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24.02.2015

Flashback Presse Cinéma : Midi-Minuit Fantastique n°3

16637496345_a4debe9488_m.jpgOctobre 1962. Le troisième numéro de la première revue traitant le genre fantastique avec le sérieux qui lui est d'habitude refusé à l'époque, est anthologique à bien des égards ; d'abord, par son nombre de pages et d'illustrations. 130 pages parsemées d'une quantité astronomique de visuels, tous reliés de près ou de loin à la thématique de ce numéro : King Kong, le film d'aventure séminal de Schoedsack et Cooper. Des photos des trucages de Willis O'Brien, qui avait été très peu diffusé à l'époque de la sortie du film, des planches de visuels promotionnels à destination des cinémas ("Comment faire votre publicité pour King Kong", "hallucinantes statistiques", King Kong porte-bonheur", "un record"...). On est pas loin de penser que tout ce qui avait pu faire surface, en terme de photographies, gravures, dessins, à propos du film, est utilisé dans cette livraison. Les "rencontres" chères à la revue, qui mettent en regard deux oeuvres différentes pour en établir les similitudes, sont très pertinentes ici, notamment dans les ressemblances flagrantes entre le récit de King Kong et celui de Jonathan Swift pour Les voyages de Gulliver. La comparaison entre les dessins de production de Willis O'Brien et les prises effectivement filmées est étonnante, l'une reproduisant l'autre à l'identique.

L'équipe de la revue, dépassant le visuel, se permet de rétablir la vérité sur certaines explications de trucages erronées, visant notamment l'ancestral journal L'Illustration, démontrant par A+B l'absurdité des thèses avancées. Films préhistoriques, comics (Mandrake, Wonder Woman), critiques de films du moment font le reste de la revue, au contenu gargantuesque. On se plaît à lire la critique du très sympathique Moulin de Supplices (Giorgio Ferroni, 1960), et on rêve de découvrir L'antilope d'or, film d'animation russe réalisé en 1954 par Lev Amanatov. Feuilleter le numéro est, comme pour les autres, cette porte ouverte vers un passé ouvertement lointain et pourtant d'une modernité sans pareille, la qualité des écrits et le rêve éveillé permis par les images ne trouvant aucune comparaison aujourd'hui. Ceux qui ont permis la redécouverte de ces trésors de l'histoire du cinéma se fendent même d'un complément inédit avec la partie intitulée L'entracte du Midi-Minuit, composé d'un portfolio de la généreuse Marie Devereux et d'un entretien avec Fellini : extraordinaire, on vous dit !

22.01.2015

L'homme qui tua Liberty Valance (1962)

Un film de John Ford

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John Ford, réalisateur pionnier du western, réalise L'homme qui tua Liberty Valance en forme d'hommage au genre. Le peintre des grands espaces se restreint ici volontairement à un western d'intérieur, dans la plus grande partie du métrage ; Liberty Valance n'en est pas moins le poignant chant du cygne du western hollywoodien classique. 

Pour signifier la mort du western, ou la mise en image du dernier des vrais westerns, le film commence par sa fin, avec pour rôle principal un cercueil ; son développement ultérieur est tourné vers le passé dans un gigantesque flash-back. Ransom Stoddard (James Stewart), homme politique respecté, raconte une partie déterminante de sa vie alors qu'il se rend aux funérailles d'un mystérieux individu dont, semble-t-il, plus personne ne se souvient.

Le personnage de Stoddard, lettré et porteur des nouvelles valeurs du droit, est opposé à Tom Doniphon (John Wayne), qui représente l'homme de l'ouest dans toute sa splendeur : l'homme d'action dont l'intelligence plus brute sied bien à un monde qui est en train de s'éteindre, celui où sévit la loi du plus fort. Sur ce équilibre des choses sur le point d'être bouleversé, un homme répand la terreur et incarne le mal absolu : Liberty Valance (Lee Marvin, loup affamé de violence). James Stewart et John Wayne incarnent finalement les deux faces d'une même pièce, l'idéal américain d'une époque et de la suivante. Le passage de témoin est symbolisé par le personnage de Vera Miles (Alice), amoureuse de Tom Doniphon avant de se laisser peu à peu convaincre par la valeur de James Stewart ; il est intéressant de noter que les deux points marquants qui font pencher la balance en sa faveur sont le fait qu'il puisse apprendre à lire à la dame (versant intellectuel), et, deuxième point, sa victoire lors d'un duel pourtant perdu d'avance (versant bravoure). Le film, abandonnant beaucoup de figures imposées du western, devient entièrement symbolique et métaphorique.

