03.08.2011

Le Masque de Fu Manchu (1965)

Un film de Don Sharp

5997536718_4f3827d06e_m.jpgLorsque Vincent, sur Inisfree, a chroniqué de fort belle façon Le masque d'or (1932) , alias The Mask of Fu Manchu, l'envie était trop forte pour que, de mon côté aussi, je n'aille investir la mythologie de ce grand criminel créé par l'écrivain Sax Rohmer. Le bougre a clairement fait de son personnage un représentant du péril jaune. Héros de plusieurs serials, il est incarné par Boris Karloff dans le film de 1932, qui passe le flambeau à Christopher Lee (quoi de plus normal, entre Franskensteins) pour ce film-ci. Il inspirera également plusieurs grands méchants tout aussi serialesque, comme Ming dans Flash Gordon ou le Dr No chez James Bond. Retour sur un archétype rien moins que séminal...

Fu Manchu est éternel. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, on aurait tort de ne pas le croire, tant le bonhomme ressuscite de films en films. Quand bien même, Don Sharp fait fort en ouvrant son film par la mise à mort du personnage en titre ! Et cette mort est difficilement contestable, le tyran perdant la tête des mains d'un boureau bien armé. Si ce n'est que... Fu Manchu est éternel. Et la fin du film, toute aussi définitive, nous en apportera une nouvelle preuve.

Don Sharp, rélalisateur quelques années auparavant du très bon Baiser du vampire, et Christopher Lee, Dracula en personne, ne font pas un film Hammer pour autant. Ici, Londres est grise et les décors sont bien vides, comparés au faste coloré des meilleurs bandes du studio anglais. Non, Fu Manchu, c'est du serial. Vous savez, ces films à courts épisodes (souvent d'une quinzaine de minutes) qui faisaient les beaux jours des cinémas populaires, et qui commencent à réapparaître en DVD (notamment via l'éditeur Bach Films). Des récits au rythme endiablé, où les coups de théâtre s'enchaînent sans répit. Et, si Don Sharp semble vouloir aller dans cette direction avec Le masque de Fu Manchu... il n'y réussit guère. Entre deux parenthèses tibétaines (en studio, évidemment), le film se concentre en Angleterre, où Fu Manchu opère en secret depuis une base souterraine. Le rythme imprimé au début s’essouffle rapidement, à cause d'une réalisation sans talent, et d'un production design (décors, costumes) au rabais. Mais ce n'est pas le pire.

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L'histoire contée ne s'affranchit pas de détails hallucinants de bêtise. Par exemple, Fu Manchu est à la recherche d'un gaz toxique mis au point par des scientifiques parfaitement respectables. Ce gaz permet de tuer quiconque en quelques secondes. Pourquoi créer une telle arme ? Car ils ont découvert que la vraie vie, celle qui valait la peine d'être vécue, était celle... d'après la vie. La mort, quoi. Le mortel élément, sur lequel est bâti tout le film, trouve une justification ridicule dont l'ensemble aura bien du mal à se remettre. Malgré quelques séquences d'action (notamment une poursuite en voiture tout juste correcte), la règle semble être l'anti-spectaculaire -qu'on devine bien involontaire. Des sbires de Fu Manchu jaillissent de tous les coins, un bandana rouge soigneusement noué sur la tête. Même si l'on est par essence dans la série B, celle-ci paraît plusieurs crans en dessous. 

Les acteurs ne sont aucunement à blâmer, Christopher Lee et son maquillage s'en sortant avec les honneurs, de même que Nigel Green en Nayland Smith, l'ennemi juré de Fu Manchu qu'on retrouve dans toutes les adaptations. Même Joachim Fuchsberger se défend bien, dans la peau d'un assistant tout trouvé à la croisade contre le crime de Smith. Lee, impassible et cruel, esquissera bien des plans diaboliques, ils n'en ressortent qu'avec platitude à l'écran. 

Le film aurait pu être divertissant et jouissif dans son accumulation de péripéties incongrues, lorgnant vers du James Bond (comme un juste retour des choses, après que Fu Manchu ait inspiré Ian Fleming). Malheureusement, il ne l'est qu'à de rares moments, Hallam Production n'étant pas non plus la Hammer. Nous n'en abonnerons pas pour autant les séries B, qui sont parfois de belles surprises comparées à certains films révérés qui peuvent se révéler bien fades...

Commentaires

Merci pour le lien. Malgré vos réserves, je vais essayer de voir celui-ci aussi, sans me presser :) Nous aurons plus de chance, peut être, avec les autres épisodes.
La photographie de Christopher Lee est à tomber !

Écrit par : Vincent | 03.08.2011

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Bonsoir Vincent, oui, je pense qu'il faut le voir quand même. De toute façon, dès que l'envie est là... Il faudrait voir les autres épisodes (4 à suivre me semble-t-il avec Lee), mais je ne sais pas s'il sont disponibles facilement... Je suis tombé sous le charme de cette photo de Christopher Lee, avec ces beaux tons pastels : elle fait justice au bon maquillage de Lee sur le film ! A bientôt pour d'autres aventures pelliculées (notamment Fu Manchesques..)

Écrit par : Raphaël | 04.08.2011

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