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L'esprit de Caïn Director's Cut (1992)

Un film de Brian De Palma

Même chez les cinéphiles passionnés de l’œuvre de De Palma, L'esprit de Caïn fait grincer des dents. Sous sa forme cinématographique, la seule connue jusque il y a peu, le film a clairement un problème de mélange des genres mal agencé qui prête à sourire.

Le docteur Carter Nix est un pédopsychiatre réputé qui décide d’abandonner sa carrière pour mieux pouvoir élever la fille qu’il a eu avec Jenny, elle-même médecin. Cette dernière se montre concernée par l’obsession grandissante que son mari porte à l’éducation de leur enfant, jusqu’à commencer à douter de la santé mentale de l’homme qu’elle a épousé et qu’elle croit connaître.

Romance soap, thriller schizophrène, fausses pistes en pagaille, narration déstructurée : Raising Cain, c'est tout cela, et l'on comprend bien la gêne éprouvée au visionnage. Les repères du spectateur sont constamment malmenés. Brian de Palma fait des expériences : constamment, au fil de son oeuvre, il va proposer des formes visuellement stimulantes pour raconter son histoire. Écran séparés (Phantom of the Paradise), plan-séquence (Snake Eyes), montage parallèle (Les incorruptibles), ... et c'est évidement le cas sur L'esprit de Caïn, dans lequel on retrouve montage et caméra virtuoses. Le montage de la "scène du berceau", complexe, est une franche réussite. La dernière scène du film également, lorsque Jenny cherche sa fille dans le bois, est bluffante, tellement qu'on s'y reprendra à deux fois pour décoder ce que l'on voit vraiment à l'image. La caméra est mobile, comme toujours, mais sait se prêter aux exercices de style voulus par le réalisateur, comme ces gros plans typiquement télévisuels de la romance entre Jenny et le beau veuf esseulé, Jack. Là encore, le vertige du montage emmène la scène d'amour, toute harlequinesque qu'elle soit, sur le terrain du pur cinéma.

Tout concourt à poser la vraie question qui taraude De Palma, celle du point de vue. Elle est donc au centre de L'esprit de Caïn : où est-on, quand est-on, réalité ou fiction ? La nature schizophrène du docteur Nix rappelle autant Sisters (1973) que Pulsions (1981), même si l'ensemble, un déroulé d'événements des plus extravagants, est avant tout marqué par un excès généralisé, une marche folle vers une destination inconnue. 

L'édition d'Elephant Films est indispensable à tout fan de De Palma tant elle permet d'apprécier, par les bonus et surtout la présence de la version Director's Cut, ce film mal-aimé. De Palma avait, juste avant la sortie du film, décidé de modifier drastiquement le montage du film en le rendant plus linéaire et compréhensible pour le public. Se faisant,  il a aussi déséquilibré le rapport de force entre la romance et le thriller, comme il le reconnaîtra rapidement. Ce n'est pourtant qu'en 2012, grâce à Peet Gelderblom, historien du cinéma, qui entreprend de réagencer le montage originel du film, que cette version adoubée par De Palma est disponible. Déroutante, elle est bien plus proche de l'intention originelle du réalisateur. Elle permet à tout le moins de retrouver ce chambardement narratif auquel le spectateur d'aujourd'hui est rompu. Le livret signé Stéphane Du Menildot (qui intervient également dans les bonus vidéos de l'édition), ainsi que les modules d'explication de la recréation du Director's Cut clôturent cette édition indispensable. Un De Palma personnel, dérangeant et complètement fou : découvrez-le dans sa version Director's Cut !

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Disponibilité vidéo : Blu-ray DVD zone B - éditeur : Elephant Films

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