08.02.2010

Le Trou noir (1979)

Un film de Gary Nelson

4339694513_59ebf9ebd5_m.jpgProduction Disney atypique, née de la vague de science-fiction déferlant sur le monde à l’époque, Le trou noir est assez méconnu, malgré un casting bien pourvu, jugez plutôt : Anthony Perkins, Robert Forster (Jackie Brown) et  Ernest Borgnine (La horde sauvage, L’aventure du Poséidon).

Le vaisseau spatial Palomino passe à quelques encablures d’un trou noir, phénomène physique mystérieux qui attire tout ce qui passe à proximité, et fait disparaître tout ce qu’il absorbe. Non loin de là, l’équipage aperçoit un vaisseau porté disparu depuis longtemps, le Cygnus. Une fois à bord, ils découvrent un vieil homme reclus, le professeur Reinhart, qui règne en despote sur une armée de robots qu’il a lui-même construit. Tout l’équipage du vaisseau a visiblement péri...

Le trou noir est tributaire de nombreux récits de science-fiction, de façon on ne peut plus flagrante : beaucoup de Planète interdite pour la structure générale, Star Wars pour le décorum et les pistolets laser, et un brin de 20 000 lieues sous les mers... En secouant bien, vous obtenez le cocktail du Trou noir, auquel il faudra ajouter le côté mystique de 2001, l’odyssée de l’espace.  Malgré ce mélange de classiques tout à fait visible, Le trou noir est un moment de cinéma appréciable, notamment par des personnages bien campés, caractérisés avec attention. Le réalisateur Gary Nelson, habitué des séries TV Disney, sait laisser du temps à certaines séquences, pour laisser distiller une ambiance étrange, par ailleurs pas vraiment destinée aux enfants. Les matte paintings de Peter Ellenshaw jouent beaucoup dans le caractère immersif du vaisseau, poussant au maximum la profondeur de champs dans des perspectives infinies. Design industriel, échafaudages métalliques et tubes en tous genres conduisent les personnages vers des salles majestueuses, comme la salle de contrôle de Reinhart. Le passage qui les amène dans la serre est très beau, ouvrant sur un autre monde de cinéma en passant des claustrophobiques couloirs jusqu’à une nature (apparemment) sauvage et foisonnante.

Cependant, Le trou noir pâtit de ses ambitions science-fictionnelles et de son public cible ; à des scènes assez sombres (l’enterrement d’un des robots, la découverte du stratagème), il superpose des scènes de comédie à l’aide de Vincent, le robot friendly qui parle. Rien que son apparence, avec ses gros yeux dignes de Donald ou Mickey, nous indique son rôle dès le début. Avec ces phrases-citations de proverbes, il constitue la fusion de R2D2 -pour la taille- et de C3PO -pour le discours. Les règlements de comptes sur fonds de jeu vidéo, où un robot noir (Dark Vador, es-tu là ?) manie ses flingues à la manière caricaturale des cow-boys de fiction, sont aussi là pour dédramatiser le reste du film. L’unité du film est alors à chercher, comme on l’a dit, dans les personnages, dans les décors, et la musique de John Barry, mondialement connu pour les musiques de James Bond (dont on reconnaîtra à l’occasion quelque montée de violon ou enchaînement mélodique caractéristique). Le final est assez étrange, et la morale pas si unilatérale que le laisserait penser la représentation archétypale de la fin du personnage de Reinhart. Étrange et bancal, pour sûr, le résultat est loin d’être inintéressant et mérite une (re)découverte pour certaines très belles séquences.

Commentaires

Préfigurant davantage un épisode d’Ulysse 31 (le buckrogersien robot Vincent, le paternel de Nono ?), et ce malgré des ambitions supérieures à peine déguisées (et nettement plus starwarsiennes !), cette prime incursion Disney en pure SF (Oublions Le Chat qui Vient de l’Espace, svp !) semble toutefois incapable de se débarrasser d’une vision ultra-classique à la Jules Verne (l’USS Cygnus sonne bien Nautilus et Reinhardt a bien le bouc de Nemo !), sans trop d’épique non plus, et tâtonne dans un univers qui lui est fort peu intime.
Si la direction artistique (fxs mis à part, un peu limites) fonctionne toutefois correctement (souvent le cas à Burbank !), forte de séquences graphiques vraiment réussies, si la BO de Barry claque bien (son emploi n’est cependant pas toujours bien réfléchi), si le casting s’avère rassurant (quelques gueules familières pour forcer l’empathie (Perkins, Borgnine, …), l’intrigue est bien anémique et les dialogues drôlissimes à force de ridicule (le fameux On est pris dans l’roulis ! Blocs anti-roulis à 100 % et le non moins brillant Le mot impossible ne se trouve que dans le dictionnaire des imbéciles !).
On saluera toutefois et in-extremis, l’audace d’un final gentiment métaphysique, entre Pazuzu by Friedkin et symbolisme monolitho-kubrickien, inhabituel dans les productions pour têtes blondes (Disney voulait, pour une fois, leur lâcher les mirettes, au profit des grands frères).

Écrit par : mariaque | 08.02.2010

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J'ai du être un Mariaque dans une vie antérieure, tant tu as vu de films que j'ai chroniqué ici ! Par ailleurs, Vincent - Nono, le parallèle est très juste, je ne l'avais pas vu celui-là...
Je n'ai pas vu le film en VF, du coup j'ai loupé "le roulis...", mais pas "le mot impossible..." qui est pas mal, il faut l'avouer... A bientôt !

Écrit par : Raphaël | 09.02.2010

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