Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Martin (1977)

Un film de George A. Romero

4483974594_c599749eda_m.jpgJuste avant de donner une suite à sa séminale Nuit des Morts-vivants, Romero va réaliser cette histoire de vampires pas comme les autres ; on y voit Martin, 17 ans, sévir dans un train de nuit, et boire le sang d’une jeune femme qu’il a préalablement endormie à l’aide d’une solution pharmaceutique. Il va être recueilli par son oncle, persuadé qu'il est effectivement un vampire ; la porte de sa chambre est ainsi gardée par un chapelet de gousses d’ail. Le jeune homme paraît introverti et asocial, vivant mal son adolescence. Ses actes de violence, minutieusement préparés, semblent liés au désir qu’il éprouve pour les femmes, et à son incapacité à le gérer. Martin est finalement, juste un jeune homme que cette période de la vie bouleverse : si son oncle, embourbé dans ses croyances superstitieuses, pense qu’il est véritablement un vampire, Martin lui semble conscient de sa condition : il est malade.

Martin n’est donc pas un film fantastique au sens propre du terme, mais plutôt un drame psychologique avec quelques pincées de violence gore, et un combat contre toute forme de croyances, qui amène aux pires extrêmes. Ici, point de lande envahie par le brouillard, que des gentilshommes en chemise à jabot arpentent, l’air soucieux, sous l’emprise d’une menace surnaturelle. Le bitume et l’aridité des décors d’une ville sans attrait particulier ancre le récit dans le réel le plus strict. Réel qui semble contredit par les flashs du personnage principal, en noir et blanc, le situant dans un passé que l’on pourrait croire être son propre souvenir, lui qui dit à un moment avoir 84 ans. Alors, réminiscence ou vision fantasmatique de son propre ressenti de la réalité ? Le film nous fait pencher dans cette deuxième option. Jeune homme perdu, il va finalement être le jouet des adultes -de la femme qui veut coucher avec lui, de son oncle qui le considère comme un démon, dont sa famille prend sur elle la malédiction qu’il porte en lui. Jouant astucieusement avec les codes du genre, Romero ne donne pas à Martin les caractéristique du vampire traditionnel : il n'exerce aucune fascination sur le monde, mais au contraire en a une peur viscérale. Il ne peut que jouer au vampire, comme lorsqu'il revêt un costume rappelant Dracula, pour montrer à son oncle la méprise qu'il commet.

Romero met ainsi en regard la dangerosité des deux forces en présence, toutes deux induites par une condition maladive : l’obsession du sang pour Martin, la superstition pour l’oncle. La différence entre les deux étant que le jeune homme, est lui, conscient de son affection. On pourrait même penser qu’il puisse guérir... Mais la vision de l’oncle ne peut pas prendre en compte cette possible guérison, aveuglé par les œillères de la croyance. Romero est ainsi formel : le mysticisme est la pire des maladie, car aucun remède n’existe. Le spectateur se projetant plus sur Martin, omniprésent à l’image et comprenant son affection, il ressentira le monde qui l’entoure de la même façon, tel un chaos où les règles en vigueur sont incompréhensibles, et constamment violées. Telle cette séquence où Martin attend que le mari de sa future victime sorte du domicile conjugal : la voie libre, il s’avance jusqu’à la chambre de la femme et se retrouve spectateur d’une scène d’amour entre la proie prévue et son amant, qui l’a rejoint entre temps. L’amour, les liens entre homme et femme sont sûrement la grande interrogation de Martin, ici devenue plus vive : comment interpréter ce théâtre où chacun a ses désirs inavoués, ses mensonges enfouis sous l’apparence de la bonne morale, bref : tout est sans dessus dessous et l’exutoire cathartique du jeune homme se trouve dans le sang. Si tout le monde, heureusement, ne passe pas par ses actes abjects, il n’en est pas moins vrai que les apparences ne sont jamais remises en cause, même après avoir été mises en défaut. Alors que l’oncle approche l’ail de Martin, ce dernier s’en saisit pour montrer qu’il n’en ressent aucun effet néfaste ; il en fait de même avec la croix que l’oncle presse ardemment contre lui, dernier rempart matériel, pense-t-il, contre le mal : Martin, là encore, ne peut que confronter son oncle au non-sens de sa soi-disant protection. Pour autant, le vieil homme ne remettra aucunement en question sa certitude ; Martin est pour lui un vrai vampire. Et si l’humain et le vampire réagissent indifféremment à l’ail ou à la croix, le pieu dans le cœur lui, ne peut que donner le même résultat selon la nature de la personne qui le subit.

Utilisant l’ombre du vampirisme pour mieux stigmatiser les dérives extrêmes de la foi et de l’affection maladive et les fusionner, Romero signe un film puissant, brut dans sa forme mais ô combien complexe dans ses ramifications.

A lire aussi : l'analyse érudite du film sur DVDClassik

Les commentaires sont fermés.