Film-testament du réalisateur, le film insiste finalement plus sur l'opposition de tempérament entre les deux personnages positifs, et par là sur deux visions de l'Amérique. La mélancolie qui transpire nous dit beaucoup sur l'attachement du réalisateur à cette époque révolue où régnait, certes, la loi de l'ouest, mais également des personnes honnêtes et travailleuses, bien que moins "éduquée". Pour tout cela, le film est admirable, et sa ressortie restaurée il y a une paire d'année est un excellent moyen de découvrir ou redécouvrir ce chef-d’œuvre.

Disponibilité vidéo : Blu-ray/DVD - éditeur Paramount

06.10.2014

Raspoutine, le moine fou (1966)

Un film de Don Sharp

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Tourné à la suite de Dracula, prince des ténèbres, avec lequel il partage quelques décors et acteurs, Raspoutine, le moine fou conte l'histoire bigger than life du fameux guérisseur, bien introduit à la cour de Russie, qui aurait peut-être causé la chute des Romanov au début du XXème siècle.

Don Sharp retrouve pour le film la star Christopher Lee, avec qui il a tourné l'année précédente le sympathique Masque de Fu Manchu ; Sharp, même s'il ne fait pas partie de la dream-team des réalisateur à la Hammer Films, a tout de même quelques bons titres à son actif, notamment l'excellent et méconnu Baiser du vampire (1962). Et ce Raspoutine, tout aussi méconnu aujourd'hui malgré la présence de Christopher Lee, est d'une qualité pratiquement comparable : L'histoire de ce personnage mystérieux et jouisseur (Raspoutine, bien que nom véritable de Gregori Efimovitch, signifie "débauché") est fort bien amenée, d'une première guérison miraculeuses à son arrivée en tant que confident d'Alexandra Feodorovna, l'épouse de Nicolas II, en passant par les beuveries, danses et l'activité sexuelle débordante du personnage (toujours hors-champ ; nous ne sommes pas encore dans la période plus permissive et volontiers racoleuse de la Hammer).

Le personnage, aux dons indéniables, est totalement ambigu dès la première séquence ; sa véritable nature, manipulatrice et vicieuse, se dévoile peu à peu durant le métrage. Son charme presque surnaturel a des traits de ressemblances avec Dracula, que Christopher Lee a interprété mieux que quiconque : Raspoutine hypnotise ses magnifiques victimes (Ah, la rousse Barbara Shelley) qui deviennent prisonnières de son emprise maléfique. Son habileté à flatter les puissants fera le reste.

Le luxe de décors et surtout, comme à l'accoutumée, des costumes, trait distinctif de la firme, ne faut pas défaut, et n'a d'égale que le raffinement des stratagèmes implacables de Raspoutine, pour gagner le pouvoir, la richesse et le faveurs qu'il désire. Le portrait saisissant de Raspoutine, si bien incarné par Lee, est celui d'un jouisseur rabelaisien, aimant profiter de tous les plaisirs.

Rapoutine, film biographique, convient malgré tout fort bien à l'identité que la Hammer s'est forgée depuis le milieu des années 50, et son attrait sans bornes pour le fantastique, la magie et la sorcellerie. Citons également, dans ce style précis, le très bon Les vierges de Satan (Terence Fisher, 1966), dans lequel Christopher Lee fait des étincelles, sur un scénario de Richard Matheson. Dans cette lignée de films, particulière dans le cinéma anglais des années 60, Raspoutine ne dépareille pas, bien au contraire.

