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john huston

  • Le Faucon maltais (1941)

    Un film de John Huston

    5427608168_b24fdf2f08_m.jpgAujourd'hui, lorsqu'on remonte aux origines de ce que les premiers cinéphiles ont appelé Film Noir, on parle de l'expressionnisme allemand. Des romans noirs. Des films de gangsters, des films criminels des années 30. Puis, d'un premier film américain, Stranger on the Third Floor (1940), de Boris Ingster. Mais, au sortir de la seconde guerre mondiale, lorsque le public français découvrir en bloc la production cinématographique qui leur avait échappé, c'est Le Faucon maltais, premier film de John Huston, qui marque les esprits, et établit pour les années qui suivirent les standards de l'un des genres les plus emblématiques du cinéma américain.

    Troisième adaptation du roman de Dashiell Hammett par la Warner, celle-ci sera la bonne, en cela qu'elle colle bien plus à l'esprit du matériau original (malgré les limitations du Code de Production Cinématographique, qui interdit par exemple de définir ouvertement Joel Cairo comme un homosexuel). Aucun personnage n'est un gentil, au sens hollywoodien du terme, mais le spectateur éprouve malgré tout une forte empathie pour Sam Spade, détective brutal et apparemment peu sujet aux émotions (il n'éprouve rien face à l'assassinat de son partenaire, et fait rapidement changer les inscriptions sur le fronton de leur bureau pour ne faire apparaître que le sien). Naviguant entre deux eaux, ni flic ni brigand, Sam Spade partage selon son humeur des traits de caractères avec les deux camps. A la fois sans attaches (pas de familles, pas d'amis) et ligoté (il couche avec la femme de son équipier et va succomber à Brigid O'Shaughnessy, une cliente), il incarne l'incertitude des temps de crise - le roman a été écrit juste avant la grande dépression de 1929- , un monde où les repères classiques ont disparu. Les repères, et les règles narratives au sein du film, tant on attend avant d'entendre parler du Facon Maltais. A part un carton défilant reliant le faucon à d'anciennes allégeances du XVIe siècle, le film démarre sur un appel à l'aide d'une femme en détresse (Mary Astor). Le faucon maltais arrivera comme un cheveu sur la soupe, avec l'entrée en scène tardive d'un Peter Lorre maniéré. 

    L'économie de moyens du film (tournage en intérieurs, que des acteurs sous contrat pas encore stars) est transcendée par la mise en scène de Huston, inspiré par l'expressionnisme allemand : angles extrêmes (beaucoup de contre-plongée asymétriques qui dessinent un univers anguleux et claustropobique), silhouettes découpées par les ombres, telles des rasoirs ; la stylisation naît ici des sources lumineuses en moins grand nombres, l'éclairage étant traditionnellement composé de trois sources : l'éclairage clé, délivrant un forte lumière directement sur le sujet, produisant de fortes ombres, que viennent compenser la deuxième source, dite lumière d'ambiance ; la troisième source est placée habituellement derrière le sujet, créant un halo autour du personnage, le détachant du décor d'arrière plan. Or, dans La faucon Maltais et quantité d'autres film, les deuxième et troisième sont fortement atténuées, voire supprimées. Les ombres et parties sombres sont alors majoritaires à l'image, peignant un monde au crépuscule, marquant physiquement les personnages, dévoilant leurs tourments intérieurs. Et puis, quel style ! Les jeux de lumière (à commencer par les effets photographiques du générique de début, subtilement voluptueux et vaporeux) sont extraordinaires.

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    La brutalité de Sam Spade est contrebalancée par l'opportunisme et le mensonge de Mary Astor, véritable serpent qui, pourtant, fait succomber le détective. Il y trouve certainement comme son double féminin, une personne orientant toutes ses actions dans son seul bénéfice personnel. Elle se conduit, pour ainsi dire, comme un homme, mais en plus efficace, car cachée sous les atours de la féminité (les yeux tombants de Mary Astor n'étant tout de même plus vraiment le standard de beauté). 

