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La Momie (1932)

Un film de Karl Freund

8397295521_d025c45ac6_m.jpgLe producteur Carl Laemmle Jr., après les succès retentissants de Dracula, puis de Frankenstein, décide de continuer dans la voie des film d'horreur en ajoutant une nouvelle pierre à l'édifice des monstres issus du studio Universal. 

Depuis le début des années 20, l’Égypte est en vogue, présente dans tous les esprits : en novembre 1922, l'expédition de l'archéologue britannique Howard Carter met au jour le tombeau de Toutânkhamon, qui contient des trésors fabuleux. L'exposition de ces trésors, de même que l'expertise du sarcophage, se déroulent jusqu'à la fin des années 20.

Les journaux d'alors créent une légende autour de la malédiction du Pharaon, reposant sur le fait que certains membres de l'équipe de chercheurs trouvent la mort peu de temps après. Cette histoire offre un terreau intéressant pour Carl Laemmle Jr. qui veut en faire la base de son nouveau film ; il charge John L. Balderston d'en écrire le scénario, ce dernier officiant déjà au même poste sur Frankenstein. La momie a donc le mérite d'être le premier film du cycle à ne pas être issu d'une œuvre littéraire reconnue, mais d'un scénario original ; même si celui-ci est tout de même grandement influencé par une nouvelle de Arthur Conan Doyle, L'anneau de Toth, écrite en 1890 (détail amusant : un spécialiste du film, dans le commentaire audio du blu-ray, met la nouvelle au crédit de HG Wells...). Dans la nouvelle, Sosra, un gardien du musée du Louvre, né à l'époque de l’Égypte antique, dont la vie est prolongée par un élixir magique. Autrefois épris d'une jeune femme, il n'arrive pas à la convaincre de consommer l'élixir, et elle trouve la mort, condamnée par l'épidémie de peste qui sévit alors. Il cherche depuis, inlassablement, un poison plus fort qui vaincra les effets de l'élixir, lui permettant de rejoindre son aimée dans l'au-delà.

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La première partie du film relate l'expédition qui permis de découvrir le tombeau d'Imhotep, qui ressuscite grâce à une incantation antédiluvienne. La rapide description de la nouvelle, ci-dessus, correspond assez bien à la deuxième partie du film, dans laquelle Ardath Bey (Boris Karloff), la momie d'Imhotep ressuscitée, cherche à reprendre contact avec son aimée, réincarnée dans le corps d'une jeune femme (Helen Grovesnor, interprétée par l’intrigante et exotique Zita Johann). Ardath Bey est d'ailleurs un anagramme de "Death by Ra", petit indice qui accompagne cette fameuse malédiction du Pharaon.

Le film paraît s'écarter de certains canons de réalisation du cycle, tout en ne reniant pas sa filiation. En effet, Karl Freund (directeur photo sur Dracula) préfère la suggestion à la présentation de faits fantastiques ou sanglants bruts. On en a un exemple lors de la sublime séquence du réveil de Imhotep ; un gros plan sur son visage, puis un panoramique vertical nous montre ses yeux s'ouvrir, puis ses bras se libérer lentement de ses bandelettes. Puis, une main poussiéreuse s'abat sur le parchemin qui l'a réveillée. La momie s'en va, mais l'on ne voit d'elle que ses bandelettes qui traînent au sol. Plus tard, le meurtre d'un garde du musée est suggéré uniquement par sa disparition du cadre, puis son cri cinglant. Cette économie d'effets adjoint au macabre une dimension poétique, voire onirique. 

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Zita Johann et son décolleté ravageur

D'autre part, La momie est le premier film du cycle à se dérouler à une époque contemporaine au tournage, là où Frankenstein et Dracula, même si la période n'est volontairement pas établie pour ce dernier, se déroule fin XIXème siècle ; ce qui conduit à une évocation urbaine très Art-Déco, notamment lors de la réception à laquelle participe Helen Grovesnor. Cette dernière y porte d'ailleurs négligemment une très légère tunique exagérément échancrée, sans soutien-gorge (ni culotte, selon un des participants au commentaire audio du film, bien que cela soit difficile à vérifier), très raccord avec les années folles, et permise aussi par la période dite Pré-Code, avant que le Code de production cinématographique (ou code Hays, du nom de son instigateur), instaure une censure très stricte, notamment sur les représentations à caractères sexuel ou violent, à partir de 1934.

Si le film marque sa différence, il est aussi partie intégrante d'un cycle qui a commencé à définir ses propres standards : on y retrouve d'abord une équipe d'habitués, que ce soit devant ou derrière la caméra : on a déjà parlé de Karl Freund et de John Balderston, présents sur Dracula ; mais n'oublions pas pour autant le grand John P. Fulton, responsables des effets spéciaux sur quasiment tous les films du cycle (et sur Sueurs froides d'Alfred Hitchcock), qui gratifie notamment le spectateur de sublimes volutes de fumées, s'évaporant en d’innombrables arabesques, au début du long flash-back au milieu du film. Jack Pierce est fidèle au poste sur la création du maquillage de la momie (qu'on voit très peu, au début du film), puis d'Ardath Bey, très subtil et mettant bien en valeur le visage extraordinaire de Karloff. Hormis ce dernier, plusieurs autres acteurs reviennent également, dans des rôles similaires : Edward Van Sloane, dans l'éternel rôle du professeur avisé ; David Manners, Frank Whemple, le jeune homme bien sous tous rapports.

