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L'Amour des hommes (2018)

Un film de Mehdi Ben Attia

C'est l'histoire d'une passion : celle d'une jeune femme tunisienne pour la photographie, celle de cette femme pour les hommes. En inversant les rôles traditionnellement tenus par les hommes (en général, les personnages d'artistes) et les femmes (muses et modèles) et les rapports de force, L'Amour des hommes entend montrer la farouche indépendance des femmes.

La jeune Amel voit son monde basculer lorsque son mari est renversé par une voiture. Celle qui photographiait des personnages féminins (notamment elle-même, voilée, dans les premiers instants du film), bouleversée, va ensuite prendre une autre direction : prendre en photos des hommes, plus ou moins dénudés. Ce changement de vision est certes original, et permet de promouvoir la femme comme un vecteur d'énergie et de création, attitude qu'on suppose guère encouragée dans un pays de culture musulmane.

Amel est libre, affirmée et fait constamment état de cette force qui l'anime. C'est louable, mais peut-être un peu simpliste. On a l'impression que le discours du film s'arrête au slogan : l'inversion des rôles. L'actrice Hafsia Herzi, pourtant loin d'être une inconnue du cinéma d'auteur (La graine et le mulet, Le chat du rabbin, Mektoub My Love), donne peu de lumière à son rôle et ne paraît pas naturelle en tant que photographe (prenant la pose en même temps qu'elle prend une photo). Sous couvert d'étude psychologique, le film semble pourtant une coquille vide, enrichissant très peu son postulat de base. Plusieurs scènes identiques s'empilent pour raconter la même chose. Le décès du mari, au tout début du film, arrive bien trop brusquement et manque cruellement d'intensité (comment s'y intéresser alors que l'on ne connaît aucun des deux personnages?), alors que c'est l'acte fondateur de la nouvelle vie d'Amel.

Soulignons les problèmes de rythme de l'ensemble, car L'Amour des hommes est certainement trop dilué : 20 minutes de moins auraient rendu un peu de densité au récit. En l'état, il faut bien avouer qu'on regarde la montre en attendant qu'il se passe quelque chose. Certes, les séances photo montent graduellement (un peu) en intensité, mais le sujet n'est pas là ; c'est plus l'effrontée liberté qu'Amel prend qui l'est, mais cela tourne vite en rond.

Amel est hébergée chez ses beaux-parents : ceux-ci, entre compréhension et intransigeance, vont aussi participer de cette inversion des rôles qui est l'argument du film. La situation est un peu téléphonée, mais sauvée par l'interprétation de Raouf Ben Amor.

Alors, il y a malgré tout de très belles choses dans ce film : la musique de Karol Beffa d'abord, mais presque trop riche, trop recherchée, comme si la simplicité du récit apparaissait décalée face au faste musical. Ensuite, il y a l'histoire d'amour entre Amel et Sami, l'homme qui va aider la jeune femme à mettre son projet sur pied : le courant passe entre ces deux-là et ça se voit. Dommage que le réalisateur donne finalement une drôle de tournure à leur romance, pour appuyer artificiellement sa démonstration.

L'Amour des hommes, malgré son discours progressiste, voire osé au vu du contexte, reste globalement décevant. Une note d'intention ne suffit pas : un peu d'étoffe supplémentaire n'aurait pas été de refus.

Disponibilité vidéo : en DVD et VOD le 21 août 2018 - éditeur : Epicentre Films + Facebook

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