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60's - Page 5

  • Le Masque de Fu Manchu (1965)

    Un film de Don Sharp

    5997536718_4f3827d06e_m.jpgLorsque Vincent, sur Inisfree, a chroniqué de fort belle façon Le masque d'or (1932), alias The Mask of Fu Manchu, l'envie était trop forte pour que, de mon côté aussi, je n'aille investir la mythologie de ce grand criminel créé par l'écrivain Sax Rohmer. Le bougre a clairement fait de son personnage un représentant du péril jaune. Héros de plusieurs serials, il est incarné par Boris Karloff dans le film de 1932, qui passe le flambeau à Christopher Lee (quoi de plus normal, entre Franskensteins) pour ce film-ci. Il inspirera également plusieurs grands méchants tout aussi serialesque, comme Ming dans Flash Gordon ou le Dr. No chez James Bond. Retour sur un archétype rien moins que séminal...

    Fu Manchu est éternel. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, on aurait tort de ne pas le croire, tant le bonhomme ressuscite de films en films. Quand bien même, Don Sharp fait fort en ouvrant son film par la mise à mort du personnage en titre ! Et cette mort est difficilement contestable, le tyran perdant la tête des mains d'un bourreau bien armé. Si ce n'est que... Fu Manchu est éternel. Et la fin du film, toute aussi définitive, nous en apportera une nouvelle preuve.

    Don Sharp, réalisateur quelques années auparavant du très bon Baiser du vampire, et Christopher Lee, Dracula en personne, ne font pas un film Hammer pour autant. Ici, Londres est grise et les décors sont bien vides, comparés au faste coloré des meilleurs bandes du studio anglais. Non, Fu Manchu, c'est du serial. Vous savez, ces films à courts épisodes (souvent d'une quinzaine de minutes) qui faisaient les beaux jours des cinémas populaires, et qui commencent à réapparaître en DVD (notamment via l'éditeur Bach Films). Des récits au rythme endiablé, où les coups de théâtre s'enchaînent sans répit. Et, si Don Sharp semble vouloir aller dans cette direction avec Le masque de Fu Manchu... il n'y réussit guère. Entre deux parenthèses tibétaines (en studio, évidemment), le film se concentre en Angleterre, où Fu Manchu opère en secret depuis une base souterraine. Le rythme imprimé au début s’essouffle rapidement, à cause d'une réalisation sans talent, et d'un production design (décors, costumes) au rabais. Mais ce n'est pas le pire.

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    L'histoire contée ne s'affranchit pas de détails hallucinants de bêtise. Par exemple, Fu Manchu est à la recherche d'un gaz toxique mis au point par des scientifiques parfaitement respectables. Ce gaz permet de tuer quiconque en quelques secondes. Pourquoi créer une telle arme ? Car ils ont découvert que la vraie vie, celle qui valait la peine d'être vécue, était celle... d'après la vie. La mort, quoi. Le mortel élément, sur lequel est bâti tout le film, trouve une justification ridicule dont l'ensemble aura bien du mal à se remettre. Malgré quelques séquences d'action (notamment une poursuite en voiture tout juste correcte), la règle semble être l'anti-spectaculaire -qu'on devine bien involontaire. Des sbires de Fu Manchu jaillissent de tous les coins, un bandana rouge soigneusement noué sur la tête. Même si l'on est par essence dans la série B, celle-ci paraît plusieurs crans en dessous. 

    Les acteurs ne sont aucunement à blâmer, Christopher Lee et son maquillage s'en sortant avec les honneurs, de même que Nigel Green en Nayland Smith, l'ennemi juré de Fu Manchu que l'on retrouve dans toutes les adaptations. Même Joachim Fuchsberger se défend bien, dans la peau d'un assistant tout trouvé à la croisade contre le crime de Smith. Lee, impassible et cruel, esquissera bien des plans diaboliques, ils n'en ressortent qu'avec platitude à l'écran. 

