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L'emprise du crime (1947)

Un film de Lewis Milestone

4423533096_1b8130b256_m.jpgEnfant, Martha (Barbara Stanwick) tue accidentellement sa tante, un maquillage du crime par son propre éducateur lui permettant de passer entre les mailles du filet. Le fils de l’éducateur, Walter (Kirk Douglas), amoureux de Martha, l’épousera alors que l’on retrouve les personnages à l’âge adulte. Des souvenirs tenaces empoisonnent la vie de Walter : le petit ami de Martha, enfui cette nuit fatidique ; la culpabilité du meurtre, par procuration, qui transforme Walter en alcoolique. Le savoir implacable que celle qu’il aime n’éprouve pas les mêmes sentiments. Alors que Sam (Van Heflin), l’ami de Martha, ressurgit du passé, c’est le chaos dans lequel ils vivaient déjà qui va être chamboulé.

C’est ce malaise existentiel flagrant, qui donne une tonalité désespérée au récit, accentuée par un traitement rude qui ne laisse aucune chance aux protagonistes. A partir de cette situation et de quelques personnages, le scénario est ainsi tendu, plus complexe qu’il n’y paraît.

Les relations entre les personnages, notamment, s’entremêlent pour créer une sorte de puzzle amoureux : Walter aime Martha, qui aime Sam, et réciproquement, à moins qu’il ne soit plus attiré par une voleuse, Toni Maracheck, une fille qui lui ressemble. Walter et Toni sont donc aux deux extrémités du couple sulfureux, ils remplissent temporairement les trous émotionnels de Sam et de Martha.

On remarque que la situation de crise arrive très vite, renforcée encore par l’ellipse qui fait passer les personnages d’enfants à adultes ; si vite que finalement, chacun appartient toujours au monde de l’enfance, et spécialement Walter. Le couple reconstitué par Martha / Sam jouant le rôle de parents, et dessinant cette famille dégénérée. Martha régente effectivement sa vie et ses désirs telle une vieille marâtre : voir comme elle lui donne des ordres qu’ils accepte dans la soumission et la résignation la plus totale. Le seul rapport qu’ils entretiennent n’est ainsi pas amoureux, mais hiérarchique : un rapport de force, constamment gagné par Martha, elle qui rêve qu’un bad boy comme Sam lui mène la vie dure, vienne bousculer ces certitudes et sa monotonie. Amant ou fils, il ne peut y avoir de double casquette : peut-être Walter n’en a-t-il aucune, lui qui semble manquer de toute conviction et ambition, un comble pour un politique !

L’emprise du crime (The Strange Love of Martha Ivers, beau titre original du film) constitue un conte cruel et désenchanté, un film noir gravitant autour de cette femme fatale qu’est Barbara Stanwick. Elle illuminera l’écran quelques années plus tard dans Assurance sur la mort (Billy Wilder, 1950), mètre-étalon du genre et véritable diamant brut. Premier film du Kirk Douglas acteur, il s’u révèle d’une belle gravité, même si le rôle ne lui correspond pas trop ; on sent qu’il déborde derrière ses lunettes rondes de bon élève... Sa stature sera reconnue et utilisée plus tard, mais cette première pierre à une carrière cinématographique réussie est particulière : pessimiste (on comprend l’intérêt que devait porter Robert Aldrich, réalisateur de seconde équipe sur le film, à ce projet), cynique et sombre, un vrai drame au cœur noir.

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