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Mask (1985)

Un film de Peter Bogdanovich

D'un film de commande, Peter Bogdanovich va faire de Mask un récit poignant et personnel. Sa découverte aujourd'hui, via l'édition DVD/Blu-Ray d'Elephant Films (en exclusivité mondiale !) est un beau cadeau en ce début 2018.

Le film

Mask raconte l'histoire véridique de Roy « Rocky » Dennis, atteint d'une maladie rarissime qui calcifie exagérément les os du crâne et déforme la tête. Malgré une mortalité très précoce dans ces cas-là, Rocky vécut jusqu'à ses 16 ans. Le film, qui aurait pu tomber dans le pathos,évite globalement le piège en creusant le sillon du College Movie et de l'acceptation de la différence.

Rocky a certes une apparence peu commune, qui rebute celles et ceux qui ne le connaissent pas encore mais il est également très intelligent, et fait preuve d'un naturel désarmant. Il est en outre très bien entouré par sa mère Florence « Rusty » Dennis et une bande de motards, dont Gar (Sam Elliott) ; ce groupe forme une véritable confrérie, un peu hors du monde, dans laquelle la différence de Rocky est invisible.

drame,états-unis,80's
Peter Bogdanovich, Cher, Eric Stoltz

La première heure du film suit donc Rocky durant une année de lycée, montrant sa réussite malgré d'évidents obstacles. La deuxième partie est consacrée à son désir amoureux, désir contrarié.

Si la structure est simple, elle laisse s'épanouir ses personnages grâce à deux performances fabuleuses : celle de Cher d'abord, remarquable en mère droguée enchaînant les aventures amoureuses. Sa performance sera d'ailleurs saluée par le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 1985 ; mais c'est aussi la prestation surprenante du tout jeune Eric Stoltz (vu plus tard dans Pulp Fiction, 1994 ou Les lois de l'attraction, 2002) qui frappe. Ses yeux, sa gestuelle et sa voix suffisent à faire instantanément de Rocky un personnage on ne peut plus attachant : on est avec lui dès les premières minutes du film. Son intelligence transparaît immédiatement, à travers ce masque dont il ne peut se séparer. Les prothèses que portent l'acteur sont d'ailleurs un achèvement en soi : réalisées par Michael Westmore, elles furent récompensées par un Oscar. 

Quelques moments touchent au sublime, notamment le passage de la fête foraine où, face à un miroir déformant, Rocky a un choc en découvrant son visage pratiquement débarrassé de sa difformité. Puis, il y a ce poème, écrit de la main du véritable Rocky Dennis :

« Les choses que j'aime : Le soleil qui rayonne sur mon visage […]
Les choses que je déteste : le soleil qui rayonne sur mon visage. »

Dans cette évocation poignante de la différence, Mask nous touche en plein cœur.

Il est relativement étonnant de Peter Bodganovich, grand cinéphile, admirateur des westerns de Howard Hawks et John Ford, soit celui qui a si bien brossé ce portrait simple et sensible d'un jeune homme de son époque.
On s'aperçoit finalement que Mask, avec ses motards issus de la contre-culture des années 60, et sa bande-son mêlant les Beatles Little Richard et Lynyrd Skynyrd, est un peu anachronique par rapport au mitan des années 80. L'histoire encore plus personnelle du film par rapport à son réalisateur, vient de la relation qu'il entretenait avec Dorothy Stratten, un mannequin qui fut assassinée en 1980. Elle s'était prise de passion pour l'histoire de l'homme à l'origine du film Elephant Man, John Merrick. Rocky Dennis et son visage difforme rappela à Bogdanovich cette fascination étrange de Stratten pour Merrick. 

Et puis, il y a la musique de Bruce Springsteen. Introduite vraisemblablement en hommage aux goûts musicaux du véritable Rocky Dennis (bien que Jean-Baptiste Thoret en donne une autre explication dans les bonus du DVD), celle-ci gêne la Universal, à qui Springsteen demande des droits trop importants à son goût. Le studio en profite aussi pour retirer le contrôle du film à Bogdanovich et supprimer deux séquences entières : la chanson interprétée par Cher et Eric Stoltz autour d'un feu de camp, et l'enterrement d'un des personnages ; un court échange dans le palais des glaces de la fête foraine est également coupé. Les morceaux de Bob Seger remplacent ceux de Springsteen dans la version qui sort au cinéma le 8 mars 1985. Preuve de la dimension personnelle qu'a pris le film pour Bogdanovich, il insista pendant de longues années auprès du studio pour sortir sa version initiale. Il eut finalement gain de cause, le « director's cut » fut édité en DVD une première fois en 2004.

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Sam Elliott, Eric Stoltz, Cher


L'édition DVD / Blu-ray

Elephant Films, poursuivant son riche travail éditorial, nous fait l'honneur d'une sortie DVD / Blu-Ray à saluer, d'abord parce qu'elle contient les deux montages du film, agrémentés de plusieurs bonus de qualité, dont un commentaire audio éclairant et une interview de Peter Bogdanovich datant de la première sortie DVD en 2004.

La copie numérique n'est pas basée sur un scan récent, comme Universal l'a (malheureusement) souvent prouvé : il ne traite, sauf rares exceptions, pas très bien son catalogue. À noter, une petite erreur sur la jaquette : contrairement à ce qui est annoncé, le Director's Cut n'est disponible qu'en version originale sous-titrée.

Elephant complète son édition par une analyse récente par le toujours pertinent Jean-Baptiste Thoret, une galerie de photos et les bandes-annonces de la salve d'autres titres qui accompagne Mask : Henry & June (Philip Kaufman, 1990), Isadora (Karel Reisz, 1968) et La vie privée d'un sénateur (Jerry Schatzberg, 1979). Une édition exemplaire comme on aime comme on aimerait en voir plus souvent !

Disponibilité vidéo : DVD / Blu-ray zone 2/B sorti le 17/01/2018 – éditeur : Elephant Films

Chronique réalisée en partenariat avec Cinetrafic : une sélection des films plus que mémorables et ceux de cette année

Mask 1985 title screen.JPEG

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