    Le film aurait pu être divertissant et jouissif dans son accumulation de péripéties incongrues, lorgnant vers du James Bond (comme un juste retour des choses, après que Fu Manchu ait inspiré Ian Fleming). Malheureusement, il ne l'est qu'à de rares moments, Hallam Production n'étant pas non plus la Hammer. Nous n'en abonnerons pas pour autant les séries B, qui sont parfois de belles surprises comparées à certains films révérés qui peuvent se révéler bien fades...

    royaume-uni,60's,serial

  • La Gorgone (1964)

    Un film de Terence Fisher

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    Oeuvre peu connue du réalisateur phare de la firme Hammer pour cause de diffusion confidentielle, La Gorgone met sur la table des atouts néanmoins indéniables. Une confrontation entre Peter Cushing et Cristoper Lee (la dernière filmée par Fisher), une esthétique rafinée et débordante de couleurs formant une bulle onirique chère au réalisateur ; enfin, l'intégration d'une figure de la mythologie grecque dans le décorum traditionnel des films Hammer, un petit village dans la campagne allemande.

    Cushing et Lee voient leur rôles habituels s'inverser (en général, Christopher Lee et son regard ténébreux jour les méchants avec grande classe). Cushing ayant aussi l'habitude de la noirceur dans le cycle Frankenstein, il compose là un docteur Namaroff aux attitudes troubles et autoritaires (on comprend finement qu'il manipule une population naïve dès qu'il en a l'occasion). Il voue semble-t-il un amour surprotecteur à sa belle assistante, Carla (somptueuse Barbara Shelley). Ils assistent impuissants à des crimes inexpliqués les soirs de pleine lune, laissant les victimes littéralement pétrifiées, figées dans la pierre. Ce détail est cependant laissé secret par le docteur... Au centre de ces crimes, une famille, les Heitz, dont le fils, puis le père, vont succomber. C'est le frère, Paul, qui va essayer de briser les non dits, et démêler le vrai du faux, avec l'aide du professeur Meister (Christopher Lee), qui, habitué à se frotter aux phénomènes inexpliqués, pense à la Mégère.

    Si la Gorgone donne le titre du film, c'est plus précisément Mégère qui est nommé dans le film, en fait un amalgame de plusieurs figures mythologiques. Elle devrait plutôt s'appeler Méduse, ce qui correspondrait plus à ses méfaits et à son apparence. Ces rares apparitions sont d'ailleurs formidablement bien gérées, passant d'un premier plan de coupe suggestif, à un reflet dans le miroir, puis un cadrage dans le lointain laissant deviner les serpents qui sillonnent sur sa tête... La gradation des effets masquent la déception légitime du spectateur lorsque la créature apparaît enfin en plein cadre, qui laisse bien voir l'artificialité du maquillage. 

    Mais qu'importe, la majesté des cadrages et les couleurs flamboyantes qui s'égrennent à l'écran pourront suffir au cinéphile friand d'atmosphère lourde et magique, aux prises avec une mythologie ancestrale. La progression et l'apparition de la Gorgone préfigure la Femme reptile de John Gilling (ici scénariste), qui, même si plus carré et logique, ne résiste pas, à notre sens, au pouvoir d'attraction totalement hypnotique de l'oeuvre de Fisher : les entrées dans le château délabré du haut de la colline, repaire supposé de la créature maléfique, sont absolument splendides. 

    La Gorgone est ainsi une belle réussite, graphique et thématique, de Terence Fisher, dans laquelle il oppose des peurs de l'inconnu à une histoire d'amour certes peu approfondie, mais bien amenée. Un film à (re)voir pour ses acteurs et ses cadrages somptueux avant tout...

  • Chitty Chitty Bang Bang (1968)

    Un film de Ken Hughes

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    Adaptation d'un roman de Ian Fleming, commandé par le producteur Albert R. Broccoli (déjà à l'origine de la saga James Bond du même auteur), ce film au titre improbable se veut la reproduction du succès de Mary Poppins, sorti en 1964. S'attèlent donc au projet les frères Sherman (Robert B. & Richard M.), déjà responsables des plus belles chansons de Disney, notamment pour le magnifique Livre de la jungle (1967). Les chansons de Chitty Chitty Bang Bang, sans être aussi mémorables que les meilleures Disney, sont tout à fait dans le ton, tantôt enjoué jusqu'à l'euphorie la plus absolue (souvent), puis tristes et mélancoliques, comme la chanson de la dame aux pigeons dans Mary Poppins. La ressemblance entre certains airs est assez frappante ; la chanson-titre réussit même à s'imposer durablement, à l'image de cette ritournelle qu'on entend en boucle dans les parcs Disney (et qui rend fou !), "It's a small, small world..." 