07.09.2014

Flashback Presse Cinéma : Midi-Minuit Fantastique n°2

15163730451_4ffefa6504_m.jpgA la lecture de l'imposant n°2 de la revue Midi-Minuit Fantastique dans la réédition exceptionnelle signée Michel Caen et Nicolas Stanzic, plus constats s'imposent : tout d'abord, les rédacteurs en avaient sous le pied en créant la revue, car cette deuxième livraison totalise 130 pages, plus que certains numéros doubles (comme le numéro 4-5, consacré à Dracula).

La revue, totalement consacrée au cinéma dans le premier numéro, s'ouvre à d'autres formes d'arts, certes reliées au domaine cinématographique ; la littérature, dans un premier temps. On avait bien perçu la qualité poétique des écrits de l'équipe. Le cinéma cher à Midi-Minuit Fantastique est bien celui d'une porte ouverte vers l'imaginaire, moteur d'un émerveillement constant, et d'un plaisir des sens à tous les niveaux. Ce n'est pas par hasard si ce numéro consacré aux "Vamps Fantastiques" débute par des extraits choisis de Boris Vian où il décrit fort joliment différents types de femmes fatales : à griffes, à nageoires, etc. Viennent ensuite une sympathique nouvelle fantastique d'une mystérieuse Bélen, et quelques critiques de livres en fin de numéro. La revue s'ouvre aussi, encore plus que dans sa première livraison, à l'illustration et à la peinture, de la main même des rédacteurs, qui ont visiblement plusieurs vies : ainsi, Félix Labisse, avec ses peintures détournant les codes de l'ère classique, et Jean Boullet, avec ses jolis dessins à l'encre, sont à la manœuvre pour donner plus de plaisir à l’œil. Un oeil est également à la fête dans la rubrique Rencontres..., qui rapproche des images issus de films différents autours de motifs récurrents : la femme araignée, les femmes fleurs, les vampires, femmes-oiseaux, etc. Là encore, l'admirable reproduction des photos est à mettre au compte de l'éditeur et des auteurs de l'intégrale Midi-Minuit, rehaussant si c'était possible l'intérêt de l'ouvrage.

On retrouve la fixation de certains sur des films, ou des acteurs : le fameux Masque d'Or de Charles Brabin pour Jean Boullet, adaptation des exactions du diabolique Fu Manchu ; Carol Borland, vamp tout aussi fameuse dans La marque du vampire (Tod Browning, 1935). On parle eaucoup de ce dernier dans ce numéro ; Freaks (1931), Les poupées du diable (1936) sont abordées pour leur personnages pittoresques de femmes fortes.

Des images splendides, ce numéro en regorge, à commencer par sa couverture ; Mary Morris dans Le voleur de Bagdad (Ludwig Berger, Michael Powell, Tim Whelan, 1940), mais également la belle princesse ailée du Tour du monde de Sadko, film russe d'Alexandre Ptouchko sorti en 1952 ; la splendide Glynis Jonhson en sirène dans Miranda (Ken Annakin, 1948), ou encore Moira Shearer dans Les contes d'Hoffman de Michael Powell. Bref, en dressant un panorama complet des cinémas de l'imaginaire par le biais d'une thématique précise, en alternant cinéma du présent (dfe l'époque !) et remémoration des grands films des décennies précédentes, parfois oubliés, l'apport critique et historique de la revue, en plus d'une valeur littéraire assez exceptionnelle, est encore plus évident aujourd'hui qu'il ne pouvait l'être alors (on connaît aujourd'hui beaucoup des films invisibles de l'époque. Et ce n'est que le début !

