Ouverture

Juste après le logo de la Fox, un panoramique dans l’espace, puis une planète qui se dessine ; on entend un léger souffle, comme le bruit du vent. Les couleurs sont mordorées, émanant du reflet de la planète sus-citée, qui n’est pas identifiée ; sur ce premier plan du film Alien, apparaissent progressivement des symboles, qui viennent compléter un assemblage tout en symétrie. Au dessous de ces symboles, d’abord mystérieux, apparaissent puis disparaissent en fondu traditionnel les nom des acteurs du film. A la première singularité dissymétrique des symboles (la deuxième barre oblique de ce qui deviendra le A du titre Alien, voir image 2 ci-dessus), surgit doucement la musique de Jerry Goldsmith ; 5 notes à la flûte, comme une phrase - illustrant les 5 lettres du titre, et donc son objet -, permettant également de voir une possible parenté entre cette phrase musicale et les 5 célèbres notes de Rencontres du troisième type (Steven Spielberg, 1977) composées par John Williams, ayant grand rapport avec un quelconque langage extra-terrestre. Dans cette poignée de secondes qui ouvre le film, on sent que l’on est en présence de quelque chose d’atypique : le travail sur la graphie du titre, la musique et les reflets dorés de la lumière n’y sont pas étrangers. De même, le jeu entre symétrie / dissymétrie (perfection / anomalie, homme / alien ?) , se retrouvera dans les compositions des cadres à l'intérieur du vaisseau.

Dans cette séquence-titre, se joue un des principes du passage que nous allons étudier : le mouvement et le rapport silence-bruit. Comme on va le voir, tous les plans de la séquence d’ouverture offre du mouvement, soit induit par la progression de la caméra -c’est alors les éléments du décor qui se déplacent dans le cadre- soit par le mouvement indépendant d’appareils au sein de l’image. Ensuite, comme pour illustrer le slogan "Dans l’espace, personne ne vous entend crier", le design sonore de la séquence est très travaillé. Le léger bruissement, accompagné de sons métalliques et de percussions, se positionnent en contradiction de cette fameuse phrase, vérité scientifique, car alors que le cadre figure bien l’espace stellaire, on perçoit des bruitages et de la musique.


Apparaît alors le vaisseau Nostromo, se dirigeant doucement vers la caméra, évoluant dans l’espace en s’offrant au spectateur, dévoilant dans une grande échelle de détail sa coque extérieure. Par l’intermédiaire d’une coupe, on pénètre à l’intérieur du vaisseau, où cette douce danse semble continuer d’un même élan, de lents panoramiques balayant d’immenses couloirs bardés de tuyaux, de grilles et d’autres objets non-identifiés ; il s’agit d’un plan-séquence qui dévoile les principales artères du vaisseau. Tout est désert, pas un bruit ne se fait entendre. Pourtant, il y a du mouvement : la caméra d’une part, dont on peut d’abord penser qu’elle épouse le point de vue de cet alien du titre, qui aurait déjà envahi le vaisseau ; dans la salle à manger, on découvre le premier objet qui bouge de lui-même, chose assez étrange : un balancier au mouvement perpétuel en forme d’oiseau. Si l’on pense que le temps s’est arrêté, ce n’est bien qu’une impression.
Sur un souffle toujours présent (le silence ne se fait jamais vraiment) et quelques notes égrenées de ci de là, se dévoilent une multitude de boutons lumineux, de tableaux de commande, ainsi qu’un enchevêtrement de corridors sombres alternant avec des pièces centrales plus claires, dans le même rythme d’observation d’un pano-travelling survolant. Nous arrivons donc dans ce qui nous apparaît comme la salle de contrôle, alors que des mouvements impromptus viennent surprendre une immobilité de rigueur : tantôt un bloc d’appareillage bouge, tantôt c’est une feuille qui manque de s’envoler, comme sous le coup d’une étrange rafale de vent... A ce moment-là, l’angle en contre-plongée a un objectif clairement anxiogène, instaurant une tension, sans qu’un seul mot ni une seule présence vivante n’aient été montrée ; cependant, comme on le voit, elle est suggérée. Comme pour nous en donner une preuve, la caméra va s’arrêter sur des sortes de casques installés sur des banques de contrôle. A ce moment-là et pour la première fois, une immobilité complète aurait pu être observée, la caméra stoppant son mouvement et le décor sans vie. Mais Ridley Scott veut imprimer un mouvement continu dans toute la séquence, alors on retrouve dans le champ une sorte de balancier qui sautille en un mouvement perpétuel. Malgré l’apparent no man’s land (la mention "équipage : 7 personnes" avait pourtant posé sans équivoque l’occupation du vaisseau), une veille est conservée dans tous les compartiments du cargo, présente par les petites touches de vie (artificielle). Cette déambulation de 4 minutes va trouver une résolution dans un "dialogue" que nous verrons demain...
Source images : captures DVD 20th Century Fox
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