    Mais ce n'est pas tout : les numéros musicaux, nombreux, sont chorégraphiés par Marc Breaux et Dee Dee Wood, tous deux occupant déjà ce poste sur Mary Poppins. Et il n'est pas exagéré de voir que des passages entiers sont repris à l'identique (le "ballet des balayeurs" renvoyant à la chorégraphie des ramoneurs bondissant sur les toits), malgré la réussite visuelle du spectacle.

    Enfin, le rôle principal n'est attribué à personne d'autre qu'à Dick Van Dycke, fabuleux ramoneur artiste dans... Oui, toujours Mary Poppins. Mais il occupe cette fois le premier rôle, et c'est une bonne idée, tant ce comédien à la gestuelle inspirée a été sous-employé par la suite. Il incarne ainsi Caractacus, un inventeur fantasque qui élève seul ses deux enfants. On croisera d'ailleurs lors d'une scène une machine à faire le petit-déjeuner dont s'est manifestement inspiré Tim Burton pour Edward aux mains d'argent en 1992 (l'appareil à fabriquer des cookies de Vincent Price). Caractacus va acquérir une voiture, une véritable épave, qu'il retape pour en faire un petit bijou coloré.. et magique. Et, comme il est bon conteur, il embarque ses enfants et la fille d'un riche industriel dans un univers loufoque. 

    Doté d'un budget confortable, le film fait montre d'une richesse de tous les instants (décors, tournage en Allemagne et en France, figuration nombreuses, guest stars, film tourné sur pellicule 70mm Todd-Ao), qu'il met cependant rarement au service de la mise en scène. Pour preuve, la vision du transfert massacré par MGM (16/9 2.20 recadré en 1.33 4/3!) ne gêne pas outre mesure : pas de tête coupée, d'action significative absente du cadre.  

    Le cœur scénaristique de l'affaire est assez maigre, le fil rouge consistant à échapper au sbires de Vulgarie, qui veulent bec et ongles la voiture de Caractacus, Chitty Chitty Bang Bang (oui, le titre improbable provient du son caractéristique produit par la voiture, et, par extension, devient son nom). Le film est découpé assez clairement en trois parties égales, les trois premiers quart d'heures étant dévolus à la présentation des personnages et leur rencontre, la deuxième partie montre le début du voyage fantastique avec la fabuleuse auto (appuyé avec force chansons euphoriques), le troisième acte étant plus sombre, nos amis capturés par l'infâme roi de Vulgarie -Gert Fröbe, le Goldfinger de James Bond. Manifestement, c'est le second acte qui pêche, épuisant les oreilles et allongeant la trame déjà fine.

    La dimension onirique -les deux tiers du film n'étant q'une histoire racontée par Caractacus- déjoue les enjeux du films, devenant nuls. Le délire ambiant, alignant des séquences au gré du vent, sans réelle progression, préfigure Les aventures du Baron de Munchausen (Terry Gilliam, 1988), en même temps qu'il copie, encore une fois, la structure de Mary Poppins, aujourd'hui encore le plus long film jamais produit par la firme aux grandes oreilles (2h15). Certains numéros musicaux sont tout de même magnifiques (la danse pour le roi de Vulgarie), et les décors du château d'Allemagne pour la dernière partie sont excellents. L'apparition de Benny Hill, loin du rôle comique auquel il devra sa célébrité, aux accents pittoresques bien placés, est aussi très réussie. 

    Cherchant à reproduire un film qui avait été un succès mondial, Chitty Chitty Bang Bang n'a pas connu la même carrière, mais mérite d'être redécouvert aujourd'hui (dans une copie au format, si possible, le blu ray sortant courant février 2011), même s'il n'a pas le même impact intemporel que son modèle, malgré une reprise récente pour la scène, à Broadway.