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Triangle amoureux : Boris Karloff en Ardath Bey, qui fait face à Zita Johann (de dos).
 En arrière, David Manners et ses yeux revolver

On retrouve aussi dans le film des reprise de plans, ou de tournure de scénario présent dans Dracula ou Frankenstein : les gros plans du visage de Karloff, les yeux luminescents comme Dracula, ou encore une amulette qui est sensée protéger contre l'arrivée de la momie (en lieu et place de l'ail pour Dracula). L'entrée d'Ardath Bey dans la chambre d'Helen Grovesnor renvoie aussi à un plan identique (composition, tempo) dans Frankenstein. Dans la momie, la présence d'un triangle amoureux (entre Frank Whemple, Helen Grovesnor et Imhotep), rappelle celui de Dracula, entre Dracula, Mina Seward et Jonathan Harker. De même, le talent d'hypnotiseur d'Ardath Bey / Imhotep, qui tient Helen sous son emprise, tisse un lien évidemment étroit avec le mode opératoire de Dracula, qui séduit ses victimes de la même façon. 

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De retour en Egypte antique : le flash-back

Outre ce jeu constant entre innovation et reprise d’éléments connus, qui entretient la connivence avec le public, c'est surtout les originalités du métrages qui sautent aux yeux, et surprennent encore aujourd'hui, comme l'audacieuse séquence en flash-back au milieu du film, qui montre la malédiction du pharaon et la mise en sarcophage d'Ardath Bey. Outre sa durée (6 minutes), ce véritable film dans le film a été conçu comme une suite de vignette sans paroles, jouée comme un film muet. Les acteurs se font plus théâtraux, et à cela se rajoute le mouvement plus rapide de la caméra, du temps où l'on tournait non pas en 24 images par secondes, mais en 18. La fin du muet datant de quelques années déjà (The Jazz Singer, d'Alan Crosland date de 1927), le retour à cet objet du passé instaure aussi un retour dans le passé pour Ardath Bey / Imhotep. On ira même jusqu'à dire que l'éclairage, la composition des plans donnent une toute autre atmosphère que le reste du métrage, ressemblant aussi visuellement à un film muet (peu de gros plans, beaucoup de plans d'ensemble, images volontairement coupées pour que le raccord dans le mouvement soit saccadé).

Karl Freund signe avec La Momie un film d'une beauté éblouissante, qui, s'il est moins resté dans les mémoires que ces prédécesseurs, nous saisit aujourd'hui encore. A l'instar de Dracula et de Frankenstein, le film initia toute une série de suites. Sa résurrection, dans le blu-ray sorti par Universal à la fin 2012, vient dignement fêter le centenaire de ce studio mythique.

Source images : affiche du film & captures d'écran du blu-ray © Universal Pictures

Commentaires

  • Bravo Raphael très belle note !

    La momie était un des films préférés de mon père. Moi je ne l'ai jamais vu, mais ta note donne très envie de le voir et fera date au niveau des critiques sur ce film. Je n'ai vu que le Wolfman. Je vois aussi que tu cites également Jack Pierce qui a fait un boulot énorme à la Universal sur ces films avant de se faire virer quelques années plus tard, les techniques de maquillage ayant évolué et Jack Pierce n'ayant pas suivi.

    Quoiqu'il en soit, tous mes compliments.

    Amicalement.
    Stéphane.

  • Hello Stéphane, merci pour ton message. J'aime beaucoup cette série de films, du coup j'essaye de leur rendre justice. De mémoire, je n'avais cependant jamais vu celui-là : sa découverte m'a vraiment épaté !

    A bientôt,

    Raphaël

  • Hello Raphael. Ne te moque pas de moi, mais j'avoue avoir eu peur de la boîte en forme de cercueil ^^

  • La boîte en forme de cercueil... il est pas mal ce coffret ! il est otu petit en plus. Finalement c'est assez classe comme présentation.

    A bientôt,

    Raphaël

  • Bonjour, bel article sur ce film que je croyais avoir vu. mais à l'évocation de la belle Zita Johann, je me suis rendu compte que non. Je devais confondre avec la version Hammer. Et le plus beau c'est que je me suis rendu compte que j'avais ce film sur mes étagères depuis quelques années dans un coffret Universal.
    J'ai donc pu le découvrir et je partage ton enthousiasme, le film est superbe, sexy, inquiétant et surtout très beau. Merci donc !

  • Bonsoir Vincent,

    content de t'avoir fait découvrir ce film ! La version Hammer n'est pas si mal mais rivalise difficilement avec celle-ci. Comme tu le soulignes, quelle beauté picturale ! Un bien beau film du cycle Universal.

    A bientôt,

    Raphaël

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