10.08.2014

Flashback Presse Cinéma : Midi-Minuit Fantastique n°1

14853437706_a15a800b4c_m.jpgToujours à l’affût des projets originaux dans le domaine du cinéma, la maison d'édition Rouge Profond nous a permis il y a quelques mois de redécouvrir tout un pan de la littérature cinématographique des années 60 avec la publication du premier tome d'une intégrale de la revue Midi-Minuit Fantastique, comprenant les six premiers numéros, augmentées de reproduction en couleurs de magnifiques photographies d'exploitation. Le mérite en revient évidemment surtout à Michel Caen, rédacteur en chef de la revue, et à Nicolas Stanzic, auparavant auteur d'un ouvrage indispensable sur la Hammer Films. Pour vous replonger dans une époque aujourd'hui révolue, de prime découverte et d'émerveillement pour le cinéma fantastique, je vous propose un bref compte-rendu de chaque numéro de la revue.

Midi-Minuit Fantastique ouvre un territoire qui n'existait pas à l'époque, proposant une réflexion approfondie sur le genre que nous chérissons, entre autres, dans ces lignes. Ainsi, dans le premier numéro de la revue, daté de mai-juin 1962, les rédacteurs (Jean-Claude Romer, Alain Le Bris, Michel Caen, Jean Boullet, Paul-Louis Thirard, Michel Nuridsany), ont trouvé un thème fédérateur : le réalisateur Terence Fisher, grand architecte du cinéma de la Hammer, qu'ils apprécient par-dessus tout (et ils sont presque seuls dans ce cas-là à l'époque). Même si l’œuvre de Fisher n'est pas terminée, il a depuis longtemps déjà posé les jalons de son cinéma, notamment avec les relectures du cycle des Universal Monsters : principalement Frankenstein s'est échappé (1957), Le cauchemar de Dracula (1958), La nuit du loup-garou (1962). Et les cinéphiles passionnés de la revue de décortiquer la filmographie du réalisateur sont un angle quasi-uniquement visuel ; les figures du sang, du château, de l'érotisme sont ainsi abordées, de même que le mythe de Frankenstein.

On remarque que la musique, importante dans la constitution d'une ambiance Hammer, n'est symptomatique pas évoquée dans le numéro, alors que d'autre part, le directeur photo Jack Asher est tout de suite repéré comme un artisan notable du charme des images made in Hammer. La répartition des illustrations, nombreuses dans la revue, est souvent construite sur des comparaisons avec les anciennes versions des films (Universal versus Hammer), les articles étant également épaulés par les dessins à l'encre d'Adrien Dax. A la suite des articles thématiques, on trouve un cahier critique des nouveautés sorties dans les genres qui intéressent la revue ; Jean Boullet nous donne par exemple envie de voir L'épée enchantée (Bert I. Gordon, 1962). Dès ce premier numéro, on note également l'accent mis sur le côté encyclopédique de la revue, misant à chaque fois que l'occasion le permet sur la liste : filmographies commentées à tous les étages.

Découvrir ces précieux documents aujourd'hui génère bien des surprises, la première d'entre elle étant l'intemporalité de l'écriture et le sérieux de l'analyse. Bien qu'on soit en plein voyage dans le temps culturel, les textes ne peuvent être réduits à de simples documents historiques relatant les débuts de la cinéphilie fantastique à la française et gardent aujourd'hui toute leur pertinence. On relèvera particulièrement dans ce numéro l'édito de Jean Boullet sur "Terence Fisher et la permanence des mythe",  témoignant d'un profond amour du cinéma fantastique et reconnaissant en Terence Fisher son nouveau prophète du genre... alors même qu'il n'a pas encore vu un seul de ses films ! Aujourd'hui, à mon tour de témoigner ma plus grande gratitude envers les cinéphiles passionnés qui ont permis l'exhumation de ce trésor inestimable : Michel Caen et Nicolas Stanzic, merci à vous pour le cadeau que vous faîtes aux amoureux du cinéma fantastique qui redécouvrent aujourd'hui l'origine de leur passion ! Quant à moi, je vous donnerai régulièrement rendez-vous ici-même au fur et à mesure de la lecture de l'imposant et magnifique pavé constituant le premier tome de cette intégrale.

Pour plus d'infos concernant Midi-Minuit Fantastique, une seule adresse : midiminuitfantastique.com