  • Avec Django, la mort est là (1968)

    Un film de Antonio Margheriti

    5158895888_57a841981b_m.jpgAussi appelé Vengeance, ce titre, signé par Margheriti sous le pseudo de Anthony Dawson, embraye le pas au Django originel de Sergio Corbucci. Sa parenté avec ce dernier doit être levée, fruit de la traduction française ; le héros de Vengeance s'appelant Joko (on voit d'ailleurs ses initiales sur sa valise). Dans d'autres pays, il sera nommé Rocco ou Roko. Il s'agit donc d'un faux Django parmi d'autres, légion après le succès du film de Corbucci. Dans le rôle de Joko, Richard Harrison joue lui aussi un double de Clint Eastwood dans les films de Leone, le modèle entre tous, comme Franco Nero dans Django. Ce dernier avait malgré tout un charisme bien supérieur à Harrison, qui n'a que la barbe naissante, la peau basanée et un costume de cuir pour rivaliser : c'est maigre, mais déjà ça. Un des personnages principaux de l'intrigue n'est autre que Claudio Camaso, le frère de Gian Maria Volonte (il entretient une ressemblance certaines avec son parent). On essaye ici de trousser un double d'un autre film, les éternelles sources d'inspiration étant Corbucci et Sergio Leone.

    Il sera donc question de vengeance ici, oui ma bonne dame. Des mauvais mexicanos ont troué la peau des pote à Django et ce dernier se fait un devoir de leur rendre un dernier hommage par le sang. Ce qui n'est tout de même pas mal, c'est que le héros et ses "copains" décédés -d'après une ligne de dialogue en français, magnifique : "Il a tué mes copains. Et il va le payer de sa vie" sont tout de même déjà des crapules finies, prises aux piège lors d'un casse. Les tueurs que poursuit Django sont donc, encore plus qu'eux, de salauds irrécupérables et sadiques !

    Les décors, loin des espaces colorés (rouges, orangés, ciel bleu azur) des films américains, sont comme délavés (ou alors, autre possibilité, c'est la copie qui l'est, celle proposée par Seven 7 sur le DVD n'étant pas de première jeunesse), terreux, d'ungris uniforme. La mort semble déjà avoir fait son œuvre dans le village où atterrit Django. Comme le disent les autochtones, "les seuls divertissements du coin sont les enterrements". Et Django va leur en donner... Ce dernier, dans sa quête de vengeance, n'hésite pas à revêtir l'étoile de shérif, uniquement dans le but de descendre un chef de bande impliqué dans la mort de ses compagnons. Sitôt le boulot accompli, il rendra son permis de tuer. Rusé, aussi taciturne et laconique que l'Homme sans nom, il traîne sa carcasse à  travers un pays désolé dans lequel il pourrais bien mourir : rien ne semble compter si ce n'est son sombre dessein. Jane, une prostituée qui joue de la guitare, se rapproche de lui mais il n'est pas sensible à ses charmes ; de là à se demander quels liens unissaient vraiment la bande d'amis, il n'y a qu'un pas, d'autant que, dans le flash-back réglementaire (passage obligé du genre expliquant les tenants et aboutissants de l'intrigue), on voit que le jeune Ricky intéresse Mendoza, le troisième larron, de façon autrement qu'amicale. Les liens qui les unissent sont donc forts, ils le seront encore dans la mort.

    Il est amusant de voir cité à tour de bras un côté fantastique dans ce western qui n'en contient … aucun ! Un décor un tant soit peu original (les tréfonds d'une mine de soufre) n'ayant jamais invoqué une atmosphère fantastique à lui tout seul. Ce dernier, tout de même, est bien photographié et propose un final original à la tuerie rédemptrice du héros. En effet, si dans un premier temps, il a l'air autant à la poursuite des tueurs que du trésor qu'il a volé avec ses compères, on s'aperçoit vite qu'il a juste soif de vengeance.

    Le métrage est souligné par une musique fort peu inspirée de Carlo Savina, qui, une foid encore, tente de pomper l'univers de Leone. Avec ses instrumentations minimalistes (dès que la tension survient, un petite suite de notes gratées à la guitare, toujours identique, vient nous prévenir, sans démontrer de talent mélodique, au contraire des chants de Morricone. Lors des scènes plus enlevées (passage de diligence, course dans les grands espaces), l'accompagnement musicale devient une sorte de cavalcade qui crie "vengeance". Tout cela est finalement assez marrant si on l'attaque au second degré. Loin d'être une grande réussite du genre, on ira plutôt revoir un Tire encore si tu peux ou Le dernier face-à-face, réalisés à la même période par Giulio Questi et Sergio Sollima.

