy 2011, jour 1

    annecy-2011-affiche.jpgLe Festival International du Film d'Animation d'Annecy est lancé, qu'on se le dise ! Pour l'édition 2011, outre une programmation gargantuesque, les Etats-Unis occupent la place de nation invitée. Le programme est, pour le coup, énorme : documentaire sur Industrial, Light and Magic, la firme d'effets spéciaux de George Lucas, retour sur les rapports d'admiration mutuelle entre John Lasseter et Miyazaki, présentation du pilote en 3D de Albator : Space Pirate, avec la présence de Leiji Matsumoto... 

    Du court au long, des films de fin d'études aux publcités en passant par les programmes thématiques (vive le Politiquement incorrect !), c'est une vraie fête animée. 

    Pour la première fois, la Fnac renforce son partenariat avec la manifestation en créant un Prix du Long Métrage, qui sera remis au lauréat lors de la cérémonie de clôture. Et votre serviteur a la chance de faire partie du jury qui décernera le prix, qui comprend en tout cinq membres, de vrais pasionnés de cinéma ! Sur neuf long-métrages en compétition, cette première journée fut chargée, avec trois d'entre eux : Tibetan Dog (par Masayuki Kojima, le réalisateur de la série Monster, et Piano Forest), L'Ours Montagne, film danois, et Jib, alias The House, film de jeunes diplômés coréens de la Korean Academy Film Arts. Ce dernier est très récent, n'étant sorti dans son pays d'rigine qu'en Avril 2011 !

    Trois films bien différents qui dessinent le futur de l'animation mondiale. Bientôt, la suite !

  • Classica de mai 2011 : Musique et Cinéma

    5798930139_f4216c52a1_m.jpgLe numéro d'avril 2011 du magazine Classica nous a offert une bien beau menu en étudiant les liens entre musique et cinéma. Un dossier documenté, bien illustré, certes un peu court mais contenant son lot de surprises.

    Sont évoqués les grands films musicaux, La flûte enchantée (1974) de Bergman, Amadeus (1984) de Milos Forman, La Traviata de Zeffirelli, Don Giovanni de Joseph Losey (1979) ; mais aussi des films moins connus, tels Moïse et Aaron de Jean-Maire Straub et Danièle Huillet (1974) ou Madame Butterfly de Frédéric Mitterand. Jérémie Rousseau interroge dans le premier article les relations entre opéras et cinéma (opéras au cinéma ou films-opéras), et la nécessaire adaptation / trahison que les cinéastes opèrent sur l'oeuvre originale.

    L'article suivant est tout à fait surprenant et riche en anecdotes ; Didier de Cottignies, actuel directeur artistique de l'Orchestre de Paris, nous raconte Stanley Kubrick et l'importance de la musique dans ses films, tout en n'omettant pas ses rencontres et son amitié avec le maître. L'on apprend alors, qu'avec Anya Kubrick en 1977, il avait monté une représentation de Bastien et Bastienne de Mozart, dans le manoir des Kubrick. Les représentations auraient été filmé par Stanley Kubrick lui-même, ce dernier prêtant également pour l'occasion... les costumes utilisés sur Barry Lyndon ! Il serait tout à fait intéressant de jeter un oeil à ses bandes, mais elles ne feront sûrement jamais surface. Un entretien exceptionnel qui fait un peu la mumière sur la façon dont Kubrick appréhendait la musique -et comment il compartimentait ses échanges avec ses amis, échangeant rarement sur ses films à proprement parler. 

    Ensuite est évoquée l'inévitable collaboration entre Hitchcock et Bernard Herrmann, qui participait activement à l'efficacité redoutable du cinéma d'Hitchcock, notamment sur les séquences de "terreur" : contre l'avis d'Hitchcock, qui préférait d'abord un silence, il imposa les violons stridents lors de la scène de la douche dans Psychose (1960).

    Michael Nyman, puis une évocation des grands compositeurs qui ont inspirés le cinéma clôt ce dossier très travaillé, et recelant de confessions éclairantes sur les rapports entre la dialectique cinématographique et le langage musical.