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Mon homme Godfrey (1936)

Un film de Gregory La Cava

6908782555_d859c70cd4_m.jpgOn ne peut qu'être agréablement surpris par ce film typique de la comédie américaine, tant le nom de Gregory La Cava n'a pas traversé les époques. Pourtant, le casting, entre un William Powell échappé de la réjouissante série des Thin Man, et l'admirable Carole Lombard, nous indique que nous allons découvrir un beau morceau de cinéma. Et cela s'est vérifié avec une évidence imparable.

La Cava commence son film par une situation aussi graphique que cruelle : après un générique au cœur de la nuit urbaine où les crédits se reflètent dans une eau d'ébène, on découvre Godfrey, sans abris vivant dans une décharge, parmi des montagnes de détritus. Arrivent alors deux jeunes femmes de la haute société lancées dans une course aux "objets perdus" pour un jeu. Leur trouvaille : ramener un homme perdu, à l'écart de leur société. Dans ce cas de figure, Godfrey (William Powell), pas rasé, transpirant, tout en fripes déchirées, correspond en tous points à leurs attentes. Alors que ce dernier décline l'invitation d'Angelica en l'envoyant valser dans les tas de rebus, bien au fait de ce pour quoi il est invité, il va accepter d'accompagner la seconde, Irene, la sœur d'Angelica. Si l'occasion de jouer un tour à la première paraît une raison suffisante pour Godfrey, on y voit une fois le film terminé les prémisses d'une romance. 

A l'image d'un Lubitsch ou d'un Leo McCarey, La Cava introduit les ingrédients d'une screwball comedy où les personnages déboulent dans le champs, claquent les portes, et d'où une folie latente est révélée ; dans cette dernière dimension, Godfrey est bien servi : devenu le majordome des soeurs Bullock, il est le témoin de frasques qui ne semblent pas connaître de limites (un cheval se retrouvant tout de même dans une pièce de leur demeure), au grand dam de leur père, qui plus est miné par la Grande Dépression. La mère n'a que faire de son mari, hébergeant Carlo, son "protégé", un artiste sans le sou qui ne pense qu'à manger et à prendre des poses théâtrales. Les deux sœurs entrent en conflit pour la possession de Godfrey, dont l'élégance et la finesse intellectuelle remportent tous les suffrages (même la dame de maison s'éprend de lui !) ; au point qu'Angelica le fera accuser de vol. Les personnages, hormis Godfrey, apparaissent presque tous antipathiques, ce qui aura pour conséquence une fin peu compréhensible pour le spectateur.

L'élégance visuelle du film s'adjoint d'une impeccable science du tempo comique, en même temps que des dialogues au second degré parfois détonnant, notamment tous ceux concernant Carlo. Le phrasé superbe de William Powell, son détachement et sa politesse cachent en réalité des sentiments plus affirmés, comme en témoignent ses expressions ahuries devant le spectacle délirant qui lui est offert.

Féroce envers la classe dominante, La Cava donne dans le dénouement un juste retournement de situation pour le pauvre hère qu'était Godfrey. A la sortie de cette vision joyeuse de cinéma, on ne peut qu'être au diapason : My Man Godfrey nous fait entre de nouveau dans un monde de cinéma mêlant surréalisme des situations, critique sociale affirmée, savoureux jeux dialogués, le tout emballé avec un sens de l'élégance visuelle évident : on en reprendrait volontiers, en découvrant le reste de la filmographie d'une réalisateur aujourd'hui oublié.

A lire : une autre critique de ce film sorti en janvier dernier dans la collection Vintage Classics chez la bonne maison Wild Side !

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