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mitchell leisen

  • La baronne de minuit (1939)

    Un film de Mitchell Leisen

    3978786205_50bea79360_m.jpgMitchell Leisen est aujourd’hui un cinéaste méconnu, malgré les récentes rétrospectives, hommages, ou le coffret dvd édité il y a quelques années par Blaqout, entre nous indispensable pour découvrir deux œuvres majeures de comédie raffinée et sophistiquée des années 1930. Débutant en tant que costumier, puis chef décorateur sur des films prestigieux comme ceux de Cecil B. DeMille, il gardera pour ses propres réalisations le sens du détail et de la belle image. Celle de La baronne de minuit, alias Midnight, est exemplaire, riche et veloutée.

    Eve Peabody (Claudette Colbert) est une gold digger typique des comédies des années 30-40, une femme belle mais sans le sou qui cherche la fortune par l'intermédiaire du bon parti. J’aime que le film commence alors que l’héroïne, descendant du train à Paris, semble avoir déjà débuté sa propre histoire ; on apprend qu’elle a du laisser ses bagages à Monte Carlo, et qu’elle a dilapidé le peu d’argent qu’elle possédait dans les casinos, poursuivant déjà le rêve d’une fortune toute faire. A partir de là, il y a toute la force du scénario de Billy Wilder et Charles Brackett, figures de proue du studio Paramount en ces années-là, alors que Wilder a déjà commencé la carrière de réalisateur qui le rendra célèbre. Les dialogues sont savoureux, d’une rare finesse, dès la rencontre entre la jeune femme désargentée et le conducteur de taxi qui, lui non plus, ne roule pas sur l’or. On parle beaucoup d’argent, du manque mais aussi de son abondance (Eve va, grâce au seul vêtement qu’elle a sur le dos, pouvoir pénétrer une soirée privée où des gens de la haute société se morfondent à écouter une cantatrice). Mais la satire n’est pas la priorité de Leisen, il lui préfère une légèreté sophistiquée, où un jeu de dupes va initier une mécanique de la comédie absolument implacable. Ayant réussie à s’échapper de sa condition par un mensonge osé -elle est désormais la baronne Czrny, du nom du conducteur de taxi avec qui elle a sympathisé, et clairement montré des signes de séduction. Ne contrôlant plus grand-chose, elle est ensuite l’instrument de la revanche d’un mari délaissé et trompé, qui désire retrouver sa femme. Jeu auquel Eve prend goût sans aucune modération. On en dit un peu, mais pas trop, du bout des lèves, avec une belle retenue, sauf dans les moments opportuns où la passion peut laisser passer des colères éclatantes, telle celle du chauffeur de taxi, qui se démène, dans une démesure amusante, pour retrouver cette jeune femme dont il est immédiatement tombé amoureux.

    Relecture du conte de Cendrillon, Midnight voit effectivement Eve devenir baronne, alors qu’elle n'est partie de rien (et qu’elle n’a, d’ailleurs, toujours aucune propriété). Le film offre ainsi un flottement fantastique lorsque son rêve de richesse se réalise ; elle se croit folle, pense se réveiller d’un moment à l’autre. Tout cela fait malheureusement partie d’un plan sur lequel elle n’a pas d’emprise.

    Dans ce film, on sent clairement l’influence d’un Lubitsch, alors employé par le même studio, et notamment de La huitième femme de Barbe Bleue (1938), également relecture d’un conte, dans lequel jouait déjà Claudette Colbert. Ce n’est pas une coïncidence, car Charles Brackett et Billy Wilder venaient de fournir le scénario au film de Lubitsch juste avant de s’atteler à Midnight. Il est intéressant de noter que c’est sûrement le style même du studio qui transparaît dans ces deux films ; Paramount s’est spécialisé dans ce style de comédie après le krach de 1929, préférant donner au spectateur un moment de détente léger et précieux, là où la Warner s’orientait d’avantage vers le film social, ou les films de gangsters, pour refléter les mutations d’une société en plein chambardement.

    Sans nul doute une de mes plus belles découvertes patrimoine de cette année 2009 (avec Peter Ibbetson), La baronne de minuit et son réalisateur Mitchell Leisen valent qu’on les réhabilitent !