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Satan mon amour (1971)

Un film de Paul Wendkos

8597603737_3aa9e215e0_m.jpgFilm méconnu, The Mephisto Waltz (alias Satan mon amour chez nous) a été produit dans le sillage du succès de Rosemary's Baby et convoque le même fond de commerce : sorcellerie et mysticisme. Ce créneau, très en vogue alors, continuera avec le très fort Exorciste (1973) de William Friedkin, puis plus tard avec La malédiction (Richard Donner, 1976), également réussi. Les films cités sont finalement assez différents les uns des autres : alors que L'Exorciste est traversé de volontés quasi-documentariste, et d'autre part de poussées grand-guignolesques proprement hallucinantes (les scènes de Megan possédée sont toujours aussi éprouvantes), les autres films sont plus académiques, encadrant leur propos par une forme très classique.

Satan mon amour est réalisé par Paul Wendkos, réalisateur de formation télévisuelle ; cela n'enlève rien à certaines des qualités esthétiques du film, qui s'il est souvent éclairé de façon multilatérales (les scènes, même en intérieur, ne laissent pas la place à l'ombre dans un seul coin du décor), attire tout l’œil lors de certaines séquences. Les scènes oniriques notamment, semblent à la fois hériter de Mario Bava et des gialli (les flous sur les bords cadres, accompagnés de mouvements de caméras atypiques), tout en étant assez en phase avec une représentation stylisée du fantastique (image très veloutée, à la limite du flou artistique, comme Alan Gibson, également réalisateur télé passé par la case cinéma avec le si mauvais Dracula 73). L'intrusion du thriller mystique se fait ici avec une certaine grâce, lors d'une simple rencontre entre Myles Clarkson, un journaliste, et un pianiste de renom sur sa fin de vie. La fascination du vieil homme pour les main du journaliste, lui-même ancien pianiste, égale sans mal celle du Miles, romancier déçu, pour le glorieux musicien. Les personnages en présence sont sous le coup d'une fascination réciproque qu'on pourrait rapprocher du vampirisme... Le début du film m'a également remémoré le style Hammer film, qui livre souvent des histoires du même tonneau, dans une approche feutrée de l'horreur et du fantastique.

Si Alan Alda est assez neutre dans le rôle de Miles, l'indéboulonnable Curd Jürgens est assez excellent dans le rôle de Duncan Ely, le pianiste émérite. Mais c'est bien Jacqueline Bisset (Paula Clarkson, la femme de Myles), éblouissante dans un rôle nerveux et angoissé, qui fait des merveille et impressionne la rétine du spectateur hypnotisé. Le titre français, comme le titre original, est bien vu : car ce qui déterminera le parcours de Paula est bien l'amour, principalement physique, qu'elle voue à son époux. Dans toutes les scènes "de lit", on la sent affamée, fiévreusement obsédée du moindre centimètre carré de peau de Myles. Cette obsession offrira d'ailleurs au film un final franchement osé, qui, pour le coup, n'est pas vraiment classique, tout en rappelant celui, terrible, de l'excellent La revanche de Frankenstein (Terence Fisher, 1958) ; Hammer films, toujours...

Le parti-pris d'éclairer à pleine lumière les yeux des acteurs et actrices, ce qui fait déborder leurs yeux de couleur, est à mon sens significatif. Le regard en sort comme embué, littéralement ébloui par ce qu'il contemple ; tout (le monde, les personnages) semblent en apesanteur, comme dans un rêve (ou est-ce un cauchemar ?) perpétuel. Les séquences de fêtes, les "party" auxquelles s'adonne le petit groupe, peuplées de masques grotesques et filles peu farouches, participent à cette évocation surréaliste du monde. Les masques, omniprésents (ceux moulés par la fille de Duncan Ely ressemblent à des masques mortuaires), indiquent clairement que les apparences sont trompeuses, et que chacun n'est pas forcément celui qu'il prétend être ; en tous les cas, les rôles vont clairement s'échanger, se faire plus flou, danser au ryhtme endiablé de la Mephisto Waltz. Si Satan mon amour n'est pas aussi dérangeant que d'autres classiques du genre, prenez garde : vous n'êtes pas à l'abri d'une surprise à sa vision !

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