01.01.2009
Quand l'inspecteur s'emmêle (1964)
Un film de Blake Edwards
Deuxième opus des aventures de l’inénarrable inspecteur Clouseau (Peter Sellers), ce film s’installe dans les souliers de La Panthère rose (Blake Edwards, 1963) pour jouer sur le naturel gaffeur du personnage principal. Le but du jeu, dès lors, est de deviner ce que Clouseau peut faire de maladroit dans l’instant qui suit ; hop une mare, il y tombe dedans, tiens un fauteuil, il en bascule et tombe dans une pirouette, et voilà des queues de billards, il en casse une en deux et ainsi de suite. Résumer la force burlesque du métrage à un enchaînement non-stop de situations drolatiques est malgré tout assez vrai, mais ne saurait constituer pour autant une critique négative. Sellers déambule dans les différents décors en prenant bien soin de n’éviter aucun obstacle, pérennisant une véritable école gestuelle dans les suites de la Panthère rose, mais également dans un autre grand film burlesque d’Edwards, The Party (1968). Ses gesticulations, son accent de simili-indien et son air détaché siéent bien à cette sorte de happening new-age. Dans Quand l’inspecteur s’en mêle (A shot in the dark), Il y a du génie dans l’acrobatie, dans la maladresse ou la cascade involontaire. On y retrouve un sens de la comédie hérité des grands du muet, Buster Keaton en tête (pour le visage impassible et les scènes-exploits) et Chaplin bien sûr, pour le sens inné du tempo de la gamelle.
Le sympathique plan-séquence d’ouverture, obscurci par la nuit (c’est la séquence du "tir dans l’obscurité" du titre), donne le "la" pour la suite du film, à base de quiproquos, situations grotesques et dénouement volontairement fumeux. Elke Sommer, rescapée de l’étrange et fascinant Lisa et le diable (Mario Bava, 1960), tourne la tête de notre inspecteur, décidément bien entourée dans cette saga (on y croise au fil des épisodes Claudia Cardinale, Capucine entre autres).
La plupart des gimmicks de la série font leur apparition dans ce deuxième opus, décidément mètre-étalon de la saga -paradoxalement, il n’était au début pas une suite à la première Panthère, mais l’adaptation d’une pièce d’Harry Kurnitz ; reprenant uniquement le titre de l’œuvre, Blake Edwards l’a remanié pour surfer sur le succès du premier film. Les attaques incessantes du majordome Kato et leur irrésistible élan destructeur, l’art consommé du déguisement de notre inspecteur, ne ratant jamais une occasion de se travestir : tantôt chasseur, peintre, marchand de ballons, et, déguisement ultime, nudiste, affublé d’un canot pneumatique (côté pile) et d’une guitare (coté poils). Ces déguisements sont l’occasion d’une mise en scène cartoonesque, surtout dans cet opus où à chaque accoutrement correspond une nouvelle arrestation par les forces de l’ordre. L’effet de répétition, ajouté au comique de chaque situation, forment une belle alchimie. Les tics maladifs du commissaire Dreyfus (Herbert Lom), provoqués par les agissements étranges de Clouseau, transforment le pauvre Dreyfus en monomaniaque au comportement borderline, tel un Mister Hyde de la plus belle eau. Clouseau est élevé au rang de syndrome, dont les signes avants-coureurs sont les mêmes : tics nerveux, agitabilité et ... fous-rires incontrôlables (cette fois pour le spectateur !).
Cependant, l’amusement que le film distille aujourd’hui est quelque chose qui n’existe plus vraiment dans le cinéma contemporain : la comédie d’aujourd’hui essaie l’efficace, le bon mot systématique et le rendement au nombre de rires par minute. Ce qui fait du personnage incarné par Peter Sellers un très grand, c’est dans le spectacle qu’il donne dont on pourrait penser qu’il est improvisé. Ce n’est pas une comédie de rendement. Ses mouvements semblent être le fruit du hasard, d’une chorégraphie libre, non-programmée. Le rythme flottant des gags ne provoque pas toujours le fou-rire mais le plaisir diffus d’une attraction de cirque, d’un humour toujours sur le fil : Sellers est le clown et Blake Edwards son Monsieur Loyal. Par contre, quand le rire surgit, quand il arrive à franchir la barrière d'un esprit déjà bien égayé, il devient fou, et l’enchaînement régulier des situations toujours plus alambiquées ne vous déride pas de sitôt. Que demander de plus ?
14:12 Ecrit par Raphaël dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : peter sellers, blake edwards, la panthère rose, 60's, états-unis, royaume-uni |
















Commentaires
Voilà un bien beau texte, pertinent notamment sur ces "gags du hasard".
C'est drôle, je viens de faire un petit hommage au film chez moi.
C'est à mon avis le meilleur de la série. Edwards a bien fait de recentrer sur Clouseau après un premier épisode un peu bancal entre la folie de Sellers et la bluette de la romance.
La séquence de la fin, où Clouseau réunit tous les suspects, atteint au sublime dans le burlesque et nous avons là, à mon sens, le sommet de l'art de Sellers (à égalité avec la fin de "Dr. Folamour").
J'en profite pour souhaiter la bonne année et longue vie à ce blog tout neuf et déjà fort intéressant.
Ecrit par : Edisdead | 01.01.2009
Ed, merci pour ta réaction qui me touche beaucoup : je lis très régulièrement Nightswimming et y découvre des développements très intéressants. J'aime cette Panthère qui, à mon sens également, est la meilleure de la série (presque à égalité avec Le retour de la panthère rose, 1975). La fin de A shot in the dark est effectivement assez unique et entretient un vrai rapport avec Dr. Folamour : on y a dans les deux cas l'impression d'une folie ambiante qui submerge soudain toute réalité.
Sur ce, bonne et excellente année 2009, qui sera cinéphile, je n'en doute pas!
Ecrit par : Raphaël | 03.01.2009
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