    Comment ne pas parler de Bogart, qui n'a pas besoin de faire grand chose pour exploser à l'écran, imposant directement son charisme et son autorité naturelle ? Il paraît aujourd'hui invraisemblable qu'il ait passé avant ce film des années à jouer les seconds couteaux à l'œil mauvais dans les films de gangsters de la Warner, tant sa silhouette svelte et son front haut en font un personnage de cinéma évident. On ne regrette pas, au passage, George Raft, la star de l'époque à la Warner, qui a refusé tous les grands rôles qui lui ont été proposés, repris par Bogart ! 

    L'introduction du faucon maltais dans l'histoire est significative de la fidélité au roman d'origine : on sait que les romans noirs de Hammett et d'autres sont les assemblages de plusieurs histoires hétéroclites auparavant publiées dans les quotidiens. Avec la même ingéniosité que le romancier, le personnage principal relie entre elles différentes intrigues apparemment sans rapport. L'histoire imaginée autour de ce faucon offre un arrière-plan quasi-mythologique d'une grande richesse, illustrant bien l'effet d'histoire avant l'histoire (elle commence effectivement bien avant le premier plan du film)... qui se poursuivra d'ailleurs à la fin, nos chercheurs de trésors repartant à l'aventure pour mettre la main sur l'oiseau rare ! Comme c'est souvent le cas, l'objet central, qui attire toute l'attention, nous échappe. Sous-tendant tout le film, le faucon s'évapore finalement, ouvrant et fermant la porte de "ce dont les rêves sont faits" (Sam Spade)...

    Voici la bande-annonce d'époque : 

  • Promenade avec l'Amour et la Mort (1969)

    Un film de John Huston

    3047787486_8d927b0596.jpg?v=0John Huston revisite le Moyen-âge et plus précisément la Guerre de Cent Ans avec ce film, aux antipodes des représentations hollywoodiennes auxquelles la période a généralement droit. Deux personnages, un jeune étudiant -Assaf Dayan- et une jeune fille noble -Angelica Huston dans son premier rôle-, vont errer dans un monde chaotique, où les paysans et les nobles se livrent à une lutte des classes -historiquement vérifiée. Ils rencontrent des individus des deux bords, ainsi que des gens d’Église intolérants et sots. Cette promenade est habitée par l’innocence et l’inexpérience des deux acteurs principaux, perdus dans un monde qui n’a plus de sens. Eux-mêmes ne savent que faire, à l’image du jeune étudiant qui tue un paysan en fuite sûrement plus jeune que lui ; le désordre -territorial, sentimental,...- crée le désordre. Le manque de direction, ce flottement dans lequel se trouvent nos deux héros fait perdre pareillement la direction du film, qui du coup peut occasionner un ennui poli, que dis-je, courtois.

    C’est toute une idée du romantisme qui habite le film, avec le personnage de l’étudiant, poète, amoureux et protecteur de sa Dame, qui a fait ce voyage dangereux avec toute l'inconscience de la jeunesse dans le but de... voir la mer. Le film, accompagné de chansons jouées au luth, retranscrit bien la sensation du Moyen-âge dans une réalité palpable, et non plus irréelle et statique comme ont pu l'être certains films hollywoodiens de l’âge d’or. La caméra, parfois mobile, libre, capture des images d'une grande beauté, rehaussées par la lumière de Ted Scaife (qui a travaillé sur plusieurs films de John Huston, et avec Jack Cardiff, le directeur photo de génie du duo Powell-Pressburger). Il en ressort une grande fraîcheur, une impression plus réaliste. On note même une épure stylistique devant le peu de décors, la musique douce -de Georges Delerue- qui évite un traitement grandiloquent, et un montage clair qui présente les enjeux d’une façon assez neutre. Huston, qui décidément aura touché à pas mal de genres (policier, aventure, drame, film biographique, parodie) s'octroie ici le rôle d'un seigneur d’une grande sagesse ayant rallié la cause des paysans. Dans cet égarement du monde, cette direction flottante, il montre le chemin du droit.