  • L'Arrangement (1969)

    Un film de Elia Kazan

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    D'Elia Kazan, nous n'avons vu que Baby Doll (1956) et Un tramway nommé Désir (1951). Ces deux films ont pourtant suffi à imposer l'image forte d'un réalisateur sensible, dépeignant sans concessions des univers où l'homme semble comme prisonnier de ses propres aspirations. Devant L'arrangement, l'on est instantanément saisi par la même puissance, les frustrations et l'indécision minant la psychologie d'un homme à qui tout, pourtant, semble réussir... sauf pour l'essentiel, peut-être. Mais quel peut-il être ? 

    Un publicitaire de renom crashe sa voiture dans un tunnel, en s'engouffrant sous un camion. Cette scène inaugurale pose les bases du sentiment d'enfermement dont le personnage (Kirk Douglas) veut se défaire, au péril de sa propre vie. Sa voiture étant cernée  par des camions de part et d'autres lui bouchant toute perspective, il comprend que son rêve de vie, sa véritable aspiration, lui ont échappées, lui qui voulait devenir écrivain et finit par composer des slogans publicitaires pour faire croire qu'une cigarette Zéphyr ne donne pas le cancer.

    Le film, débutant quasiment par cette scène, semble ainsi se dérouler à l'envers. Cette tentative de suicide sonne comme la fin d'un film déjà entamé, dont l'élément perturbateur a eu lieu bien avant. Et cet élément, central dans la dramaturgie ne prend par la forme d'une action, d'un accident, mais prend corps dans une personne : celle que va rencontrer Douglas (Gwen, jouée par Faye Dunaway), qui l'éloigne de sa vie bien ordonnée, aux côtés de sa femme (Deborah Kerr) et d'un boulot bien vu. Le rythme du film, tout en allez-retours temporels parfois dans la même image, illustre le labyrinthe psychologique de Eddie. Comme pour la scène où, alors au lit avec Deborah Kerr, il a des flashs de Faye Dunaway, cette dernière, le rêve, le fantasme de réalité, l'excitant beaucoup plus que celle qu'il est en train de vivre. 

    Kazan est assez proche de la sensibilité du romancier Tennessee Williams, les quatre collaborations artistiques entre les deux hommes en étant la preuve. On retrouve dans ce film la torture psychologique subie par le personnage central, à l'image du prêtre défroqué dans La nuit de l'Iguane (John Huston, 1964), ou le jeune Brick (Paul Newman) dans La chatte sur un toit brûlant (film de Richard Brooks sorti en 1958, d'après la pièce d'abord mise en scène par Kazan). Gratter le vernis de la réussite sociale, qui n'a de réussite que l'image globalement acceptée et valorisée par la société, là est le cheval de bataille de Kazan pour ce film-ci. Eddie n'en peut plus et erre à le recherche de son identité. Car l'arrangement du titre, Deborah Kerr fermant les yeux sur la liaison de son mari, n'était pas la solution.

    Kazan adapte son propre roman, très reconnu ; et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a mis beaucoup de lui. Le film est à l'identique : un passage de son film autobiographique, America, America (1963) est discrètement inséré pour illustrer le parcours du héros. Voulant Brando pour le rôle qu'il refuse, Kazan ne sera jamais satisfait de la performance de Kirk Douglas. Il jouait là peut-être beaucoup plus qu'il ne le voulait ; rempli d'une maîtrise formelle évidente et signé de la patte d'un vrai cinéaste. Malgré cela, on n'a pas l'impression de regarder un film complet ; fragmenté, ne donnant certes pas toutes les clés et constamment surplombé par une amertume inconfortable, la forme du film épouse la personnalité torturée du personnage, et que dans le même temps le projet cinématographique ne fonctionne pas. Les critiques n'ont pas été tendres avec le film, avec raison pensons-nous. Tout est là sans que l'alchimie fonctionne : acteurs, budget, scénario... Mais Kazan n'est pas là pour donner de solution, et c'est peut-être cela qui est frustrant.