03.11.2009

Un film, une séquence (2/2) : Alien - le 8ème passager (1979)

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Suite et fin de l’analyse de séquence commencée ici, consacrée à l’ouverture du film Alien - le 8ème passager en ce 3 novembre 2009, qui est aussi l’anniversaire des 1 an de ce blog cinéma -grâce auquel j’ai l’inestimable privilège de pouvoir défendre un avis, ainsi que discuter le bout de gras de temps à autres avec d’autres cinéphiles : tout ça me plaît beaucoup, j’espère rendre la pareille aux lecteurs fidèles ou occasionnels des articles publiés ici. Sur ce, retournons sur le Nostromo pour cette virée spatiale remarquable...

Arrivée dans la salle de contrôle via un travelling tout en douceur, mais qui laisse entendre une tension palpable, la caméra stoppe sur des casques vides, posés sur une banque. De légers mouvements ont pu filtrer dans le cadre, comme on l’a vu auparavant. Par l’intermédiaire d’une coupe, la séquence bifurque d’une déambulation flottante à un champ / contrechamp en plan fixe, détaillant d’une part l’avant de l’un des casques et de l’autre un écran d’ordinateur, disposé en vis-à-vis. Invisible jusqu’alors, une inscription - emergency helmet- précise le rôle du casque et donne corps à la tension qui n’avait pas d’objet jusque là : nous sommes dans un cas d’urgence. Ainsi, de concert, le son et l’image proposent un changement radical : de travelling à plan fixe, de silence à cacophonie. L’écran d’ordinateur d’allume dans un bruissement électronique, des données apparaissent, défilant à toute vitesse, incompréhensibles pour le spectateur qui y voit, ceci dit, la réalisation de la fameuse emergency. Le contre-champ donne à voir le casque d’urgence, sur lequel se reflète le défilement azimuté des données de l’ordinateur. Par ce reflet, le casque devient un véritable œil, enregistrant et décryptant les informations transmises par l’écran. Il est impossible, à ce moment donné, de ne pas penser à HAL 9000, l’ordinateur trop humain de 2001, l’odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968). De plus, l’échange reste signifiant et intelligible même sans l’adjonction d’aucune parole ou inscription qui pourrait préciser le propos. C’est un véritable dialogue qui s’instaure entre les deux objets, l’écran détectant, le casque-œil décryptant.

Rappelons que lors de cet échange en plans fixes (qui dure une poignée de secondes), un élément est toujours en mouvement dans le cadre, comme se balançant (dans l’avant-plan fou, ou en arrière-plan pour le contre-champ), donnant là encore une dynamique curieuse dans le cadre, illustrant l’état de veille permanente qui garantit au vaisseau d’arriver à bon port en prenant soin de la survie de ses occupants.

Puis, d’un coup d’un seul, tout s’arrête. Le dernier plan de la séquence, cadrant sur le casque-œil, est le premier du film à être entièrement fixe et montrant une immobilité totale au sein du cadre ; caméra et éléments du décor figés à l’unisson, montrant explicitement la fin de cette période de veille, ainsi que le début d’un tout autre mouvement.

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A la suite de cette séquence magistrale, s’enchaîne un nouveau plan en travelling avant, qui dévoile un espace commençant à montrer des signes de ses occupants : les néons s’allument, des combinaisons sont pendues à la gauche d’un corridor, une porte s’ouvre automatiquement et on entre dans la salle de réveil. Nimbée de blanc, elle héberge les astronautes, ou plutôt nos routiers de l’espace (ils sont chargés d’acheminer un cargo de minerais vers la Terre), comme endormis dans des capsules individuelles ; ces dernières s’ouvrent dans le même élan harmonieux ; on assiste à une véritable (re)naissance, les occupants semblant se réveiller pour la première fois, comme enveloppés dans des couches. Ce n’est pas un hasard si le seul dont on suit le réveil est Kane (John Hurt), celui par qui tout arrive. L’enchaînement des plans de la séquence, tout en fondu enchaînés, est d’une douceur virginale étonnante, contrastant avec la noirceur des autres décors (et péripéties). Remarquons enfin, pour clore cette analyse, que le personnage de Ripley (Sigourney Weaver), leader de la franchise à venir, n’est présenté qu’ensuite, au milieu de tous les autres, sans égards particulier. Ce traitement intéressant n’est qu’un des atouts de ce film, qu’aujourd’hui, beaucoup considèrent comme "parfait". Le soin apporté à cette première séquence et la grâce (qu’on ne peut commander) qui en découle naturellement, était, quoi qu’il en soit, à approfondir.

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Source image : captures DVD 20th Century Fox

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